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Message par Adena H. le Mer 1 Juin - 13:08

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1. L'inscription à Game of Ulrig (GofUl)

J’ai toujours été fascinée par les jeux vidéo, et encore plus par leurs graphismes. Je pourrais y passer des heures et des heures, tant les univers créés par leurs concepteurs sont riches et prenants. C’est pourquoi, lorsque ce matin j’ai ouvert ma boîte aux lettres et en ai sorti un dépliant vantant les mérites (photos à l’appui) d’un nouvel univers, j’ai sauté sur l’occasion. La brochure indiquait que j’avais été présélectionnée, parmi tous les joueurs de MMORPG, pour tester en avant-première la version bêta de Game of Ulrig. Et tout cela en étant rémunérée. J’ai été obligée de me pincer pour vérifier que je ne rêvais pas ! Quelle opportunité incroyable, pour moi qui n’avais d’autre ambition pour mes vacances d’été que de rester à végéter devant l’ordinateur !

Ni une ni deux, je me suis rendue sur le site noté sur le dépliant, et ai installé le jeu sur mon ordinateur. Le logiciel a mis du temps à se mettre en route, mais ça arrive souvent avec mon vieil ordinateur pourri : dès que j’essaye de télécharger (légalement, ha ha) quelque chose de plus lourd que les photos de vacances de mon cousin Grégory, il se met inévitablement à ramer. J’ai tellement l’habitude qu’il plante et que je sois obligée de tout reconfigurer depuis le début une à deux fois, qu’en prévision d’une telle catastrophe j’ai été me préparer une tasse de chocolat chaud à la cannelle : c’est ma méthode de relaxation « zen ».

Ma neuvième tasse bien brûlante dans les mains, deux heures plus tard, je suis enfin devant mon écran à lire les conditions générales d’utilisation. Je coche la case après avoir vaguement jeté un œil aux grands titres (ça ressemble assez à toutes celles que j’ai eu l’occasion de voir lors de mes inscriptions précédentes), et j’arrive enfin sur le menu principal : celui, tant attendu, de la création de personnage !

Nom d’utilisateur : Ruby – il est déjà pris, crotte. Mais c’est assez logique, après tout : je ne dois pas être la seule à avoir été présélectionnée, et donc pas la première à m’inscrire dessus ; en plus, c’est autant un nom commun qu’un véritable prénom. Je me frotte le front tout en réfléchissant à une autre idée. Hm… Je sèche, mieux vaut y réfléchir après avoir rempli les autres cases. Le pseudonyme a toujours son importance.

Mot de passe : hé hé, vous aimeriez bien le savoir !

Sexe du personnage : féminin (comme moi).

Race du personnage : humain.

Classe de personnage (j’ai le choix entre : Assassin, Guerrier, Voleur, Archer, Barde et Mage) : j’hésite un instant entre Voleur et Mage, mais je finis par choisir le second choix. Je me suis toujours sentie plus à l’aise pour évaluer les situations avec du recul, plutôt qu’au corps à corps. Et puis, je crois bien que j’ai toujours eu envie d’avoir des pouvoirs magiques et vivre dans un monde extraordinaire, un peu comme dans Harry Potter. Une sous-section me demande de faire un choix entre des pouvoirs défensifs ou offensifs : je choisis la dernière possibilité.

Bon. Revenons au pseudo. Je pense un instant à Circé, mais cette sorcière ne m’a jamais réellement plu… Pour qui elle se prenait, d’abord, pour transformer n’importe qui en cochon ? J’aimerais bien me trouver un nom de déesse, mais ça donnerait l’impression que je me la pète un peu trop, non ?

Je teste successivement : Hermione, Diana, Hécate, Jelena, Katell, Kaylie, Steren, Merryn, Verveine, Châtaigne, Corbeau, Loup, Lucrezia… Je commence à soupirer de lassitude et je me mets à taper tous les mots qui me viennent à l’esprit, lorsque je me rends compte que « Miel » n’a pas encore été choisi. Prise d’une soudaine inspiration, je l’orthographie un peu différemment, puis je clique sur Valider en croisant les doigts… La page se charge, le temps d’envoyer ma requête au serveur central… Et bingo !

Le message suivant s’affiche dans une fenêtre au milieu de l’écran :

Bienvenue sur GofUl, Mielle !

GofUl est la version beta test d’un jeu virtuel en ligne multi-joueurs composé de plusieurs mondes différents imperméables les uns aux autres.


Pour terminer votre inscription et lancer le didacticiel… cliquez sur l’un des mondes !

En dessous, cinq petites icônes, dont une grisée (la plus à droite), s’alignent bien sagement.

Je fais la moue, indécise. Comment choisir un monde sans avoir au préalable aucune information à son sujet ? Toutes sont sans doute aussi intéressantes les unes que les autres… La troisième, Acantha, me paraît plus sombre que les autres ; la suivante, Padereau, a l’air d’être tout près de la mer ; quant aux deux premières, je me doute qu’elles représentent un château, mais sans réussir à trouver plus d’indices dans les petites vignettes. De loin, la cinquième ressemble à un bateau. Je ferme les yeux, et laisse ma souris bouger un peu avant de cliquer au hasard.

Lorsque je rouvre enfin les yeux, la page est de nouveau en train de charger. Me voici donc en route pour la toute première icône… Granchemin !

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Re: GofUl Online

Message par Adena H. le Mer 1 Juin - 13:14

2. La place du marché de Granchemin

Connexion : on –

Lancer le didacticiel ? – Oui

Je clique sur le « oui », et une nouvelle fenêtre de discussion s’ouvre. Un gros triangle avec, à l’intérieur, un point d’exclamation rouge, s’affiche :

Attention ! Vous n’avez pas encore branché le périphérique « manette de contrôle ». Veuillez suivre les instructions suivantes avant de pouvoir continuer plus avant dans le jeu.

Hein ? De quoi il parle ? Quelle manette de contrôle ? Ha oui !, je me souviens soudainement. Je me dépêche d’aller récupérer l’espèce de boîtier qui trainait sous la boîte de jeu, et que j’avais laissé de côté puisque je ne comprenais pas à quoi ça pouvait bien servir. Je prends le câble, et le branche sur les prises périphériques de mon ordinateur. Ce n’est pas bien compliqué, c’est même assez intuitif : pas besoin de lire le graaand livret d’explications qui l’accompagne.

Puis je me réinstalle immédiatement sur ma chaise de bureau, pressée de savoir ce qui va se passer ensuite.

Le message d’alerte s’efface, et je me retrouve devant un bon vieux PNJ, du genre des sages chinois antiques. J’allume mes enceintes, et je l’entends m’expliquer d’une voix claire :

« Mielle, vous voici à présent sur la place du marché de Granchemin, l’une des quatre villes les plus importantes du royaume d’Ulrig. Granchemin se situe sur une île pleine de possibilités… Mais pour cela, il faut apprendre à vous déplacer. Pour vous entrainer, dirigez-vous vers ce marchand. »

Je fronce les sourcils, et jette un coup d’œil méfiant à la petite tablette noire destinée à m’aider à me déplacer virtuellement. Je la prends en main, et utilise le joystick. Immédiatement, la vision de mon personnage change, et le vieux sage disparait, remplacé par un étal de poissons… Oups, j’ai été trop rapide. Je reviens en arrière à l’aide du joystick, cette fois-ci en tentant d’être un peu plus délicate. Bon. A présent, j’appuie sur la flèche de direction « avant », celle qui pointe vers le haut, et je me retrouve face au marchand : un PNJ, comme l’indique le losange gris situé au-dessus de sa tête.

Je commence à comprendre. Finalement, tout ça n’a pas l’air très compliqué, ça ressemble même plutôt assez à ce que j’ai l’habitude de faire quand je joue à d’autres jeux avec ma manette.

« Bravo ! A présent que vous maîtrisez cette compétence, achetez-lui deux fioles de soin. Pour ce faire, pointez votre regard dessus. Validez-le en appuyant sur la touche A. Enfin, pointez votre regard sur le marchand et dites-lui : Je veux deux fioles de soin. »

Le sage attend que j’aie effectué chacune de ses actions pour m’indiquer la suivante. Au moment de la dernière, je me sens un peu stupide, je n’ai pas de micro donc quoi que je dise le personnage ne pourra ni l’entendre, ni le comprendre (pour peu qu’il ait été paramétré pour réagir à certaines phrases). Je reste une bonne minute à fixer stupidement mon écran, puis je décide de me lever et de laisser mon écran tel quel le temps d’aller me préparer une nouvelle tasse de chocolat à la cannelle (j’ai fini la dernière en attendant que le didacticiel se charge).

Lorsque je reviens, dix minutes plus tard, je passe par ma chambre pour vérifier si je n’aurais par hasard oublié de brancher aucun matériel… Mais non, il n’y a plus aucun périphérique à installer… Zut. Je retourne m’installer sur ma chaise tournante, en faisant la moue. Je sais bien qu’il n’y a personne pour m’observer, vu que mes parents n’ont pas prévu de rentrer de vacances avant le mois prochain, mais quand même, je me sens un peu débile… N’empêche, si je veux voir où tout ça mène, il faut bien que je teste… A contrecœur, je me lance et prononce :

« Je veux deux fioles de soin. »

Le marchand reste un instant sans réaction, puis je vois le PNJ se tourner vers moi et me répondre d’une voix bourrue :

« Quel est le mot magique ? »

De surprise, je réplique ironiquement sans même m’en rendre compte :

« Euhh… S’il te plait ? »

Une nouvelle fenêtre de conversation apparaît alors :

Félicitations ! Vous venez d’ajouter 2 fioles de soin à votre inventaire.

Vous pouvez consulter votre inventaire à tout instant du jeu en cliquant ici.


Je clique sur la nouvelle icône, qui représente un sac en toile de jute, tout en m’étonnant des progrès de la technologie. Ce n’est pas courant de voir un PNJ interagir plus d’une fois avec un joueur, et encore moins pour le forcer à se montrer poli avec lui. Si les concepteurs du jeu ont poussé autant le réalisme dans chaque aspect de ce nouvel univers, alors je suis persuadée que je ne serai pas déçue du voyage !

L’image à l’écran change, et je vois que mon sac virtuel ne peut pas contenir beaucoup de choses, et qu’il y a d’ailleurs une limite de poids à ne pas dépasser si je veux pouvoir continuer à me déplacer aussi librement que je le souhaite. Je m’amuse un instant à parcourir ces nouvelles fonctionnalités, et place mes fioles de soin dans ma poche de manteau : il faudra que j’y fasse attention, car je risque de me les faire voler plus facilement ; néanmoins, ce sera moins long pour les prendre et les utiliser en cas d’attaque.

Le vieux sage reprend : « A présent que vous savez maîtriser les fonctions de base du monde d’Ulrig, voyons voir comment vous vous en sortez : cliquez ici pour obtenir votre première mission. »

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Re: GofUl Online

Message par Adena H. le Mer 1 Juin - 13:17

3. Première mission : la poule aux œufs d'or (1)

Connexion : (still) on –


Nouvelle quête ! La poule aux œufs d’or s’est échappée de sa cage et s’est enfuie vers le nord de l’île. Le marchand offre une récompense de 500 thalers à quiconque la lui rapportera.

Information : dès que vous avez parcouru une partie de l’île, vous pourrez retrouver celle-ci dans la catégorie « Mémoire », et la consulter à tout instant.


« Cool », je m’exclame, « je vais enfin pouvoir jouer ! »

Pour une première quête, ça n’a pas l’air très fameux, mais il ne faut pas non plus oublier que je suis encore dans le didacticiel et que les concepteurs du jeu ont sans doute adapté le niveau aux éventuels novices de MMORPG. J’espère que ça s’améliorera un peu par la suite, parce que si c’est le cas je risque de m’ennuyer rapidement vu mon expérience.

L’utilisation du joystick est tellement évidente que je finis par attacher la lanière de la commande de contrôle autour de mon poignet, la tablette vers le haut, pour pouvoir l’utiliser aisément sans pour autant avoir besoin de lâcher une seule seconde mon écran de jeu des yeux. C’est presque devenu comme une extension, un prolongement artificiel de mon corps, que je ne pense même plus à regarder.

Les routes principales de Granchemin sont larges et bien tracées, recouvertes d’une fine pellicule de sable clair. J’entends en arrière son un léger crissement lorsque je fais avancer mon personnage. Je reste dans le sentier balisé, parce que la recherche de la poule n’est qu’un prétexte scénaristique pour forcer les nouveaux joueurs à aller explorer l’environnement qui leur est proposé, avant de commencer les choses sérieuses. C’est en tout cas ainsi que font les vrais bons jeux vidéo.

Il ne manque plus que l’air pur de la mer sur mon visage et l’odeur du sel, pour que je puisse vraiment me croire là-bas. Ils ont même pensé à insérer le cri des mouettes accompagné, de temps à autre, du bruit de leurs ailes battantes. C’est carrément impressionnant.

Je monte, ça se voit sur mon écran, il a l’air un peu incliné – et comme ce n’est pas moi qui ai penché la tête exprès, c’est forcément un effet de style. Autour de moi, une grande part est laissée à la nature : des deux côtés du chemin que j’ai décidé de suivre, des herbes hautes ; des arbres qui ressemblent à des oliviers ; des buissons verdoyants… On est en plein climat méditerranéen.

Je suis brusquement obligée de m’arrêter en plein milieu du chemin, et de faire un écart brutal sur le côté. Si je n’avais pas eu de réflexe, je me serais pris cet éclair en plein dans la tronche, et serais actuellement en train de cramer. CQFD : retour direct au point de départ. Ca doit être l’une des plus bêtes morts en didacticiel.

L’éclair venait du haut de la falaise. J’élève le joystick, ce qui a pour conséquence de lever le regard de mon personnage et de reproduire ce qu’il voit sur l’écran. Et je fais bien, car le trait de lumière est rapidement suivi de trois autres éclairs jaunes, que je m’efforce d’éviter. Et comme ça commence à me gonfler un peu d’être obligée de faire des zigzags (ça me fait penser à quand je suis dans le métro : les gens marchent tranquillement n’importe où et dans n’importe quel sens, et pour les éviter quand je suis pressée, impossible de courir en ligne droite, non, il faut les contourner un par un !), je m’exclame :

« Dis-donc, c’est pas bientôt fini ce truc ! Comment je fais pour avancer moi, hein ?»

J’ai la surprise d’entendre en retour une voix féminine sortir des enceintes de mon ordinateur, bientôt suivie par une tête blonde.

« Ohh, une noob. Temps mort, Ruby. Viens voir ! »

Le losange jaune orangé au-dessus de son personnage m’indique que nous ne faisons pas partie de la même faction, mais ça ne m’inquiète pas trop car je ne peux pas mourir de la main d’un ennemi dans le didacticiel. Je zoome un peu : elle est blonde aux yeux marron clair, et semble à première vue peu vêtue. Le jeu m’indique qu’elle se prénomme Aurora.

Une seconde tête, rousse cette fois-ci, apparaît à son tour en haut de mon écran. Je suppose qu’il s’agit de la fameuse Ruby, celle qui a été suffisamment rapide pour me piquer ma première idée de pseudonyme. Son losange est rouge vif, nous faisons donc partie de la même équipe. Elle porte une armure en acier, et ses deux mains sont croisées sur la garde d’une épée à la lame plutôt effilée. Contrairement à l’autre, elle ne sourit pas, et son visage sérieux (combiné avec sa position et le fait qu’elle ne dise rien tout en m’observant) me donne l’impression qu’elle est plutôt froide.

« Bonjour, je viens de m’inscrire, en effet. Je cherche la poule du didacticiel », je dis tout en hochant machinalement la tête à la remarque de la blonde, sans me rappeler qu’elle ne peut pas le voir. Puis, par curiosité : « Vous étiez en train de vous battre ? »

Le sourire de la fille blonde augmente, j’arrive à voir les dents de son personnage. Elle rejette ses cheveux en arrière, avant de me répondre :

« Correction : j’étais en train de lui mettre une raclée. »

La rouquine se contente de lever les yeux au ciel, sans un mot.

« C’est vous qui lanciez ces éclairs, alors ? J’ai cru un instant que c’était une des épreuves du jeu à surmonter pour finir la quête. »

La blonde prend soudain un air mystérieux, remplaçant le sourire fier et hautain qu’elle avait pris en disant qu’elle était la plus forte. C’est fou ce que ce jeu a l’air réel, avec toutes ces variations faciales ! Se peut-il que, de leur côté de l’ordinateur, elles puissent voir mon air perplexe ?

« Oh non, je me contente juste de relever le défi que Ruby m’a lancé. Je suis une mage, comme toi, et parfois je loupe ma cible », m’explique-t-elle en haussant nonchalamment les épaules. « Mais je suis au niveau 13, donc je peux me le permettre. J’ai encore tout un stock de mana. »

Son regard se fait féroce tandis qu’elle annonce cette information, plus pour son adversaire que pour moi j’ai l’impression. L’autre joueuse lève un sourcil et demande platement :

« On reprend ? »

« Je suis à ta disposition, Ruby », réplique vivement Aurora.

Elles se remettent toutes deux en position. J’ai un instant l’idée de poursuivre mon chemin pour terminer cette quête au plus tôt et pouvoir interagir moi-aussi d’égale à égal avec les autres joueurs, mais la tentation est trop forte : j’ai bien envie de voir ce que peut faire un mage de niveau 13 avec les possibilités offertes par Game of Ulrig.

Je m’avance un peu sur le chemin, qui monte toujours, et j’arrive bientôt à l’entrée d’un large plateau recouvert d’herbe verte battue des vents. Là, j’ai une vue dégagée et incroyablement nette sur la moindre de leurs actions. Je fais en sorte de me mettre un peu sur le côté, en biais, de sorte à ne pas être obligée de bouger plus tard, afin de ne pas me faire toucher par une de leurs attaques. Et j’attends.

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Re: GofUl Online

Message par Adena H. le Mer 1 Juin - 13:18

4. Première mission : Ruby (2)

Connexion : (still) on –


Les deux combattantes se mettent en position, sous mon œil impressionné. Elles n’ont pas encore fait un mouvement d’attaque, mais tout dans leur posture démontre leur confiance en elles et en leurs capacités. Depuis combien de temps se sont-elles inscrites, pour avoir un niveau aussi élevé par rapport au mien ? Parce qu’à moins de jouer 24 heures sur 24, ce qui est possible mais difficilement réalisable sur la longue durée, elles ont du se créer un compte au moins deux à trois jours avant que je ne télécharge Game of Ulrig.

« Fais gaffe à ne pas te planter Ruby, nous avons une spectatrice », lance moqueusement la blonde à l’intention de la rouquine. Puis, sans prévenir, elle lui lance une boule d’énergie. Son ennemie ne lui répond pas, elle s’attendait sans doute à une manœuvre de déconcentration de ce genre, et elle se contente de faire un saut sur le côté pour éviter l’attaque. Si nous n’étions pas dans un jeu, je me demanderais comment elle fait pour agir de manière aussi féline, alors qu’elle porte une armure d’acier qui semble peser au moins une tonne.

Ce n’est que lorsqu’Aurora se décide à lui relancer un sort, que la rousse se décide à lancer sa première attaque. J’ai l’impression de voir un chat : elle plisse les yeux, concentrée, tandis qu’elle s’avance élégamment en bondissant, de mètre en mètre, jusqu’à arriver sur le côté. Aucun des sorts de la mage ne réussit à l’atteindre, Ruby est bien trop rapide ; et, soudain, elle se trouve presque devant la blonde, en réalité elle est positionnée de trois quarts lorsqu’elle sort sa lame, apparemment déjà prête, pour lui asséner le coup fatal. Mais Ruby s’en rend compte, et positionne rapidement ses mains vers son ennemie. De ses paumes ouvertes sortent un rayon vert, que la guerrière rousse n’évite qu’à la dernière minute en faisant un saut en arrière. Aurora rectifie un peu sa position, et le rayon vert frôle son adversaire qui, momentanément déséquilibrée, ne retombe sur ses pattes qu’à grande peine. Aurora profite de son avantage pour se rapprocher, et puiser dans ses économies suffisamment de mana pour étourdir Ruby. Je vois à sa jauge, dans son profil, qu’il ne lui en reste pas beaucoup : elle est donc obligée de se rapprocher le plus possible pour que ses dernières attaques soient vraiment efficaces. Elle s’apprête à lever la main, son sortilège final prêt, lorsque la rousse se relève et lui assène un coup d’épée droit dans le buste.

Je sursaute, et ouvre la bouche d’étonnement : je croyais, comme Aurora, que son adversaire était encore immobilisée ! Mais non, c’était une feinte ! Incroyable retournement de situation ! En quelques secondes à peine, le match est terminé. L’étonnement laisse rapidement place à l’agacement chez la mage blonde. Je la vois renifler méprisamment, et se redresser en attendant que son avatar retourne à sa base, où il sera revitalisé et d’où elle devra repartir pour continuer à jouer.

« A charge de revanche », dit-elle à la rouquine avant de se faire dématérialiser.

Il ne reste plus que Ruby et moi sur le plateau. Je me remets encore de ma surprise, et je m’exclame à son intention :

« Wahoo ! C’était extra ! Vraiment génial ! Je ne m’y attendais pas du tout ! Tu es vraiment douée, dis donc ! »

La rousse me lance un regard neutre, mais ne répond pas. C’est un peu agaçant, d’autant plus que normalement quand on complimente quelqu’un on s’attend à ce qu’il nous remercie au moins un minimum. Son comportement me déstabilise un peu. Je balbutie :

« Bon… euh… Je vais continuer… A plus, hein… »

Je me retourne et fais quelques pas, lorsque j’entends sa voix m’appeler pour la première fois :

« Mielle, c’est ça ? Tu devrais visiter la partie sud-ouest de l’île.

- Euh… Ok, je vais faire ça alors… Merci. »

Elle hausse les épaules, et se désintéresse à nouveau de moi : je la vois nettoyer son épée avec l’herbe de la plaine, puis la ranger dans son fourreau.

« A plus. »

Elle me dépasse à grands pas, et bientôt elle disparaît au détour d’un virage. Je hausse à mon tour les épaules : étrange personnage, mais mieux vaut éviter de la juger trop rapidement. Peut-être qu’il ne s’agit que d’un trait de caractère qu’elle veut donner à son personnage, ou bien a-t-elle des problèmes de voix. A moins qu’elle ne soit timide. Ou pressée.

Je redescends assez rapidement, et me retrouve bientôt sur la partie la plus basse de l’île, à moins d’un mètre de la mer. Une plage de sable fin s’étend à perte de vue devant moi, bordée d’un côté par les clapotis bleuâtres de la mer, et de l’autre par une rangée de petites cabanes en bois ; en suivant cette direction, je constate sur la carte qui s’affiche dans un petit carré à droite intitulé : « Mémoire », que je rejoindrais le marché de Granchemin, situé au centre de la ville. Je suis tentée de découvrir la ville et ses quartiers visuellement parfaits, mais d’un autre côté voir le combat de Ruby et d’Aurora m’a stimulé au point que je préfère terminer la quête du didacticiel le plus rapidement possible, pour pouvoir m’amuser à me battre virtuellement avec d’autres personnages, moi aussi !

Devant moi, à l’ouest, se dresse un ponton qui se dirige droit dans la mer. Il me faut donc, si je suis les conseils de la rouquine, me diriger un peu plus vers le bas de la carte. Je quitte le sentier et le sable qui crisse agréablement sous mes pas, et pénètre à l’intérieur d’un chemin d’herbe verdoyante.

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Re: GofUl Online

Message par Adena H. le Mer 1 Juin - 13:20

5. Entrée dans le jeu 4-3

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Je suis super contente maintenant que j’ai réussi cette première véritable quête, car j’ai gagné un niveau au passage. Bon, j’ai perdu mon immunité en combattant contre ce type bizarre habillé tout de noir, mais ça ne me dérange pas vu que c’était un coup calculé : nous avions le même niveau, et comme je m’étais entraînée un peu avant sur des PNJs, je savais comment réagir, où et comment lancer mes réserves de mana. Cependant, c’était assez étrange, un peu comme s’il attendait que je détruise son avatar… Oui, décidément, ce type est carrément étrange.

Je vais dans ma page de compétences pour voir les nouvelles fonctionnalités que ce niveau a débloqué. Tout d’abord, j’ai la possibilité d’augmenter la quantité de mes artéfacts : le jeu reprend le principe réaliste du poids des objets (tout en l’adaptant, évidemment, sinon Ruby ne pourrait jamais se déplacer), c’est-à-dire que plus j’ai d’expérience, plus je prends l’habitude de porter des objets de plus en plus lourds. Avant, je n’avais que mes trois misérables fioles de soin dans mon pauvre sac de toile de jute ; à présent, dès que j’aurai amassé assez d’argent du jeu, je pourrai me rendre chez le PNJ forgeron pour qu’il me fabrique une armure qui me procurera plus de points de défense une fois revêtue. J’ai aussi déverrouillé une nouvelle compétence : Immobilisation qui, comme son nom l’indique me permet d’immobiliser mon adversaire pour une durée de deux secondes. Ce n’est pas le plus top, mais plus j’y mettrai de points de compétence, plus la durée augmentera. Apparemment, au niveau 100, ce sort permet d’immobiliser un adversaire pendant deux minutes ENTIERES !

Je décide, enfin, d’augmenter ma compétence : Soins. Parce que même si j’ai hâte de tester l’autre et d’immobiliser à tour de bras, augmenter ma compétence Soins est quand même, logistiquement parlant, plus… hé bien, plus logique. Si mes adversaires sont plus rapides que moi, je n’arriverais jamais à les toucher assez longtemps pour les ralentir, et mes réflexes ne sont pas assez importants pour que je profite de ces deux petites secondes, pour mener une autre attaque durant ce laps de temps. Alors que plus j’augmente la capacité de mon personnage à soigner, plus cela me permettra de regagner des PVs. Ca me semble tout bénef, quoi.

Alors que je termine mes actions administratives, j’entends une voix nasillarde s’élever de mon haut-parleur.

« Oh oh… Une noob…

- Regarde, chérie. Elle s’est battue. »

Leurs intonations ont un je-ne-sais quoi de suffisamment déplaisant pour que je me dépêche de revenir sur l’écran du jeu : ils ont l’air d’anticiper un quelconque plaisir, et j’ai peur que ce plaisir n’ait un pseudonyme, le mien. Mon intuition se précise lorsque je pose le curseur de ma souris sur leurs avatars, et que je découvre deux logos jaune orangé au-dessus de chacune de leurs deux têtes. Ils ont tous les deux les cheveux blancs. La fille, Milicanya (non mais sérieux, c’est quoi ce prénom ?) porte un diadème sur la tête. Elle a l’air languissante, tandis qu’elle enroule son corps fort dévêtu autour de celui de son compagnon, dont les yeux rouges n’ont assurément rien de rassurant.

« Je m’en occupe, ou tu t’en occupes ? », demande-t-elle langoureusement en plaçant sa main sur la hanche de Dalibor.

« Laisse-moi ce plaisir, Milica d’amour. »

Si je ne comprends toujours pas ce qu’ils s’apprêtent à faire, c’est que je ne suis pas très observatrice. Et si je ne comprends pas qu’à deux contre un (moi) je n’ai aucune chance, non pas parce qu’ils sont deux mais parce que chacun d’entre eux a un bâton de pouvoir en main, ce qui signifie qu’ils ont dépassé le niveau 30 du jeu – alors je ne comprendrai sans doute jamais rien de ma vie.

Le garçon tend paresseusement la main qui tend le bâton de pouvoir dans ma direction. Je le vois plisser ses paupières un instant, ce qui fait dangereusement ressortir ses pupilles rouges, tandis qu’il se lèche les lèvres. Si ce type a le même comportement en vrai que dans le jeu, je ferais mieux de prendre autant d’informations que possible dessus afin de réussir au mieux – à l’éviter. Il lâche un simple mot, et un éclair foudroie brusquement mon avatar, le réduisant en bouillie immonde.

L’image sur l’écran se fige, et je pousse un soupir de soulagement. Le son de l’éclair et de la peau en train de griller était atroce, mais ça n’a pas duré longtemps. Un message apparaît, pour m’expliquer que je suis morte (merci bien, je le sais, je l’ai vécu !) et que je serai régénérée une fois de retour dans la base de ma faction dans 10… 9… 8… 7… 6… 5… 4… 3… 2…1…

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Re: GofUl Online

Message par Adena H. le Mer 1 Juin - 13:22

6. Déconnexion (1)

Connexion : off –


Pfiou, j’ai eu chaud. Heureusement que ce n’est qu’un jeu, et qu’on peut mourir autant de fois qu’on le veut sans presque aucune incidence sur notre personnage. Evidemment, il y a toujours des pertes et des gains dans les combats, mais comme le niveau du mec aux yeux rouges était bien plus élevé que le mien, il n’a réussi qu’à piocher dans une toute petite partie de mes provisions. C’est souvent comme ça que ça se passe, dans ce genre de jeu à niveaux : pour inciter les joueurs les plus aguerris à s’attaquer à d’autres membres de leur niveau, le gain retiré dans ces cas-là est plus important que si tous les anciens s’en prenaient aux petits nouveaux sans défense. Là par exemple, je peux constater que je n’ai perdu que fort peu de thalers, le nom de la monnaie du jeu. Si Wiley m’avait battue, il aurait sans doute obtenu 75% de mes provisions totales. Pour le coup, je m’en sors plutôt à bon compte.

Tandis que mon avatar se revitalise, je jette un vague coup d’œil par la fenêtre de mon appartement. Et je cligne plusieurs fois des yeux, perplexe : il fait nuit, et je ne m’en suis même pas rendue compte plus tôt ! C’est fou, ça, j’étais tellement absorbée par ce nouveau jeu, par ce tout nouvel univers, que je n’ai même pas pris la peine de m’arrêter un peu pour manger à midi. Je n’ai tout simplement pas vu l’heure passer, et mon estomac ne s’est même pas manifesté pour me rappeler à l’ordre, comme il a pourtant l’habitude de le faire dans ces cas-là. Il n’est pas si tard que ça, mais je trouve incroyable que mon corps se soit mis en sommeil aussi longtemps, sans même que je ne ressente l’envie de boire ou d’aller aux toilettes ! Demain, il faudra que je pense à programmer mon réveil pour faire une petite pause de midi, histoire de manger un morceau avant de me replonger dans GofUl, et pourquoi pas faire une petite marche à l’extérieur afin de me dégourdir un peu les jambes.

J’étire mes bras vers le plafond tout en poussant un long bâillement. Maintenant que j’ai à nouveau conscience de mon corps, je sens que mes yeux picotent de fatigue, et que les muscles de mon corps se plaignent de la position assise, dans laquelle je les ai maintenus trop longtemps. Je retire le joystick toujours accroché à mon poignet, et le pose délicatement à côté de mon clavier. J’éteins les enceintes, et ordonne à mon ordinateur de s’éteindre pour la nuit. Si je me contentais uniquement de le mettre en veille, la tentation serait trop forte de me relever et d’aller me refaire une petite mission en plein milieu de la nuit. Ca s’est déjà produit, et je ne vous raconte alors même pas mon état le lendemain matin ! Pire qu’un zombie !

L’un des avantages d’habiter seule, est de pouvoir se faire à manger quand on en a envie, et surtout de manger ce dont on a envie. Quand j’habitais chez mes parents, j’étais obligée de manger à heure fixe, que je le veuille ou non. Et, surtout, ils faisaient en sorte de varier les menus afin d’être sûrs de manger sain et équilibré. Je me dirige paresseusement vers mon frigo, et en sors une barquette toute prête à faire réchauffer au micro-onde. J’attends les deux minutes trente nécessaires à son réchauffement, et je m’attable sans plus de cérémonie sur la table basse de ce qui correspond à mon salon et à ma chambre. Je suis un instant tentée de mettre les informations à la radio, vu que je n’ai pas un budget suffisant pour m’acheter une télé, mais je renonce. Je sens que mon esprit a besoin de calme, après toutes ces stimulations précédentes.

N’oubliant pas l’hygiène, je prends ma douche et vais me laver les dents, avant de me mettre en pyjama et de m’installer dans mon canapé-lit. Je programme mon réveil pour me lever vers les huit heures du matin, ce qui me laissera suffisamment de temps pour me reposer et ne plus être fatiguée. En plus, comme ça, le temps de prendre mon petit-déjeuner plus de membres auront eu le temps de se connecter. Franchement, j’ai hâte de m’allier à une équipe pour détruire un de leurs donjons. Ceci fait, je suis fin prête à dormir.

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Message par Adena H. le Mer 1 Juin - 13:24

8. Arc : Abiel - Les oiseaux (2)

Octavia s’approcha tout doucement de Ruby et lui montra silencieusement une direction sur notre droite. Ruby hocha la tête. Les traits de son visage étaient tirés, tous ses sens en alerte. Je dressai l’oreille, sans rien entendre de particulier. Je tournai la tête vers Ruby, mais elle me fit signe d’un geste de rester immobile : si je n’avais pas eu confiance en son jugement infaillible, j’aurais sans doute protesté ; mais ce n’était pas le cas : je lui aurais confié ma vie.

Gabriel brisa le silence au bout de ce qui me parut une longue minute :

« Ca vient de là-bas… Regardez ! »

Une masse noire indistincte s’avançait droit vers nous, dans le ciel, à vive allure.

« Mais qu’est-ce que… »

Octavia n’eut pas le temps de terminer sa phrase : Ruby la projeta au sol, lui évitant de justesse d’être déchiquetée par les serres d’un rapace au plumage aussi noir que le geai.

« Vite ! A l’abri ! »

Je ne perds pas une seconde à me relever. Sans réfléchir j’étends vivement la main et attrape une lanière du sac-à-dos contenant nos maigres provisions, que je ramène vers moi d’un mouvement furtif. Puis je me mets debout et cours sans demander mon reste dans la direction choisie par les autres, me contentant de la crinière rousse de Ruby pour seul repère. Les cris des oiseaux se font plus pressants à mon oreille, et je me force à résister à la tentation de me retourner pour voir s’ils sont encore loin – ça me ferait perdre trop de temps ! Mes pieds butent sur une faille dans le sol que je n’avais pas vue, et je manque tomber. Je reprends mon équilibre de justesse, saute par-dessus un rocher – une main enserre mon bras comme dans un étau et me fait dévier de ma route. Je hurle. Une main vient se poser sur ma bouche ; je la mords.

« Aïe ! »

De soulagement d’entendre la voix de Gabriel, je desserre les mâchoires. Il en profite pour retirer sa main, tandis que je ne suis pas sûre de vouloir me détendre à cent pour cent.

« Mais t’es dingue ou quoi ! », me réprimande sèchement Gabriel en un chuchotement presque inaudible.

Ruby nous fusille du regard et nous fait signe de cesser nos bavardages. Elle ressemble à Mrs Jean, mon institutrice de primaire : quand elle nous lançait ce regard noir, nous avions tout intérêt à cesser ce que nous faisions dans la seconde – qu’il s’agisse de bêtises ou non. Mon instinct de conservation est revenu au triple galop, et je me suis calmée.

L’endroit dans lequel nous avions trouvé refuge était sombre. Le battement d’aile des oiseaux me parvenait encore assez fort aux oreilles, mais il semblait plus étouffé que lors de ma course. La curiosité me piqua : nous nous trouvions dans ce qui avait l’air d’une grotte. Etait-elle profonde ? D’autres que nous l’avaient-ils déjà découverte ? Quelqu’un d’autre se trouvait-il encore à l’intérieur ?

Nous restâmes encore immobiles pendant une bonne dizaine de minutes écoutant la menace extérieure s’éloigner à tire d’ailes dans le lointain, dizaine de minutes pendant lesquelles je continuai mon inspection visuelle sans trouver de nouvel indice permettant de répondre à mes questions.

« Je sais qu’ils sont partis depuis dix minutes, mais je voulais être sûre qu’ils ne feraient pas demi-tour en nous entendant bouger », annonça enfin Ruby. « On ne sait pas de quoi il s’agit, s’ils sont programmés pour nous attaquer ou s’ils passaient juste par hasard. En tout cas, si nous devons vraiment les combattre à un moment, autant que nous soyons prêts. Nous pouvons repartir.

- Attends, je l’interromps. Profitons de l’occasion pour aller jeter un coup d’œil à l’intérieur. »

Les autres me jettent un regard perplexe. Octavia fait la moue. Finalement, c’est Gabriel qui résume leur pensée commune :

« Nous sommes tout prêt de notre but, Mielle. Nos provisions s’épuisent à vue d’œil, tout comme notre moral. Si tu veux vraiment explorer la grotte, libre à toi de le faire au retour. Pour ma part, ce n’est qu’une simple cavité souterraine naturelle sans aucun intérêt, et je suis d’avis de repartir sans plus perdre de temps. »

C’est à mon tour de faire la moue. Je n’ai pas envie de les abandonner, parce que ce sont mes amis et qu’il me semble logique de se sortir du pétrin dans lequel nous nous sommes embourbés en nous serrant les coudes ensemble ; mais aussi parce que je me suis rendue compte que je n’étais pas très douée pour me débrouiller toute seule dans le jeu : mes sorts d’attaque sont moins puissants que mes sorts de défense.

« Une minute. Je vous demande juste une petite minute », j’essaye de négocier. Comme je sais que Gabriel peut se montrer intraitable, je m’empresse de rajouter : « Je reviens ! » Et, sans leur laisser le choix, je m’éloigne d’eux. Je créé une boule de lumière que je fais léviter un mètre devant moi, et je m’enfonce résolument dans les profondeurs de la grotte.

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Message par Adena H. le Mer 1 Juin - 13:26

9. Arc : Abiel - Au sommet (3)

Le sol de la grotte est légèrement incliné vers le bas, je sens que je descends de plus en plus bas. Je continue à marcher d’un bon pas dans la galerie principale, jusqu’à ce qu’elle se divise en trois chemins différents. Hésitant à peine une seconde, de peur de ne pouvoir rattraper mes amis, je choisis de m’engouffrer dans celui du milieu. J’avance pendant près de quinze mètres en ligne droite, prenant néanmoins le temps d’observer les recoins les plus sombres au cas-où ils cacheraient de mauvaises surprises. Soudain, le tunnel s’agrandit pour former un passage moins étroit, en forme grossière de rond. Je m’approche, intriguée par les formes éparpillées au sol. Et blanchis en comprenant qu’il s’agit d’os. D’animaux ?… Ou d’humains ?

Je ne pense pas que les animaux portent des armures. Ou des bagues. Elles sont rouillées, sans doute entreposées dans l’obscurité et dans l’humidité depuis quelques années. Sur l’un des oriflammes, on peut encore voir la forme d’un blason rouge et gris à l’intérieur d’un autre blason plus petit, et encadré de ce qui ressemble à… Je n’en mettrais pas ma main à couper, mais on dirait une tête de tigre surplombant dangereusement une licorne. Seules les lettres suivantes sont encore lisibles, bien qu’on ait l’impression que le drapeau a été passé vingt mille fois à la machine à la ver : H O N O R A B.

Nous nous serions donc réfugiées dans la grotte d’un prédateur. C’est bon à savoir : je fais immédiatement demi-tour. Je ne sais pas pour vous, mais pour moi c’est une raison suffisante pour rejoindre l’avis du reste du groupe et repartir immédiatement à la recherche d’Abiel.

En peu de temps, je les retrouve : ils sont adorables, ils m’ont attendu. Gabriel me lance un regard réprobateur :

« Deux minutes.

- Hein ?, je demande, un peu perdue.

- Tu avais dit que tu revenais dans une minute. Tu en as mis deux. »

Je soupire et lève les yeux au ciel. Nous n’avons pas de montre. Alors, pourquoi cela ne m’étonne même pas de lui qu’il ait compté les secondes dans sa tête depuis mon départ ?

« Tu as trouvé quelque chose d’intéressant, au moins ?

- Non, désolée. Un peu plus loin, le chemin s’est divisé en trois parties différentes et je n’en ai visité qu’une. Elle ne contenait que des vieilleries. »

Nous sortons prudemment de notre cachette, observant le ciel d’un œil méfiant au cas où les oiseaux reviendraient dans notre direction. Mais ce n’est pas le cas, et nous nous détendons tandis que nous reprenons notre route vers le sommet. Et que nous l’atteignons. Sans y trouver personne. Et pourtant, ce n’est pas comme s’il y avait beaucoup de cachettes, à cette altitude : devant nous s’étend un petit plateau sur lequel une vingtaine de personnes de notre corpulence pourraient se tenir sans se faire tomber. Au-delà, je ne promets rien.

« Je crois qu’il y a un problème… », ose dire Octavia. « Tu crois que nous nous sommes trompées ?

- J’ai beau regarder tout autour, je ne vois aucun sommet plus haut que le nôtre.

- Evite de regarder en bas, j’interviens en empoignant le bras de Ruby et en la ramenant un peu plus vers le centre du plateau, tu risques d’avoir le vertige.

- C’est forcément là », murmure Gabriel. Il est perplexe. « Nous serions-nous trompés d’endroit ? Non, impossible… Nous aurions alors mal compris les indications ? »

Je me mords l’intérieur de la joue afin d’éviter de hurler. Si ce n’est pas là ; si, pour une raison ou une autre, nous avons tout compris de travers ; alors nous mourrons dans le jeu. De vieillesse. Parce qu’à force de suivre à chaque fois des fausses pistes, nous n’arriverons jamais à atteindre la sortie. J’ai brusquement une forte envie d’éclater en sanglots, mais je me force à reprendre le contrôle de ma respiration afin de me calmer. Ca n’est pas très concluant. Je serre très fort mes paupières. Quand je les rouvre, mes yeux inondés de larmes aperçoivent une forme blanche, immense, tournée vers moi, à l’extrême opposé de nous.

Le vent du sommet fait danser en tous sens mes cheveux. A moins que ce ne soit l’air que créé la forme blanche en dépliant ses ailes pour se poser. Et alors, j’ai à nouveau envie de crier. Je ne me retiens pas.

Une voix profonde, comme sortie d’outre-tombe, ou celle des bandes annonces de films, couvre mon hurlement :

« AMIS OU ENNEMIS ? »

Je suis tétanisée. Et je ne suis pas la seule. Octavia tremble à côté de moi. La voix de Gabriel n’est guère plus qu’un couinement lorsqu’il demande :

« Abiel ?

- LEQUEL D’ENTRE VOUS OSE PRONONCER MON NOM SACRE ? »

Gabriel se ratatine sur lui-même.

Ruby, la main sur le pommeau de son épée (mais sans l’avoir sortie de son fourreau – je me demande si son arme lui serait réellement utile contre une entité aussi puissante… aussi majestueuse… aussi lumineuse… que celle qui nous fait face), prend alors à son tour la parole :

« ABIEL, nous venons demander ton aide. Mes compagnons et moi sommes bloqués dans le jeu. Nous ne sommes pas ici pour te faire du mal, nous voulons simplement des réponses à nos questions.

- ME FAIRE DU MAL ? A MOI ? »

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Message par Adena H. le Mer 1 Juin - 13:27

7. Arc : Abiel - Sur la montagne (1)

Plus nous montons, plus l’air se raréfie. Je ne suis pas la seule à avoir du mal à respirer, Ruby a aussi du mal à reprendre son souffle. Elle essaye de ne pas le montrer, comme elle le fait d’habitude avec ce qu’elle considère comme des faiblesses.

« Pause, j’expire douloureusement en m’arc-boutant et en posant mes mains sur mes genoux.

- Pas le temps, réplique Gabriel. Plus nous trainerons, plus nous perdrons de temps…

- J’ai les jambes en compote », l’interrompt Octavia. « Arrêtons nous cinq minutes Gab, d’accord ? », rajoute-t-elle sur un ton plus conciliant.

Gabriel tourne un regard agacé vers Ruby en quête de soutien, mais celle-ci se contente de hausser les épaules avant de se détourner. Il abandonne à son tour, comprenant qu’il est inutile de nous brusquer.

« Profitons-en pour faire le point », dit Octavia tout en s’asseyant à même le sol. Elle commence à se masser les jambes. « Que savons-nous de cet Abiel ?

- Seulement ce que nous a laissé entendre le PNJ de la grotte d’Opale. Qu’il était puissant, qu’il pourrait nous aider à avancer dans notre quête, et qu’il se trouvait sur le plus haut sommet jamais atteint. »

Je tourne mon regard vers Gabriel. Maintenant que je me suis un peu reposée, je me sens mieux. Evidemment, j’aimerais pouvoir ne pas avoir à grimper virtuellement au sommet de l’une des plus hautes montages d’Ulrig comme si je faisais réellement de l’alpinisme, mais puisqu’il m’est impossible de me déconnecter, je n’ai pas le choix. Aucun d’entre nous ne l’a. Je demande :

« Gentil ? Méchant ?

- Aucune idée.

- Tu crois qu’il va falloir se battre contre lui ? Je ne suis pas sûre d’avoir entièrement récupéré… »

Gabriel lève la main et réplique fermement :

« Doucement ! Une chose à la fois, Mielle. Premièrement, on le trouve. Ensuite, on avisera. »

On se regarde tous les quatre attentivement, et un silence gêné s’installe, pesant. J'imagine qu'ils pensent la même chose que moi : si l'un d'entre nous se fait tuer au combat, il mourra dans la vraie vie. En tant qu’unique mage du groupe, si je me prends un coup et que, pour une raison ou pour une autre, je suis incapable de les soigner à temps, leur avatar sera effacé du jeu, et les câbles reliés à notre cerveau nous grilleront nos neurones. Je frissonne, mais pas de froid.

Ruby se reprend enfin, et nous sort de notre léthargie en annonçant :

« C'est reparti. »

Je me lève avec difficulté et nous nous remettons en route, sans un mot. Gabriel est en tête, il nous ouvre le passage. Octavia me prend par le bras, et le passe sous le sien. Sa chaleur me réconforte, même si je sais que cette impression n’est pas réelle : les capteurs reproduisent ces sensations, comme si l’on touchait vraiment tout ce qu’on touche dans le jeu. C’est faux, puisque ce n’est qu’un jeu. Elle me redonne espoir, et je me force à me montrer forte pour eux. Je ne sais pas quels autres coups tordus le concepteur de GofUl a prévus, mais je décide de faire tout mon possible pour ne jamais les lâcher.

Ruby ferme la marche juste derrière nous, aux aguets. Comme d’habitude, elle ne dit presque rien, mais ça ne veut pas dire qu’elle nous ignore ou qu’elle se moque de ce que l’on peut ressentir ; simplement, elle a une manière différente de communiquer que la nôtre. Elle parle moins, mais chacune de ses actions est efficace et tend vers le but que l’on s’est fixés. Et puis, elle m’a déjà sauvé la mise en de maintes occasions : j’ai inconditionnellement confiance en elle.

Nous marchons encore environ une heure entière, avant de refaire une pause. Cette fois-ci, Octavia retire son sac-à-dos et nous donne à tous une petite portion de nourriture.

« Merci ! »

Je souris, reconnaissante, à Octavia et prend le sandwich au thon qu’elle me tend. Je mords dedans sans demander mon reste, avant de me rappeler que même s’il ne s’agit que de nourriture virtuelle, ce sera la seule à laquelle j’aurai droit avant encore plusieurs heures. Nous ne savons pas combien de temps nous allons mettre avant de tomber sur le mystérieux Abiel, et comme nous sommes à plusieurs lieues de tout commerce et de toute habitation, nous avons décidé avant de partir que nous ne consommerions que le minimum nécessaire à nos actions de base, sauf exception.

Je mâche plus lentement, savourant le goût de thon que synthétisent mes capteurs (réels, eux), et observe le paysage alentours. Des pics se sont élevés sur le mont que nous gravissons, donnant l’impression surréaliste que des montagnes sont nées de la montagne sur laquelle nous nous trouvons. Des crevasses abritent des lacs de pluie, autour desquels la végétation s’est peu à peu installée.

Je me prends à rêvasser devant ce tableau incroyable, lorsque Ruby se raidit soudain. Elle pose la main sur la poignée de son épée, et se met en garde.

« Silence ! », nous intime-t-elle. « Vous entendez ?... »

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