Fil bleu : Ersi/William

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Fil bleu : Ersi/William

Message par Adena H. le Mer 29 Juin - 11:36

F bis.

C’était étrangement excitant. D’être placée à la même table que William, mais de faire en sorte de ne pas se connaître, de ne pas s’apprécier. C’était peut-être un peu vrai, je n’avais pas une grande estime de lui, même si je savais reconnaître la valeur de ses qualités, comme sa loyauté envers Charles et sa connaissance profonde et structurée du monde des affaires. Mais malgré tout cela restait dangereusement excitant… tant que personne d’autre n’était au courant, nos parties de jambe en l’air restaient irréelles, un petit moment de plaisir coupable sans aucune conséquence. Et c’était si bon de se faire du mal… La jambe de William frôla mon pied sous la table, et je tressaillis légèrement. Son regard sombre était ancré dans le mien, comme s’il étudiait chacune de mes réactions, et un léger rictus remonta le coin de ses lèvres lorsqu’il me vit frissonner de désir. De désir pour lui. Le pied se retira. Je m’efforçai de me concentrer sur la conversation que j’avais avec Daisy, la sœur cadette de Charles, mais peine perdue : elle me racontait ses études et la difficulté de ses concours, mais je ne pouvais rien faire d’autre que de hocher la tête en faisant semblant de comprendre ses problèmes. Car j’avais l’esprit ailleurs : William m’ignorait superbement et discourait avec ses connaissances sans aucun soucis, mais les rares fois où il me lançait un regard, j’avais l’impression qu’il me déshabillait du regard, que j’étais nue sous son regard. Et je ne pouvais alors plus penser à rien d’autre qu’à la nuit de passion que nous avions passée tous les deux moins d’une semaine avant. Une nuit que mon corps souhaitait ardemment reconstituer dans les moindres détails… car après tout, dans le cas contraire, je ne rêverais pas de lui aussi souvent, n’est-ce pas ? Je soupirai sans m’en rendre compte, mais Daisy se rendit compte qu’elle m’embêtait et, rougissant, changea de sujet.

- Je suis tellement angoissée à l’approche de mes examens que je parle, je parle… Mais toi, je ne t’ai pas encore demandé, comment ça se passe à ton travail ? Tu t’occupes toujours des vêtements pour la série ?

Mince. A présent, j’étais gênée. Je m’étais laissée à rêvasser devant cette jeune femme qui ne m’avait rien fait de mal, qui était douce et toujours aimable avec moi. Il fallait que je fasse un effort. Reconcentre-toi, Ersi, m’intimais-je ! Je tournai mon regard vers elle et lui fis un sourire d’excuse :

- Tout se passe bien, je te remercie, je travaille toujours sur la même série.

Je m’arrêtai un instant, réfléchissant à la manière dont j’allais tourner ma phrase : Daisy était tellement inquiète à ce propos, tellement fragile, que je voulais faire en sorte de la mettre à l’aise. Puis je repris :

- C’est tout à fait normal de s’inquiéter pour ses examens, Daisy. Je n’y connais pas grand-chose, je ne connais pas du tout le milieu de l’économie et du management, c’est pour ça que j’ai un peu de mal à suivre, mais si ça te fait du bien d’en parler, je t’en prie continue n’hésite pas à m’embêter, j’adore être embêtée pour ce genre de choses.

Ma remarque lui arracha un léger sourire hésitant. Elle ne savait pas si je disais cela par politesse ou bien si j’étais sérieuse ou bien si je me moquais d’elle, malgré la douceur que j’avais tenté d’insuffler dans ma réponse. La preuve en fut qu’elle répliqua :

- Merci, mais je pense que ça suffit pour aujourd’hui de m’inquiéter de mes études.

- Quand auras-tu les résultats de ton écrit ?

- Dans moins de deux semaines. Et ensuite, si je suis prise, et seulement si je suis prise, ils me convoqueront pour l’oral.

- Et tu te sens bien préparée ?, lui demandai-je, pleine de sollicitude pour compenser ma déconcentration de tout à l’heure et me rattraper.

- Oh, on n’est jamais assez bien préparé pour ce genre d’entretien. Le jury nous juge de la tête aux pieds, et analyse le moindre mot que l’on prononce, la moindre tournure de phrase. Personne ne peut être vraiment à l’aise devant un tel regard.

- Oh, dans ce cas je ne me fais plus aucun souci pour toi, m’exclamai-je vivement en mimant l’enjouement. Car d’après ce que tu me dis, ton cousin William t’a préparé à ce moment pendant toute ta vie !

Je ne pus m’empêcher de pouffer face à la comparaison, et Daisy, qui avait bien trop de respect pour son cousin pour agir de même et se moquer de lui, osa malgré tout sourire à ma remarque. Je lui rendis son sourire, sincèrement heureuse de voir que le courant passait bien entre nous : Daisy était une jeune fille charmante, d’un abord agréable, quoi que timide. Elle ne se sentait pas facilement à l’aise parmi les étrangers, et comme cela ne faisait que la seconde fois que nous nous voyions toutes les deux, je pris cela pour une victoire – la preuve étant qu’elle n’avait adressé que quelques mots aux amis de son frère et de son cousin ; Pearl lui avait parlé, mais c’était plutôt elle qui avait fait la conversation et qui l’avait menée là où elle le désirait, plutôt que le contraire.

La conversation devint ensuite plus générale, quand Charles demanda ce que nous avions prévu de faire de nos vacances, et si nous étions tentés par une invitation dans une maison en bord de mer que louait ses parents. Je restai un peu plus en retrait, étant donné que je n’avais même pas prévu de poser des jours de congé, mais la discussion s’anima et tout le monde à table y alla de son petit mot. Apparemment, Scarlett et moi nous étions trop éloignées depuis qu’elle avait rencontré Charles, car elle ne m’avait jamais parlé avant cela d’une expédition à la mer. D’un autre côté, je pouvais la comprendre, parce que ces derniers temps je n’étais pas d’un abord facile. Alors, quand elle se leva pour aider à débarrasser la vaisselle, je profitai du moment pour prendre moi aussi une petite brassée d’assiettes et la suivre jusque dans la cuisine. Je pensais profiter du moment pour lui en glisser deux mots, voire peut-être la taquiner en disant quelque chose de niais, comme quoi elle se transformait en une version sirupeuse de nos meilleures années, à Aidan et à moi. Mais lorsque j’arrivai dans la cuisine, j’eus la désagréable surprise de me rendre compte que Pearl nous avait suivies. Je me renfrognai, mais faisant contre mauvaise figure bon cœur, je me contins. Même quand Pearl se mit à discuter avec animation de ces projets de vacances, et qu’elle tenta de soutirer des informations sur la relation que Scarlett entretenait avec Charles. Et pendant tout ce temps-là, je rongeai mon frein.
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Adena H.
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