Historique (pupille)

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Historique (pupille)

Message par Adena H. le Lun 7 Mar - 13:03

« Tu ne devrais pas le laisser te traiter comme ça ! Il n’a pas le droit de te parler comme ça ainsi ! », vitupéra Effy.

Elle était hors d’elle. Que son père s’adresse ainsi à sa fille lui était tout simplement insupportable.

« Et puis, toi aussi ? Pourquoi ne t’es-tu pas défendue ? »

Elle lui jeta un regard accusateur. Elle n’y pouvait rien, elle le savait : Mary n’y était pour rien, elle n’était pas fautive du tout. Mais Effy était si en colère qu’elle était incapable en ce moment présent de faire la différence entre tous les objets de son agacement.

« Ce qui est sûr, c’est que s’il s’avise de parler ainsi à Natacha un jour, je ferai les valises et nous partirons sur le champ ! »

Le visage défait de Mary adoucit un peu son emportement. Effy alla s’installer sur le lit, à ses côtés :

« Allons, allons, Mary, pardonne-moi, je ne voulais pas te faire peur. C’est juste que je trouve ça tellement injuste qu’il s’en prenne ainsi à toi, qui ne te défends jamais et qui accepte toutes les critiques et tous les reproches comme si tu les méritais réellement. Mais c’est faux ! »

Effy aurait pu tout supporter pour elle-même, mais elle ne tolérait pas qu’on s’en prenne aux faibles et sans défense. Mary était la proie toute désignée pour les accès de colère du vieux comte : sous le flux de ses reproches, elle se contentait de baisser la tête et de l’écouter paisiblement, quoi qu’une expression honteuse transfigure parfois son regard.

« Je n’aurais jamais dû lui poser la question… », murmura-t-elle faiblement.

Effy grogna. Mary était le modèle parfait de la jeune fille passive et soumise qui, ne connaissant rien du monde extérieur, pour n’avoir jamais été le visiter, ne ressentait pas le besoin de découvrir une chose qu’elle ne connaissait pas. Habituée à une vie simple et réglée, elle ne ressentait pas la nécessité de changer un mode de vie qui lui convenait.

Le problème, c’est qu’au moindre problème, à la moindre confrontation, son père l’avait habituée à se laisser dominer, plutôt que de relever la tête et d’y faire face. Cela, c’était une chose qu’Effy ne comprendrait jamais. Et, surtout, n’accepterait jamais.

« Je vais aller le voir », dit-elle d’un ton ferme et assuré, tout en carrant la mâchoire.

« Non… Je t’en prie… Tu risques de raviver sa colère… », la supplia Maryann.

Le visage défait de la pauvre petite fit tant de peine à voir à Effy, qu’elle se força à adoucir ses paroles :

« J’irai après le repas du soir, en espérant que d’ici là il sera calmé. Il faut qu’il sache à quoi il s’expose en continuant ainsi. »

Elle irait mettre les choses au clair avec le vieux comte. Car il était hors de question pour elle de rester plus longtemps dans un environnement aussi malsain. Très bien, elle avait accepté sa proposition au départ, en s’imaginant commencer une vie de princesse comme dans les contes de fée. Mais elle renoncerait à tout cela, sans regrets, et à bien plus, dans le seul but de procurer à Natasha une enfance heureuse loin d’un univers perverti par un patriarche dominateur aux tendances psychopathes. Elle avait des amis, qui les hébergerait elle et Natasha, le temps qu’elle retombe sur ses pattes. Ce n’était pas un problème.

La seule chose qui l’embêtait, dans cette configuration-là, était qu’elle laissait Mary seule à seul avec son tyran de père.

Effy réfléchit à toute allure, mais ne trouva pas la solution immédiatement.

« Viens avec nous, Mary.

- Non… Je ne peux pas laisser Père tout seul dans le château. Il est trop vieux, il a besoin de moi.

- Il a besoin de toi ? Comment ça ? Oui, il a besoin de toi pour avoir une cible toute prête pour ses critiques et ses humiliations ! Comment peux-tu refuser de partir alors que je t’en offre la chance ?

- Je n’ai connu que cette vie durant toute mon existence. Mon père compte beaucoup à mes yeux. »

Effy rageait. Comment convaincre une personne habituée à l’autodestruction d’agir dans ses intérêts ? Quand bien même elle lui aurait trouvé la situation parfaite, qui rendrait à coup sûr Mary heureuse, cette petite idiote n’en aurait jamais voulu… Elle préférait une vie de misère et de souffrance à la simple idée d’avoir droit à un peu de bonheur. Comment sauver les hommes d’eux-mêmes ?
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Re: Historique (pupille)

Message par Adena H. le Lun 7 Mar - 13:31

« Entrez. »

Effy s’avança dans la pièce, et entendit le serviteur du vieux comte refermer la porte derrière elle. Elle n’avait pas peur : contrairement à sa fille, elle savait se défendre. De plus, c’était elle qui avait demandé cette entrevue : elle savait précisément ce qu’elle avait à dire, et cela la confortait dans son idée de bien faire les choses.

Le vieux comte était assis sur son fauteuil, derrière son bureau éclairé d’une bougie. Il ne daigna même pas se lever à son arrivée.
Il lui jeta un regard railleur :

« Hé bien, mademoiselle ? Vous êtes venue ici, j’imagine, dans l’intention de réparer les tords que j’ai causés à ma fille bien-aimée, telle un chevalier sur son destrier blanc ? »

Sa manière de parler, sur un ton lent et négligeant, accompagné d’une pincée d’ironie (comme si le mal qu’il avait causé à peine quelques heures plus tôt ne le touchait pas), fit pâlir Effy. Elle eut un instant l’impression de vaciller contre cette âme sans remords, mais la justesse de sa demande lui permit de recouvrer son équilibre :

« Monsieur, je suis en effet venue ici vous annoncer que je ne saurai tolérer plus longtemps votre comportement inhumain à l’égard de votre propre fille.

- Et qu’avez-vous donc en tête pour y remédier ? », répondit le vieux comte avec un air railleur.

Le toupet dont il faisait preuve coupa la respiration d’Effy. Elle se força à respirer calmement, une fois, deux fois, trois fois, avant de lui répondre sur un ton qu’elle tenta de garder neutre, mais qui vibrait de colère :

« Sachez que l’hospitalité que vous m’avez accordée, ainsi qu’à votre petit-fils, n’est que temporaire. Si vous persistez dans vos agissements, je n’aurai aucun scrupule à ôter de sa vie un être appréciant faire du mal à sa tante.

- Mais vous aurez besoin d’argent, pour cela… », marmonna le vieux comte.

Effy éclata :

« Ce ne sera pas un problème ! Vous vous imaginez résoudre tous vos soucis avec l’argent, mais vous oubliez que ce n’est pas le plus important ! Vous oubliez que tous les pennys du monde ne sauront vous offrir l’amour de votre famille et de votre entourage ! Croyez-vous réellement être aussi indispensable que cela ? Qu’au dehors des vieux murs poussiéreux de votre château, les hommes et les femmes ont besoin de vous pour vivre ? Ne prenez pas la peine de vous donner tant d’importance, Comte ! »

Elle était rouge de colère. Ainsi, c’était donc ça ? Le vieil homme s’imaginait qu’en échange du gîte et du couvert, il avait le droit de vie et de mort sur sa lignée et sur les pauvres âmes qui gravitaient autour de lui ? Comment avaient-ils fait pour lui garder ses illusions intactes aussi longtemps ? N’était-il donc jamais sorti de chez lui ?

« Je ne sais pas pour qui vous me prenez, Comte. Mais je n’accepterai jamais de passer ma vie à l’abri, protégée de tout et de tous, si je sais que sous ce même toit que vous m’avez généreusement offert de partager il y a une semaine, se trouve une âme en peine – et qu’il s’agit de votre faute. »

Le vieux comte l’observa un instant. Effy crut qu’il allait à nouveau exploser de colère, comme ce matin dans le couloir, mais il n’en fit rien : il garda le silence, se contentant de lui rendre son regard.

« Bonne nuit, Comte », finit-elle finalement par dire, en guise de conclusion maladroite, avant de quitter la pièce et de rejoindre sa chambre.

Lorsque la porte se fut refermée sur Effy, le vieux comte fit signe à son valet de pied d’entrer à son tour.

« Serguey », lui dit-il, « viens me voir demain matin à la première heure avec la liste de nos plus proches voisins. J’ai l’intention d’organiser un bal. Ce sera tout. »

Serguey s’inclina, le buste en avant, avant de sortir à son tour, laissant le vieux comte seul avec ses pensées : cette intrigante, qu’il avait récupérée d’un endroit tout à fait minable, et sans aucune prospection d’avenir, à qui il avait fait l’honneur d’accéder aux plus hautes sphères de la noblesse grâce à lui, lui faisait du chantage. C’était encore lui le comte ! Et il ne tolèrerait pas que quelqu’un choisisse à sa place la manière dont il avait ou non le droit d’agir dans sa propre maison ! Et encore moins lorsque celle-ci tentait de le priver de la présence de son unique petit-fils ! C’était tout de même un comble !
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