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 (a.) écrire pour exister

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Adena H.
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MessageSujet: (a.) écrire pour exister    Ven 16 Nov - 16:52

2012.

11/02/12. Orientation.
12/02/12. Embryons.
14/02/12. Récoltes.
14/02/12. Rêve (1) + Rêve (2).
18/02/12. Oubli.
19/02/12. Nouvel An/Communication.
23/02/12. Procrastination.
23/02/12. Angoisses.
29/02/12. Langage.

10/03/12. Fouille-merde.
12/03/12. Avenir.
16/03/12. Vertige.
19/03/12. Origines + Tout.

08/05/12. Submersion.
15/05/12. Peter Pan.

05/06/12. Quotidien.
14/06/12. Virulence.
22/06/12. Modèle.
29/06/12. Foire-à-tout.
30/06/12. Notes.

11/07/12. Déception.

01/08/12. Abusé.
01/08/12. Invisible.
10/08/12. Brioude.
14/08/12. Besse.
15/08/12. Astres.

15/09/12. Vingt-et-un ans.
26/09/12. Urgences.

02/10/12. Mémoire.
08/10/12. Clairvoyance.
15/10/12. Mauricette.


2013.

12/02/13. Coincée.
21/02/13. Septicémie.
26/02/13. Verbiage.
28/02/13. Horizons. - (placé en janvier/mars 2014) -

26/05/13. Rassurance.
18/10/13. Pile.
6/11/13. Mesquine.
17/12/13. Compte rendu ASL n°1.


2014.

21/01/14. Enchaînement.
27/03/14. Remplissage.

7/04/2014. Princesses.
21/04/14. Bribes.

10/06/14. Boomerang.
11/09/14. Expert.
3/11/14. Préparation.
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Adena H.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Ven 16 Nov - 16:53


      11/02/12, 5:55

    Orientation.

    Je ne sais comment, Margot a réussi à me traîner à cette après-midi d'orientation au lycée. Ah si, c'est vrai que c'était surtout pour lui offrir ses cadeaux de Noël, vu qu'à cette période j'ai eu un trou noir pour savoir ce qui pourrait vraiment lui faire plaisir. Alors hier je voulais rattraper le coup, montrer qu'elle était importante pour moi. En plus il fallait qu'elle me parle de son voyage en Pologne, de l'état de l'avancement de la grossesse de sa sœur, si elle avait bien trouvé un appartement là-bas pour ses quatre mois Erasmus. L'après-midi orientation, je m'en fichais pas mal, c'était surtout un prétexte pour la revoir et passer du temps avec elle. En plus, j'étais réticente à l'idée de départ : des anciens élèves du lycée revenant pour "guider" et conseiller les élèves actuels dans leurs futurs choix professionnels. Ca ne me dérange pas d'aider, d'habitude, mais le sujet me semblait un peu en dehors de mes compétences, je n'ai pas fait d'études pour être conseillère d'orientation, moi. Ce serait un peu comme d'indiquer un mauvais chemin à un passant perdu simplement parce qu'on aime bien aider, et non pas parce qu'on connaît vraiment la route à suivre. En plus, comme me l'a fait remarquer Mr. Queffélec d'une manière particulièrement subtile, c'est plutôt amusant d'être venue conseiller des élèves sur leur avenir alors que je ne sais pas moi-même ce que je veux être plus tard. Aux autres, à n'importe qui, je peux dire ce que je veux (comédienne, chanteuse, professeur, astronaute, boulangère) mais je ne peux pas mentir aux personnes que j'apprécie, si ce n'est qui me sont proches. J'aime énormément ce professeur, je le trouve d'une sensibilité désarmante. Je ne l'aime pas au sens strict du terme, hein, bien sûr, mais il me fait penser à une espèce de gros ours affectueux, un peu comme un tonton sécurisant avec qui on aime bien parler même si on le voit plus rarement ces derniers temps. En tout cas, moi, j'aime bien.
    J'étais stressée de parler à quelqu'un de quelque chose, je le suis toujours en général -et non pas parce que je revenais au lycée. Ca va être un enfer plus tard si je passe des oraux. Heureusement seules deux jeunes filles sont venues m'adresser la parole, ça a été expéditif avec la première ("Nom ? Parcours professionnel ? Choix de carrière ? Merci, au revoir.") L'autre semblait plus concernée par son avenir, mais c'est normal qu'on s'en fiche pas mal à cet âge-là. Personnellement ça me passait un peu par dessus la jambe, et je pense que c'est une constante chez les adolescents, en général.
    Au départ Mr. Queffélec ne devait pas rester longtemps, il s'est attardé un peu, puisqu'il avait terminé ses cours, et allait partir quand il nous a vues installées derrière une table, Margot et moi. Il est venu nous saluer, on a discuté. C'est agréable de parler avec lui, mais j'ai l'impression que la barrière prof-élève subsiste toujours avec moi parce que, si ça ne me dérange absolument pas de répondre à ses questions, que j'y prends du plaisir même, j'ai une espèce de blocage quand la conversation revient vers lui. J'espère qu'il ne croit pas que je m'en fiche, c'est vraiment parce que je n'ose pas lui poser de questions personnelles. Et puis ce n'est pas un jeune adulte non plus, donc je ne peux pas prendre cette liberté que j'ai avec les étudiants de la fac, je suis obligée de rester dans un thème général, ça m'étonnerait que ça l'intéresse de discuter de sa vie personnelle avec une gamine comme moi. Et puis, qu'est-ce que ce serait con de lui demander ce qu'il veut faire plus tard ! Alors, quand il arrête de parler, je le regarde, je lui souris, je suis gênée, puis je détourne les yeux en espérant trouver une idée de sujet sur Margot. Qu'est-ce que je peux être bête. Parfois. Souvent. Tout le temps.
    J'ai été étonnée qu'il nous propose d'aller dîner ensuite avec lui. Margot et moi avons accepté, nous avons demandé à d'autres personnes de venir avec nous mais nous ne les connaissions pas très bien et, normalement, elles ne semblaient pas emballées. Samia, surtout, était très drôle : quand on lui a proposé elle nous a dit qu'elle était plutôt d'accord mais qu'il fallait d'abord qu'elle demande à son frère aîné la permission; puis, au moment de partir, elle est venue nous dire qu'elle ne viendrait malheureusement pas parce qu'elle n'avait pas réussi à le joindre. C'était amusant, comme prétexte. Un peu hypocrite, mais amusant. Si elle ne voulait pas venir, elle aurait très bien pu expliquer qu'elle avait déjà prévu de faire autre chose ce soir-là, ou qu'elle devait absolument se coucher tôt. Là, on a eu droit à un petit suspens.
    Margot est rentrée chez elle prendre de l'argent, ensuite nous sommes allées chez moi pour prévenir mes parents, puis nous sommes allées au restaurant chinois du centre-ville. Margot n'aime pas manger chinois, ni en général tout ce qui est épicé, mais elle a accepté parce qu'il n'y avait pas non plus trente mille choix si on voulait manger ensemble. Donc chinois. Le temps d'arriver, nous nous sommes rendues compte qu'une des autres personnes invitées, le bibliothécaire du CDI, avait annulé. Nous n'étions plus que quatre. J'ai bien aimé cette ambiance intimiste, même si parfois Margot et Saïba, la surveillante, parlaient de personne que je ne connaissais pas. Et pourtant, je ne me sentais pas perdue. J'étais un peu comme dans ces longs repas de famille où tout le monde parle autour de moi, pendant que je me tais pour profiter de la chaleur du moment présent, cette impression de communion de personnes totalement différentes malgré tout réunies pour une occasion à la même table. Là, c'était un peu pareil, mais en moins fort puisqu'ils ne font pas vraiment parti de ma famille. Les écouter me suffisait, je ne sais pas s'ils s'en sont rendus compte. Peut-être qu'ils me prennent pour une snob de première qui les trouve inintéressants, parce que je n'ai pas beaucoup ouvert la bouche, ce que Mr. Queffélec pense de moi m'importe étrangement lorsqu'il se trouve dans les parages, alors que c'est ainsi que je suis. Même dans les repas familiaux, mon comportement me fait plus observer et écouter, que participer activement à la conversation. Ca ne veut pas dire pour autant que je n'aime pas me retrouver en leur compagnie, non ?!
    Ca me fait penser au lendemain du nouvel An 2011. Tout le monde était parti, sauf ma tante, mon oncle, et mon cousin. Ma mère et eux discutaient d'une amie que j'avais invité pour la soirée, expliquaient que c'était un plaisir d'être avec elle parce qu'elle montrait qu'elle était heureuse d'être là, qu'elle le disait, qu'elle le communiquait clairement aux autres. Oui, parce que c'est son caractère d'être spontanée et naturelle. Pour ma part, j'ai toujours pensé que je m'étais posée une espèce de censure qui m'empêche de dire et de faire tout ce que je pense ou veux faire, et qu'à présent elle est tellement ancrée en moi que je n'arrive plus à me "décensurer". Les causes en sont nombreuses et profondes, mais il ne faut sans doute pas aller les chercher bien loin : mes parents conformistes en tout. Conformistes, en tout cas, en tout ce que disent les règles de société (il est tard, ou tôt, et la flemme de chercher la définition exacte du mot "conformisme", je préfère largement écrire ce qui me passe par la tête avec les mots qui me viennent le plus spontanément à l'esprit). Bref, je me souviens qu'à ce moment-là je me suis réveillée d'un coup et ait fait remarquer que ce n'était pas parce que je ne le leur avais pas dit de manière aussi exubérante que Fleur que je n'appréciais pas leur présence et que je n'attendais qu'une chose : qu'ils partent. C'est stupide, il faut prendre les gens dans leur ensemble, et non pas ce que l'on remarque le plus chez eux, puisque de toutes manières on ne me prendrait jamais dans mon ensemble puisqu'on ne me remarque jamais. Le plus souvent, je n'ai pas besoin d'exister alors ça ne me dérange pas plus que ça. Je mène ma petite vie tranquillement dans mon coin, sans parler à personne, sans faire de vagues -comme lors des repas en famille, comme lors de ce repas chinois. D'autres fois, plus rares, je me dis qu'il faut que je prenne un peu plus de consistance, que les gens ne passent pas devant moi comme si j'étais complètement invisible. Ces jours-là j'ai envie de crier, d'agiter les bras en tous sens pour montrer que j'existe, de donner des coups de poing partout, de mordre, de pleurer, de hurler, mais ces envies-ci me passent rapidement. Je tasse, je tasse, j'attends que ça explose... Ca viendra bien un jour, de toutes manières.
    En attendant je ne me pose pas de questions. J'essaye de ressentir sans forcément tout analyser (comme je fais lorsque mes parents me parlent), comme hier soir. Mr. Queffélec est un pédagogue vraiment nul, avec ses phrases à rallonge entrecoupées de "Euuuh" mais à partir du moment où on prend la peine (où il a pris la peine) de regarder derrière son simple rôle d'enseignant, qui n'est au final qu'une des multiples facettes dont se parent les professeurs pour nous éblouir de leurs connaissances (de m'écouter), on se rend compte que certains valent vraiment le coup d'apprendre à les connaître. Si Margot n'allait pas si souvent au lycée ("souvent" est relatif, elle n'y passe pas sa vie non plus, mais comparé aux autres étudiants qui ne prennent même pas la peine d'y retourner ça reste malgré tout énorme), et ne me donnait par là même un prétexte pour l'accompagner, je n'irais jamais seule. Et donc jamais. Alors qu'en fin de compte, je crois que si je n'y allais pas de temps en temps, je perdrais quelque chose de très important mais que je n'arrive pas bien à définir. Un peu comme une partie de moi qui aurait été brusquement coupée à partir du moment où j'ai fini le lycée, sans intention d'y remettre jamais les pieds : la fac, c'était une renaissance, un nouveau départ avec l'occasion en or de mettre au placard ces foutues années de lycée -avec des chaînes partout et un cadenas impossible à décoder devant, vous imaginez le temps que ça aurait pris à tout défaire ! Alors que là, même si ces souvenirs ne sont pas forcément agréables ni très plaisants, ça me donne l'occasion de me rendre compte à quel point ils sont importants si je veux comprendre la personne que je suis actuellement, parce que ce sont en grande majorité eux qui m'ont faite. Ca ne veut pas dire pour autant que je suis prête à ouvrir les portes de cette armoire et à dépoussiérer tout ce qu'elle contient, loin de là; mais ça me rappelle, ça m'empêche d'oublier qu'ils existent, alors que c'était là mon seul souhait à l'obtention de mon BAC.
    Il me semble que, dès son retour de chez sa sœur, Margot a l'intention de retourner faire une rapide visite au personnel du lycée avant son départ en Pologne. Si je suis disponible j'étais en train de penser que ça pourrait être une "bonne" idée de l'accompagner, ne serait-ce que pour en profiter pour faire un rapide bilan de ce que cette période de ma vie m'a apportée, ou en tout cas pour me laisser un peu plus aller que ce que j'ai l'habitude de faire lorsque je l'accompagne, et voir où tout cela me mènera puisque Margot ne revient pas avant la fin du mois de juin, moment où les professeurs seront vraisemblablement eux-aussi en vacances -ce qui reporterait ma visite à l'année scolaire prochaine.

    Note : Mr Queffélec et Saïba se sont partagés l'addition. Y penser la prochaine fois et proposer de faire le contraire. Les questions d'argent rendu, prêté, etc. me gênent énormément. Je les ai remerciés à la fin du repas, au moment de partir, en bafouillant. Je ne suis vraiment pas à l'aise avec grand chose, décidément.
    Note² : Que penser de l'idée d'écrire des romans policiers ? À méditer.

    fin à 7:06
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Adena H.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Ven 16 Nov - 16:54


      12/02/12, 00:13

    Embryons.

    Impression que sa présence me ramène en arrière et fait affluer à la surface toutes les émotions que j'ai soigneusement enfouies d'un commun accord avec ma conscience. Ce qui me force à réfléchir, à me créer une opinion personnelle sur les choses qui m'entourent. Ce n'est pas ce qu'il y a de plus évident, plutôt épuisant même puisqu'en dehors de ces rares cas je fais en sorte d'utiliser le moins possible ce système de raisonnement, un peu comme un rouage rouillé à force de n'être plus utilisé, alors qu'il ne devait s'agir au début que d'un système de défense temporaire. Mr. Queffélec -je ne sais comment- si seulement ! (et encore, pas sûre que j'en aurai vraiment envie, j'aurais trop peur des atrocités qui pourraient survenir !)- réussit à dérouiller ces mécanismes longtemps abandonnés par sa simple présence, ses réflexions ont l'effet d'une huile sur le moteur d'une machine.
    C'était la première fois depuis longtemps que je tentais de me créer une véritable opinion sur quelque chose, même si cela n'en est resté qu'au stade d'un balbutiement intérieur (une pensée qui, à peine concentrée, s'éparpille en tous sens et à tous vents, mais qui reste malgré tout le résultat d'un effort latent puisque j'ai été incapable d'ordonner correctement la pensée en question pour la formuler sous forme de mots). Auparavant j'aurais simplement considéré cela comme suffisamment peu important pour m'attarder plus d'une micro seconde dessus, et serais passée à un autre sujet qui aurait subi le même sort -et ainsi de suite.
    Or, à présent que je me remets à lire, j'arrive à avoir un embryon d'avis (mon avis) sur certaines choses, pas sur toutes il est trop tôt pour cela : chaque chose en son temps, pas à pas. The Detachment, un film sur l'école avec Adrian Brody : la semaine dernière je me suis contentée d'écouter mon père et de reprendre ses arguments qui me semblaient plus ou moins correspondre à mon ressenti général, c'était plus simple et cela me demandait largement moins d'efforts. Cyanure, un roman policier de Camilla Läckberg, il y a deux jours : j'arrive à cerner à peu près ce que j'ai aimé de ce qui m'a moins plu. Je considère cela plutôt comme une bonne évolution puisqu’il s’agit de mon opinion personnelle que j’ai fait l’effort de créer de bout en bout.

    Note : Toujours tenter de trouver des points positifs à quelque chose.

    fin à 00:34

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Adena H.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Ven 16 Nov - 16:55


      14/02/12, 8:??

    Récoltes.

    La plupart des personnes que je connais n'ont pas mérité un certain nombre d'épreuves que la vie leur a fait traverser. Pour ma part je pense que l'on ne récolte que ce que l'on sème et que chacune de nos actions nous entraîne vers une succession de chemin que l'on décide de suivre ou non. Je pense que nous construisons notre avenir par une suite de choix présents (au sens actif, c'est-à-dire : aujourd'hui, maintenant), ni forcément bons ni forcément mauvais, qui nous ont entraîné vers là où nous nous trouvons présentement, et qui nous entraînent vers là où nous nous trouverons demain, dans un mois, dans un an, dans une seconde.

    fin à 8:25



    On est ce que l'on est, c'est-à-dire que notre présence en un lieu précis découle directement de quelque chose de logique qui est loin d'être dû au hasard. Simplement, la plupart du temps, les personnes ne s'en rendent pas compte, ou ne prennent pas la peine d'y réfléchir sérieusement, si bien que naît alors la notion de destin et de hasard. Je pense (ce n'est toujours que mon avis personnel) que si je me trouve là où je me trouve actuellement, c'est parce que j'ai décidé de m'y trouver, ou que je me suis engagée sur un chemin qui me mène vers un choix plus évolué; ou encore, pour être plus spécifique me concernant, par une absence de choix qui revient à avoir fait le choix de ne pas en faire.
    Ma vie est un long fleuve sur lequel je me laisse flotter. Le courant m'entraîne, sans que je prenne la peine d'utiliser la barre pour me guider et faire mes propres choix.

    fin à 10:55
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Adena H.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Ven 16 Nov - 16:55


      14/02/12

    Rêve (1).

    Je ne me souviens presque jamais de mes rêves si bien que, lorsqu'au réveil je me rappelle de quelque chose, une impression, une sensation fugaces, je sens qu'il s'agit de quelque chose de trop important pour le laisser s'envoler. Ce jour-là, j'ai rêvé que je me trouvais face à une serrure métallique composée d'un grand nombre de rouages. Je tenais une clé en main, mais je ne savais pas comment m'en servir. Je l'avançais, mais je ratais la serrure; ou bien je réussissais à la faire entrer au bon endroit, mais ne trouvais pas l'encoche qui permettrait de faire bouger le verrou -et, par maladresse et agacement, je retirai la clé pour tenter de recommencer la manœuvre autrement. À un moment, une main (étrangère) se posa sur le dos de la mienne et me guida au bon endroit. Mais elle était trop grosse, il fallait que je tourne la clé moi-même. Et, une fois de plus, il me fut impossible d'enclencher le mécanisme.
    Je ne pense pas que raconter un rêve soit très pertinent si on n'essaye pas de réfléchir ensuite dessus. Freud était un novateur, c'est tout du moins ce que l'histoire dit. Loin d'être une spécialiste, je peux malgré tout tenter de proposer une explication :
    Je me sens coincée, bloquée quelque part. La clé symbolise mon sésame, ce qui me permet d'accéder à un autre endroit, tandis que la porte symboliserait l'obstacle à surmonter pour m'y rendre librement. Jusque là, très bien. La main étrangère représente un ami, un guide (un mentor ?) me guidant jusqu'à la solution : elle me donne des indications en me prenant la main et en m'accompagnant jusqu'à l'obstacle. Or ladite solution ne peut être trouvée que par moi, puisque dans le cas contraire la porte se serait ouverte à l'arrivée de la main étrangère. J'en conclus donc qu'il s'agit d'un blocage quelconque, principalement intellectuel puisque dans le cas contraire je suis tout à fait à même de tourner une clé dans une serrure ! Peut-être une censure imposée par moi ou par un autre, que je n'arrive pas à surmonter. Ou bien un obstacle "réel", c'est-à-dire une contrainte à surmonter à laquelle je sais que j'échouerai aujourd'hui si je devais m'y confronter directement : un examen, une personne, etc.
    À noter également que le lendemain, à cause du froid, il était impossible de faire tourner la clé dans la serrure de mon portail sans forcer. Alors peut-être qu'il s'agit bêtement d'un véritable souvenir enfoui : l'année dernière par exemple ma serrure aurait eu le même problème vers les mêmes températures extérieures. Je n'y aurais pas pris garde sur le moment, mais le souvenir aurait ressurgi durant la nuit précédente. Ce qu'on appelle des rêves "prophétiques" et qui ne sont en fait que des manifestations de notre inconscient.



      16/02/12

    Rêve (2).

    Nous sommes sur une esplanade. Il fait beau, pas trop chaud. Je n'ai pas froid en tout cas. Je ne suis pas toute seule, tout autour de moi se trouvent d'autres corsaires. On attend. Quelqu'un apparaît (un homme ?) et commence avec ses subalternes à faire le partage du butin. Tout le monde autour de moi se presse tandis que nous nous dirigeons vers l'homme. Effervescence. Un des subalternes me dépose brutalement ma part dans mes deux mains tendues. Des jetons, des pièces, des colliers, des bagues. Des bijoux. Brillants. En or. Je veux alors prendre une boucle d'oreille mais en approchant ma main droite je me pique avec le bout du crochet. Mon index saigne.
    Je ne suis pas psychanalyste des rêves, et le seul symbole que je pourrais y déceler serait à mettre en concordance avec le sang que perd la mère biologique de Blanche-Neige au début du conte éponyme des frères Grimm. Selon Erik Pigani "la première reine, mère de Blanche-Neige, se pique le doigt et fait tomber trois gouttes de sang sur la neige blanche avant de mourir quelque temps plus tard en couche. C'est une scène au tout début de l'histoire, préparant la jeune fille à son avenir, qui fait écho à l'innocence de l'enfance qui se perd avec la couleur rouge des menstruations, et le début de la sexualité mais aussi de la possibilité d'une conception." À moins qu'il ne s'agisse d'images intégrées inconsciemment je n'ai eu aucun rapport avec des films/livres/chansons de pirates. À creuser bien que les rêves n'aient pas forcément tous une signification symbolique.

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Adena H.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Ven 16 Nov - 16:56


      18/02/12, 20:42

    Oubli.

    Découvrir le titre d'un des trois livres qu'un nouveau membre lit actuellement m'a donné envie de découvrir Freud. Ca tombe bien, mon professeur de philosophie de terminale nous disait justement que Freud n'écrivait pas comme un scientifique, tout du moins pas régulièrement, et que ses écrits étaient par conséquent plus abordables aux non initiés. Ca ne me fait pas peur.
    J'ouvre une nouvelle fenêtre sur wikisource, je tape : "Freud", puis le texte en question (puisque je ne peux avoir accès à l'autre qui n'a pas encore été traduit en français et qu'il me serait plus compliqué de découvrir étant donné mon piètre niveau dans cette langue). J'en suis à la moitié du chapitre 4 lorsque ses dires font peu à peu écho avec un évènement qui s'est produit récemment : hier après-midi, pour être tout à fait précise.
    Margot et moi nous sommes rendues au lycée pour dire au revoir à une personne qu'elle connaît, la même Saïba qu'il y a une semaine. J'avais personnellement l'intention de m'entretenir avec F. et ne serais jamais venue si je n'avais eu l'espoir de l'y croiser et de pouvoir lui parler ne serait-ce qu'un peu. J'ai la sensation diffuse qu'il s'agit de l'une des personnes les plus importantes de ma courte vie, que je me suis liée à elle sans même m'en rendre compte si bien qu'en la voyant toute une série de sensations ressurgit. Et je voulais le lui dire. J'avais prévu tout un discours à lui réciter, tout en sachant que je n'aurais jamais le culot de le faire. Par bien des côtés je suis lâche, je pense les choses que je souhaite accomplir sans jamais oser aller jusqu'au bout, ou même parfois les entreprendre. La présence de F., étrangement, me procure cette énergie. Je l'ai vu deux fois à une semaine d'intervalle, et à chaque fois les jours qui ont suivi m'ont fait l'effet de m'être fait électrocuter. Je me sens survoltée, agitée intérieurement de sensations produisant sur moi une impression de malaise (de mal être ? comme si je ne me trouvais pas à la bonne place). Ca ne peut pas être le lieu, même s'il doit sans doute y contribuer puisqu'il a été le témoin dudit mal être mentionné quelques lignes plus haut.
    Quoi qu'il en soit Saïba nous a invitées à aller en salle des professeurs, où nous a rejoint F. Nous discutions ensemble lorsque, je ne sais plus à quel propos, la discussion est tombée sur le livre que nous avons eu à l'oral de première et comptant comme note au BAC. Margot mentionne l'œuvre sur laquelle elle est tombée et brusquement, alors que j'étais incapable de répondre à F. auparavant, je me souviens avoir été interrogée sur W ou le souvenir d'enfance de Georges Perec. Je m'intègre donc à nouveau à la conversation.
    - Je me souviens être tombée sur W ou...
    Et là, c'est le trou noir. J'avais le titre en tête il y avait deux secondes à peine, que j'étais à présent incapable de me souvenir de la fin. Selon Freud, si j'ai bien compris sa manière de faire (à défaut de l'avoir assimilée) il s'agirait de mots me rappelant des souvenirs désagréables (c'est le mot).
    1) La conversation portait juste avant sur un épisode désagréable de ma vie, qui a pu être mis en corrélation avec le mot souvenir présent dans le titre de l'œuvre en question. Les thèmes abordés précédemment m'auraient donc fait censurer la fin du titre parce que je les aurais associés au BAC et aux évènements survenus durant cette époque là de mon existence;
    2) D'autre part, si l'on s'attache plus particulièrement aux mots (sans contexte préalable) sa théorie fonctionne également. Alors j'aurais perdu mes mots parce qu'ils me renvoyaient à une partie de ma vie que je souhaitais (et que je souhaite sans doute toujours, par ailleurs) enfouir. Or le mot souvenir ne peut que faire surgir des souvenirs, et plus précisément des souvenirs liés à l'enfance (ici à mon adolescence), puisque le contexte présentait une situation particulière : le baccalauréat.
    Si bien que, en suivant la technique freudienne, ce qui apparaissait comme un oubli momentané et plutôt étonnant peut finir par avoir une explication on ne peut plus logique directement liée à la personnalité de la personne qui le vit, c'est-à-dire moi.
    À noter également que, comme Freud le suppose dans le chapitre précédent, il y a eu rejet d'un souvenir désagréable. J’ai beau ne rien y connaître, ne rien y maîtriser, j’aime l’idée que les choses les plus étranges et inexplicables peuvent avoir une explication logique et rationnelle. J’imagine que ça me rassure, ça me permet de me conforter dans l’illusion que je peux avoir un certain contrôle sur les choses.

    fin à 21:09


    Je continue ma lecture de l'étude en question, quand je tombe sur la phrase : "Pour les souvenirs d’enfance, on observe, pour ainsi dire, la même régression que pour les rêves : ces souvenirs prennent un caractère plastiquement visuel, même chez les personnes dont les souvenirs ultérieurs sont dépourvus de tout élément visuel." Phrase qui, fait notable si ce n'est amusant, me fait monter une brève bouffée d'angoisse quant aux mots du début. Non ce n'est pas drôle en soi, mais la coïncidence qui fait que j'ai passé quelques temps à en parler, pour retrouver ces mots précis alors que je ne m'attendais pas à les trouver là (et, en cela, il n'y a que moi puisqu'après coup il s'avère que le chapitre IV de Psychopathologie de la vie quotidienne est intitulé : SOUVENIRS D’ENFANCE ET « SOUVENIRS DE COUVERTURE » -et hop, voilà d'où me provient l'idée de parler de cet évènement en particulier plutôt qu'un autre, tout s'explique !) reste malgré tout comique.

    rajout, 23:12
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Adena H.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Ven 16 Nov - 16:56


      19/02/12, 19:14

    Nouvel An/Communication.

    Mes parents ont aujourd'hui invité à la maison deux amies de ma mère, ainsi que leur famille, conjoint et enfant. Ces derniers ont à peu près le même âge que moi, je les ai déjà vu quelques temps auparavant, il ne devrait donc pas y avoir de malaise entre nous. Et pourtant, après qu'ils soient tous arrivés, et installés dans la salle à manger, je ressens une désagréable sensation. Immédiatement après suivie par un souvenir précis qui m'a été désagréable. Peut-être est-ce le fait de les voir tous assis autour de la table basse où se trouvaient des gâteaux apéritifs, tels des membres d'une grande famille, à plaisanter et discuter, qui m'a fait me rappeler l'épisode de la veille du Nouvel an. Celui-ci s'est en effet déroulé chez nous cette année, et nous l'avons fêté avec la grande majorité de la famille du côté de mon père (tantes, oncles, cousins, etc.) Il s'agit, de plus, de la dernière réception que nous avons organisée à la maison avant aujourd'hui. Peut-être que tous ces éléments ont permis de créer une substitution dans mon esprit, me disposant favorablement à me transposer à une époque antérieure.
    Toute la famille est donc réunie dans le salon à bavarder, à rigoler, à plaisanter. Je porte dans les bras Yannis, le bébé de ma sœur, dans le but de le calmer car il pleurait quelques secondes auparavant. Je fais des allers retours dans le couloir de la maison, fais quelques petites intrusions dans le salon. Lors d'une de ces occasions j'entends une de mes tantes assise sur le canapé dire :
    - Alors, comment tu vas ?
    Machinalement, je réponds :
    - Bien, merci. (Et j'ajoute, en guise de plaisanterie : ) Je commence juste à avoir un peu mal aux bras, c'est que je n'ai pas l'habitude de le porter aussi longtemps !
    Je la vois alors me regarder bizarrement, avant que quelqu'un me réponde :
    - Tant mieux pour toi, mais elle parlait à Yannis.
    (Les mots ne sont pas exactement retranscrits, mes souvenirs me faisant ici défaut. Je me souviens de la situation globale, mais je ne pourrais affirmer que la personne ayant répondu se prénommait untel ou untelle, ou qu'elle a utilisé ces mots précis).
    Je me retrouve bête, avec ce bébé dans les bras. J'ai envie de répondre aigrement : "Bah merci, sympa" mais il s'agit d'une fête familiale, je ne veux surtout pas gâcher l'ambiance par une remarque désagréable qui pourrait passer pour égoïste, et je me contente donc de répliquer tout en prenant un air enjoué :
    - Ah ! Oui, c'est vrai. Il est tellement mignon qu'on a du mal à ne pas penser à lui, hein ?
    La conversation avec cette tante s'arrête alors, elle pense à autre chose, s'adresse à quelqu'un d'autre, change de sujet de conversation. Mon autre tante, assise sur une chaise dos au buffet, croise alors mon regard et en profite pour me demander comment je vais. Or je sais qu'elle a écouté la conversation précédente.
    J'éclate de rire.
    A présent que j'y repense, je suis presque sûre qu'il s'agissait d'un rire derrière lequel se cachait une espèce de désespoir. Je ne suis jamais très active lors des repas de famille, ce qui ne me dérange pas dans l'absolu. Ca me va très bien d'écouter, sans forcément parler constamment. Ca vient de mon côté : "j'ai peur de vous déranger, si bien que je n'ose pas commencer une discussion de peur de vous ennuyer. Et pour peu que vous montriez un quelconque signe d'inintérêt, je dévie directement sur vous pour tenter de vous rendre cela plus agréable en discutant d'un sujet qui vous convient mieux". Ce n'est pas un problème pour moi. Je sais qu'il faut de tout pour faire un monde, des personnes extraverties et introverties; certains comiques, d'autres sérieux; etc. Mais ce jour-là était différent pour plusieurs raisons : 1) J'ai été blessée dans mon orgueil. Ma tante aurait en effet pu facilement me répondre, avant de rediriger la conversation sur le bébé. Or son comportement tend à me faire penser qu'elle n'avait pas suffisamment d'intérêt pour moi pour me poser ensuite la question, ou pour revenir sur un des sujets que j'avais évoqué en répondant par erreur à sa question, après s'être enquis de Yannis; 2) L'arrivée d'un enfant dans une maison provoque logiquement une redistribution des rôles. Le père devient le grand-père, la mère la grand-mère, la sœur la tante, le frère l'oncle. Tous les regards sont braqués sur le nouveau né, d'autant plus qu'à cause d'un mauvais concours de circonstances la maison de ma sœur était en travaux juste après son accouchement. Yannis et elle sont donc restés, avant la fête familiale, deux mois chez nous. Pour moi qui ai du mal à chambouler mes habitudes, c'était tout juste suffisant pour l'accepter. J'ai honte de l'avouer bien que j'en sois persuadée en mon fort intérieur, j'étais jalouse. Déjà qu'au départ ma famille s'intéressait à moi le strict minimum (par famille j'entends ici : la famille au sens large comportant tantes, oncles, cousins, puisqu'il est exclu que mes parents aient changé de comportement vis-à-vis de moi suite à cette naissance), pour me demander si j'allais bien, où j'en étais de mes études, et basta, la présence de Yannis me privait entièrement du peu d'attention dont j'étais auparavant l'objet. Ce qui m'a frustré et a fini par me mettre mal à l'aise.
    Je ne suis pas le genre de fille à vouloir faire mon intéressante à tout prix, à avoir besoin de me retrouver constamment sur le devant de la scène, mais le contraire me donne des hauts le cœur. Suis-je inconsistante à ce point ? Ne voient-ils en moi qu'un élément du décor qu'on époussette de temps en temps avant de passer à quelque chose de plus sérieux et de plus intéressant ? MERDE. Et même plus : BORDEL DE MERDE. QUELLE BANDE DE CONNARDS.
    Par définition j'aime tous les membres de ma famille. Nous sommes suffisamment peu nombreux selon moi pour ne pas en rajouter avec des conneries qui nous feraient nous bouffer le bec à chaque repas de famille. Je les aime donc tous, certains plus que d'autres (normal, tout dépend des affinités). Pour encore dire les choses autrement, je n'en déteste aucun. Ce n'est pas mon genre de tout garder en moi pour le leur déballer le jour où je me retrouverai face à eux. Je suis plutôt du style à m'imaginer leur gueuler dessus, leur dire qu'ils sont horribles, que je vaux bien mieux qu'eux tous réunis, et qu'ils n'ont qu'à aller se faire foutre tous autant qu'ils sont s'ils ne sont pas capable de s'en rendre compte. Mais, bien sûr, je ne le ferai pas. Je n'oserai pas, jamais; et quand bien même je m'en sentirais le courage, je préfèrerais me taire plutôt que de leur balancer au visage ce genre de discours. Mais merde, quoi ! Si je ne suis même pas capable de trouver ma place au sein de ma famille, qu'adviendra-t-il de moi lorsque je serai lâchée sans protection dans le vaste monde ? Je me perdrai à coup sûr. Et je finirai noyée.
    Hors de question.
    J'ai donc ri, avant de lui répondre quelque chose du genre : "Hihi, t'es mignonne." Elle m'a regardé, avant de répliquer : "J'aimerais vraiment savoir comment tu vas." Je n'ai pas su comprendre la portée de ses paroles à ce moment, et me suis contentée d'un vague : "Je vais bien." Mais ça m'inquiète. Aurait-elle réellement perçu ce que je n'ai été capable de comprendre qu'un mois et demi plus tard ? Tout cet égoïsme, ce besoin d'attention de la part d'êtres que je considère comme chers à mes yeux ? Je n'ai besoin que de peu d'attention, je suis capable de vivre ma vie sans qu'on s'intéresse trop à moi. Mais parfois, comme cela semble logique pour tout être humain, j'ai besoin qu'on fasse attention à moi, qu'on me fasse comprendre que je suis importante (oh pas beaucoup, je ne me fais guère d'illusions dessus, mais un petit peu malgré tout). J'ai besoin qu'on rebooste ma confiance en moi, qui n'est jamais très haute par ailleurs, et qu'on me prouve qu'on m'aime. C'est normal que j'en aie besoin, tout le monde en a besoin. Et forcément, tous ces facteurs combinés finissent par créer une situation inextricable au centre de laquelle je me trouve empêtrée, sans oser dire tout ce que je ressens puisque chacune de mes tentatives sont mal interprétées. À chaque fois que je tente d'exprimer mon ressenti mes parents ou ma sœur se méprennent sur mes intentions, ce qui me fait perdre mes moyens, et me met dans l'incapacité de leur expliquer quoi que ce soit. Au final j'en ressens un grand énervement nerveux qui s'explique par le fait que je me suis trouvée frustrée de n'avoir su m'exprimer correctement pour leur faire part de ce que j'éprouvais, et par le fait qu'ils n'aient pas été capable de me comprendre -ce que je ne leur ai jamais demandé. Mon père, surtout, joue avec les mots. "- Non, tu te trompes, ce n'est pas le bon mot - Peut-être, mais c'est ce que j'ai voulu dire qui est le plus important, pas la manière de le dire, non ? - Tu n'as pas employé le bon mot pour dire ce que tu voulais dire. - Qu'importe, puisqu'au final tu comprends ce que j'ai voulu dire ! - Peut-être, mais si tu emploies un autre mot pour parler d'une certaine chose, on risque de ne plus finir par te comprendre du tout." Quel gaspillage d'énergie ! Il comprend ce que je veux dire, mais se bloque sur ma manière de le dire. Comment puis-je avoir ensuite l'envie de reprendre mon explication, alors même qu'il m'a stoppé au préambule ? Certes je n'emploie pas toujours les mots exacts, mais il me semble que je ne suis pas non plus inculte et que je suis capable d'exprimer avec mes termes mes opinions, sans qu'elles soient pour autant incohérentes ! Je me suis déjà fait avoir plusieurs fois, et comme on dit : "Chat échaudé craint l'eau froide." À présent je me force à dévier de sujet de conversation lorsque j'ai la tentation de leur parler d'un sujet qui me tient à cœur. Il en va de même avec ma sœur, sauf que dans son cas elle me laisse parler, m'exprimer tout à loisir avec mes mots avant de me donner des conseils. Je comprends alors, aux conseils qu'elle me donne, qu'elle n'a rien compris (ou, pour être moins négativiste : qu'elle a compris de travers) : elle m'a écouté, elle s'intéressait vraiment à ce que je disais à ce moment-là, mais elle n'est pas capable de me décoder. Je suis une incomprise, ah aha. Et je suis en train de me faire passer pour une pauvre petite Cosette. Ce que je suis en train d'écrire ne signifie pas que je ne m'entends pas avec mes parents, que mon père me viole, que ma mère me bat et est alcoolique. Je dis juste qu'il m'a fallu près de vingt ans pour me rendre compte que chaque membre de cette petite famille était différent et que, si je n'étais pas capable de m'adapter au comportement de mes parents et de Mélanie ce ne serait pas eux qui feraient l'effort de me comprendre. Il s'agit d'un banal problème de communication : je dis un mot, ils en comprennent un autre; ils disent un mot, j'en comprends un autre. Si on devait créer une échelle qui va de haut en bas, ce serait d'abord ma mère, puis ma sœur, puis moi, puis mon père, qui maîtrisons le plus ce que nous disons. Ce problème de communication tient à plusieurs raisons, mais a toujours le même effet : bloquer la conversation. Il peut s'agir d'inattentions fréquentes (pour ce qui est de ma mère) : par exemple, je lui dis que ce sera la première fois depuis longtemps que nous avons invité des amis à la maison; et elle me répond que non, puisque nous avions de la famille pour le Nouvel an (je parlais d'amis, elle me parlait de famille, et je suis à peu près sûre qu'elle ne m'écoutait pas vraiment puisqu'elle était occupée à éplucher des pommes à ce moment là); d'autres fois, surtout avec mon père, la conversation se coupe parce que j'ai été suffisamment maladroite dans mes propos pour qu'il s'en sente vexé -alors que ce n'était au départ pas du tout le cas. J'imagine que nous n'avons pas le même état d'esprit dans les mêmes circonstances, ou les mêmes attentes par rapport au sujet de conversation abordé. Ce que je sais, tout du moins, c'est que j'ai été déçue de la tournure que prenait une discussion, à de nombreuses reprises : je me souviens avoir tenté plusieurs fois de parler d'un sujet qui me tenait véritablement à cœur, à différents moments et aux trois différentes personnes présentes dans le foyer à ces différents moments, sans qu'aucune ne comprenne véritablement l'importance que j'y accordais -ce qui m'a laissé avec un désagréable sentiment de frustration.
    C'est peut-être trop présomptueux de ma part, mais tant pis. Si je ne dis pas ce que je pense, ou ce que je crois penser, ici, je ne le ferai nulle part. Après tout... j'imagine qu'il est de mon devoir, à présent que j'ai compris cette évidence fondamentale, de m'aligner sur leur niveau de pensée (un peu comme un caméléon qui change de couleur en fonction de l'élément sur lequel il se trouve, sauf que moi ce n'est pas pour me cacher -même si on retrouve dans les deux cas l'élément lié à la survie). Si je m'en rends compte et que j'en suis capable, cela m'imputera une nouvelle responsabilité : celle de n'avoir pas été capable de gérer les situations prochaines. Ainsi, si mon père s'énerve en ma présence ce sera de ma faute car, malgré le fait que je sache comment il réagit, je n'aurai pas été capable de m'élever (de m'abaisser) à son niveau.
    Je me retrouve perdante dans l'affaire. Soit j'essaye de m'exprimer avec mes propres mots, avec une chance sur un million pour que l'un de ces trois interlocuteurs me comprenne; soit je m'exprime sur le même plan qu'eux, et je ne peux exprimer ce que je pense réellement puisque cela sera forcément passé au travers d'un filtre. À noter que je ne pense ici qu'à la cellule familiale, et qu'il est évident que ma vie ne s'y limite pas (j'ai, heureusement, l'occasion de discuter plus librement avec d'autres personnes de mes aspirations personnelles sans avoir à me censurer -bien qu'elles soient fort peu nombreuses et, la plupart du temps, rarement disponibles).
    Quant à ma sœur, je refuse d’aborder avec elle certains sujets qu’elle pourrait, elle aussi, mal interpréter. Je ne sais pas ce qu’est d’être une mère, mais j’imagine cependant fort bien la réaction que produirait sur Mélanie une personne tentant de lui expliquer qu’elle est jalouse de son fils, le bambin accaparant trop d’attention à son goût, attention qui aurait originellement dû lui être octroyée. Quand bien même ce serait le cas, ce ne sont pas des choses à avouer. À personne. Même pas à soi.



    Note : Accaparer la conversation lors de la prochaine réunion de famille. Parler, parler, parler, de tout et de rien, sans censure, de tout ce qui me passe par la tête. Leur montrer que ça m'agace, leur prouver que J'EXISTE. Arrêter d'être la jeune adulte tranquille et discrète qui sourit gentiment quoi qu'on dise, qui se tient correctement. Parce que je suis capable de penser. Quitte à monopoliser la conversation pendant une heure (et à préparer, si besoin, des idées de thèmes à aborder sans jamais prendre le temps de reprendre mon souffle). Leur faire un pied de nez, vomir leurs attentes exécrées. Rattraper tout ce retard accumulé depuis des années, quitte à aborder des thèmes inintéressants et à fourrer mon grain de sel dans des sujets que je ne maîtrise absolument pas. Ma façon de leur dire que je ne ferai plus d'efforts s'ils ne se forcent pas non plus à en faire un minimum. Hors de question de s'intéresser à quelqu'un qui ne s'intéresse pas à moi. Vive les convenances, faites semblant de vous intéresser à moi en tant que membre de la même famille que la vôtre même si en réalité vous vous en fichez comme de l'an quarante ! Bloquer toutes les tentatives de discussion et les retourner, les faire dévier de leur axe, les miner de bombes de toutes sortes. Les voir en train de se demander ce qui m'arrive, ce qui se passe. Parler plus fort que les autres pour que ma voix couvre toutes les autres conversations. Souvent. Pour rattraper tout le retard perdu ces vingt dernières années. Et m'en aller, tout simplement, s'ils ne sont pas capables de faire cet effort. Décider alors, même si cela va à l'encontre de toutes mes croyances les plus intimes, qu'ils ne méritent plus de faire parti de ma famille.
    Note² : Peut-être vaudrait-il mieux les prévenir avant de leur exploser en plein visage ? Option à envisager car, même s'ils devraient être capables de s'en rendre compte tous seuls, je les ai hélas conditionnés à ne pas penser ainsi. Fichtre, j'en viendrais même à penser qu'il s'agit de ma faute.


    fin à 21:07


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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Ven 16 Nov - 16:57


      23/02/12, 9:22

    Procrastination.

    Une chose qui m'a toujours agacée chez moi, sans que j'en sois capable d'y mettre un terme, c'est de toujours remettre à demain ce que je suis censée faire. Il me semble que les principales raisons de cette procrastination sont, d'une part une flemmingite aigüe; d'autre part une recherche du moment parfait. Combien de fois me suis-je dit que je le ferai demain (quoi que ce soit) parce que je n'étais pas d'humeur, ou parce que je n’avais pas de bonnes conditions pour la faire (toutes les excuses sont bonnes quand on n'a pas envie de faire quelque chose, de toutes façons) ? Et je parle ici exclusivement des actions banales : nettoyer la maison, faire la vaisselle, entre autres. Pour ce qui est des actions extraordinaires, il s'agit de toute autre chose. En général, je les reporte en me disant qu'elles ne sont pas pressées, que je suis trop occupée (hm...) alors que pour être tout à fait honnête, il s'agit surtout de la peur de me planter. Du regard des autres, donc. Ce que ça peut être stupide, tout de même, un être humain ! Comme si les autres en avaient quoi que ce soit à faire de lui... Et quand bien même, leur regard ne devrait pas altérer les perceptions qu'il discerne. Où irait le monde si tout le monde agissait en fonction des attentes des autres ? En plus, je ne veux pas ressembler à ma mère.
    C'est pourquoi, depuis le début de cette nouvelle année, soit environ un mois trois quart, ma nouvelle résolution est de faire quelque chose au moment où j'ai envie de la faire, et non pas de la remettre au lendemain. En gros : de profiter de mon état d'excitation du moment pour agir, et non pas me dire que je m'en occuperai un prochain jour où je serai plus disponible/plus réceptive/plus motivée/plus violette/etc. Pour l'instant, c'est l'échec absolu même si l'on peut constater de nets progrès dans ma psyché. Je suis dans une phase de recherche de mon équilibre, et j'ai réussi à dégager de grandes tendances qui me faciliteront mes prochaines réactions. Tout d'abord, je sais que je m'emballe facilement : dès lors qu'on me dit quelque chose, même si je joue les blasées de la vie, mon esprit se met à travailler, à exploiter toutes les possibilités relatives à ce qu'on vient de me communiquer; cependant, mon enthousiasme retombe par la suite comme un soufflé : il gonfle, il gonfle... et plus je prends du recul sur la situation, plus je m'éloigne de la personne qui m'a produit cette première impression d'entrain, plus il se dégonfle; et alors intervient la troisième phase où je finis par me désintéresser totalement du sujet et me dire : "Bof, ce n'était pas si intéressant que ça finalement, je préfère rester dans ma petite vie tranquille plutôt que de me mouiller en y participant. En plus, si on y réfléchit bien, son plan est complètement bancal, si c'était un bateau il coulerait en moins de trois minutes. Non, vraiment, ça ne vaut pas le coup de m'impliquer". J'ai également remarqué que, même quand j'acceptais de participer à un projet, j'étais incapable de m'impliquer entièrement. Cela doit être dû à mon caractère, je privilégie la prudence par dessus tout, si bien qu'il me semble plus naturel de rester en retrait à observer les autres, pendant que je propose de nouvelles suggestions. On peut aussi suggérer que je refuse de trop m'impliquer par peur de voir mes espoirs déçus, mais je préfère laisser cette hypothèse de côté en ce nouveau jour où j'ai pris la décision d'arrêter d'avoir peur de tout et n'importe quoi (dans la mesure du possible). Sérieusement ! Avoir peur qu'un loup affamé me saute dessus si l'un d'entre eux se retrouve face à moi, d'accord. Mais arrêter d'avoir peur du regard des autres, de mes propres échecs, de potentiels démons intérieurs, bon sang ! Ma théorie ici est on ne peut plus simple : je suis une âme torturée par les problèmes que je me crée. C'est comme si je ne pouvais pas profiter pleinement de la vie, parce que je m'imagine toujours que quelque chose de nouveau va me tomber sur le nez. Et puis, je me pose de ces questions ! C'est quoi, la vie ? Comment c'est, d'être un adulte ? Est-ce que Dieu existe ? Quel est le rôle des êtres humains sur terre ? Que signifie le geste qu'untel m'a fait tout à l'heure ? Et si j'avais réagi autrement, comment cela se serait-il passé ? Ca aurait sans doute été bien mieux... non ? J'ai l'impression de retomber en adolescence. Tout ça, ce sont des questions que les adolescents se posent. Pas les jeunes adultes. Parce qu'ils y ont réfléchi étant adolescents, et que les réponses apportées par leur propre expérience ont permis de construire le socle de prochaines fondations. Ai-je eu une adolescence ? Oui, certainement. Physiquement tout du moins. Mais ai-je réussi à me créer un socle, une base sur laquelle je prendrai mon départ ? Apparemment non, puisque j'ai tout l'air de répéter depuis trois ans le même cycle infernal. Je tourne en rond, sans même m'en rendre compte puisque je refuse d'y réfléchir sérieusement.
    Mais trop, c'est trop. Maintenant. Je change. Je raye la troisième étape, je la fais peu à peu évoluer vers autre chose de plus consistant. Je veux me créer des expériences. J'ai l'âge que j'ai sans rien connaître de la vie. Je ne dis pas par là que je veux expérimenter tout et n'importe quoi. Je dis que je veux faire évoluer les choses, sortir de cet immobilisme qui me sied si bien (la forme de mon corps est inscrite dans le fauteuil où je me trouve), découvrir de nouvelles choses (quelles qu'elles soient). RéAgir. Me mouvoir. Evoluer. Je ne veux plus être passive, Réagir à ce que me proposent les autres. Je veux être capable d'Agir, de choisir moi-même une direction. Avoir, tout du moins, l'impression de tenir en mains les rênes. Décider. Choisir. Je ne sais pas encore comment faire, je ne suis même pas sûre d'en être capable mais je VEUX en être capable, c'est là mon premier choix.

    Tout cela, j'en suis bien consciente, devrait se faire naturellement. Les personnes dites "normales" ne devraient pas se poser autant de questions sur les mécanismes qui les font agir et réagir, ils agissent et réagissent -voilà tout ! Ma mère ne cesse de me répéter d'être plus spontanée, mon père ne me dit rien puisqu'il ne l'est pas. Je n'en suis pas sûre à cent pour cent vu que je n'arrivais pas à réfléchir dessus, mais ces remarques maternelles me marquaient. Il fallait donc que je me force à devenir autre chose que ce que j'étais ? Etait-ce possible ? Finalement, j'ai compris qu'il fallait que j'évite d'écouter ma mère. Pour certaines choses tout du moins. Elle n'est pas psychologue et ne possède aucun des talents requis pour le devenir. Je ne dis pas que tout ce qu'elle dit est inutile, loin de là ! Elle maîtrise très bien ce qu'elle est, et c'est déjà bien. Simplement elle ne réfléchit pas comme moi, et le fait que j'ai pu l'imaginer parfois m'a directement conduit à l'erreur. Elle n'a pas la capacité de me comprendre, son esprit est trop obtus. Elle se concentre sur ce qu'elle voit, sans être capable d'imaginer que d'autres choses sont possibles ailleurs. En sa fille, par exemple. Ma mère a une grande tendance à se prendre pour modèle de référence. "Tu te rends compte de ce que X a fait ? Moi, à sa place, j'en aurai été honteuse..." Tout cela est bien gentil, sauf que X n'est pas toi, maman chérie.
    J'ai cru que le problème venait de moi (étais-je normale ?). Les nombreuses fois où j'ai tenté d'expliquer quelque chose à ma mère, il était clair que nous ne nous comprenions pas. Et pourtant, tout en le sachant, je continuais à tenter de me faire comprendre d'eux. Aujourd'hui, j'ai décidé qu'ils n'en avaient pas besoin. Ca ne les regarde pas : en tant que parents il leur suffit de m'accepter comme je suis. Et s'ils n'en sont pas capables, cela devient leur problème, pas le mien. Point barre. Et basta, à la ligne. Un problème de résolu, ouf je me sens plus légère. Etait-ce si compliqué à comprendre qu'il faut être capable de s'accepter comme on est ? J'ai des défauts, j'ai des qualités (j'imagine... je ne suis pas encore bien au point là-dessus). Il faut que je les comprenne pour les apprivoiser. Ce ne sera que comme ça, il me semble, que je serai capable de comprendre qui je suis, et donc de m'accepter entièrement. Et puis, qui sait, je serai mieux capable des les maîtriser par la suite. Dernièrement, alors que je me trouvais devant un étudiant de la S., j'en suis venue à bafouiller en lui expliquant que j'étais tellement discrète que je me cachais dans la masse des autres étudiants le plus souvent possible. C'est ce genre de remarques que je souhaite éviter de renouveler à l'avenir. En m'acceptant comme je suis je dois accepter ma timidité et faire avec, pas l'exposer devant n'importe qui ! Normal que je me sente ridicule, après... Il faut que j'en prenne conscience, que je la chouchoute, que je la dorlote. Il faut que, la prochaine fois que je rencontrerai ou ferai une nouvelle connaissance, je sois capable de maîtriser ce que je dis sans que mes pensées ne s'éparpillent dans tous les sens; c'est primordial. J'ai perdu tous mes mécanismes de défense naturels, je serais incapable en voyant une situation s'il faut fuir ou en profiter, et cela me rend faible et vulnérable -deux sensations que je refuse catégoriquement d'éprouver par ma faute. Si bien que je me retranche derrière un nouveau mécanisme construit de toutes pièces. J'analyse. Les mots, les phrases, les couleurs, les attitudes, mes gestes et ceux des autres, les situations, les sentiments, les réactions, les peurs, les cauchemars.
    Je note tout ce qui me passe par la tête, parce que je sais que l’écrire me permettra de mieux le comprendre et de m’en désencombrer l’esprit. Je suis comme ça, je ne peux pas me permettre d’être quelque chose que je ne suis pas, cela me bloquerait encore plus dans ma recherche de ce que je suis réellement -en plus de toute l’énergie que cela nécessiterait de me croire que je suis une autre au quotidien. C’est ce qu’il y a de plus sain à faire. Et je suis une fille tout ce qu'il y a de plus saine.



    fin à 10:39

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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Ven 16 Nov - 16:58


      23/02/12, 9:22

    Angoisses.

    La nuit fait ressurgir de vieilles angoisses. Afin de les chasser, je me force à rêvasser. Je m'invente des histoires, de princes et de princesses, de magiciens et de sorcières, de lutins facétieux et de gnomes grognons. Le plus souvent il ne s'agit que d'une banale transposition de mes désirs enfouis. Un jeune homme aime une jeune fille. Ils sont beaux, riches, intelligents, et finissent par s'aimer passionnément alors que rien ne les prédestinait à finir ensemble (caractères opposés, etc.) Ces sortes de rêveries se déroulent en plusieurs étapes, sur plusieurs jours, que j'enrichis progressivement d'évènements survenus au cours de la journée, et idéalisés par mes soins. C'est la raison pour laquelle je ne pourrai jamais me passer de l'écriture : s'il me fallait garder constamment en tête toutes les romances que je compose tels des romans-feuilletons à l'eau de rose, je crois bien qu'elle exploserait ! Composer m'épuise alors suffisamment pour que je ne me retrouve pas dans une désagréable situation d'insomnie, à compter les moutons en attendant le sommeil.
    Cependant, lorsque je me retrouve dans ce cas, comme cette nuit, avec trop de choses en tête pour avoir envie de me reposer, il est courant que mon insomnie provienne du flux de pensées, de souvenirs, d'actes manqués des derniers jours passés, que je ressasse sans trouver d'exutoire. Cette impression n'en est que plus forte ce soir. Car, en plus de ma flagrante incapacité à gérer mon psychisme, je dois y ajouter le départ de Margot. Certes elle n'est pas morte, juste en voyage à l'étranger : c'est déjà moins incurable ! Je sais qu'elle va revenir, et pourtant je ne peux m'ôter de la tête cette bête idée qu'une partie de moi s'en va avec son départ physique. Y penser alimente cette angoisse. Me forcer à ne pas y penser la renforce. Et si cela a le parfum de l'égoïsme, c'est sans doute parce que cette réflexion l'est bel et bien. Après tout, M. ! qui m'emmenait régulièrement au lycée après l'obtention de notre BAC pour aller voir des enseignants qui, la plupart du temps, n'avaient aucun intérêt à mes yeux; qui a partagé, et donc -par extension- vécu avec moi, les moments les plus pénibles de mon minime existence; qui était tellement attachée aux souvenirs agréables de son adolescence et qui cherchait par tous les moyens à reproduire le cadre en question... Cette M., disais-je donc, est partie. Est-ce le fait que j'ai à présent l'impression d'être incomplète, impression d'autant plus vive que je me suis récemment mise à la reconstitution du puzzle du ma vie, et que je m'en rends compte plus vivement ? Ou bien, ce qui me gêne le plus est peut-être le fait que je vois Margot évoluer, faire des choix déterminant la direction qu'elle souhaite prendre pour sa vie future, tandis que je ne fais que stagner depuis un nombre incalculable d'années ? Les deux hypothèses se valent; peut-être même s'agit-il d'un savant mélange des deux, comme seul est capable de nous le suggérer un esprit tortueux ? J'ai l'air d'être surprise de ressentir tout ça, comme si je découvrais tout juste qu'elle allait étudier en Pologne pour trois mois. Non, bien sûr. Cela signifie simplement que tout ce à quoi je réfléchissais inconsciemment, donc sans y réfléchir réellement, sérieusement, ressort au point symbolique culminant de la situation en question : et qui est le jour de son départ.
    Cela signifie que je ne la reverrai plus avant trois mois, même si, avec toutes les technologies actuelles, il n'y a pas de raisons pour que nous ne prenions pas régulièrement de nos nouvelles. Cela signifie également que je ne retournerai plus au lycée avant au moins la rentrée scolaire prochaine. Cette pensée m'attriste sans que je ne comprenne bien pourquoi. En réalité j'aurai plusieurs raisons à énoncer, mais j'ai peur qu'aucune d'entre elle ne soit bonne. Pour n'en citer qu'une, j'ai bien remarqué qu'il s'était produit un changement dans ma manière de réfléchir et de réagir lors de mes deux dernières incursions en territoire ennemi. Je peux l'attribuer, soit à ma présence en ces lieux, soit à la proximité de F. Au final, peu importe. J'en viens à me demander si je ne devrais pas tenter de créer un rapprochement. Quelle prudence dans le choix de ces termes ! dans le temps que cette phrase m'a pris à formuler, dans l'abondance du champ lexical exprimant le doute ! Pour ne pas me retrouver à en avoir honte, je qualifierai cette pensée de "délicate."
    "Créer un rapprochement" signifie, ni plus ni moins, investir le lycée abhorré. Ca tombe bien, vendredi dernier Saïba me proposait justement le poste de vice-présidente de l'Association des Anciens élèves de B., m'expliquant que si j'acceptais ce prétendu poste, du matériel (dont une salle) serait à disposition des membres de l'association.
    J'ai commencé par refuser poliment ("Il faut que j'y réfléchisse...") mais finalement la proposition a, peu à peu, commencé à me séduire. Tout d'abord, j'aurai une salle à disposition : cela peut paraître un point minime mais, pour une fille comme moi qui fait en sorte de limiter au maximum ses rapports humains, avoir l'occasion de rester tranquillement dans une pièce est un élément non négligeable. Ensuite, je n'ai pas cours le vendredi. Cela sous-entend deux choses : 1) je suis libre de mon temps et de la manière dont je souhaite l'employer; 2) je passerai toute la journée dans la même maison que mon père puisqu'il fait du télétravail ce jour-là. Telle que je me connais je risque de ne pas faire grand chose de mes vendredis. Je suis incapable de travailler puisque j'aurai la désagréable (fausse!) sensation qu'il peut venir me surveiller à tout instant, contrôler ce que je fais, et je ne pourrai mettre la télévision, écouter fort la radio, passer l'aspirateur ou tout autre engin électronique susceptible de le déconcentrer dans son travail en faisant du bruit. Puis, je suis actuellement dans ma phase "expériences", j'ai besoin de me sentir vivante, de me prouver que je ne suis pas aussi inutile et vaine que je le pense parfois en me rendant compte que je suis incapable de donner un sens à ma vie. Or j'aurai l'occasion de faire véritablement quelque chose, de m'engager (à quoi faire ? je ne sais même pas ce qu'on attend concrètement de moi ! il faut que je me renseigne sérieusement dessus). Un nouveau fantasme m'est apparu récemment. Je m'imagine me promener dans les couloirs durant les récréations, à la recherche d'élèves isolés avec qui je pourrais lier connaissance; je m'imagine qu'alors je serais suffisamment capable de les mettre en confiance pour qu'ils ressentent le besoin de venir me parler de ce qui les inquiète. Ni tout à fait adulte, je ne leur proposerais pas de discours moralisateur, ni tout à fait adolescente je serais capable de les écouter en comprenant ce qu'ils tentent de me dire. Ce n'est bien sûr qu'un fantasme. L'idée que je serais en présence d'enseignants à qui je pourrai poser des questions sur leur parcours professionnel, sur leurs motivations à enseigner, me séduit : peut-être trouverai-je alors une raison de devenir enseignante à mon tour. Enfin, si on part de l'hypothèse que ma présence dans l'enceinte du lycée fait ressortir autant de sensations enfouies, je me demande si revenir en ces lieux ne constituerait pas en soi une espèce de thérapie. Mais je ne suis pas thérapeute. L'autre solution étant de fuir loin de cet endroit maudit, de ne plus jamais y reposer les pieds, et de refuser de lier commerce avec toute personne y étant rattachée de près ou de loin -avec la désagréable sensation de laisser une part de moi inachevée. En plus, il reste près de dix semaines avant la fin de l'année scolaire. Si, comme je le suppose, je n'aurai pas l'occasion de retourner au lycée un autre jour que le vendredi, ça ne me semble pas la mer à boire. Après tout, il ne s'agirait que de dix petits vendredis ...
    Mais ensuite je me dis que je n'en serai pas capable, et cette affirmation que je sais erronée sur de nombreux points a tant d'emprise sur moi qu'elle réussit, à elle toute seule, à démonter toute ma jolie argumentation précédente. Me voici à présent avec, devant les yeux, en vrac : je ne suis pas professeur, je risque de les déranger, de ne pas être à ma place là-bas. Et si Mr. Queffélec interprétait mal mes intentions ? Comment me comporter avec lui ? Devrai-je lui parler en tant qu'égale, ou juste le considérer comme un professeur que l'on salue brièvement avant de passer à autre chose ? Et si je le(s) dérangeait ? Une vague de stress me submerge alors. Je ne serai pas à ma place. En plus, ce n'est pas mon genre de revenir au lycée, c'est plus celui de Margot. En général je me fais un peu prier quand M. me le suggère : trop de mauvais souvenirs, pas assez d'attaches. En me rendant compte, le jour des résultats, que je n'aurai plus à y retourner de ma vie -jamais!- c'était comme si on m'avait ôté un poids des épaules. J'avais l'occasion de tourner définitivement la page et de recommencer sur un tout nouveau cahier, et je ne m'en suis pas privée. Et si je l'accompagne, c'est surtout pour passer du temps avec elle puis, si l'occasion se présente, de passer quelques minutes en la compagnie de F. que j'affectionne particulièrement. On ne dit pas suffisamment aux autres qu'on les apprécie. C'est bête, d'autant plus que j'ai cet espèce de blocage affectif qui m''empêche d'avouer ce genre de sentiments profonds à ceux que j'aime. Comme la dernière fois où j'ai eu ma sœur au téléphone. Je voulais le lui dire, j'en avais véritablement l'intention mais, après avoir approché le combiné de mon oreille, j'en ai tout simplement été incapable. Je ressentais quelque chose de très fort qui m'a submergé en entendant sa voix, à l'écouter raconter sa journée et celle de Y., mais les mots ne voulaient pas sortir. Un quelque chose de pudeur (ma mère m'écoutait, assise non loin de là) ou de peur de m'exprimer maladroitement comme cela m'arrive souvent, me retinrent ce jour-là. Ce qui ne m'empêche pas de les ressentir. Je tiens de mon père sur ce coup-là.
    Finalement j'ai décidé de laisser le sort agir. Je ne crois pas à tout ce qui est hasard, je suis une cartésienne de premier ordre, mais le dilemme me paraissait trop important pour que je prenne une décision concrète. Au lieu de cela j'ai fait ce que je fais toujours dans ces cas-là : j'ai prudemment pris mes distances face à la situation, refusant de m'impliquer entièrement. En l'occurrence je ne possède pas l'adresse de Saïba et Margot a accepté de me la communiquer avant son départ, pour que je puisse me renseigner plus précisément sur la fonction et mes éventuelles attributions (je ne le lui ai pas avoué, je n'avais pas encore de plan concret, je lui ai juste demandé l'adresse). Je l'ai appelée, elle avait oublié de la chercher. J'ai alors décidé de mettre fin à cette grotesque décision en décidant que j'abandonnerai complètement l'idée si elle oubliait de m'en reparler lorsque je la rappellerai le lendemain soin. Ce fut, bien entendu, le cas. Comment en aurait-il été autrement alors qu'elle se trouvait en pleine préparation de sa valide, l'esprit tout occupé par ses tout derniers préparatifs avant l'heure H ? Mon excuse était toute trouvée, merci Margot tu ne peux pas savoir à quel point cela m'arrange. Et pourtant, ces éclats, ces fragments de ce que j'aurais pu faire, et donc être, continuent à tournoyer dans mon esprit sans prendre un instant de repos. Les rayons lumineux se réverbérant sur leurs parois de verre m'éblouissent. Ai-je vraiment pris la bonne décision ? Je ne me sens pas soulagée pour autant. Est-ce donc à dire que j'aurais fait le mauvais choix ? Ce ne serait pas si improbable, je ne suis pas infaillible. Superman ne l'est pas non, nous avons tous droit à une marge d'erreur.
    Si bien que j'en viens à me demander s'il ne voudrait pas mieux réétudier plus sérieusement cette possibilité, y réfléchir soigneusement avant de la rejeter en bloc et la déclarer inapte à me convenir. Ca me conviendrait toujours mieux que de prendre des cours de salsa !
    Cependant, à présent que toutes mes pensées à ce sujet sont ordonnées sur papier, il me reste encore un peu de temps pour y réfléchir et revenir dessus. Il me reste une semaine complète de vacances, jusqu'au 5 mars. Et encore, je ne connais l'emploi du temps de Saïba que du vendredi, ce qui me reporte au 9 mars si je finis par réellement me décider à choisir une solution et à la mener à bien. J'ai donc largement le temps de changer un bon milliard de fois d'avis.


    fin le 24/02/12 à 1:26



    Note : Je voudrais m'attarder un bref instant sur la difficulté que j'ai eu à écrire (manuellement, physiquement) certains passages de cet épisode. J'en viens donc à en conclure que cela signifie que ça me touche particulièrement, puisque je n'osais pas les transcrire, comme s'il y avait un blocage dans mes pensées au moment où me venait l'intention de les coucher sur le papier.
    Note² : S'intéresser également au facteur So. à prendre en compte car j'ai été prise d'une frénésie particulière, il fallait absolument qu'il vienne manger chez moi, comme si c'était vital. S'agirait-il d'une substitution, de M. à So., puisque Margot partait ce jour-là précisément et qu'il s'agit des deux seules personnes qui se rattachent véritablement pour moi, dans mon esprit tout du moins, au lycée ?


    rajout à 14:38

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Adena H.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Ven 16 Nov - 16:59


      29/02/12, 23:35

    Langage.

    Rapports avec mon père bancals. Impossible de parler, nous avons un caractère fort tous les deux. Possibilité qu'il ait peur, inconsciemment, que je le dépossède de sa place familiale alors qu'il a eu tant de mal à la reprendre ? Ou bien que, comme nous avons un caractère similaire, nous ne pouvons pas ne pas défier l'autre dans nos rapports si bien que nous ne pouvons être normaux que si l'un se soumet à l'autre ? La preuve étant qu'il a parlé une bonne demi-heure/3 quart d'heures de son travail et de ce qu'il aimait dedans sans que je l'interrompe, ne faisant que l'encourager à se dévoiler. Et sans barrière, sans frein, il s'est un peu livré. Mais je reste persuadée que j'ai besoin d'une figure paternelle, d'une espèce d'autorité mêlée de tendresse que mon père n'est actuellement pas capable de me fournir. Je pense que j'ai été capable depuis un certain temps de comprendre des choses, d'évoluer à ma manière. Mais que sans cadre familial stable je suis condamnée à tourner en rond, à reproduire continuellement les mêmes schémas, sans plus avancer nulle part. Petit ami ? Recherche un copain, pas un père de substitution. J'apprécie C., il s'est montré capable de m'écouter sans me juger, il n'essaye pas de comprendre il m'écoute juste. Ou peut-être qu'il ne pouvait pas non plus trop réfléchir à tout ça puisqu'il était en même temps en train de conduire. Pas comme Mélanie. Je sais qu'elle a d'autres choses en tête, c'est normal pour une mère, depuis la naissance de son fils mais elle répond complètement à côté de la plaque à chaque fois que j'essaye de discuter avec elle de quelque chose qui me paraît important (si ce n'est personnel) à mes yeux, a une prédisposition à s'entretenir de tout ce qui est trivial. Presque 5 mois déjà, sans contacts sociaux suivis, c'est normal. D'ailleurs, si je comprends où se trouvent les bornes, je serai capable de m'y tenir sans les dépasser.

    Note : Impossible de travailler chez Mélanie, et même d'imaginer travailler chez elle. Il y a une raison pour laquelle je joue à des jeux pourris sur FB quand je suis chez elle, c'est que l'écran (ordi télé) est constamment allumé, plus le bébé maintenant dont il faut s'occuper. C'est crevant, même quand on n'a pas comme moi à s'en occuper 24h sur 24. Les pleurs d'un bébé, être super attentive quand on doit s'en occuper, les comptines et les bruits d'animaux imités par maman, faits pour l'amuser demandent une concentration énorme et une présence continue (malgré l’agrandissement la maison n'est pas encore terminée puisque les pièces ne sont pas encore séparées par de vraies cloisons, de VRAIS portes qui isolent les bruits lorsqu'elles sont fermées. Si bien que les seuls moments de calme et de répit où personne ne parle, ne pleure ou ne chante sont de minuit (heure du coucher) à 6h du matin (réveil de C. et son départ pour le travail). Ma pensée arrive alors à surmonter les obstacles extérieurs, à s'organiser, à se mettre un tant soit peu en forme. Ce n'est qu'alors que je sais ce que j'aurais aimé dire, ce que j'aimerais faire. Le reste du temps, impossible de penser. J'ai besoin d'être au calme pour faire le point et réfléchir un peu plus sérieusement sans être constamment distraite par des frivolités. Par exemple, j'arrive alors à me rendre compte à quel pont j'accorde d'importance à la proposition de Saïba. Premièrement parce que je m'imagine déjà de retour au lycée; secondement parce que j'ai de plus en plus l'impression que, si je ne suis pas capable de saisir cette opportunité qu'on me propose, je serai encore moins capable d'aller en chercher lorsque personne ne m'en proposera. Cette proposition est devenue pour moi une espèce de test. Je ne sais pas ce que je gagne si je le réussis, mais je sais ce que je perds si je le rate : l'impression que tout ce que j'ai construit jusqu'ici, toute l'évolution psychologique sur laquelle j'ai galéré comme une malade afin de la surmonter, redeviendront néant. Je n'ai plus de possibilités d'ailleurs, puisque Margot, de Pologne, m'a envoyé l'adresse mail de la surveillante. Actuellement je me sens bien comme je suis, merci aux beaux jours ensoleillés qui reviennent ! Mais si jamais je refuse, les fondations sur lesquelles je m'appuie pour me reconstruire ne s'écrouleront-elles pas tel un château de cartes sans point de colle pour les fixer ? Et alors il faudra à nouveau que je m'interroge sur ma vie, sur le sens que je veux apporter à celle-là, sur la direction à emprunter, etc. Et je me sentirai vaine, et encore plus inutile que c'est exactement ce que je suis en train de faire actuellement grâce à toutes mes bonnes résolutions prises dernièrement. Cela signifierait donc, ni plus ni moins, que je stoppe ce que je fais actuellement pour repartir de zéro ailleurs. Je me sens épuisée d'avance, de devoir refaire tout de A à Z, alors que j'en suis déjà à la lettre B de l'alphabet, à la deuxième étape (j'ai franchi avec succès la première !). J'ai lu un jour quelque part, je ne sais plus où, qu'il fallait recommencer du tout début le moins possible, que ce n'était pas fructifiant, mais qu'il fallait dans la mesure du possible reprendre des éléments pertinents de la première ébauche pour la seconde. Moi, je vais faire mieux : je vais rester sur ma route, mon premier choix, et aller jusqu'au bout, pour voir où cela me mènera. Si jamais je me retrouve un jour devant un cul de sac, ou que le chemin est accidenté, oui bien sûr je changerai. Mais pour l'instant rien de tout ça, je vais où mes pas me mènent.

    Note² : essayer de dormir 4h, réveil de 2h, repos de 4h. Impossible ici, si je mets la lumière je réveillerai tout le monde. Impossible au retour, ce ne sera plus les vacances et si ça ne me correspond pas je risque d'en payer les frais en cours.

    ***


    Je suis dingue, je m'imagine parler à F. Le plus dingue, c'est que, dans mon esprit il représente un psychanalyste. Je l'imagine me poser des questions, je l'imagine dans des situations tordues que l'on ne rencontre que dans les sitcoms de mauvaise qualité. Le but recherché est malgré tout atteint : je suis dans l'obligation, pour ne pas perdre son affection, de justifier mes actions et mes sentiments profonds. Parce que, la plupart du temps, ce connard de seconde zone ne me pose que des questions sensibles auxquelles il me faut réfléchir soigneusement afin de lui fournir une réponse censée. Les situations sont tout à fait adaptables, la mise en scène complètement surréaliste.
    On ne pourra pas dire que je ne réfléchis pas suffisamment à tout ça.


    fin le 1/03/12 à 0:47

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Adena H.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Ven 16 Nov - 16:59


      10/03/12, 16:21

    Fouille-merde.

    L'écriture c'est comme la faim : on peut manger pour l'apaiser un peu, et oublier qu'on en a besoin, mais à un moment ou à un autre la sensation revient, plus fulgurante et nécessaire que jamais. L'écriture fait partie de mon organisme. J'incorpore des mots écrits, mes aliments spirituels. Arrivés à maturation, je les laisse s'échapper de ma main. Contrairement à d'autres qui se tourneraient vers d'autres arts (peinture, photographie, théâtre, danse, etc.) afin d'exprimer ce qu'ils ressentent s'ils se trouvaient un jour dans l'impossibilité d'écrire, moi, je ne serais plus rien. J'ai besoin des mots. J'aime les mots. J'aime leur texture, j'aime prendre le temps de réfléchir au mouvement de ma langue quand je les prononce, à ce qu'ils évoquent. J'aime essayer de les réécrire autrement, de savoir d'où ils viennent, de me les réapproprier. J'aime leur relief, j'aime leur forme, j'aime ce qu'ils représentent. Cela ne veut pas pour autant dire que je sais correctement les manier. Cela veut simplement dire que je serais incapable de me passer des mots.
    J'en viendrais presque, parfois, à me demander si, pour moi, les mots ne fonctionnent pas comme une mise à distance. Pourquoi éprouve-je le besoin constant d'analyser ce qu'on me dit, plus principalement dans ma sphère personnelle ? Parce que je sais que discuter avec de vagues connaissances d'université ne crée pas de liens particuliers entre eux et moi ? J'ai remarqué, depuis un certain temps (depuis le jour où j'ai décidé de m'ouvrir un peu plus aux autres) que, si je suis tout à fait capable d'entretenir une conversation avec une nouvelle personne, il m'est largement plus compliqué de trouver quoi dire à quelqu'un avec qui j'ai déjà lié connaissance. Parce que je ne veux pas m'impliquer ? En dehors de chez moi, j'aime écouter les autres, ou tout du moins ça ne me dérange pas de les écouter me parler de leur expérience personnelle. Dans ces moments-là je ne fais que de l'écoute passive (peut-être qu'au fond cela ne m'intéresse pas tant que ça ? mais je ne pense pas), je pose des questions afin que l'autre entretienne la conversation et que j'aie à m'y impliquer verbalement le moins possible. C'est en tout cas ce qu'il ressort de mes constatations, puisque je n'y réfléchis pas véritablement sur le coup : je me contente de savourer cette impression de faire partie d'un tout. Et le fait que je ne sois pas capable d'aller plus loin après cette première rencontre signifie peut-être, tout simplement, que je ne sais pas comment m'y prendre, quoi dire. J'ai toujours peur de me montrer maladroite, d'imposer ma présence à un groupe de personnes qui ne l'apprécierait pas forcément; et comme je n'aimerais pas qu'on me pose des questions plus poussées, je n'en pose pas moi-même inconsciemment. Ou bien je n'ai pas envie de dépenser de l'énergie pour des choses inutiles et en cela je me montre égoïste et futile.
    Je n'ai pas la même façon d'agir et de réagir lorsque je suis à l'intérieur et à l'extérieur de chez moi. Je me plie de plus en plus aux codes sociaux. Sourire, dire bonjour, hocher poliment de la tête même si le sujet dont on m'entretient ne m'intéresse absolument pas.
    Quand je suis chez moi, à table avec mes parents, une espèce de mécanisme se met machinalement en place. Ma mère trouve cela insupportable. Elle a l'impression que je la juge, lorsque, parfois, j'ai la stupidité de penser à haute voix. Sa récrimination porte alors sur l'impression que ma remarque provoque, et non sur son objet lui-même.

    Objet : Mes parents n'aiment pas prendre de décisions rapidement. Ils préfèrent y réfléchir au minimum une semaine, cela va parfois jusqu'à un mois pour les décisions les plus importantes, ex: Veux-tu aller au restaurant avec moi ? Conclusion : ils ne sont pas spontanés.
    Récrimination paternelle n°1 : Pas du tout. Nous sommes tout à fait capables de prendre des décisions de ce genre spontanément. Nous l'avons déjà fait.
    - Quand était-ce, la dernière fois ?
    - Penses-tu vraiment que je tiens un carnet avec la date de mes actions, que je vais le ressortir pour savoir quelle était la dernière fois que nous sommes allés quelque part avec ta mère ? Sérieusement ?
    Discussion bloquée.
    Récrimination maternelle n°1 : En plus, aller au restaurant, c'est cher. Aussi, il faut en avoir envie. Moi qui ne mange quasiment pas le soir, je ne vais pas m'amuser à dépenser de l'argent régulièrement pour aller au restaurant !
    - Ce n'est pas ce que j'ai dit. Tu déformes mes propos. J'ai donné un cas précis en exemple pour que vous compreniez de quoi je parle, mais le restaurant peut très bien être transposé en un musée, en un cinéma, en tout ce qui vous fait envie sur le moment mais que vous décidez de remettre à plus tard -parce que c'est dans votre nature de faire ainsi.
    Récrimination paternelle n°2, haussant le ton : C'est n'importe quoi. Tu dis des choses fausses, tu crois nous connaître et tu te permets de nous juger alors que tu ne nous connais pas.
    Récrimination maternelle n°2 : Moui, je trouve ça moyen, ton père a raison. Tu es notre fille, tu n'as pas à nous juger. En plus, lorsque j'étais jeune, j'allais tout le temps au cinéma lorsque j'avais du temps libre. On dirait que tu te permets de...
    Récrimination paternelle n°3 : Quand je rentre chez moi je n'ai pas envie d'être analysé à la loupe par une pseudo psychologue.
    Récrimination maternelle n°3 : Si je prends mon temps pour décider quelque chose, c'est pour être sûre de faire le bon choix.
    - Donc tu admets prendre ton temps avant de prendre des décisions ?
    - Non.
    - C'est bizarre, on dirait que j'ai dit quelque chose de mal alors que je n'ai fait que décrire un trait de votre personnalité. On dirait que vous vous sentez agressé, comme si je vous avais insulté alors que, pas du tout. Je suis pareille, je n'aime pas être obligée de prendre des décisions rapidement. J'aime prendre le temps d'y réfléchir, de...
    Récrimination paternelle n°4 : Il ne s'agit pas d'un trait de notre personnalité. Ce n'est pas ça, un trait de personnalité.
    - Tu préfères que je parle de trait de caractère ?
    - Non plus.
    - Alors quoi ? C'est ta manière de faire comme si tu n'avais pas compris ce que je voulais dire, alors que tu le comprends très bien (tu sais ce que ce mot signifie, dans ce contexte, pour moi), pour bloquer la conversation ?
    Récrimination maternelle n°4 : Mais non, bien sûr que non ma chérie. Simplement, ce que tu dis était... bizarre. Ce ne sont pas des choses qu'on dit à ses parents, voilà tout.
    J'ouvre la bouche, mon père se lève et disparaît dans la salle à manger.
    Fin de la conversation.

    Je ne comprends pas qu'on en soit venus à un tel sujet de discussion. Pourquoi ne pas m'avoir répondu : oui, c'est vrai; et, basta, nous serions passés à un autre sujet. Ce qui m'a poussé à insister, dans ce cas précis, provenait plus du fait que j'essayais de comprendre pourquoi cette remarque ne leur plaisait pas, les "échauffait" (quoi qu'en fait, on peut se poser la question du terme ici aussi puisque mon père a tendance à crier et à devenir rouge lorsqu'il "s'échauffe" - mais non non, il ne se met pas en colère), et non pas d'essayer de les convaincre de ce qu'ils étaient. Contrairement à ce qu'a lancé mon père sous l'influence du manque d'argument, je pense que je connais bien mes parents. Suffisamment tout du moins pour me permettre de formuler ce genre d'observation. Je n'irai en effet pas jusqu'à essayer d'imaginer pourquoi ils agissent ainsi. Je sais juste que, la dernière fois que ma mère a voulu aller au cinéma voir un film qui lui plaisait, plutôt que d'aller à la séance au moment où cette impulsion la soutenait encore, elle a fini par renoncer parce qu'elle n'avait plus envie de sortir de chez elle (elle avait attendu le samedi soir pour se décider et, bien sûr, ma mère n'aime pas bouger le soir - si bien qu'on peut se demander si elle ne cherchait pas une excuse pour ne pas y aller et se donner bonne conscience de ne pas faire toutes les choses qu'elle dit vouloir faire durant la journée); l'avant dernière fois, alors qu'elle voulait absolument aller je ne sais plus où, c'est moi qui ait dû la pousser le moment venu afin qu'elle tienne sa promesse. Le fait est que ma mère ne maîtrise pas un seul mot de ce qu'elle dit : elle parle sans filtre, sans réflexion. Elle dit ce qui lui passe par la tête au moment où elle y pense, avant d'oublier et de passer à autre chose. En général, ma mère a besoin d'une personne qui l'entraîne pour faire des choses. Je la connais. Lorsqu'elle m'a parlé, la dernière fois, de son envie de retourner au cinéma, j'étais dans un mauvais état d'esprit et lui ai répliqué que je ne la croyais pas parce qu'elle n'allait jamais seule au cinéma. Sa réponse ? "Hé bien, justement ! C'est parce que tu dis ce genre de choses que je n'irai pas ! Je n'ai pas envie d'être l'objet d'un pari stupide." Comme si elle avait besoin de se chercher des raisons pour être ce qu'elle est, ou pour ainsi dire, pour n'être pas ce qu'elle n'est pas.
    Pourquoi les gens sont-ils aussi hypocrites envers eux-mêmes ? Il suffit que quelqu'un d'autre qu'eux mette le doigt sur ce qu'ils sont pour qu'ils s'agacent et commencent à polémiquer. Pourquoi ne pas être honnête vis-à-vis de soi même, un peu, pour changer ? Pourquoi, tout de suite, sauter sur la personne qui a fait la réflexion en question et retourner ses mots, ses arguments contre elle ? Je sais que, personnellement, je n'aime pas me faire psychanalyser. Mais ça ne m'empêche pas de réfléchir par la suite à la justesse, ou non, de la conclusion psychanalytique. Or, il semble qu'en général le simple fait qu'une personne se permette de faire une observation agresse suffisamment autrui pour qu'il rejette et nie en bloc, sans réflexion aucune, le message principal. C'est tout simplement stupide. Pourquoi ne pas dire, un jour : "C'est vrai. Tu as raison, je suis comme ça. Et puis après ? Je m'assume comme je suis." Chez ma mère, cela proviendrait selon moi de son manque de confiance en elle. Elle a réussi à le camoufler depuis longtemps en s'installant dans une routine quotidienne, mais dès que quelqu'un l'entraîne ne serait-ce que d'un demi pas en dehors du chemin, rien ne va plus. A moins qu'elle ne se laisse conduire telle une petite fille, sans plus chercher à comprendre quoi que ce soit alentours.
    Pour mon père, je ne sais pas. Je serais bien incapable de comprendre quoi que ce soit à ce propos, il ne me dit jamais rien de lui. Lorsque j'étais petite j'aimais l'idée de lui ressembler. Je portais souvent une casquette, ça me donnait l'impression d'être un garçon et de pouvoir le suivre dans ses escapades et ses escalades estivales. Depuis que j'ai grandi, j'oscille entre les deux : j'aimerais me montrer aussi cultivée que lui, il possède de grandes connaissances historique, géographique, et littéraire que je lui envie sans jamais lui arriver ne serait-ce qu'à la cheville. Mais je n'aime pas lui ressembler psychiquement. Tous les deux nous sommes renfermés, nous ne sommes pas à l'aise en société, nous montrons difficilement nos émotions. Il faut nous déchiffrer. J'aimerais être un peu moins déchiffrée, me demander si la personne à qui je parle a compris ce que je voulais dire, comment je me comportais avec elle, etc. J'aimerais me prendre moins la tête sur des bêtises, sur mon propre déchiffrage. Mais j'imagine que je ne peux pas, parce que mon caractère, ma manière de réfléchir, font que j'ai besoin de comprendre ce qui m'entoure et ce que je suis, de comprendre pourquoi les autres agissent ainsi, ce que cela signifie si untel fait tel geste et quelles répercussions celui-ci entraînera. J'imagine, donc, que pour éviter de me faire intérieurement le même reproche que celui que je fais à ma mère, c'est-à-dire celui de ne pas être capable de s'accepter telle qu'elle est, il est de mon devoir moral de comprendre qu'analyser les éléments qui m'entourent, sans doute pour créer une distance entre eux et moi, fait parti de moi, et que je n'ai donc pas à le réfréner -excepté en société où la morale bien pensante réussit à exercer une forme de censure. Et que, si ce n'était pas le cas, je me retrouverais bien plus démunie face aux autres que je ne le suis actuellement alors qu'en réalité je n'ai été vexée qu'un quart de seconde dans le cas suivant (le temps qu'il m'a fallu pour comprendre ce que cela voulait dire, avant de supprimer ce mot de mon esprit car considéré comme inutilement encombrant) en, pourquoi pas, me sentant blessée d'un pseudo terme vulgaire que mon père aurait pu utiliser pour me qualifier lors de notre dernière conversation.

    fin le 10/03/12 à 17:54

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Adena H.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Ven 16 Nov - 17:00


      12/03/12, 16:02

    Avenir.

    Aujourd'hui, il fait beau. J'ai compté 49 coccinelles sur le chemin du retour, alors que je devrais actuellement être en CM. Ce n'est pas bien. Je pensais que, le fait de m'intéresser un peu plus à mon avenir, savoir vers où je me dirigeais, me donnerait la motivation nécessaire afin d'apprendre mes cours par cœur (chose que je déteste plutôt pas mal). Je sais qu'il s'agit d'une étape obligatoire, sans laquelle je suis incapable de bouger. Or je veux bouger. Le fait est que je n'aime pas travailler. Eurk. Je suis à présent dans l'obligation d'avoir au moins un master 2 si je veux pouvoir évoluer dans le domaine professionnel de mon choix. Je ne suis pas faite pour les cours, les contraintes occasionnées. J'aime apprendre de nouvelles choses, mais pas le besoin qu'ont les enseignants de vouloir être sûrs qu'on les a comprises et correctement assimilées. J'aime aller à mon rythme, j'aime pouvoir me dire que, s'il fait beau dehors je ne suis pas obligée d'étudier quoi que ce soit. Je travaille mieux la nuit, mon esprit semble être plus en éveil. Je me demande aussi si ce n'est pas la discussion que j'ai eue avec Léa, Sarah et MaudSh qui m'a donnée cette envie de m'enfuir de la fac. Léa a commencé, en me posant des questions sur mon avenir. Elle semble si sûre de ce qu'elle veut faire, dégageant l'impression que ne pas savoir est incorrect. Pour lui répondre, je n’ai pas pu m’empêcher de prendre ma voix aigue, celle qui m'exaspère car je n'arrive pas à la maîtriser (elle survient lorsque je me retrouve dans une situation où on me domine et me fait ressembler à une petite fille qui doit écouter ses parents). Le fait est qu'elle a posé les bonnes questions. Elle a réveillé en moi mes doutes profonds, en les exprimant verbalement. Il ne faut pas être professeur par défaut, a-t-elle dit. Et si je ne sais faire rien d'autre ? Ma raison, cynique, avait envie de lui répliquer qu'elle était bien gentille avec ses principes, mais qu'on finit par faire le travail qu'on peut avoir. Il faut bien payer un loyer, quitte à être enseignant par défaut. De toute façon, il s’agit de sa conception du métier, à laquelle elle a réfléchi en discutant avec des enseignants de sa connaissance. Je n’ai pas de raison particulière de suivre son avis les yeux fermés, le principe même de la vision est d’être subjective et donc de varier d’un être à un autre. Il s'agit du genre de fille que je ne supporterais pas d'être, petite bourgeoise, mais de qui j'aimerais posséder quelques traits de caractère. La confiance en soi, par exemple : alors qu'elle posait des questions auxquelles elle n'avait pas la réponse, elle ne semblait pas ébranlée plus que cela -alors que mon seul objectif pour l'instant est de me dépêtrer au maximum, de trouver une situation afin de ne pas être obligée de choisir le master qu'il me faudra étudier l'année prochaine. Il s'agit de reculer pour mieux sauter, j'en suis consciente. Et pourtant, j'aimerais retarder ce moment le plus longtemps possible. Mon esprit tente de combiner des situations différentes : si je pars un an à l'étranger, six mois minimum, cela signifie que j'aurai 24 ans lorsque j'aurai enfin mes deux années de master, pour peu que je n'aie pas à redoubler. Mais, est-il possible de s'inscrire en master dans la même université, après un an de coupure ? Ne vaudrait-il pas mieux tenter de recommencer ma troisième année dans une autre branche, ce qui me permettra (étant donné l'incertaine validation de mes crédits de ce second semestre) de ne refaire que les nouveaux cours et me permettrait de, pourquoi pas, travailler afin de mettre un peu d'argent de côté en même temps, en plus du fait que je n'aurai pas besoin de payer mes cours de C2I puisqu'ils sont gratuits en licence. Car, comment demander à un enseignant de devenir mon chargé de mémoire alors que je ne sais même pas sur quel sujet il portera, puisqu'il faut faire un mémoire en fonction des sujets et matières qui nous intéressent.
    Je suis d'accord avec Léa, il faut regarder ce qui nous plait afin d'en faire notre métier le plus rapidement possible. Elle aime le chant, elle enseigne le piano à des enfants, elle s'intéresse à la philosophie, aux Arts en général. Elle possède une solide culture générale, je me sens stupide à côté d'elle. Et moi ? Qu'est-ce que j'ai ? Qu'est-ce que j'aime ? J'ai fait de la danse une année, je n'ai pas aimé. J'ai fait du violoncelle et du solfège pendant cinq ans, avant d'arrêter par manque d'intérêt, tout comme mon année de chorale. Quelle est ma véritable passion ? Qu'est-ce qui me donne envie de me lever alors que je n'ai pas le moral, pour le faire ? J'aime ne pas avoir le moral, j'aime rester enfermée des heures dans ma chambre sans réfléchir à rien, juste à me prélasser. Oui, voilà : j'aime me prélasser, au soleil si possible. Je ne suis pas active du tout, je suis d'un naturel passif, ce n'est pas la première fois que je m'en rends compte. Je préfère qu'on me fasse faire les choses plutôt que de vouloir m'y impliquer. Il est hors de question que j'aille au lycée seule; mais si Margot me le propose, alors j'accepte. J'attends des occasions, que, la plupart du temps, je m'empresse de rejeter. Décidément, je ne suis pas faite pour la société dans laquelle je vis. Ni dans aucune autre d'ailleurs, puisqu'où que j'aille il me faudra travailler pour gagner de quoi vivre. J'aime bien réfléchir, j'aime bien écrire de petits textes de temps en temps, mais ce genre d'activité est loin d'être un métier rémunéré. Mon seul "talent", ma seule passion, c'est d'inventer des histoires. J'ai plein d'histoires dans ma tête, tellement que je suis incapable d'en finir aucune. Il faudrait que j'écrive tout ce que j'ai à dire sur chaque histoire, une par une, tout ce que je suis capable d'imaginer dessus, mettre tout à plat, pour être capable d'en finir au moins une. Et encore, ce ne sera pas de la grande ou même de la petite littérature : ce ne sera qu'une histoire que j'aurais racontée. C'est tout. J'ai des idées dans ma tête, mais je n'arrive pas à me donner les moyens de les concrétiser. Cela fait six semestres à présent que j'affirme que je vais changer mes habitudes afin d'améliorer mon niveau scolaire, sans qu'au final je ne fasse rien de particulier. Je suis réfractaire aux tests/examens/concours en tout genre. Si je pouvais vivre en marge de la société, sans m'inquiéter d'être obligée de rentrer comme tout le monde dans le moule, je le ferai tellement vite que personne à part moi ne s'en rendrait compte. Il s'agit peut-être d'une malédiction divine : être obligés, en tant qu'humains, de se subordonner à des lois tyranniques nationales, alors même qu'elles ne correspondaient qu'à une pseudo majorité depuis longtemps disparue. Les lois auraient beau changer, je ne m'en porterais pas mieux pour autant : il s'agirait toujours de lois. Ces propos ne signifient pas pour autant que je suis anarchiste, simplement que je refuse de rentrer dans le moule proposé aujourd'hui par la société de consommation qui nous dirige (la preuve étant le capitalisme) : aller à l'école, aller à la fac, faire de longues études, rester chez ses parents jusqu'à ses 25 ans par manque d'argent pour payer son propre loyer, vivre avec son conjoint, avoir un enfant dans la trentaine, un second de quatre à six ans plus jeune que l'aîné, acheter un chien, puis travailler jusqu'à la retraite. Je ne me vois pas suivre cette voie toute tracée que l'on retrouve dans la grande majorité des spots publicitaires (ou bien je ne souhaite pas me voir suivre cette voie toute tracée ?). Pour l'instant, je n'ai pas d'avenir défini, même si je m'imagine bien seule, dans mon petit appartement vers mes 25 ans, détentrice du minimum syndical de mobilier : je n'ai besoin que d'assiettes de camping, de couverts et d'ustensiles de cuisine, d'une commode où ranger mes sous-vêtements, d'une tringle pour accrocher mes vêtements, d'un ordinateur et d'albums photo. Avec une grande quantité de DVDs et de CDs. Voilà tout ce qui m'est nécessaire. Pas besoin de superflu, pas besoin de pacsé duquel je me montrerais dépendante, pas besoin de repeindre les murs. Juste mon indépendance.
    Je me souviens d'une conversation que j'ai eue avec mon père à la fin du premier semestre durant laquelle je lui expliquais que ce que je m'attendais à faire durant mes études ne correspondait pas à ce qui m'avait poussé à choisir ces matières et qu'on ne faisait pas du tout ce que j'aimais faire. Il m'expliquait que rien ne m'empêchait de faire ce que j'aimais (écrire) de mon côté, tandis que je m'appliquerais de l'autre à l'exercice de la dissertation et des plans apparents de grammaire. Je ressens de plus en plus ce besoin de ne pas me conformer à un cadre net et précis. Faire une dissertation en trois parties, chacune composée de trois sous-parties; ne pas oublier, bien sûr, les transitions; tandis que l'introduction devra être composée en un seul paragraphe porteur de cinq idées différentes. Hm. J'en viens à me demander si le fait d'avoir autant de mal à me soumettre à cet exercice qui paraît pourtant simple à première vue ne vient pas du fait que je sois incapable de comprendre comment m'y plier, mais plutôt de mon refus à m'y conformer. Théorie à creuser.
    Il me faut donc faire quelque chose que j'aime faire, tout en sachant que je me lasse facilement des choses : découvrir de nouvelles matières, faire de nouvelles expériences me plait énormément avant de me lasser et de m'exaspérer vers la 6ème séance. Est-il possible de faire un métier changeant ? Il me faudrait plutôt devoir changer de métier, oui ! Un métier où je découvrirais de nouveaux éléments régulièrement, juste le temps de me lasser des anciens; qui me forcerait à accomplir des choses que je n'aurais sinon jamais le courage d'oser accomplir; qui me permettrait d'être en contact avec autrui lorsque cela me conviendrait, et me laisserait libre de me retrancher à ma guise les jours où mon humeur ne s'y prêterait pas parce que je déteste me forcer à sourire alors que je suis fatiguée ou agacée, ce que je serais obligée de faire si je dois me confronter régulièrement avec les mêmes personnes; un métier où il n'y aurait pas six mois de différence entre le début et la fin de l'action, j'aime quand cela va vite et que je suis capable de m'en débarasser rapidement pour passer à autre chose... c'est bien ce que je disais, il n'existe pas de métier tel que je viens de le décrire ! A moins que ma vision pessimiste de la société actuelle, dans laquelle je vis, ne soit complètement erronée, il me faudra adapter mon caractère sur de nombreux points afin de rentrer dans le moule des gens respectables qui s'inquiètent de ce que disent les autres d'eux, qui ont une vie saine et équilibrée (réveil-métro-travail-métro-dodo), qui invitent leurs amis le week-end puisqu'ils travaillent en semaine ainsi que leurs amis comme toutes les personnes bien pensantes, qui font semblant d'aller voir les films, pièces de théâtre, expositions qu'on leur propose gentiment afin de s'éduquer culturellement.
    Quelle honte. Mais où va la société ? Dans quel monde vit-on ?
    Hypocrisie, car je serais moi-même incapable d'aller dans le sens contraire du politiquement correct. Je dis bonjour, merci, je ne rote pas en public, je souris gentiment même lorsque ça ne m'intéresse pas, je ne dis rien d'immoral. Pff. J'aimerais bien trouver quelque chose qui soit ma raison d'être. Quelque chose dont je ne pourrais plus jamais me passer, qui me permette de m'affirmer telle que je suis, qui soit capable me définir au plus profond de mon âme. D'un autre côté, ça ne colle pas trop avec ma conception de ne pas m'attacher à quoi que ce soit, de ne pas me montrer trop dépendante d'autrui. Me connaissant, je serais tout à fait capable de tendre tous mes efforts à me détacher de la passion à laquelle je suis profondément (jusqu'aux tréfonds de mon âme, si tant est que l'être humain en ait une) attachée, jusqu'à ce que je m'en sois libérée. Si bien que, même si j'aimerais beaucoup être capable de me définir comme tout le monde (« Quelles sont tes passions dans la vie ? Qu’est ce que tu aimes faire ? »), cette façon n'est sans doute pas le meilleur moyen de m'y prendre.

    Je me trouve particulièrement pessimiste aujourd'hui, sans doute à cause de mon manque de sommeil. Mes yeux me picotent, c'est une sensation plutôt désagréable.

    fin le 12/03/12 à 17:27


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Adena H.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Ven 16 Nov - 17:01


      16/03/12, 14:25

    Vertige.

    J'ai toujours cru qu'en grandissant on pouvait changer. Changer de vie, changer de passion, changer de caractère. C'est faux. En grandissant, on ne fait qu'évoluer. On ne peut pas changer radicalement, à moins d'avoir une grande force de caractère; et encore, il ne peut s'agir ici que d'un changement de comportement, et non de caractère. Alors, on évolue dans une direction dont nous n'avons pas conscience. Dont il faut prendre conscience. Afin de la déterminer précisément. Puisqu'il s'agit du seul moyen d'avoir une quelconque emprise dessus. Depuis que je suis petite je ne réfléchis pas à l'avenir, je repousse au maximum ce que je dois faire (à moins que je réussisse tout simplement à y échapper). Je me dis que je le ferai plus tard. Or cet état d'esprit présent, qu'on pourrait prendre pour un trait de comportement, est en réalité le résultat d'une paresse préexistante devenue par la suite une habitude.
    Je suis une angoissée de première, une "stressée de la vie". Il s'agit de mon tempérament. Je n'arrêtais pas de me dire que cette anxiété s'en irait en grandissant, au fur et à mesure, que j'avais encore le temps pour prendre confiance en moi et ne pas m'inquiéter de tout et n'importe quoi. J'avais le temps de changer. Aujourd'hui, je me demande s'il ne s'agit pas plutôt d'une vision simpliste. Certes nous avons, tous, le temps d'évoluer : c'est le principe même de la vie. Mais du temps pour changer ? Je ne pense pas. Ne rien faire, laisser traîner, ne fait qu'aggraver la situation : parce qu'alors on n'a plus aucun contrôle sur notre évolution personnelle, tout part dans tous les sens, et il est ensuite difficile de comprendre comment on en a fait pour arriver au point où l'on se trouve actuellement. C'est plutôt dangereux, dans mon cas, même s'il s'agit d'une philosophie de vie que d'autres maîtrisent excellemment. J'aurais pu m'en rendre compte plus tôt mais je n'ai pas l'habitude de me confronter aux autres, alors que c'est par là même qu'on assure la stabilité de nos conceptions. Ma tutrice de méthodologie a vingt-deux ans, soit deux de plus que moi. Je l'imaginais plus vieille, sans doute parce que lorsque j'étais en première année de Licence je m'étais retrouvée tutorée par des Master qui me semblaient avoir au moins vingt-trois ans. Cinq ans de plus que moi, c'était tout un monde à traverser ! Or à présent, sans m'en rendre compte, j'ai grandi; j'ai évolué. Je pensais que j'avais encore le temps de changer, mais je me suis confrontée à une jeune fille de mon âge. Et j'ai pu me rendre compte -je me suis rendue compte- que ce n'était pas le cas. Elle ne me ressemble absolument pas, elle a le caractère qu'elle a. Elle est bien plus assurée, elle a une vision du monde différente de la mienne. Elle hésite à passer le CAPES pour ensuite se retrouver en ZEP, parce qu'elle vit en Normandie et qu'elle a l'habitude d'aller passer ses vacances à Londres. Elle est différente. Je pense que, dans ma tête, je m'imaginais un caractère idéal auquel j'aspirais mais que, sans être capable de savoir comment m'y prendre, je repoussais sa réalisation de jour en jour : vive, drôle, intelligente, assurée, cultivée, ayant de la répartie, un peu sensible mais pas assez pour se sentir blessée dès qu'on fait une réflexion sur elle, n'ayant pas peur du regard des autres, ayant de l'allure, à l'aise n'importe où, active. Stéréotypée. Grande tendance à m'imaginer faire des choses ou être quelqu'un que je ne suis pas. Je m'imagine écrire un livre alors que je suis incapable, en général, de dépasser le chapitre deux. Parfois j'arrive jusqu'au troisième, mais je perds le fil et j'abandonne. J'ai une grande propension à ne pas finir ce que je commence. En réalité, c'est parce que j'ai un caractère entier. Pour moi tout est soit noir, soit blanc même si je sais que, dans les faits, ce n'est jamais aussi simple que cela. J'ai des principes et j'attends des autres qu'ils les suivent alors même qu'ils ne sont pas moi. Si je sais que je serai incapable de finir une activité, je préfère ne pas la commencer malgré tout l'intérêt que je lui porte. Ajoutons à cela que je me lasse rapidement de ce que je fais, et qu'il faut donc que l'activité en question soit basée sur le court, et non sur le long terme. C'est rare. J'ai besoin que les choses aillent vite, pour pouvoir en être débarrassées. Je n'ai jamais, encore, trouvé d'activité qui me plaise au point que, de moi même, j'en redemande. J'aime découvrir, mais pas m'impliquer. Un peu comme une liste dans mon esprit qui me permettrait de tout ordonner; que je rayerai au fur et à mesure. Des fois cette liste mentale ne me suffit pas, j'ai peur d'oublier quelque chose, et je la matérialise en inscrivant ce qui me trotte dans la tête sur une feuille blanche. J'aime commencer des choses mais je n'aime pas les finir. Ou bien je ne sais pas comment les finir, ou bien j'ai peur de les finir. Parce que faire quelque chose, d'accord; mais si, au final, je réussis à créer quelque chose de concret, de matériel, que puis-je ensuite en faire ? Quelles conséquences cela entraînera-t-il ? Vers quel inconnu devrais-je me tourner, actions que je suis incapable de prévoir et/ou de maîtriser ?
    Sur ce point je suis comme ma sœur. Je suis incapable de me contenter de ce que j'ai sur le moment, j'ai besoin de fantasmer, de rêvasser. Chez ma sœur cela se caractérise par une absence d'activité quelconque qui l'entraîne à ressasser les mêmes éléments, à se monter un scénario dans sa tête jusqu'à ce qu'il soit parfait jusqu'au plus haut degré, et à se montrer déçue, désappointée, lorsqu'elle le confronte avec la réalité concrète. C'est bien connu, les pères des feuilletons télévisés du vendredi après-midi sont parfaits, ils trouvent du temps pour s'occuper de leur enfant même si leur emploi du temps est surchargé, et non pas dès qu'ils ont un peu de temps. Bien sûr, quand C. rentre chez lui, il est heureux de retrouver sa famille, mais sans forcément avoir envie de jouer 24h sur 24 avec son fils. Il a aussi besoin de se reposer. Ca me semble normal, en tout cas, même si je n'ai pas une grande expérience des familles. Peut-être, en fait, qu'il a tout faux et qu'il devrait se forcer à s'intéresser à son enfant même s'il n'en a pas envie. Je ne sais pas. Mélanie est complètement obnubilée par son fils, à force de passer ses journées avec lui, elle est incapable de parler de quoi que ce soit d'autre. Elle envoie des photos de lui, elle parle de l'impression que lui ont fait les potentielles nourrices de son fils qu'elle rencontre, elle parle de ce qu'il a fait dans la journée. Je sais que, personnellement, j'en serais incapable. Je ne m'imagine pas être mère. Ma mère me répond que j'ai encore le temps de changer d'avis, je suis d'accord avec elle, même si je n'ai pas spécialement envie de prendre le temps de changer d'avis. En plus, en regardant Mélanie, je sais que je serais incapable de faire ce qu'elle fait lorsqu'elle s'occupe de son fils. Non. Mieux : je ne voudrai pas le faire. Je suis trop égoïste pour songer à m'occuper d'un enfant actuellement (un qui m'appartienne tout du moins et que je sois obligée de m'y intéresser vingt quatre heures sur vingt quatre), en plus du fait que j'ai peur d'avoir des responsabilités -mais c'est une toute autre histoire. Je la vois imiter des cris d'animaux, lui faire des sourires, le prendre continuellement en photo. J'aime Yannis, c'est normal puisqu'il fait parti de ma famille. Mais, sérieusement, quel intérêt d'envoyer huit photographies tous les trois jours ? Quel intérêt ? Et c'est pourquoi je ne serai jamais mère.
    Quand je dis "non", je ne veux pas vraiment dire "non". Mes "non" ne sont pas aussi simples. Lorsque je dis "non", ce n'est pas que je refuse entièrement, c'est que j'ai peur de dire oui et de ce à quoi cela m'engage. Je dis non pour me protéger, parce qu'il est plus simple de refuser de changer quoi que ce soit, que d'évoluer vers quelque chose de différent, même positif, que je ne contrôle absolument pas. Et on en revient au contrôle. Est-ce la clé ? Si j'aime autant écrire, c'est parce que j'ai tout pouvoir (de vie ET de mort) sur les personnages que j'invente et que je fais agir. C'est parce qu'alors tout est contrôlé, tout est encadré. Personne ne peut venir ébranler mon petit monde : ni ma sœur qui ramène tout à elle; ni mon père qui tenterait par tous les moyens d'en prendre le contrôle; ni ma mère qui ferait semblant de n'y rien comprendre alors qu'elle comprendrait parfaitement ou qui ne ferait aucun effort de compréhension. Ma mère est incapable d'écouter ce qui ne lui plait pas. Si elle ne maîtrise pas le sujet elle décroche, n'écoute plus rien; ou bien emmènerait un sujet intellectuel sur un terrain purement matériel, ce qui créerait un dysfonctionnement dans la conversation puisqu'on ne se trouverait plus sur le même niveau de compréhension. Je déteste ne pas me faire comprendre, ou pire qu'on fasse semblant de ne pas comprendre ce que je dis alors qu'on le comprend au contraire très bien. J'ai l'impression d'être stupide, coupée du monde. En plus du fait que cela entraîne le plus souvent une moquerie. Mon caractère fait que j'ai besoin de contrôler mon environnement afin de me rassurer tandis que mon statut même d'être humain m'en empêche. Parfois, j'ai le vertige. À un moment je prends pleinement conscience de ce que je suis : un être vivant et de ce qui m'entoure. Les couleurs sont plus vives, les sons sont plus retentissants, j'ai la perception pleine et entière de ce que je suis, de tout ce que je suis capable d'accomplir en tant que moi, de tous les possibles. Et, la seconde suivante, je me retrouve une au milieu de la masse des six milliards et quelques d'êtres humains vivant actuellement sur la planète, noyée au milieu de la masse informe et grouillante, incapable de faire entendre ma voix même en criant aussi fort que je le pourrais. Je passe régulièrement d'un extrême à un autre, et ce vertige constant d'instabilité me laisse le cœur au bord des lèvres. J’aimerais tellement faire quelque chose de ma vie !, lui trouver un but que je pourrai suivre alors sans plus me poser de questions !, que j’oublie de vivre. Tout en sachant que mon caractère fait que je suis ainsi, la preuve étant que lorsque je fais l’effort de refouler mes angoisses, elles finissent par ressortir d’une manière ou d’une autre. Je me débrouille comme un pied lorsque je n’ai pas de mode d’emploi. J’aimerais pouvoir être différente des autres, avoir un signe distinctif qui ferait que je pourrais m’affirmer telle que je suis, mais je dois faire avec. J’ai lu un jour un article expliquant que les singes étaient capables de reproduire certains gestes si un autre singe leur montrait auparavant comment s’y prendre. Je suis un singe. Je me sens perdue lorsque je dois faire quelque chose que je n’ai jamais fait, tout va mieux lorsqu’on me montre comment m’y prendre. Alors même que je souhaite si fort me distinguer des autres, j’ai peur de leur jugement et des regards qu’ils porteraient sur moi si je ne me montre pas capable de me conformer au moule qu’ils me présentent. J’ai peur de choisir la solution de facilité parce qu’elle est plus simple que celle consistant à dispenser mes efforts afin de trouver une voie qui me conviendrait mieux, parce que je suis ainsi. J’ai peur de me montrer médiocre par rapport à ce que je ne me sais pas capable de faire. Suis-je une âme tourmentée ? Si c’était véritablement le cas je serais parfaite en écrivain maudit. Plus prosaïquement, de manière plus cartésienne, plus raisonnée, je cherche juste un sens à ma stupide petite vie.

    fin le 16/03/12 à 15:37


    En fait, c'est un peu comme si je renaissais à chaque nouvelle fois que je prends conscience de moi, ou que mes actions influent directement sur mon avenir. Une impression d'éveil, comme si je n'existais pas auparavant, que je n'avais rien vécu. Alors que ce n'est pas le cas. J'ai déjà expérimenté tout un tas de choses, vécu des expériences plus ou moins réussies. Mais, au moment de m'affirmer, parce que je suis trop impliquée dans la situation et que je me montre incapable de prendre du recul, je n'arrive pas à me rappeler que j'existais avant, je me sens déboussolée, sans repères. Alors qu'en réalité il me suffirait de me souvenir, de me remémorer le fait que ce n'est pas la première fois que je vis une situation pareille, pour me rassurer ne serait-ce qu'un tant soit peu. J'imagine que je stresserais moins si je me posais moins de questions sur mes ressentis, sur mes origines, sur mon avenir; je sais que ça marche comme ça pour ma mère, tout du moins. Mais que serait ma vie si je me contentais de la vivre ? Elle serait plus simple, certes, mais je n'y trouverais plus aucun intérêt puisque je trouve un intérêt à décortiquer ce que je vois. Je devrais travailler dans la pub.

    fin le 16/03/12 à 17:22



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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Ven 16 Nov - 17:02


      19/03/12

    Origines.

    Pourquoi rester les mêmes si nous pouvons changer ? Il y a un certain fatalisme à devoir nous accepter tels que nous sommes. Cela ne veut pas dire pour autant que nous ne pouvons pas évoluer. Ou choisir la direction de notre évolution.
    Il me semble essentiel de poser des bases. Je suis réaliste à la limite du cynisme, je préfère voir les autres dans toute leur cruauté que de me voiler le visage. De m'illusionner. Je suis extrémiste. Je suis une éponge. Je suis critique, ma critique s'émousse face à la bêtise des autres. Face à ma propre bêtise, à celle de l'Homme, à celle de la Vie. Nous nous croyons intelligents quand il s'en faut de peu pour que nous ne le soyons absolument pas. Certains sont intelligemment bêtes tandis que d'autres le sont tout court, tandis que d'autres encore font semblant de ne rien comprendre alors qu'ils ont en réalité compris qu'ils ne pouvaient pas comprendre -peut-être même qu'il n'y avait rien à comprendre ?
    L'Homme est à l'origine de tout. L'Homme est à l'origine des dieux car, sans vie humaine, il n'y aurait personne pour les adorer comme nous avons le pouvoir de le faire. À ma connaissance il ne me semble pas que les animaux aient des dieux. L'œuf ou la poule ? Dieu ou l'homme ? Lequel a existé en premier ? Ne sont-ils pas nés en même temps ? Je ne peux pas croire une chose que je ne vois pas, que je ne comprends pas, qui n'est pas explicable. Si on me le montrait, qu'on me le prouvait, je ne pourrais alors plus y croire puisque le principe même de la religion est de croire aveuglément en quelque chose d'incroyable et d'irrationnel sans jamais le remettre en question. Le fait établi qu'un dieu quelconque ait crée l'Univers ne me satisfait pas. J'ai besoin de me raccrocher à des faits réels, à des éléments tangibles. En plus de toutes les actions néfastes qu'il laisse la possibilité à ses créatures de commettre. Je ne sais pas si l'on pourra un jour expliquer l'origine de la vie, la création de l'eau, de la Terre, du système solaire, de l'univers. Mais tout ce qui est crée par l'être humain est destructible par l'être humain. Il est à l'origine de tout, il se prend pour modèle de référence. Nous prenons l'histoire en cours de route. L'être humain est explicable par l'être humain. Les psys pour chiens, je ne dis pas. Mais les problèmes humains sont capables d'être résolus, j'irais même jusqu'à dire qu'ils ont toujours une solution car ils proviennent de l'être humain. Ce n'est pas parce qu'à l'heure actuelle une multitude d'éléments nous échappe qu'ils n'existent pas.


      27/03/12, 13:35

    Tout.

    J'aime m'asseoir sur un banc et regarder les gens. Ca me donne l'impression de faire partie d'un tout duquel je reste malgré tout entièrement dissociable. Avec un droit de regard et de jugement sur mes contemporains, êtres de chair et de sang. J'aime observer. Les gens. Le plus souvent ils sont en groupe, ils discutent, ils rient, ils pleurent. Ils crient. Ils chantent. Ils boivent, ils mangent, ils racontent. Je me demande si je ne suis pas une éponge vivante humaine (qu'il s'agisse de l'animal marin ou de l'objet destiné à laver la vaisselle). Si mon destin n'est pas, au final, d'absorber ce gigantesque amas d'humanité consciente, de la mâcher consciencieusement jusqu'à ce qu'elle n'ait plus aucun goût, de mastiquer jusqu'à la moelle leur substance vitale, pour enfin la digérer par le biais des mots. De raconter. Destin est un grand mot.
    Ma tête est pleine d'histoires, de mots, de pensées, de situations qui encombrent mon esprit et paralysent ma construction mentale. Or ces mots, ces pensées, ces situations encombrantes résultent de mon expérience personnelle. C'est bien connu, toute aventure digne de ce nom résulte d'un changement d'habitudes. Il faut sortir de chez soi, se confronter à d'autres personnes, à d'autres réalités, afin d'être par la suite capable d'écrire quelque chose digne de ce nom. J'ai à l'esprit toute cette littérature de l'inanimé, parlant de sujets banals de la vie de tous les jours. Cela n'empêche pas que Mme Bovary fasse connaissance avec son amant : élément extraordinaire de sa pitoyable vie ordinaire.
    Je ne parle guère, j'écoute beaucoup -trop ? On vient me parler. Seules les personnes bavardes viennent me parler, à moins que ce soient les seules qui ne soient pas repoussées par ma réserve puisqu'elles n'ont pas besoin de moi pour créer ce qu'elles veulent. Parce qu'elles n'ont besoin que d'un interlocuteur, interchangeable, pour discuter. Monologuer. Elles ne s'imposent pas de force, je m'efface. Cela ne me dérange pas de leur laisser la préférence. Elles pensent que la vie est palpitante, que leur opinion ainsi que les nombreuses aventures qu'elles ont vécues méritent d'être narrées. Le problème, j'imagine, est que si je m'imposais je serais forcée d'assumer jusqu'au bout mon audace et serais obligée de combler le vide en me révélant. Et, soit manque de confiance en moi, soit relents de mon éducation (mon père est pudique dans ses sentiments), il s'agit d'une chose qui ne m'agrée point. À moins qu'il ne s'agisse d'une réminiscence de confidences particulièrement pénibles que j'ai ainsi peur de faire ressurgir à la surface en me replaçant dans le même genre de situations. Ou bien, ou bien, que je ne me connais pas suffisamment pour être capable de parler à quelqu'un d'autre puisque je ne supporte pas de parler ou d'avoir une opinion, un avis sur ce que je ne connais pas. Je préfère apprendre. Ou bien parce que, pour une raison obscure, je me considère comme étant avantagée par ce mystère, ce qui rendrait de moi une vision particulièrement hautaine. C'est ce que je fais avec mes notes de cours. J'accepte avec plaisir de les dupliquer la première fois mais je n'aime suffisamment pas qu'on me responsabilise de cette manière pour être agacée les fois suivantes lorsque je sais que la personne n'a en fait pas envie de venir en cours mais compte sur moi pour que, moi qui y vais, les lui propose ensuite. Je n'aime pas partager. Ou bien je pense que mon avis ne vaut pas la peine d'être partagé par sa banalité. Je prononce un nombre incroyable de banalités par jour, c'est d'un extraordinaire ! Le genre de phrases passe-partout qu'on entend n'importe où dans la bouche de n'importe qui. « Ca va ? Pourquoi ? C'est-à-dire ? Je ne comprends pas. Il faut beau. Il fait moche. J'ai faim. J'ai envie de dormir. J'en ai marre. Il pleut. Tu viens ? Et toi ?
    Je t'aime. »
    Le genre de fois qui veut tout dire et rien, à la fois. C'est pour cela qu'il est si important de tomber sur les bonnes personnes, ceux qui auront envie de s'apprendre. Si je n'ai pas de véritables amis, la raison en est simple : je suis trop égoïste pour faire attention aux autres sur la longue durée. Je me lasse rapidement de tout, même des êtres vivants. Ils se ressemblent tous. Ils ont tous les mêmes visages. Visages qui finissent par son fonde les uns dans les autres. Ils se ressemblent tous, et je leur ressemble. Je se croient différent. U.N.I.Q.U.E.S.
    J'ai besoin d'apprendre à faire la différence entre le rêve et la réalité, l'irréel et le matériellement possible. J'ai besoin de réfléchir, sérieusement, au projet construit qui dictera alors ma vie. Je me retrouve une fois de plus enfermée dans une structure qui m'emprisonne, qui m'empêche de m'épanouir. J'ai besoin de découvrir ce qui se passe au dehors, comme si le monde se résumait à des notes ! La France est le pays européen qui s'intéresse le plus aux résultats scolaires. Nous devons savoir quel métier nous voulons exercer dès nos seize ans, comme si c'était possible. Nous séparer du modèle, ne pas avoir les résultats attendus nous explose au regard méfiant des autres, des normaux. Qui n'aiment pas se retrouver face à ce qu'ils ne connaissent pas. Maternelle, primaire, collège, lycée, université ou BEPC, formation professionnelle, travail. Travail. Travail, travail, travail. Travail. Et le développement personnel ? Si je le pouvais, j'irais me perdre dans le désert, comme ce bon vieil Alceste. Loin, bien loin de l'hypocrisie sociale.

    fin le 27/03/12 à 14:41 + 10 mins le 31/03/12



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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Ven 16 Nov - 17:03


      8/05/12, 22:45

    Submersion.

    Après avoir passé l'après-midi avec nous, mamie est repartie. Ce n'est pas arrivé tout de suite, mais petit peu à petit peu. Si bien que je ne m'en suis rendue compte qu'au moment d'aller me coucher. Je ressens tout plus fort la nuit, car alors aucun son ne peut bloquer mes pensées. Tout arrive et me submerge. D'un coup. Mais tant que je ne suis pas seule, tant qu'une quelconque forme de vie se manifeste encore, je suis capable de les refouler. Mes démons (ou ce que je nomme ainsi, n'exagérons rien). Je lutte de toutes mes forces, je ne veux pas penser à toi, dégage. Mais au final ce n'est pas assez -comment le pourrait-ce être de toutes manières ? Après tout, ce n'est pas comme si on pouvait réellement se débarrasser d'une partie de nous.
    Quand je me retrouve toute seule, j'ai peur. Ou bien je rêve pour éviter d'avoir peur. Je suis une grande peureuse, c'est névrotique.
    "Les hommes n'ayant pu guérir la mort, la misère, l'ignorance, se sont avisés, pour se rendre heureux, de n'y point penser."
    Les RPGs, les séries, les livres... me projettent dans des univers que j'aime et qui me permettent durant un temps, de ne pas penser à ma vie réelle. Danger. J'en ai besoin pour combler un manque que je ne sais comment remplir; mais à chaque fois la chute n'en est que plus brutale. Parce qu'il faut, à un moment ou à un autre, se confronter au monde réel qui a auparavant été magnifié. Il faut arrêter de se voiler la face. Arrêter de se mentir. Accepter de grandir. D'accord, oui, très bien. Mais il ne faut pas confondre le fait de créer des univers pour ne pas se confronter au réel, et en créer parce qu'on ne sait pas s'y confronter. Dans le premier cas il s'agit d'une conséquence, dans l'autre d'un symptôme. Je le sais depuis longtemps : ma plus grande faiblesse est mon manque de confiance en moi. J'essaye pourtant de me guérir, d'arrêter de me demander ce que les autres vont penser de moi, d'arrêter de chercher l'approbation de mes proches pour voir si je corresponds bien à ce qu'ils attendent de moi -s'ils sont fiers de moi. N'empêche, c'est vachement dur. Ca me bloque, ça m'empêche de grandir, d'évoluer. Je sais que je pourrais réaliser à peu près tout et n'importe quoi, je suis jeune et en bonne santé. Mais cette absence de confiance en moi me bloque, me limite à 99%. Toutes ces choses que je pourrais faire mais que je n'ose pas faire. Toutes ces choses que j'aurais pu faire mais que je n'ai pas osées faire -arrêtons ici la nostalgie. Alors, ce qui me fait peur ce soir, peut-être même plus que la mort, est la non-existence. C'est le pire, parce qu'on existe physiquement mais qu'on est incapable de savoir quoi faire de son existence d'être humain, si bien qu'on ne fait rien.
    Je l'ai pensé tellement de fois, il me faudrait une notice. Une notice pour comprendre mon rôle (ou plutôt : mon non-rôle) sur Terre; une autre pour parler aux gens; une autre pour m'intégrer à la société; une autre pour comprendre comment se débarrasser de mes défauts; comment aimer les gens. C'est pour ça que les mangas sont parfaits pour moi : les héros ont un passé sombre mais ils sont capables d'évoluer en mieux, ils ont une liste de quêtes et lorsque l'une d'elle est finie ils sont capables de passer à autre chose (ça ne sert à rien de s'attarder dessus si elle est finie -à moins que ce soit pour en plaisanter). De plus, les héros font parti d'un groupe uni et fidèle envers et contre tout. Ils peuvent compter les uns sur les autres. Sur qui puis-je compter ? Même pas sur moi, hélas. J'aimerais tant pouvoir dire fièrement que je n'ai besoin de personne pour être bien, pour être moi-même. Mais plusieurs obstacles matériels et psychiques se dressent devant mon idéal. Tout d'abord, mon manque de rentrée d'argent régulière. L'indépendance passe autant par l'esprit que par l'argent (voici une nouvelle réalité qui me rend pessimiste, si seulement l'argent n'avait pas même à contribuer au bonheur ! mais c'est là mon problème, je suis une idéaliste). Vivre chez ses parents, c'est bien, autant en profiter tant qu'on le peut, dormir dans sa chambre d'enfant, laisser les parents s'occuper de tout et des courses. Attendre que ça vous tombe tout cuit dans le bec. J'ai tendance à penser que c'est de ma faute, que je les incite à cette dépendance, qu'il s'agit d'une espèce de cercle vicieux. Ok, j'ai plusieurs fois essayé de changer les choses, en vain. C'est pourquoi je pense que je ne pourrai jamais prendre de l'assurance tant que je vivrai chez mes parents -chez moi. Parce que j'aurais toujours l'impression d'être une petite fille puisque traitée en tant que telle. Et c'est pourquoi je ne ferai pas de Master recherche. J'étais inconsciente de mon avenir en choisissant la voie des études longues, maintenant que je le sais autant ne pas continuer à se fourvoyer plus longtemps. Et accepter le fait que je suis différente de la moi d'il y a trois ans (plus consciente tout du moins). Comment expliquer aux parents que, quoi qu'il se passe, je ne ferai pas de Master l'année prochaine ? Attendre que ma mère me repose la question. Être ferme, montrer qu'il ne s'agit pas d'une décision prise à la légère Prospère. D'autant plus que j'ai décidé de ne pas faire d'efforts en anglais et en grammaire quitte à les repasser en septembre ou au deuxième semestre de l'année prochaine. Et si j'ai malgré tout ma licence, je referai une année dans une nouvelle branche, peu importe je n'y crois guère, rien n'est suffisamment clair dans ma tête à présent pour que je pense raisonnablement m'en sortir. Je ressens le besoin de mettre de l'argent de côté afin de pouvoir me sentir ne serait-ce qu'un tout petit peu plus indépendante. Ce serait un début. Voilà, j'ai trouvé mon but.
    Quand j'ai peur, il faut agir pour que mon corps ne soit pas paralysé par mes pensées parasites.
    Et puis, ça m'apporterait plus de crédibilité. Ma sœur savait avant même de rencontrer son pacsé qu'elle voudrait des enfants plus tard. Je sais dès à présent que je n'en veux pas. Personne ne semble me croire, ça a beau être frustrant je m'en fiche. C'est comme ça que je le ressens, moi. Le problème c'est que, là encore, j'ai peur du regard des autres. Ma mère sera triste pour moi car ses enfants la rendent heureuse (serais-je trop présomptueuse ?), sans même comprendre que les personnes sans enfants puissent l'être autant qu'elle. C'est impensable, la société le dit, il faut la croire. Elle ne m'accepte pas, elle se résigne. C'est comme avec mes études, elle ne me fait pas confiance, elle espère à chaque fois que je passe à l'échelon supérieur, elle est soulagée que j'aie réussi. Comme si elle ne me croyait pas capable de réussir. Comme si c'était la chose la plus importante du monde. Et ensuite, elle ose me dire qu'elle ne souhaite que mon bonheur ? Quand je me mets en colère contre moi-même, je sens que je serais capable de déplacer des montagnes. Mieux, je me sens illimitée. Mais ensuite je me rends compte des limites que l'on m'impose : mon corps, la société, ma famille, moi. Alors je freine brusquement des quatre fers, assaillie de désespoir. C'est soit : tout ou rien. Blanc ou noir. Rien au milieu. Je ne peux rien faire si je sais que je n'arriverai pas à le finir, ça (je) me bloque. Comment faire ? J'ai beau savoir que mon père n'est pas démonstratif, que ma mère dit des trucs qu'elle n'est pas capable de maîtriser et qu'elle ne veut pas tout à fait dire ce qu'elle dit, benh ça fait quand même vachement mal. Mon rêve, ce serait d'être une femme un peu sociable, qui a quelques bonnes amies sur qui compter, qui est capable de se débrouiller seule en quelque occasion que ce soit. Hé bien, ce n'est pas gagné.
    Demain, et jusqu'à la fin, j'arrête d'aller en grammaire. Il est temps que je prenne conscience que la vie ne se déroule pas dans une école. Je vais me trouver un restaurant mexicain, j'y passerai du temps avec mon livre. Et la semaine prochaine, qu'il fasse beau ou pas, je me prends un rendez-vous chez le coiffeur. Il faut que j'arrête de me trouver des excuses pour reporter ce que je veux faire. Ensuite, je m'achèterai des chaussures. Et je me préparerai à ce qui risque de m'arriver dessus en faisant des listes, puisque c'est ce que je sais le mieux faire même si la vie serait bien triste si on pouvait tout contrôler. Je suis bien consciente du fait que ce ne soit pas le cas, mais rien ne m'empêche de m'y préparer au maximum, il y a quand même des choses sur lesquelles je suis sûre de tomber. Poser les vraies questions, arrêter de se prendre la tête pour des bagatelles si on peut réduire lesdites bagatelles à une ou deux questions fondamentales. Juger tous les autres sauf ma famille proche (quoi que... dérogation) et les personnes que je considère comme mes ami(e)s. Il n'y a rien que je supporte moins que de me sentir démunie telle une petite fille devant quelqu'un ou quelque chose. Demandez à ma mère, elle est incapable de se défendre. Parce que je décide tout sur un coup de tête, alors autant que tout soit préparé et que je ne perde pas de temps à réfléchir (réfléchir annihile étrangement mes capacités motrices) plutôt qu'à agir.

    fin le 9/05/12 à 00:03


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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Ven 16 Nov - 17:03


      15/05/12, 11:30

    Peter Pan.

    J'aime l'idée de ne plus aller en ligne droite. J'aime l'idée d'avoir choisi de faire quelque chose de particulier. J'aime l'idée que je gâche une année de ma vie à faire ce que je veux (gâcher, hm). D'avoir un plan pour l'année prochaine, même s'il est encore un peu bancal. De faire une pause, de réfléchir. Tout va trop vite. Il est toujours bien assez tôt pour devenir un adulte. Choisir un Master, c'est décider presque définitivement de son avenir : professeur, journaliste, éditeur. Or je ne veux pas grandir tout en sachant que je n'ai pas été capable de profiter de toutes les occasions qui se sont présentées à moi sans que je n'aie eu le courage de les saisir. Je ne me sens pas prête à faire un Master signifie : 1) j'ai peur de l'inconnu mais comme je ne peux pas l'éviter je préfère reculer d'un an pour mieux sauter en me préparant pour l'année prochaine; 2) je ne veux pas grandir, je ne veux pas que le choix d'un Master détermine toute ma vie future parce qu'après, on n'a plus de possibilité de revenir en arrière, il faut continuer en trouvant un métier, c'est rare que des personnes reprennent leurs études en se rendant compte qu'elles se sont trompées de voie, elles préfèrent jouer la carte de la sécurité en continuant pendant cinquante ans leur petite vie minable sans but et, me connaissant, ça risque d'être mon cas; 3) rassurez-moi.

    Bien sûr, ils n'ont rien compris.
    fin le 15/05/12 à 12:00


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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Dim 18 Nov - 13:00


      5/06/12, 15:57

    Quotidien.

    À la réflexion, continuer à tenir (même irrégulièrement) une espèce de journal intime ne peut m'être que gratifiant. Déjà, ça sert d'exutoire, bla bla; ensuite, ça me permet de me rendre compte plus aisément de mon évolution personnelle, ne serait-ce qu'en relisant mon entrée du 11 février; enfin, pour moi qui n'ai aucune notion du temps, ça me permet de voir où j'en suis niveau activité.
    Non, un carnet de bord n'est pas un agenda, ça n'aurait aucun intérêt de reprendre le même principe pour les deux. En plus, ce sont deux choses complètement différentes, je n'ai aucunement l'intention de noter mes rendez-vous ici. Là où je veux en venir néanmoins, c'est que j'écris quand j'ai quelque chose à dire. Or, j'ai quelque chose à dire lorsque je fais quelque chose. C'est-à-dire quand je ne passe pas mes journées à poireauter devant l'ordinateur à regarder de vieux épisodes de séries TV/des mangas ou des dessins animés pour enfants sur Disney Chanel (même si certains sont plutôt sympa, avouons le !). Non. J'écris lorsqu'il s'est passé quelque chose d'un petit peu différent dans ma vie, ou qui m'a marqué et que j’ai besoin de mettre des mots dessus afin de mieux l’appréhender. Est-ce à dire qu'il ne se passe plus rien dans ma vie depuis le 15 mai ? On pourrait dire ça. Ce n'est pas comme si ma vie avait été passionnante depuis ce jour-là. Oh, bien sûr, j'aurais pu dire que, avec mes parents, nous avons été invités à la crémaillère de ma sœur et de son pacsé, où nous avons retrouvé ma famille paternelle (excepté mon cousin et sa femme qui étaient au baptême de la nièce de ma belle-cousine). Mais, franchement, ça n'aurait eu aucun intérêt -tout simplement parce que la journée n'en a guère eu elle-même. Après tout, ce n'est pas comme si mon cousin avait été en pleine forme et qu'il avait fait autre chose que de végéter devant la télévision pendant que nous étions à table; ce n'est pas comme si toutes les conversations n'avaient pas tournées autour de mon neveu, de plus en plus trognon (mais là n'est pas la question), avec un petit intermède au milieu de l'apéritif à propos des hommes politiques. Bref, il est tout à fait compréhensible que, en tant que journée peu passionnante (attention, ne confondons pas le fait qu'il n'y ait eu aucun évènement palpitant, ou que personne ne se soit véritablement intéressée à moi durant cette après-midi -chose qui m'a indifféré plus qu'autre chose (parfait, je commence à comprendre comment on fait !)- avec un éventuel manque d'amour porté à ma famille), elle ne méritait guère d'être relatée en détails.
    Et pourtant, cette pensée m'a fait constater qu'il ne tenait qu'à moi de rendre ma vie un peu plus palpitante. Je ne parle pas de faire du saut à l'élastique sous un pont, ou de faire du parapente ascensionnel, je ne crois pas que ce genre de sensations fortes soit quelque chose que j'apprécie énormément; je pense plutôt à de petites choses à priori banales mais qui, au demeurant, me font sortir de mon quotidien. Et là pour le coup, en effet, je ne me suis pas vraiment démenée depuis le 15 mai. On pourrait trouver toutes sortes d'excuses, je suis personnellement très forte à ce petit jeu là : je suis un peu fatiguée, il faut que je fasse du ménage, il faut que je range ma chambre, bof ça ne me dit rien, il va y avoir trop de monde on va se faire bousculer de tous les côtés, je regarde un truc sur internet, plus tard, je suis fatiguée, demain, j'ai un autre truc de prévu, je suis fatiguée. À m'entendre, je suis constamment crevée. En plus d'être une procrastinatrice de première, je suis fainéante et paresseuse. Par exemple, en toute logique, je devrais actuellement continuer à écrire mes fiches de culture latine sur Tite-Live pour mon partiel qui se tiendra dans exactement quatre jours. Et ne parlons surtout pas de mon partiel de littérature du 17ème et du 18ème siècle, dans deux jours, alors que je n'ai rien révisé à ce sujet. J'ai beau avoir une vision plus nette de mon année prochaine, il est vrai que j'aimerais faire en sorte d'avoir le moins de matières possibles à passer au second semestre 2013, mais je ne me foule pas pour atteindre mon objectif. Je suis comme ça, incapable de stresser avant le dernier moment, le problème étant que seul le stress semble me motiver véritablement. D'un autre côté, mes sens se sont largement émoussés depuis quelques temps, si bien que j'ai tendance à stresser à peine quelques heures avant l'heure H en me rendant compte que je n’ai rien fait qui puisse m’aider à passer ce fichu examen –ce qui est laaargement trop tard.
    Tout ça pour dire que si je n'écris rien, ça veut en quelque sorte dire que je ne fais rien de particulier, ce qui est quand même embêtant pour une jeune fille d'une vingtaine d'années qui a la vie devant soi et qui préfère se cacher chez elle en regardant des séries sur l'ordinateur, plutôt que ne serait-ce que profiter du beau temps dans son jardin. L'écriture doit être un moyen de véhiculer des informations ou des sentiments, et non pas un refuge contre le monde extérieur. D'un autre côté, je ne suis pas non plus forcée de faire des milliards de choses différentes de d'habitude dans le seul but de me trouver de nouveaux sujets d'écriture, passer d'un extrême à un autre semblerait tout aussi démesuré. Car enfin, même s'il ne se passe rien de palpitant, réussir à trouver des sujets d'écriture à l'intérieur de sa journée on ne peut plus monotone, ne serait-ce justement pas le meilleur moyen de constater que sa vie n'est pas si fade que cela ?
    Pour le coup, je risque de n'avoir que peu de temps à moi avant le 11 juin, et on sera déjà au tiers de ce mois. Et le temps que je m'en rende compte, le mois de juillet aura filé comme un bas de nylon de ma sœur mâchouillé par son molosse. Comment faire pour me faire prendre conscience du temps qui passe ? Il me faudrait une espèce d'électrochoc. Plus réellement (et, accessoirement : moins douloureusement), peut-être faudrait-il tout simplement que je change de rythme de vie. Habitant chez eux, je suis logiquement obligée de suivre celui de mes parents quand ils sont présents : repas à midi et demi et à dix-neuf heures trente alors que je me suis réveillée et ai déjeuné à onze heures du matin. Forcément, ça me bloque lorsque j'ai éventuellement envie de faire quelque chose. D'un autre côté, si mes parents sont là, ce serait très désagréable de ma part de les laisser manger seuls; d'un autre côté... hé bien, d'un autre côté, ce serait bête de se laisser bloquer par ça alors qu'il est avéré depuis bien longtemps que mes parents ont choisi ce mode de vie car il convient à leurs attentes et à leurs obligations, qui sont complètement différentes des miennes. C'est sûr que c'est agréable de se faire faire à manger par les parents, de passer un peu de temps à table avec eux, m'enfin dans ce cas, il faudrait que je fasse en sorte d'adopter complètement leur mode de vie : lever à 8heures, travail jusqu'à 18heures avec pause déjeuner entre deux, repas, film et coucher. Oulah, je ne suis pas (encore?) une fonctionnaire, moi !

    fin le 5/06/12 à 16:53



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Adena H.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Dim 18 Nov - 13:01


      14/06/12, 10:36

    Virulence.

    Ma sœur vient de passer quelques jours à la maison avec son enfant. Tout s'est très bien passé, plus Yannis grandit plus je me sens d'affinités avec lui. Enfin, il n'a que huit mois, ce n'est qu'un bébé, mais il est très réceptif si bien que lorsqu'on lui sourit il est rare qu'il ne nous le rende pas. J'ai beau ne pas avoir la fibre maternelle et l'instinct qui va avec, j'ai fini par réfléchir ainsi : Yannis fait parti de ma famille, qu'il soit un nourrisson ou un sale ado mal élevé; par conséquent je le considère comme un membre de mon entourage et non comme un simple enfant. En général, on passe beaucoup de choses à sa famille. Par exemple, j'ai une règle : j'ai le droit de critiquer et de juger ma famille, parce que je pars du principe que ces critiques n'enlèvent rien à l'amour que je leur porte; par contre, si quelqu'un en dehors de notre cercle familial se permet d'utiliser les critiques que je viens de formuler devant moi, gare à lui ! La famille, c'est sacré. Et pourtant, la nôtre est loin d'être exemplaire au niveau de la solidarité, avec un oncle et ses enfants séparés de ma famille paternelle suite à de nombreuses brouilles avec son ex-femme. Notre famille a donc été déjà amputée d'un membre, ça fait mal mais la blessure est taboue, il est interdit d'en parler ou même de tenter de la soigner. Je suis sûre que, si nous étions plus proches de Laure-Anne, elle en voudrait à mon père de lui cacher (par omission) ses visites à son aîné et le prendrait comme une trahison. Est-ce parce qu'elle est la benjamine d'une famille de quatre enfants et qu'en grandissant, comme ses aînés étaient capables de construire leur vie sans leurs parents, elle est devenue une espèce de "fille unique" ? Je connais cette sensation, d'avoir une sœur qui a quitté la maison : on s'entend mieux avec elle, mais on devient par réaction un centre d'attention plus attractif pour les parents, puisqu'on est directement sous les yeux (au contraire de l'aînée qui s'est éloignée). Je ne pense pas que ce soit aussi simple, de trop nombreux facteurs ont joué durant bien trop d'années.
    En général, j'aime bien discuter avec ma sœur, elle me raconte des choses, on rigole, je donne mon avis. J'essaye de privilégier un maximum ces instants-là, surtout depuis la naissance de son fils. Je me souviens qu'à un moment toute communication entre nous était rompue, on était incapable d'aller plus loin que les prouts et les beuurbs de Yannis. On parlait bébé, sans se comprendre l'une l'autre. Aujourd'hui, la conversation est rétablie, les connexions ont été réparées, mais j'aime moins nos conversations. Je prends moins de plaisir, c'est comme si ma sœur prenait plaisir à critiquer négativement les personnes de son entourage. "Alors, lui, tu as vu comme il éduque son enfant ? Son fils faisait une crise parce qu'il ne voulait pas que son père l'emmène faire du cheval, il n'a pas confiance. C'est normal si, même quand il est à la maison, il ne s'occupe pas de son enfant. Moi, je ne ferai jamais ça. Et puis unetelle, c'est bien qu'elle leur ait inculqué certains principes, d'accord c'est bien de manger à des heures fixes, mais quel intérêt si à la fin elle ne s'est pas occupée des choses plus importantes comme leur rapport à l'alcool, à la cigarette ! Et machin, il ne fait rien chez lui, il a vingt-six ans et il ne fait pas de rangement, de nettoyage, il ne fait jamais à manger, il arrive quand ses parents l'appellent et se contente de mettre les pieds sous la table ! Et puis, c'est dingue ça de ne pas se laver les mains après avoir été aux toilettes ! Et Laure-Anne, c'est insupportable. Elle m'a déçue, je l'idéalisais trop et je suis tombée de haut lorsqu'elle m'a fait une réflexion à Noël dernier sur mon avis, comme si j'étais un de ses stupides étudiants de médecine qu'elle ne cesse de critiquer à longueur de journée, merci bien ! C'est ma tante et elle se permet de juger ce que je pense, j'ai quand même le droit à vingt-six ans d'avoir un avis raisonnable et de ne pas me faire rabattre le caquet de manière hautaine par quelqu'un qui n'est même pas capable de me connaître assez pour savoir ce que j'aime et ce que je n'aime pas. Non mais, pour qui elle se prend !" À force de l'entendre parler, j'engrange certains détails, elle m'ouvre les yeux sur la véritable personnalité des personnes que je veux aimer sans condition, elle me les rend plus humains, plus égoïstes, plus mesquins. Plus injustes, plus méprisants. Plus méprisables. Elle se concentre sur des détails, en fait toute une histoire tout en disant qu'elle s'en fiche. Elle a un peu raison, on ne les voit que deux fois par an maximum, mais ensuite, ces réflexions continuent à me trotter dans la tête, elles s'ancrent, prennent racine -et pervertissent ma manière de voir les choses lors de la réunion familiale suivante. Pour ça, je la déteste. Je devrais la haïr de m'ouvrir aussi brutalement les yeux, je n'ai rien demandé merde, c'est vrai que j'aime bien discuter après coup des réunions familiales mais pas pour critiquer aussi violemment le sang de notre sang -mais c'est ma sœur, donc je la déteste seulement.
    Là où je la hais, c'est quand elle critique ma grand-mère. Ca, en comparaison de tout le reste, c'est inadmissible. Elle ne la critique pas directement, mais, de temps en temps, elle laisse glisser une phrase, sans même se rendre compte des conséquences que cela peut entraîner. "La dernière fois j'étais au téléphone avec elle, elle a raccroché en me disant qu'il fallait qu'elle réponde à un texto et qu'elle me rappellerait plus tard. Ca m'insupporte au plus haut point, je ne suis pas son bouche-trou. Elle n'a pas à m'appeler quand elle s'ennuie et, hop, quand quelque chose de plus intéressant se produit, elle raccroche. Non, ça ne marche pas comme ça. Finalement, je n'ai pas décroché tout de suite quand elle m'a rappelé, je l'ai laissé mariner un bon quart d'heure, je ne suis pas à sa disposition." Oui, mais non. Si tu tiens tant que ça à être méchante espèce de garce, critique la famille de ton pacsé, tes amis. Oh, mais j'y pense, tu ne vois personne, c'est pour ça que tu te concentres sur les personnes que tu connais, puisque tu n'as pas de vie sociale. Ou alors fais le, mais pas devant nous, pas comme si le fait de critiquer les personnes qui sont censées être les plus proches de nous était normal. En plus, quand mamie est venue ce week-end, j'ai été jalouse. Elle m'a presque ignoré. Elle ne l'a pas fait exprès bien sûr, mais comme Yannis était là elle s'est exclusivement intéressée à Mélanie et à lui. Je sais que c'est un comportement irrationnel, parce qu'elle les voit moins souvent que moi, parce que son arrière-petite fille vit dans le sud de la France et qu'elle ne la voit quasiment pas non plus et donc qu'elle en profite un maximum, en plus il est trognon, mais j'avais envie de lui dire que c'était vachement sympa. Alors j'ai un peu boudé, en silence. C'est ma spécialité.
    Je me demande si, si ma sœur ne m'avait pas parlé de cette anecdote au niveau du téléphone, j'aurais réagi autrement. Après tout, ce n'est pas la première fois que ma grand-mère vient rendre visite à son arrière-petit fils, qu'est-ce qui a bien pu changer entre ces deux moments ?
    J'ai peur que ma sœur devienne comme ma tante Laure-Anne, à tout critiquer de manière hautaine (enfin, c'est ce que pense ma sœur, j'ai tendance à être plus réservée sur ce point-là...), même si elle me rétorque qu'elle ne sera jamais aussi imbue d'elle-même que ma tante si elle en arrive à cette extrémité. Hm, je ne sais pas si la hauteur changerait quoi que ce soit à ce stade de son évolution; quand on pense de manière aussi désagréable, qu'on soit hautaine ou non ne fait quasiment plus aucune différence.
    Elle est repartie hier, et c'est ma sœur alors je l'aime, je l'aime même quand je la déteste (parce que, comprenez bien : je ne la déteste pas entièrement, je déteste seulement certaines parties d'elle, et mon amour permet de la racheter entièrement à mes yeux). Mais si elle continue comme ça, je ne sais pas comment tout va évoluer. Je pense que c'est une période, parce qu'elle vit toute seule chez elle en attendant la fin de son congé maternité, et qu'à part son pacsé il est rare que des amis viennent la voir en semaine. Je pense que, quand elle aura repris le travail, elle sera forcée de voir les choses sous un autre œil, ne serait-ce parce qu'elle devra se forcer à être plus sociable avec les autres. Ma sœur, depuis le début de son congé maternité, s'est transformée en véritable sauvageonne.

    fin le 14/06/12 à 11:34



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Adena H.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Dim 18 Nov - 13:01


      22/06/12, 12:06

    Modèle.

    Le 14 juin, après une dispute avec mon père, j'ai voulu écrire une nouvelle entrée pleine d'amertume où je me suis plainte de tout ce que je n'étais pas, de tout ce qu'il n'était pas. À la réflexion, il m'a semblé plus sage de n'en rien faire. Cette entrée, écrite sous le coup de la colère, n'aurait pas eu sa place ici même si parfois, cependant, il est bon d'exprimer ce que l'on ressent pour mieux l'extérioriser. Ce fut mon cas, au bout d'une grande heure maximum j'ai laissé tomber mon stylo pour écouter des voix familières et rassurantes au téléphone (mon amie - ma sœur - ma mère), et, par là, calmer l'origine même de ma colère : mon manque de tendresse généré par la seule présence de mon père pendant toute une semaine. Je sais que certaines personnes réussissent à contenir leurs émotions fortes le temps de laisser passer l'orage, mais j'en suis personnellement proprement incapable. Lorsque je m'énerve, je crie sans réfléchir (excepté la petite alarme dans ma tête qui me fait me mordre les lèvres pour éviter d'aller trop loin en blessant quelqu'un -quoi que parfois je blesse quelqu'un en faisant une réflexion là où je ne l'attendais pas).
    À partir de ce jour, j'ai fait en sorte de quitter régulièrement la maison, que mon père, puis mes parents, y soient ou non. Ca m'a fait du bien d'aller sur Paris, de prendre un peu de distance. Bon, c'est toujours galère d'utiliser le RER, qui plante et qui enregistre des retards une fois tous les deux jours minimum -mais c'est toujours mieux que rien. Comme hier, par exemple, où j'ai retrouvé Margot à la gare et où nous avons fait un tour dans Paris. Je voulais lui proposer de faire un itinéraire sympa près du parc Monceau, mais des averses ont contrarié mes plans, pour d'autres tout aussi sympathiques. Bref, je suis actuellement un peu plus active.
    J'aimerais bien l'être un peu plus encore, mais je suis incapable de me discipliner. Je crois que ça vient du fait que je n'ai pas conscience du temps qui passe. Je voulais m'inscrire dans une agence d'intérim, j'ai donc fini (enfin!) par composer le numéro de téléphone que la fille de la cousine de ma mère m'avait gentiment donné; pour m'entendre répondre que les inscriptions étaient fermées. Je ne me laisse pas décourager pour autant, je suis bien consciente qu'il faut que je cherche ailleurs, ça doit bien se trouver bon sang, mais je suis tellement empotée que je risque de finir par me retrouver sans rien faire. Au pire du pire, je pourrais demander à ma mère si je peux me rendre utile à son travail, mais l'idée des agences d'intérim me plaisait bien. J'en ai parlé à ma sœur au téléphone, qui me disait que lorsque mes parents m'avaient poussé à faire des choses l'année dernière, cela avait été une source continuelle de disputes, ce qui les avait forcés à arrêter de m'en parler. Je n'en ai sincèrement aucun souvenir. Mais, à présent que j'ai envie d'essayer de changer quelque chose à ma condition, je me retrouve sans filet -et ça me fait extrêmement peur. Ca me fait tellement peur que je me demande, justement, si cette peur ne va pas réussir à m'empêcher de faire quoi que ce soit. Parce que ma mère et moi avons le même trait de caractère : on dit beaucoup de choses, sans forcément les faire; et finalement, lorsqu'on parle à ce genre de personnes, qu'on attend quelque chose d'elles, on se retrouve irrémédiablement déçu. Ma mère, par exemple : "Oui, bien sûr, je vais t'aider, appelle-moi lorsque tu auras besoin de moi pour faire ta recette de beignets frits. En attendant je vais aller étendre le linge, passer un coup d'aspirateur. - Maman, tu peux venir s'il te plait ? - Ah, désolée, pas tout de suite, je suis occupée là." Et je la retrouve devant l'ordinateur portable de mon père, en train de jouer au jeu de cartes débile auquel elle est accro (qu'est ce que cela me crispe). Merci, sympa. Puis, elle se cherche des excuses. "Et puis, tu sais, je n'y connais rien à la friteuse moi, il faudrait plutôt que tu demandes à Chantal." Ah d'accord, donc toi, quand la recette se nomme 'beignets frits', ça ne te vient pas à l'esprit qu'il faudra les faire frire à un moment ou à un autre ? Et ta seule solution, c'est de demander à la mère d'une amie de ma sœur aînée que je vois une fois tous les six mois, et avec qui, par conséquence, je n'ai pas spécialement d'affinités ?
    Franchement, les beignets, on s'en fiche. Si j'en parle, c'est pour montrer que, si on ne peut pas compter sur elle pour quelque chose d'aussi stupide et inutile, comment pourra-t-elle faire quoi que ce soit pour moi quand la situation se révèlera largement plus délicate ? Le pire étant que c'est dans mon caractère de me faire avoir -à chaque fois! À chaque fois, c'est comme si j'oubliais que ma mère était comme ça, à dire les choses qu'elle voudrait faire sans jamais en avoir le cran (ou le temps, ou la véritable motivation -mais ça, ce ne sont que des excuses bidons... les excuses sont faites pour s'en servir, après tout). Alors, à chaque fois, je me retrouve déçue, comme si inconsciemment je refuse d'accepter ce défaut chez elle et que dès que je ne l'ai plus sous les yeux je fais en sorte de l'oublier. Je sais bien qu'elle a peur de la nouveauté, en tout cas de la véritable nouveauté, où on ne contrôle plus rien, mais je sais également qu'elle aimerait avoir ce courage de les expérimenter; et c'est cela qui me braque contre ma mère, parce que je la considère depuis longtemps comme mon modèle (c'est ma mère, après tout !) et que ce modèle est fissuré de partout. C'est un modèle qui ne prend jamais soin d'elle, alors que je considère comme primordial de faire attention à soi, parce que je pense que si on n'est pas capable de se respecter, de respecter son corps, on ne sera jamais capable de se faire respecter; c'est un modèle qui, dès qu'elle se retrouve face à sa sœur de deux ans son aînée, redevient une toute petite fille qui suit béatement sa sœur et dit "Amen" à tout ce qu'elle dit, même quand cette dernière l'oublie pendant deux heures devant la gare où elle devait venir la chercher (shocking! o_o) ; c'est un modèle qui refuse d'être lucide quant à son caractère, et qui par conséquent ne peut pas savoir qui elle est et donc s'accepter telle qu'elle est; c'est un modèle qui ne réfléchit pas, qui se contente des choses qu'elle a devant elle, sans chercher à voir plus loin, sans ressentir le besoin de se poser des questions sur l'ordre des choses, incapable de discipliner sa pensée ou de réfléchir à quoi que ce soit d'un peu culturel; qui ne sait pas prendre une décision. Voilà mon modèle, dans toute sa splendeur.
    Nous prenons beaucoup de nos parents. Sans eux, jamais je n'aurais pensé à ouvrir un livre et à y prendre du plaisir. Mais n'est-il pas légitime que, devant une telle représentation de ce que j'ai cru vouloir devenir à un moment où je n'étais pas capable de la voir telle qu'elle était, et non comme ma-maman-qui-a-réussi-à-régler-tous-les-problèmes-avant-mes-dix-ans, j'ai envie de fuir ? Je ne veux certainement pas lui ressembler ! Peut-être qu'elle se sent bien comme elle est, je n'ai rien à dire sur ce point, mais il ne suffit pas de dire que je veux devenir une femme indépendante pour le devenir réellement. J'ai un objectif, mais pas une seule idée de la direction à prendre pour l'atteindre. Mes routes ne sont pas même encore tracées, il faut que je commence à creuser un sillon, mais je n'ai pas non plus d'outils. Ne sont-ce pas les parents, les mentors de notre prime jeunesse, qui sont censés s'en charger ?
    Cela fait longtemps que j'ai fini la saga des Orphelins Baudelaire, des livres pour adolescents. Et pourtant, la morale du livre XIII ne cesse de ressurgir. Il y est dit que le rôle des parents est de donner la possibilité à leurs enfants, lorsqu'ils sont encore présents, de pouvoir se débrouiller seuls une fois adultes. Cela me paraît tellement vrai. Alors, est-ce un problème de société actuelle ? On entend beaucoup parler de l'enfant-roi qui règne tel un tyran sur ses parents-sujets. À chaque fois, avec mes parents, nous nous faisons la réflexion que cela desservira l'enfant car, une fois devenu adulte, il sera alors incapable de se débrouiller, de se confronter aux autres, à la société. Je pense sincèrement que c'est vrai. Mais alors, je ne suis pas une enfant-reine, et pourtant je suis moi aussi incapable de me débrouiller. À presque vingt-et-un ans, on pourrait penser que je serais capable de me débrouiller un peu seule. Hé non ! Je ne suis jamais restée une seule semaine livrée à moi-même chez moi, sans mes parents. Je ne sais pas ce que ça fait d'être autonome, je ne sais même pas comment faire pour le devenir. Alors de temps en temps, j'en veux à mes parents. Ils ont eu beau m'aimer (sans me le montrer, hm), me protéger, je me demande s'ils ont véritablement fait leur devoir de parent : faire devenir adulte leur enfant, non pas physiquement mais mentalement. Je suis incapable de faire quoi que ce soit moi-même, le fait de m'en rendre compte me désespère parfois, et je ne peux m'empêcher alors de récriminer contre mes parents. S'ils m'avaient élevé autrement, j'aurais été différente (rien ne sert de s'étendre sur les futurs parallèles). Il s'agit donc de la responsabilité de mes parents. Je trouve cela tellement injuste, de me retrouver à un endroit que je n'ai pas choisi, sous une forme que je n'ai pas choisie. Et tout ça parce que l'horloge biologique de Madame tournait ! Je crois, sincèrement, que le choix de faire un enfant ne devrait pas simplement se résumer à : est-ce que j'en ai envie/besoin ? si oui, ais-je les moyens de l'éduquer correctement et de lui offrir une vie correcte ?
    C'est le tord des parents, d'oublier comment ils étaient enfants (tout comme celui des instituteurs d'oublier comment ils étaient élèves... mais je m'égare, il s'agit là d'une toute autre histoire). C'est le tord des parents de se montrer suffisamment égoïstes en ne prenant pas en compte les éventuels besoins de leur futur enfant. Aujourd'hui, on fait des enfants parce que la société nous dit d'en faire; parce que la société nous fait croire que notre horloge biologique se met en marche passé un certain âge; parce que la société nous montre des publicités avec des familles unies : un père, une mère, un garçon et une fille, tous deux polis ou polissons. Et les gens se laissent berner. On leur montre un nouveau joujou, ils l'attrapent pour jouer avec. C'est beau (puisque ça leur ressemble et qu'il y a toujours une part de vanité chez les parents), c'est coloré, ça bouge, ça fait du bruit... Ouah ! Avant les vingt-cinq ans c'était un chien; après, c'est un enfant. Les parents, alors, construisent un avenir plus ou moins tracé à leur chérubin, parce qu'être parent c'est aussi prévoir l'avenir de son enfant (quelle crèche? quelle école? quel prénom? quel pédiatre?). Et ils s'arrêtent là. Ils croient que les détails matériels seuls, ajoutés à l'amour qu'ils lui prodiguent, peuvent changer quoi que ce soit. Ils ne se demandent jamais si leur enfant a eu envie d'être ici, dans leur maison, ils le prennent au contraire comme un fait décidé d'avance : ils sont parents, ils s'occupent donc de leur nouvelle responsabilité. Et si, quelques années plus tard, l'enfant se réveille intellectuellement, et se rend compte qu'il est engoncé dans un endroit qui ne lui convient pas du tout ? Hein ? Les parents ne pensent jamais à la possibilité que, après qu'ils aient crée ce petit être de chair, de sang et d'os, leur rejeton se rende compte qu'il n'est pas à sa place. Et après, quoi ? Il faut tout recommencer, il faut tout reprendre de zéro, se réinventer soi-même puisque ses propres parents n'y ont même pas pensé. Tant de temps et d'efforts perdus depuis vingt ans ! Pour rien ! Pourquoi les parents sont-ils aussi égoïstes ?! Pourquoi ne sont-ils pas capables de se dire, parfois, que cet endroit et ce temps ne conviendront pas à leur enfant -unique raison pour laquelle ils n'en feront pas ? Pourquoi faire un enfant parce qu'on nous dit de faire un enfant, sans réfléchir un minimum à sa vie future ? J'appelle cela de l'égoïsme, encore plus lorsqu'on fait un enfant dans l'unique intention de l'aimer.


    fin le 22/06/12 à 14:02



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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Dim 18 Nov - 13:02


      29/06/12, 23:51

    Foire-à-tout.

    Nous étions, samedi dernier, bloqués dans les bouchons ma mère, mon père et moi. Ils m'avaient prévenu qu'ils voulaient partir pour 10 heures et demie, mais je leur ai ri au nez : il est très rare qu'ils partent à l'heure qu'ils ont donnée, et je m'imaginais qu'il en serait de même ce jour-là. Ce ne fut pas le cas : ils étaient prêts à partir au moment où je me suis réveillée, ce qui a créé un premier sujet de tension. Et puis, surtout, nous sommes restés bloqués cinq heures d'affilé dans la voiture, puisqu'une voie d'entrée d'autoroute était fermée (toutes les voitures restaient plus longtemps sur notre chemin, au lieu de partir plus tôt, mais peu importe). Je déteste les longs trajets en voiture, sauf si j'écoute de la musique : je m'installe alors dans mon petit monde confortable, je suis seule à l'arrière, je me repose tranquillement. Là, ça a pété. Je ne sais plus pourquoi mon père et moi nous sommes disputés, je ne suis même pas sûre qu'il y ait une véritable raison. En plus, si je devais me souvenir de tous les motifs de pseudo disputes que nous avons eu depuis cinq ans, il y en aurait trop, je ne m'en sortirais jamais. Le fait de rester aussi longtemps immobiles dans un espace confiné ne m'a pas rendu plus intelligente ni plus perspicace. Au contraire, je me suis enferrée toute seule dans une dispute qui me faisait plus de mal que de bien. Avec moi, on en arrive toujours à mes problèmes de manque de confiance; et je finis immanquablement par me mettre à pleurer parce que je n'ose pas dire à mon père ce que j'ai sur le bout de la langue, plutôt que de le lui dire et de lui faire mal. Alors je me retiens, et ma seule défense est de pleurer muettement. Il a eu la présence d'esprit d'arrêter de me titiller encore plus, contrairement à son habitude. "Bon, je vois que tu te mets dans tous tes états, on va s'arrêter là." J'ai trouvé ça très mâture de sa part, et particulièrement reposant. J'ai senti que je pouvais lui faire confiance pour nous poser des limites à tous les deux, et j'ai acquiescé de soulagement. Pendant notre week-end chez ma sœur, nous n'avons plus reparlé de cette dispute, comme s'il ne s'était rien passé. C'était agréable.
    Depuis, il s'est à nouveau énervé. Une première fois, sans raison apparente. Cette fois-ci, je me suis retenue, je n'étais moi-même pas énervée. Je l'ai simplement contredit, calmement, et il s'est mis à s'énerver. Ca m'a fait rire. Nerveusement. Ce qui l'a encore plus énervé.
    Une deuxième fois, pour une raison tout aussi stupide. Je ne sais plus bien où tout cela remonte, sans doute parce que je parlais un peu fort au téléphone avec ma grand-mère pendant qu'il avait lui-même une conversation téléphonique avec ma mère. Il a ensuite raccroché, et a voulu s'occuper de la viande que j'étais en train de me faire cuire. Je l'ai peut-être un peu trop violemment rembarré, mea culpa : c'est ma nourriture, je suis en train de m'en occuper, je suis capable de me faire à manger toute seule, c'est bon. Il l'a mal pris; il m'a lancé une boîte vide en carton. Il m'a balancé une boîte en carton, j'y crois pas. Et il était sérieux, en plus. Après, il a essayé de retourner la situation. "Tu ne comprends vraiment pas l'humour, c'était pour rire." Mais, quoi qu'on en dise, je connais quand même mon père, et il ne m'a pas balancé ce carton "pour de rire".
    Je raccroche. Ensuite, je lui pose une question, il ne me répond pas. Je la repose, avant de constater à voix haute qu'il me fait la tête. On dirait un gamin. En plus, il ne m'a même pas attendu pour manger, alors qu'on était tous les deux à la maison ce jour là. Je lui demande pourquoi il ne m'a pas attendu, on aurait mangé ensemble. On dirait deux gamins en train de se dire des méchancetés, sans savoir où et comment s'arrêter. Et ensuite, à nouveau, il me fait pleurer. Et... et... il s'énerve en me voyant pleurer. Il s'énerve encore plus. J'ai eu peur. Comme si j'y pouvais quoi que ce soit, moi. Comme si je le faisais exprès, de me mettre dans tous mes états quand il me crie dessus, moi. C'était hier. C'était insupportable. Il a plusieurs fois tapé du plat de la main sur la table, tout rouge. Je me demande s'il s'est énervé de se rendre compte que je pleurais à cause de lui; ou si, simplement, à force de me voir pleurer à répétition ça a fini par le gonfler. Mon père n'a que peu de patience, principalement avec moi. Avec les autres, il use de ce que j'appelle l'hypocrisie sociale : on a beau être énervé par quelqu'un, on se contient s'il ne fait pas parti de notre famille. Par contre, pour le reste, il lui est impossible de mettre de l'eau dans son vin. Il s'énerve sans raison, simplement parce qu'on a eu l'audace de le contredire : Non, nous ne sommes pas d'accord avec lui. Quoi, je devrais laisser passer parce qu'il dit des stupidités ? Oui. Je n'ai pas l'instinct de survie apparemment, mieux vaudrait me taire. Continue à dire tes conneries, papa, plutôt que de t'énerver sur moi. Par la suite, il s'est un peu calmé. Il nous a permis à tous les deux de redevenir un peu plus raisonnable. Il m'a demandé, sans que je ne fasse aucune accusation, ce qui m'apparaissait comme un problème. Je lui ai répondu, sans que je ne fasse aucune accusation, mais ça ne lui a pas plu. Ne me pose pas la question, dans ce cas ! J'aurais aimé qu'il se montre plus tendre (pas ce jour-là, mais en général), même si je sais qu'il n'est pas démonstratif parce que ses parents ne l'étaient pas non plus. Il m'a demandé comment il pouvait faire. Je lui ai répondu "rien, sinon changer complètement de personnalité." Ma réponse l'a fait rire. "Dans ce cas, il n'y a rien à faire." J'étais acide, sa réponse m'a rendue amère. Mon père n'est donc pas capable de faire ne serait-ce qu'un tout petit effort pour moi. C'est toujours bon à savoir. Je lui ai dit que j'aimerais qu'il s'intéresse un peu plus souvent à moi, il m'a répondu que j'étais aveugle. J'imagine bien qu'il s'intéresse un peu à moi, je suis sa fille après tout : je vis dans la même maison que lui. Mais s'il ne me le montre pas, à quoi ça sert si ça ne me permet pas de me rassurer sur l'amour qu'il me porte ? Je suis une angoissée perpétuelle, j'ai constamment besoin d'être rassurée, de me sentir rassurée par les personnes que j'aime (parfois plus que d'autres). Je suppose que le fait de se disputer pendant les repas, puisque c'est le seul moment où nous nous voyons, n'a pas la même signification pour moi que pour lui. Je suis en train de dire qu'il ne s'intéresse jamais à moi, mais c'est faux : je suis amère et désillusionnée par (et sur) le héros de mon enfance. Il s'intéresse à moi et à mon bien-être puisqu'il me loge, me nourrit, me blanchit. Mais, parfois, dans mon cas tout du moins, ça ne suffit pas. Même quand, samedi dernier, je suis venue me coller à lui, il est parti ailleurs au bout de quelques minutes. Et moi, j'ai besoin d'affection. Et pas de n'importe laquelle : celle de mon père. Celle, forcément, que je n'ai pas. On souhaite toujours ce qu'on n'a pas.
    Il m'a tellement chamboulé. Au départ, je tremblais parce qu'il avait préféré laisser libre court à sa colère plutôt que de se contenir, plutôt que d'accepter mes peurs et d'essayer de les chasser. Je trouve ça d'un égoïsme. Plutôt que de se calmer pour que je me calme, de me rassurer en me disant que ce n'était pas parce qu'il ne me montrait pas son affection qu'il ne m'aimait pas, il a préféré choisir la solution qui l'arrangeait le mieux, lui : se mettre en colère, parce que c'est la seule chose qu'il est capable de faire. Il n'a même pas l'envie de changer un tout petit peu, même en sachant que cela me serait bénéfique. Non, débrouille-toi. "Tu t'attends à ce que je te prenne par la main ? Et comment ils font, les autres ?" Je ne suis pas les autres, je suis ta fille. Tu as fait de moi ce que je suis, et tu n'es même pas capable d'en assumer les conséquences. "Nous ne t'avons pas élevé toute seule, ta mère et moi." Alors c'est... c'est ça, être parent ? Laisser son enfant se débrouiller tout seul quand on en a marre de lui ? parce qu'il nous prend trop la tête ? Je ne serai jamais mère.
    Je me rends compte que je ne dois plus rien attendre de lui. Ce n'est pas la première fois que j'écris que j'attends quelque chose de lui, pour qu'au final cela ne corresponde pas du tout à la réalité. Utopie. J'aurais tellement aimé qu'il vienne me consoler après, qu'il monte dans ma chambre et me prenne dans ses bras. Ce n'est pas le genre de mon père, je le sais bien, et pourtant, jusqu'au tout dernier moment, où il m'a appelé à table, je n'ai pas pu m'empêcher d'espérer d'entendre son pas craquer dans l'escalier.

    Je suis stupide.

    Je me berce de faux espoirs, qui me font encore plus mal après que je me sois rendu compte qu'ils étaient irréalisables.
    Alors, après notre dispute, je suis partie. Je me suis enfuie, toute tremblante, les larmes aux yeux, une boule dans la gorge. Je me suis forcée à me contenir, c'était plus facile en faisant appel à ma raison, et je suis partie sur Paris. Ce n'est qu'en descendant du train à Chatelet que la colère m'est venue. Il m'a lancé une boîte. Non mais oh, qu'est ce que c'est que ce genre de père, qui te balance des trucs dessus sans intention de s'amuser ? Il voulait me faire mal ? Et il s'énerve en me voyant pleurer, benh tiens. Par contre, dès que j'arrête de pleurer, c'est comme si nous n'avions pas eu de dispute. On recommence à se parler normalement, et sinon ta journée s'est bien passée ? Ma mère fait souvent ça, s'énerver et recommencer à me parler tranquillement juste après, c'est assez déconcertant pour un enfant. Bon, tu es fâchée oui ou non ? Je suis censée réagir comment, je me marre avec toi et j'ai envie de faire des choses avec toi juste après que tu m'aies gueulé dessus ? Certaines personnes en sont capables, comme ma mère. Mon père ne l'est pas, mais il profite du caractère de ma mère pour le faire. Sauf que je ne suis pas ma mère. Et si je l'étais, ça ferait longtemps que j'aurais remis les choses au clair. Je ne m'occupe plus de leurs affaires depuis longtemps, mais je me souviens qu'à une époque ma mère laissait couler bon nombre de choses que je jugeais inacceptables. Je me souviens que, après une dispute qu'il avait crée contre elle, mon père revenait la voir comme si c’avait été tout à fait normal, sans s'excuser le moins du monde. Je le jugeais irrespectueux, mais ce n'est plus à moi de m'y intéresser à présent. Ce que je sais néanmoins, c'est que je ne suis pas comme ma mère de cette époque où je me permettais de juger leurs rapports en tant que couple (ahh l'adolescence, cette merveilleuse époque dont je ne suis pas sûre d'être sortie...). Ce n'est pas parce qu'on revient après une dispute que tout est oublié. Quel est le message, dans ce cas ? Qu'on s'est disputé pour rien ? Que c'est normal de se disputer ?
    Moi, j'ai une théorie : on se dispute lorsqu'il y a un problème sous-jacent. On se dispute parce qu'on n'arrive pas à communiquer correctement par rapport à ce problème, soit parce qu'il nous dépasse, soit parce qu'on n'arrive pas à savoir exactement ce qui nous gêne. On crie, parce que c'est comme ça qu'on pourra se faire entendre par les autres, qu'on pourra leur montrer qu'il y a vraiment quelque chose qui nous gêne. On ne crie pas pour crier, on crie pour alerter. Pour alerter de notre fatigue, de notre stress, de ce qu'on veut. On crie quand on n'a plus aucun moyen de faire autrement pour communiquer avec les autres. Les disputes sont, pour moi, comme les parties émergées d'un iceberg : elles révèlent une partie immergée bien plus importante que la simple broutille qui a déclenché la dispute. Par conséquent, c'est en réfléchissant pour savoir ce qui se trouve sous ces accès de colère, en en parlant plus calmement, qu'on finit par trouver le problème, puis les moyens de le résoudre. Et c'est une chose impossible à faire si on fait comme s'il n'y avait pas eu de dispute, et donc de problème. Et plus on se cache la tête dans le sable, plus les disputes deviennent fréquentes, plus le problème s'amplifie. Ce n'est qu'une théorie, mais elle s'est régulièrement révélée vraie pour moi : si à première vue je me dispute pour rien, ce rien se révèle en réalité être bien plus profond que ce à quoi je m'attendais de prime abord.
    Cela ne change rien au problème. Cela ne le résous même pas. Cela m'a simplement permis d'expérimenter une des nombreuses leçons de la vie. Je sais donc qu'à présent je ne peux pas compter sur mon père. Parce que si je compte trop sur lui, il risque de finir par m'envoyer balader. Déjà, quand je lui posais des questions, il refusait d'y répondre, me répliquait de me débrouiller toute seule, sans comprendre que je savais trouver les informations toute seule, je ne suis pas si empotée que ce que je prétends parfois, mais que je préférais que ce soit lui qui m'en parle. Mon père parle bien, et il sait beaucoup de choses; je sais qu'étant petite, j'étais émerveillée par toutes ses connaissances et qu'il me transmettait son savoir de telle sorte que j'avais toujours envie d'en savoir plus ensuite, ce qui n'est certainement pas le cas quand j'ouvre un dictionnaire pour comprendre la signification d'un mot. En comparaison de mon père, le dictionnaire me semble bien fade. Mais même ça, il ne voulait pas. Et il m'a fallu en arriver à cette extrémité pour me rendre compte que, vu nos caractères, la meilleure solution pour moi, donc pour éviter qu'il me fasse du mal, était de m'en tenir à des rapports strictement basiques tant que je n'aurais pas de logement à moi toute seule. C'est quelque chose de terrible à se voir écrire, mais j'étais tellement choquée par ce que nous venions de vivre, qu'il est hors de question que je me retrouve une nouvelle fois dans une telle situation. Il en est hors de question. Je préfère entretenir peu de rapports avec mon père, quitte à prendre sur moi pour ne pas réagir, à laisser couler, à rester le plus longtemps possible loin de chez moi, loin de lui, plutôt que de me sentir aussi mal que l'état dans lequel il a réussi à me mettre jeudi dernier.

    fin le 30/06/12 à 1:11



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Adena H.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Dim 18 Nov - 13:02


      30/06/12, 1:24

    Notes.

    Aujourd'hui, j'ai vu Margot. Nous avons mangé ensemble dans un restaurant italien, ça faisait longtemps qu'on en parlait sans avoir l'occasion de le faire. Nous avons pris des nouvelles l'une de l'autre, sa sœur va bien elle va bientôt accoucher, ses relations qui étaient un petit peu tendues avec sa meilleure amie se sont nettement améliorées, elles ont justement été voir un film ensemble hier, pendant que je me disputais avec mon père, et ont rencontré Mr. Queffélec à la terrasse d'un Starbuck. Ce n'est pas vraiment le genre d'endroit que j'apprécie le plus même s'il est très à la mode en ce moment chez les étudiants, mais passons. Apparemment, ils ont discuté un long moment, et en écoutant Margot raconter ce qu'ils s'étaient dit, j'ai été jalouse. J'apprécie énormément Mr. Queffélec, et j'aurais bien aimé le croiser moi aussi, qu'on ait l'occasion de parler ensemble, de savoir ce qu'il devenait, non pas en tant qu'anciens élèves venus saluer leurs professeurs au lycée, mais d'égal à égal -d'autant plus que je m'étais justement disputée avec mon père ce même jour, et que Mr. Queffélec est une valeur sûre, il n'y a pas de chances de se prendre la tête avec lui. Enfin, je ne crois pas, je n'ai pas non plus spécialement cherché à tenter l'expérience. Je sais bien que j'irai le voir au lycée en septembre, mais je reste malgré tout un peu jalouse de ne pas avoir été avec Margot pendant qu'ils discutaient ensemble hier après-midi. Je sais bien que je n'ai pas beaucoup de conversation, peu de choses que j'ai vécues me semblent notables; cependant j'aime beaucoup leur conversation à tous les deux, j'aime à les écouter parler. Enfin bref, j'aurais aimé le voir, mon moral en aurait été sûrement bien requinqué, pour le coup.
    En plus, S. ne me donne plus aucune nouvelle de lui, je ne sais pas ce qu'il devient. C'est dans ces cas là que j'aimerais pouvoir lui demander s'il est disponible et, si oui, si on peut essayer de faire un petit truc ensemble, ne serait-ce qu'une promenade. Il faudra que je fasse attention, maintenant que je m'en suis rendue compte, maintenant que je me suis ouvert les yeux dessus, à ne pas chercher à tout prix à remplacer l'affection que ne me procure pas mon père, par une autre. Celle de Mr. Queffélec, par exemple. Ou celle de S. Ou celle de n'importe qui d'autre, ce ne serait pas très sain. Surtout que, en plus, maintenant que mes partiels sont terminés, et que je m'y suis pris comme un pied pour trouver un job d'été ou un stage, sans succès, j'ai des journées entièèèèèèèèèèèèèèèèèèèèères de libre à ne plus savoir qu'en faire. Ca ne me gênerait pas du tout d'aller lui rendre visite à son PMU. Mais si je le relance plusieurs fois, sans qu'il cherche à prendre de mes nouvelles ensuite, comme c'est le cas à présent, je refuse de perdre mon énergie à ça. Qu'il m'envoie un texto quand il le voudra, on verra si je suis de bonne humeur (ici, je passe pour une garce sadique, mouahahaha).
    Mon plan pour l'année prochaine était bien arrêté : je réussissais certaines matières du deuxième semestre, j'en ratais d'autres, que je repasserais au deuxième semestre de l'année prochaine. J'avais prévu de réussir la littérature, la culture latine et la linguistique occitane, et donc de repasser l'anglais et la grammaire, même si ça me gonflait de refaire tout un semestre complet avec ma langue vivante. Au final, même en ayant une note catastrophique en grammaire (4,5/20 coefficient 7), j'ai réussi à avoir mon semestre avec la moyenne. Bravo, félicitations, ça ne change strictement rien à ma vie d'avoir une Licence. C'est comme de fêter ses dix-huit ans, ce n'est pas pour autant que nous nous sentons plus éclairés sur la vie : en général, nous sommes toujours aussi gamins le jour de notre anniversaire, que la veille du jour de notre naissance. L'avantage, c'est que c'est la première fois que je suis allée à mes examens l'esprit complètement décontracté. D'habitude, je suis plutôt du genre : "Aaaah, vite il faut que je relise une dernière fois mes fiches, j'ai trop peur, je vais rater, aahhhh..." Et là, je suis allée en touriste à mes examens. Je n'étais même pas stressée par les résultats, parce que je n'attendais rien de particulier. Si elles étaient bonnes, tant mieux, mais je ne me faisais pas trop d'illusions, alors ça n'avait pas vraiment d'importance au final. Et donc, plutôt que d'être angoissée, je suis assez gênée en ce qui concerne mon année prochaine. Il faut que je l'organise au dernier moment, alors que je n'avais pas prévu du tout de me retrouver à devoir organiser autre chose. Actuellement, j'aimerais bien partir grâce au programme Erasmus, mais j'ai peur de m'y être pris laaaaaaargement trop tard (les inscriptions sont censées se terminer le 12 février 2012, donc il y a.... quatre mois). Mais dans ce cas, qu'est-ce que je fais ? Margot m'a tellement parlé de son programme Erasmus en Pologne, que cela a fini par me mettre l'eau à la bouche. Et puis, avec la situation à la maison, qui semble se rétablir pour mon père (ma mère n'est pas au courant; quant à moi... hé bien, je ne peux oublier aussi facilement. Chat échaudé craint l'eau froide, comme on dit familièrement.), je sens que ça me ferait un bien fou de quitter un bout de temps la maison, de découvrir de nouveaux horizons. Mes prétentions ne sont pas élevées, je ne souhaite pas forcément partir aussi loin que Margot, même si ce serait l'idéal. Simplement prendre un peu l'air, m'éloigner autant que possible tout en restant en France pourquoi pas, si je savais comment m'y prendre. Le truc, c'est que je ne sais pas comment faire. M'aérer. Voilà, c'est le mot : prendre l'air, me détacher complètement de cette ville merdique où le seul lieu potable est le MacDo (le MacDo ! Non mais vous vous rendez compte à quel point la situation est critique lorsque le seul endroit où on peut vraiment se poser est un fast-food d'origine américaine ? Où est-ce que j'ai attéri, bon sang !), et de mes parents qui m'étouffent (sans me toucher, ils sont vachement forts) de par leur indifférence (c'est fou ce qu'une post-adolescente peut se mettre de conneries dans la tête : je n'arrive pas à me dire que, si ma mère procrastine quand j'aimerais faire des choses avec elle mais qu'elle les remet constamment au lendemain, puis au surlendemain, cela ne veut pas dire pour autant qu'elle ne veut pas passer du temps avec moi; tout comme, lorsqu'elle m'ignore lorsqu'elle joue cinq heures d'affilé au Spider Solitaire, cela ne veut pas dire qu'elle m'aime moins).
    Il me faut donc reprendre toute mon année scolaire du début, revoir point par point ce que j'aimerais faire -puis, voir ce qu'il me sera possible de faire, comme pour Erasmus, j'ai hélas bien peur qu'il ne soit trop tard, et agir en conséquence.
    Pour le moment, je me prends quelques jours de vacances, une semaine chez ma grand-mère que j'aime beaucoup à petites doses. Ca me fera un bien fou de m'éloigner de S***, je m'étouffe aussi à ne rien faire (même si, paradoxalement, je n'ai jamais autant bougé que depuis que j'ai fini mes examens de fin d'année), et redécouvrir d'autres choses ne pourra m'être que bénéfique. Surtout que je suis passée à la bibliothèque cet après-midi, et que j'ai emporté des livres qui me donnaient envie, et d'autres que j'aime énormément (que j'avais déjà lus et que j'aime à relire régulièrement car ils me parlent plus que d'autres). J'ai cherché, en vain, La peste, mais il me semble que mon père a quelques livres de Camus dans sa bibliothèque personnelle, il faudra que j'aille jeter un coup d'œil avant de partir en vacances !


    fin le 30/06/12 à 2:04



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Adena H.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Dim 18 Nov - 13:03


      11/07/12, 22:42

    Déception.

    Et voilà. Même pas quatre jours après nos retrouvailles, mon père et moi reprenons nos vieilles habitudes : nous venons de nous disputer. J'aimerais être un peu plus comme Elinor et moins comme Marianne, mais mes émotions reprennent toujours le pas sur mon stoïcisme apparent. Je me déçois moi-même. J'avais dit que ça ne se reproduirait plus, que je ferais en sorte que cela ne se reproduise plus. Je me l'étais juré : rien de ce qu'ils feraient ne devrait plus m'atteindre aussi fortement que ces fois précédentes.
    J'ai menti.
    Il est plus facile de rationaliser après que de rester stoïque sur le moment, pour moi en tout cas. Comment dois-je le prendre s'il ne me donne jamais de marques d'affection, et qu'en plus il me jette une boîte vide de carton dessus ?
    Je me déçois car, après réflexion, leurs réactions me paraissent logiques par rapport aux miennes. Ils ont beau dire, ils réagissent quasiment tout le temps de la même façon, et je le sais. Je le sais, pourtant je continue quand même. Je jette de l'huile sur le feu, je remue les braises pour produire de nouvelles étincelles. Si je ne le savais pas, ce serait différent. Mais j'en porte toute la responsabilité à partir du moment où j'en suis consciente mais incapable de changer quoi que ce soit à la situation. Là, c'est ma faute.
    C'est donc ma faute si mes parents s'énervent, si je finis par me mettre dans tous mes états pour rien. Surtout que je sais comment gérer : des phrases courtes, me mordre la langue si je suis tentée de dire autre chose que des réponses, changer de sujet de conversation (ça marche assez bien avec ma mère), chanter dans ma tête en dernier recours.
    C'était la dernière fois. Ce ne doit plus se reproduire.


    fin le 11/07/12 à 23:05



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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Dim 18 Nov - 13:05


      1/08/12, 11:55

    Abusé.

    Hier soir, j'ai reçu un texto de So. :
    "Revenu de caen depui hier soir c passé tro vite"
    Je lui ai demandé comment ça s'était passé, après tout c'est la moindre des politesses. Avant qu'il s'en aille, je l'ai relancé deux fois, après qu'il ne m'ait plus donné de nouvelles de lui-même. C'est pourquoi j'avais décidé que ce ne serait pas moi qui m'en chargerait pour la troisième fois. Je veux bien être bonne poire et faire le premier pas de temps en temps, mais pas tout le temps. Parce que sinon, ça signifie que l'autre prend tout pour argent comptant et n'a aucun effort à faire : que tout lui est acquis. Lorsqu'il m'a demandé si je lui avais manquée, j'ai été moins polie. Je lui ai répondu que non. D'abord parce que c'était la stricte vérité, après ces deux relances j'avais décidé de l'enlever de mon esprit jusqu'à ce qu'il me renvoie un texto, j'en ai marre de me prendre la tête pour des choses inutiles que je ne peux pas contrôler. Que serà serà, je vois au moment venu; et, en attendant, je m'occupe des choses dont je peux m'occuper.
    Mais ensuite :
    "Je voulé tenvoyer une carte postale mai josé pa te demander tn adresse jai fai le timide :p"
    Là, j'ai envie de m'exclamer : Non mais sérieux ! Après tout, ce n'est pas comme s'il n'était jamais venu chez moi, qu'il n'était pas capable de regarder sur un plan ou sur les pages blanches pour trouver mon adresse. Et même s'il est à Caen et qu'il n'a pas les pages blanches de ma région, internet est toujours là pour dépanner. Qu'il n'aille pas me faire croire qu'il n'aurait pas pu aller sur un ordinateur là-bas. Heureusement, môssieur fait mieux :
    "Si je me suis di ke je pouvai chercher sur google map mai bn javai pa envi de sqatter le pc a ma cousine alor ke je suis en vacance"
    Le genre de recherches qui prend même pas deux secondes avec internet, pour lui c'est squatter le pc. Hm. Là, c'est qu'il y a un problème. En tout cas, moi, j'en vois un.
    So., c'est le genre de garçon qui parle à personne, qui est taciturne et n'est pas très à l'aise avec les inconnus. Alors, quand il a fini par reprendre contact avec moi par le biais des SMS il y a un an et demi, j'ai dit oui. J'étais un peu sceptique au début, parce qu'il ne m'avait pas donné de nouvelles depuis deux ans (il avait complètement rompu contact avec moi, ne répondait plus à rien), mais ensuite j'ai pris l'habitude de lui envoyer des textos de temps en temps, puis un peu plus régulièrement. C'était plutôt sympa, même s'il ne se dévoilait pas beaucoup. Un jour, je lui ai demandé ce que je représentais pour lui, il m'a répondu qu'il préférait ne pas s'aventurer sur ce genre de terrain (:p à l'appui, il en met dans toutes les phrases qui pourraient mal passer auprès du destinateur, apparemment). Je n'attends pas grand chose de lui, un petit texto de temps en temps, c'est toujours agréable de se dire que quelqu'un pense à soi. En plus, depuis qu'il a eu son BAC il travaille au PMU de ses parents et il n'a que peu de jours de congé pour lui, alors c'est assez rare qu'il puisse vraiment partir quelque part. En plus, il n'a dit à personne de sa famille qu'il venait me voir de temps en temps, vu que je ne me sens pas très à l'aise dans un PMU. Il me nie aux yeux des autres, si bien qu'il m'en vient à me demander quelle est véritablement la place qu'il m'accorde. Sommes-nous amis ? Copains ? Moins que ça, même, peut-être ?
    J'aime bien So. et ce serait bête de rompre tout contact avec lui, comme ça, mais que faire s'il n'est pas capable de lui-même de savoir ce que les copains sont censés faire entre eux ? Pour ma part, je lui ai toujours envoyé des cartes postales quand je partais en vacances et que nous étions en contact. Je ne l'ai pas fait parce que j'attendais qu'il m'envoie une carte postale en retour lorsqu'il irait en vacances, mais parce que ça me semblait normal de lui en envoyer une. Une carte postale, c'est une pensée qu'on envoie par la poste. On ne dit pas grand chose dessus, parce que l'essentiel est surtout de faire comprendre à l'autre qu'on a pensé à lui. Le reste, le superflu, on peut le lui raconter à son retour : j'ai été à tel endroit, à tel moment, j'ai rencontré telles personnes, j'ai fait ceci, j'ai mangé cela, etc.
    Le problème, c'est que s'il ne le fait pas, c'est parce qu'il s'en fiche, ou parce qu'il pense que, qu'il le fasse ou pas, ça ne changera strictement rien. Sauf que c'est faux. J'aime les petites attentions de tous les jours, comme lorsqu'on se rappelle d'une chose que j'ai dite dans une conversation précédente et qui me semblait stupide sur le moment (stupide dans le sens : d'inutile, de non-nécessaire, mieux vaut changer de sujet); et j'essaye, dans la mesure du possible, de faire pareil pour les autres.
    Je n'ai pas donné grand chose à So., je ne me suis pas révélée, je ne lui ai pas confié mes secrets les plus secrets, ou ce genre de détails peu communs, parce que j'ai rarement confiance en les autres. Mais, du peu que je lui ai donné, j'ai l'impression de n'avoir rien reçu en retour. Encore une fois, je ne donne pas pour recevoir, ce genre de relations serait complètement artificiel. Mais si, de temps en temps, je me rends compte que l'autre au bout du fil reste impassible, à attendre que moi je fasse quelque chose, sans que lui ne lève ne serait-ce que le bout de son petit doigt, alors je dis : NON. Ceci est un comportement que je ne peux tolérer pour moi-même.
    Que lui répondre ?
    "Coucou. Je suis contente que tu aies passé de bonnes vacances, mais faire une recherche internet ou demander une adresse prend à peine deux minutes, et ça fait toujours plaisir. Quand je pars en vacances et que j'oublie la tienne, j'envoie un texto à ma sœur qui est restée chez elle pour qu'elle cherche sur internet et me l'envoie. Ou bien je te la demande, comme la dernière fois. Alors, la véritable question que j'aimerais te poser serait peut-être : pourquoi ne voulais-tu pas utiliser son ordinateur pour le faire ?"
    Simple égoïsme ? Oubli momentané que j'existais ? Fainéantise pure et dure ?
    Je pense que sa réponse va changer la nature même de nos relations. Parce que parfois, on se rend compte qu'on a fait beaucoup d'efforts pour pas grand chose, si ce n'est rien, et qu'on en a marre de perdre du temps et de l'énergie à faire en sorte de consolider des choses qui ne tiendraient de toutes manières même pas si on les fixait avec de l'extra-glue.
    Serait-il possible qu'il m'ait envoyé ce message comme une blague, et que je reçoive une carte postale ensuite ? Ce serait possible, dans le sens où So. aime bien faire des blagues et des plaisanteries. Mais de là à les mettre en pratique, concrètement ? Je n'en sais rien, il ne l'a jamais fait avec moi. Mais de toutes manières, c'est clair et net, en fonction de sa réponse, je boude.
    Ne fais pas aux autres ce que tu n'aimerais pas que les autres te fassent. Là, c'est pareil, sauf que je ne sais pas s'il n'aimerait pas que je fasse comme s'il n'existait plus, si ça se trouve il s'en ficherait juste -après tout, nous ne faisons que nous envoyer des textos, ça ne veut pas dire que nous sommes proches l'un de l'autre.

    fin le 1/08/12 à 12:46



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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Dim 18 Nov - 13:05


      1/08/12, 12:51

    Invisible.

    Décidément, il suffit que je me mette un peu à écrire, et tout ce que j'ai refoulé durant tout le mois de juillet ressort de lui-même. Comme quand on commence à parler et qu'on n'arrive plus à s'arrêter, lorsqu'on n'a pas prononcé un mot depuis quelques temps.
    Invisible, je l'ai été lors du repas d'anniversaire de mon cousin Q. Après une semaine de fuite chez ma grand-mère maternelle, où j'étais l'unique objet d'attention, je me suis retrouvée au beau milieu d'une table rectangulaire d'une vingtaine de personnes. Mon oncle et ma tante Laure-Anne invitaient, ils nous ont donc placés : je me suis retrouvée face à mon cousin Q., entre un inconnu et mon autre cousin Charles. Q. était assis à côté d'un de ses amis de lycée, qui avait eu son BAC. et qui dormirait chez lui le soir (il était dans ma diagonale droite). En diagonale gauche, ma tante Murielle assise à côté de son époux : rien à attendre de ceux-là, déjà qu'ils ne parlent pas trop quand il n'y a pas de bruit, alors qu'est-ce que ce sera avec la musique pas loin. Yves, assis à ma gauche, me tournait le dos, constamment tourné vers sa femme et mon oncle-inviteur (il a beaucoup de connaissances, ce qui lui permet d'attirer facilement l'attention sur lui). Au début du repas, c'est-à-dire la première demi-heure, tout s'est plutôt bien passé, parce que l'on parlait de tout et de rien. Après la première demi-heure, je me suis emmerdée comme pas possible : tous les trois (cousins et ami bachelier du cousin) parlaient de jeux MMORPG, en utilisant des termes techniques et faisant référence à des univers que je ne connaissais fichtrement pas, même de nom. En plus, on ne pouvait pas se lever, puisque les serveurs apportaient régulièrement des plats à notre table et aux tables voisines. En plus du plus, mon neveu Yannis a été accaparé par mes parents dès notre arrivée (ça faisait deux semaines que nous ne l'avions pas vu), puis par toutes les mains qui se présentaient. J'ai été passablement frustrée de ne pas l'avoir, et irritée de m'emmerder autant (en général, lors des repas de famille je m'ennuie toujours un peu, mais jamais au point de m'en rendre compte : d'où l'utilisation du terme superlatif et grossier). J'étais assise là, à ma table, tenant ma joue dans la paume de ma main, à me demander pourquoi, mais bon sang pourquoi! mes oncles et tantes cherchaient toujours à me placer à côté de mon cousin le plus jeune. D'accord, nous avons la même tranche d'âge, mais merde quoi, ce n'est pas parce que nous sommes les 18-21 ans que j'ai forcément plein de choses à lui raconter ! L'autre tranche, les 26-32 ans, me plairait d'avantage, surtout qu'à l'intérieur il y a ma sœur (j'aime parler avec ma sœur), et la copine du cousin qui était situé à ma droite (Charles), que j'apprécie énormément pour son dynamisme et son enthousiasme contagieux.
    A un moment, ma mère est passée derrière ma chaise : "Je viens t'embêter", puis après quelques gratouilles elle est repartie. Si seulement elle m'avait vraiment embêtée, je me serais certainement moins embêtée qu'à ce moment-là ! A un autre moment, mon oncle-inviteur est passé pour m'embêter, lui aussi. Il avait Yannis dans les bras, et il voulait s'amuser un peu avec lui. Je l'ai superbement snobé. Ce n'est pas forcément la meilleure chose à faire, mais je suis entière : je suis incapable de me cacher derrière des faux semblants, et lorsque quelque chose me déplait considérablement je suis incapable de faire comme si tout était magnifique et merrrveilleux.
    Vers la fin du repas, j'ai été me placer à côté de ma sœur. Il était dans les une heure du matin, et les autres tables s'étaient peu à peu désemplies. Il y avait donc moins de serveurs à bousculer par inadvertance. Par bonheur, Yannis, qui dormait depuis quelques temps, s'est réveillé à cause du bruit et j'ai pu m'en occuper (je ne l'ai pas lâché de tout le restant de la partie de soirée que nous avons passé au restaurant, c'est mon neveu je le garde !).
    Nous sommes ensuite passés chez Laure-Anne et son époux, pour boire un dernier verre de champagne (pas moi, personnellement je n'aime pas ce genre d'alcool). C'était plus agréable, car il n'y avait plus de musique. L'ambiance était plus conviviale, hélas nous avons passé notre temps à regarder la vidéo de mon cousin Q. faire du saut en parachute. J'ai pris les choses en main, et ai commencé à parler avec mon oncle-timide, le mari de Murielle. Je lui ai parlé de son bateau, parce que je sais qu'il s'agit d'un sujet qu'il aime beaucoup; et c'est une règle chez tous les timides que de savoir diriger la conversation sur un sujet qui plait au locuteur afin qu'il parle beaucoup et que l'on ait ensuite peu de choses à dire. Il m'a proposé de nous échanger nos numéros de téléphone, je lui ai donc donné le mien (à cette occasion, j'ai pu remarquer qu'il pensait que mon prénom avait deux "l", alors que je n'ai pas changé mon prénom depuis les vingt ans qu'il est censé me connaître. Hm, affaire à suivre, peut-être que je ne m'appelle plus vraiment comme je crois que je m'appelle, tout cela a l'air bien compliqué...). Je lui ai demandé de me biper, que je sache que le numéro qui s'affiche lui appartenait. A ce jour d'aujourd'hui, trois semaines après, il ne l'a toujours pas fait. Tant pis, peu importe. Ma tante Murielle m'a demandé ce que je comptais faire de mes vacances d'été, je lui ai répondu vaguement, et c'était enfin l'heure de rentrer à la maison.

    Il y a une semaine ma mère a été invitée à prendre le goûter chez une ancienne amie, qui lui a demandé des nouvelles de ses deux filles. A cette occasion, ma mère lui a révélé que j'avais eu ma Licence. Ironie du sort, la soirée était tellement axée sur la réussite (ou non) du BAC de mon cousin (que, au final, il n'a pas eu), et j'ai été tellement invisible à leurs yeux, qu'ils ne savent même pas que je suis licenciée. Je l'ai dit à mes parents, à ma sœur, à ma grand-mère, à mon professeur de français, à Margot. Bref, aux personnes qui comptent le plus pour moi. Je l'ai dit, parce qu'ils me l'ont demandé, parce qu'ils s'intéressent à moi et à ce que je fais. Pour les autres, ceux qui sont censés m'être attachés par le sang et qui ne me considèrent, ni plus ni moins, comme inexistante, je trouve ça triste. Oui, voilà, ça m'attriste, parce que je pensais que les liens de parenté comptaient un peu plus que ceux que l'on forge avec de véritables inconnus.
    C'est pourquoi, à cette occasion, j'ai pris une décision radicale. J'ai décidé que, si à la prochaine réunion de famille on m'ignorait autant qu'à celle à laquelle j'ai assistée, je ne perdrai plus mon temps à y aller. Après tout, c'est du temps et de l'énergie d'y aller et d'essayer de s'immiscer dans les conversations des autres. Par conséquent, j'ai décidé que je préfèrerai faire quelque chose de bien plus intéressant, quelque chose qui m'intéresserait vraiment, plutôt que d'assister à ce simulacre de vie en société.
    CEPENDANT, plusieurs exceptions à cela : s'ils sont invités chez mes parents et que j'y habite encore, il est hors de question de fuir la queue entre les jambes, simplement parce que tout le monde est réuni; cela s'appliquera également si, DEUXIEMEMENT, je n'ai pas revu ma sœur et mon neveu depuis moins de deux semaines : il est également hors de question que je rate un moment privilégié avec ma vraie famille uniquement parce qu'ils se ramènent chez nous.
    C'est pourquoi j'ai, de plus, décidé de faire en sorte de m'amuser, pourquoi pas à leurs dépends lorsque je les verrai. Finies les conversations où je fais en sorte de m'intéresser à leurs loisirs et à ce qu'ils ont véritablement envie de faire, alors qu'ils ne prennent même pas la peine de me poser la question en retour. Hors de question que je m'emmerde une nouvelle fois dans ce genre de soirées minables. Mais hors de question aussi de préférer les laisser pour aller faire autre chose de mon côté, regarder un film ou lire un livre, même si le message aurait au moins le mérite d'être on-ne-peut plus clair ! Je m'amuserai en leur mentant, en rajoutant mon grain de sel là où il n'a rien à y faire, quitte à inventer des anecdotes que je n'aurai pas vécues. Ce sera ma manière à moi de leur dire qu'ils peuvent tous aller se faire foutre, et qu'on ne récolte que ce que l'on sème pendant vingt ans (ça marche aussi pour moi, pas que pour les autres, mais cette entrée sert surtout à me permettre de définir ma manière de me comporter avec les membres de ma famille; ça me permet aussi de me rendre compte qu'il faut un véritable travail pour réussir à garder unie une famille, et que si ces adultes-là n'ont pas pris la peine de faire cet effort, alors je n'ai aucun compte à leur rendre). Parce que, soyons clair dès maintenant sur ce point, Yannis n'aura aucun besoin de venir me poser des questions pour que je lui accorde mon attention : j'irai vers lui, je saurai ce qu'il aime et ce qu'il n'aime pas, je saurai quelles lettres de son prénom je dois dédoubler pour arriver au bon résultat. Je ne serai jamais une inconnue pour lui, quelqu'un vers qui il doit faire l'effort d'aller quand toutes les autres personnes discutent déjà avec quelqu'un et qu'il s'ennuie un peu, comme ça a été mon cas avec Murielle et son époux (enfin, là, je deviens méchante et je durcis à tord le trait, parce qu'en réalité j'ai adoré voir les yeux du mari de Murielle s'illuminer lorsque j'ai abordé le sujet qui lui tenait à cœur, j'ai adoré lui faire plaisir en choisissant un sujet qu'il adore et qu'il maîtrise à la perfection).
    J'étais persuadée qu'une famille ne pouvait qu'être unie, je me trompais lourdement. De plus en plus, j'aperçois des bouts de parentés fragmentés aux quatre coins du monde –de la pièce où nous sommes censés être tous réunis, et où nous ne faisons que nous désunir plus profondément.

    fin le 1/08/12 à 13:45



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Adena H.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Dim 18 Nov - 13:06


      10/08/12

    Brioude.

    Voilà déjà presque une semaine que nous sommes partis en vacances, et le bilan s’avère hautement positif. Je me souviens de semaines de vacances où nous nous faisions mutuellement la tête car nos attentes n’étaient pas les mêmes (mon père voulait visiter des musées selon un programme précis et détaillé, pendant que ma mère et moi nous souhaitions prendre notre temps pour nous reposer), où je m’ennuyais comme un rat mort à suivre mes parents dans leurs excursions, alors que ma seule envie aurait été de côtoyer des adolescents de mon âge. Cette semaine exceptionnellement ensoleillée (la première depuis le mois de juin) a été très agréable à passer avec eux. Enfin, à passer tout court. Nous avons principalement visité des églises, nous nous sommes un peu promenés, puisque avec la chienne nous n’avons pas le droit de pénétrer dans les musées. Le musée de la Résistance du Mont Mouchet a fait une exception, la visite ne dure pas longtemps et le responsable a accepté que nous la prenions avec nous puisque nous avions prévu un sac pour la porter. Les bretelles m’ont scié les épaules, j’ai été obligée de mettre de la biafine dessus le lendemain. Mardi, mon père a organisé l’excursion « spéciale : églises », et pendant toute une après-midi nous sommes rentrés dans une succession d’églises, basilique (St Julien), cathédrale (du Puy en Velay) en tout genre. Je me souviens que, quand j’étais petite, avec ma sœur, nous râlions dès que notre mère (qui conduisait) s’arrêtait devant une église à la demande de notre père. Nous étions alors toutes les deux obligées de descendre pour visiter l’intérieur. Je considère à présent cela moins comme une obligation. Simplement, je préfère avoir un plan avec des explications détaillées dans la main, sinon j’ai tendance à m’ennuyer plus rapidement.
    Ca me donne l’impression d’être une chercheuse de trésors. L’ambiance intimiste et confinée des églises y aide, on a l’impression d’être les premiers à y mettre les pieds. Quand bien même je sais bien que ce n’est pas le cas, j’aime beaucoup trouver la fresque, ou la statue, ou l’objet religieux, et lire les explications historiques et descriptives qui s’y rapportent ; de chercher les petits détails inscrits au mur. Je trouve ça stupide de rentrer dans une église (dans un quelconque lieu) simplement pour y rentrer, sans savoir ce qu’il y a vraiment à voir, sans le comprendre. Je déteste lire ou voir quelque chose sans le comprendre. Ces visites me font particulièrement réfléchir à la place de la religion chrétienne dans la société, mais mon père ne peut répondre à mes questions que d’un point de vue historique et non sacré, puisqu’il n’y croit plus –il est baptisé et a fait sa communion, mais a arrêté par choix personnel, peut-être parce que sa foi ne concordait pas avec sa vision historique du monde. Certes, la religion chrétienne a été créée à une époque où les conditions de vie étaient lamentables, dans l’espoir que les paysans, le tiers état, supporte mieux son labeur dans l’espoir d’une future vie éternelle remplie de jouissances de toutes sortes. Certes, le purgatoire a été créé au XVIème siècle pour redonner de l’espoir aux croyants, qui avaient peur d’aller en enfer s’ils péchaient (puisque, après tout, l’homme ne peut pas être constamment parfaitement dans le droit chemin du Seigneur, tout le monde ne peut être un saint). Mais lorsqu’il s’agit de répondre à certaines de mes questions plus précises sur le texte même, il me conseille d’aller m’adresser à un théologien. Je ne sais pas si ça vaudrait vraiment le coup, ce genre de thème ne m’intéresse que dans certaines situations particulières. Et puis, j’aime bien éviter de faire traîner les choses autant que je le peux, sinon ça me lasse de plus en plus. Je suis comme ça : si ce n’est pas rapide, ça ne vaut pas le coup.
    Cependant, mes réflexions m’ont permis d’affiner mon avis sur la religion et la présence ou non d’un quelconque Dieu. La citation de Woody Allen, à peu de chose près, représente plutôt bien mon état d’esprit : « Si Dieu existe, j’espère qu’il a une bonne excuse. »
    Cette journée du 10 août était agréable au possible. Nous nous sommes levés vers les neuf heures trente, nous sommes partis vers le Puy à onze heures. Nous étions arrivés à midi, avons visité la basilique (beaucoup de marches, une magnifique façade ! pas très grande à l’intérieur cependant, ceci s’expliquant par le fait qu’il s’agissait d’une église par la suite agrandie…) Des objets liturgiques magnifiques, un orgue aux proportions phénoménales, une statue de la Vierge noire et de son fils dont la parure change quasiment presque tous les jours, des tableaux représentant les quatre arts libéraux et les saints, les trésors de la basilique, tout était très intéressant. Une chose, cependant, m’a profondément choqué. Alors que je me promenais dans la nef, j’ai aperçu deux papiers posés l’un à côté de l’autre. Je me suis approchée, pensant à des indications. Il s’agissait en fait de prières, l’une pour les femmes ne pouvant avoir d’enfants, l’autre pour les chercheurs d’emploi. L’indignation m’est venue, non pas à cause des prières, mais par ce qu’elles représentaient. Ces prières me donnaient l’impression d’être de vulgaires appâts à pigeons. Comme s’il suffisait de lire plusieurs fois ces prières (ces mots !, et vous savez à quel point les mots sont importants par le sens que les humains leur confèrent, mais n’ont pas en eux-mêmes de pouvoir !) pour être exaucés. Et si ces prières ne se réalisent point ? Quoi !, c’est que vous n’y avez pas cru suffisamment, il faut recommencer avec une foi plus pure !
    Parfois, il est agréable de se laisser guider par l’espérance. De se dire que, si ça ne marche pas cette fois-ci, ça marchera une autre fois, et puis tant pis. Mais d’autres fois, il me semble nécessaire de ne pas se laisser simplement guider par la foi, d’agir concrètement, de faire en sorte de parvenir à ses fins en laissant de côté tout espoir d’avenir prometteur. Les humains vivent, ou dans le passé (la nostalgie), ou dans le futur (l’espoir), ou dans le présent –parfois même les deux ou trois mêlés. Et quand le présent prend le dessus sur les autres, il n’est plus question d’espérer en quelque chose qui n’est même pas sûr d’être dans l’avenir. Au contraire, il faut agir concrètement afin d’obtenir un résultat concret ; et de laisser le reste (la foi) de côté. Je suis sévère envers les croyants, je ne comprends pas comment on peut croire aujourd’hui en une religion qui ne sert plus à rien si ce n’est à nous inculquer les bases de notre humanité : la tolérance, la générosité, la pitié envers autrui, la paix, etc. Je ne peux pas comprendre pourquoi, si ce n’est par une stupide et archaïque tradition, les chrétiens continuent de se rendre tous les dimanche matins à la messe, à écouter des histoires de miracles à dormir debout. Sincèrement, je ne comprends pas. Ce n’est même pas logique, les conditions de vie du XXIème siècle se sont largement améliorées depuis une dizaine de siècles. Alors ? Est-ce à dire que les êtres humains d’aujourd’hui, mes contemporains, sont malheureux ? Bien sûr, il faut prendre en compte le fait qu’il y a bien moins de chrétiens dans certains pays, qu’il y a dix siècles. Leur nombre a donc diminué, même s’il me semble que dans certains pays tels que l’Espagne et l’Italie ce nombre soit resté plus ou moins constant au fil des années. Mais il y a toujours des chrétiens, il y a donc toujours besoin d’un Dieu ; besoin, donc, d’une immortalité porteuse de bienfaits en tout genre pour l’homme. Mais qu’a-t-il besoin de l’éternité, cet homme insignifiant qui espère un jour rejoindre le royaume du Seigneur ! Serait-ce, alors, que les siècles succèdent aux siècles, que l’homme se rend compte que la longueur de sa vie correspond à celle d’un éphémère, sur cette planète-éléphant, et qu’il ne sait pas où trouver sa place dans cet univers qu’il découvre de plus en plus mais qu’il se montre constamment incapable d’apprivoiser ? Non, l’homme a peur de la mort, de la maladie. L’homme a peur d’avoir mal en mourant, de sa non-existence. « Je n’existe plus. » L’homme se rend compte qu’il est petit, cela lui fait peur ; il décide donc de se tourner vers la solution de facilité, qui n’est autre que la religion.
    Après tout, les contemporains n’inventent plus de religions, ils se contentent d’y adhérer. Des moines, des imams, des rabbins, ont étudié les textes sacrés au préalable, ne sont parfois pas d’accord entre eux (tout dépend de l’interprétation qu’on en fait), mais tous sont capables de répondre à la majorité des questions que se posent leurs croyants. Pourquoi croire ? En quoi ? Comment agir, lorsque l’on est un croyant ? Combien de fois par semaine aller au lieu de culte ? Comment s’adresser à son dieu ? Va-t-il nous répondre ? Quelle est la place de l’homme sur Terre ? Pourquoi notre dieu nous a-t-il crées ? Comment lui montrer que nous croyons en lui ? Qu’est-ce qu’il y a, après la mort ? Quels prophètes croire et quels charlatans ne pas croire ? Quels sont les critères d’entrée au paradis chrétien ? Et si j’ai fait une mauvaise action, comment la réparer ? Ai-je la foi ? Que dire au confessionnal ? Suis-je un mauvais croyant parce que j’ai eu un moment d’égarement de ma foi ? Suis-je important, quand nous sommes tant sur Terre ? Suis-je important pour Dieu, est-ce qu’il me voit, est-ce qu’il pense à moi ? Puis-je croire en un dieu et être rationnellement scientifique, en croyant par exemple à la théorie darwinienne de l’évolution ? Tous, si vous les interrogez, vous donneront des réponses concrètes.
    Je me révolte contre les systèmes de pensée tout faits, contre les religions auxquelles quiconque peut adhérer, sans même un minimum de réflexion. La secte scientologique a pour but de faire accéder à une élévation spirituelle par le biais de l’argent. Il ne faut pas non plus oublier que, avant que l’empereur Constantin décide d’en faire la religion d’état en – 300, la religion catholique n’était qu’une secte ayant prospéré grâce à saint Paul. Ce n’est que parce qu’un empereur a décidé d’abolir les cultes païens, que la religion chrétienne est ce qu’elle est en France. Et s’il ne l’avait pas fait ? Continuerions-nous de vénérer la nature par le biais des dieux gaulois et des nymphes grecques ? Continuerions-nous à croire en un panthéon de divinités anthropomorphiques possédant des attributs précis et allant jusqu’à régenter la vie des hommes ? Et maintenant qu’il l’a fait, la prochaine religion mondiale sera-t-elle la scientologie ? La question reste ouverte, les hommes sont depuis bien longtemps capables du pire.
    Je me révolte en tant qu’être humain, il m’est pénible de voir les autres s’agenouiller et penser à un être qui n’existe pas (ou qui, pour être plus correcte, peut exister mais n’a guère l’air d’interférer dans la vie humaine), pour le remercier d’éventuelles actions qu’il aurait soi-disant accomplies pour eux –mais dont ils n’ont pas la preuve, d’où leur foi. Croire en quelque chose de totalement immatériel en espérant des jours meilleurs, savoir quelle est leur place sur Terre (tout le monde espère n’avoir pas été qu’un stupide hasard, à errer parmi les autres ombres de l’humanité, et que sa vie ait une destinée, quelque chose qui le rende unique et le différencie clairement des autres). Parce qu’au final, accepter d’être banal, comme tous les autres, nous prive du sens de la vie, et qu’il faut alors aller le chercher ailleurs. Réfléchir par soi-même. Et c’est le plus dur. Et c’est en quoi je les condamne.
    Paradoxalement, je respecte tout être humain ayant choisi de se convertir, de gré ou de force (après tout, on ne pose pas la question aux bébés avant de les baptiser). Je respecte le silence des églises, l’opinion de ceux qui, eux, y croient. Je suis choquée de voir quelqu’un entrer dans un lien saint avec son chien, même s’il ne s’agit que d’une simple église de village. Peut-être, après tout, me trompe-je, Dieu, Yahvé, Allah, existe-t-il (les trois sont pour moi la même forme d’un même dieu, adaptée à différents peuples). Pour moi, la véritable question n’est pas de savoir si on croit en son dieu. C’est de savoir si on y croit, <i>même s’il</i> existe. Parce que, après tout, ce n’est pas parce que Napoléon a existé, que je dois forcément croire en lui. Oui, il a existé ; mais mérite-t-il que je place en lui tous mes rêves et tous mes espoirs, au risque de me retrouver irrémédiablement déçue ? Ma réponse est : non. Dieu, c’est Napoléon. Je ne peux accepter de croire en lui, même s’il existe, simplement parce que je considère qu’il ne fait rien pour mériter que je croie en lui. Les guerres, la famine, le sida. Dieu, selon la Bible a organisé un déluge, avant de promettre aux hommes qu’il ne le referait plus. Pourquoi, s'il existe, pardonnerait-on à Dieu un massacre, une extermination massive, et condamnerait-on les nazis ayant participé à l'extermination massive des juifs, des tziganes, et de toutes les communautés minoritaires n'allant pas dans le sens de leur idéologie ? La réponse : "Parce qu'il est Dieu" ne me semble pas suffisamment satisfaisante pour que je puisse y adhérer fermement. Et puis, qu’est-ce que la parole d’un Dieu face à des millions de générations humaines ? Dieu est Dieu, il trouvera toujours un moyen d’anéantir à nouveau s’il le souhaite, déluge ou pas déluge.
    Et puis, surtout, surtout, si un jour on se rend compte (impossible, mais admettons : ) qu’aucune divinité n’existe ? Tout l’univers mental des croyants sera détruit, ils n’auront plus aucunes certitudes auxquelles se raccrocher. Je crois que, pour moi, ce serait le pire : me rendre compte que j’ai bâti ma vie sur un entrelacs de mensonges, et que tout ce pour quoi j’ai vécu était faux du début à la fin. Que toute ma vie n’a servi à rien, et qu’il est à présent trop tard pour y changer quoi que ce soit, pour revenir en arrière. Que j’ai tout raté, à cause d’un seul et unique mode de non-réflexion. Heureusement pour eux, les êtres humains ont une propension prodigieuse à se voiler les yeux lorsqu’une chose ne leur convient pas.
    Paradoxalement, donc, je respecte les croyants. Je respecte, en fait, leur besoin de croire en quelque chose pour se soutenir moralement. Certains en ont plus besoin que d’autres. J’ai moi-même une prédisposition à ce genre d’état d’esprit, mais je m’y révolte obstinément : je refuse de devenir dépendante de quoi que ce soit, d’origine divine ou humaine, matérielle ou spirituelle. Me convertir serait pour moi un échec humain.

    Ce n’est pas la première fois que je l’ai remarqué, lorsque nous nous disputons mon père se tourne plus facilement vers notre chienne, allant jusqu’à comparer son caractère placide et tranquille au mien. La seule différence entre nous, en effet, est que je parle et ma chienne non ! La seule différence entre nous est que je peux contester mon père, donner un avis qui n’est pas le sien et le défendre dans une certaine mesure, et que ma chienne non ! Attention, je ne dis pas que les chiens n’en sont pas capables, ou qu’ils sont moins intelligents que les humains car ils n’ont pas le langage. Par bien des points, je considère les animaux comme supérieurs aux hommes, ne serait-ce que parce qu’ils tuent pour manger, jamais pour le plaisir de tuer. Mais là n’est pas véritablement la question, car je me place du point de vue relationnel père/fille. Le fait est que, quelle que soit le sujet de conversation de départ, pour peu que vous affirmiez le contraire de son affirmation, cela risque de le contrarier. Il faut alors, soit se soumettre en admettant qu’il avait raison (même quand il avait tort), ou détourner la dispute en objet de plaisanterie. Mon père refusera toujours de se soumettre, même si l’autre s’obstine dans son juste droit.
    C’est pourquoi jusqu’à maintenant, tout s’est bien déroulé entre nous dans notre petit chalet. Ma mère conduit, je me soumets. Mon père m’instruit, je me soumets. L’entente est établie à partir du moment où la communication familiale ne va que dans un seul sens, et où nous arrivons (j’arrive) plus ou moins à garder notre (mon) calme grâce à l’esprit décontracté qui symbolise les vacances –quitte à injurier les autres lorsqu’ils sont absents. Cela doit bien faire une bonne vingtaine de fois cette semaine que j’ai surpris ma mère à me répondre autre chose que ce que je lui demandais dans ma question. Et puis, c’est quoi cette manie de donner un synonyme dès qu’elle connaît un mot employé par autrui ? Ca prouve juste qu’elle sait ce que c’est, mais ça montre également son besoin d’éducation car, dans le cas contraire, elle se contenterait d’écouter sans ressentir le besoin de montrer qu’elle est capable de comprendre de quoi nous parlons. C’est rageant, mais je suis décontractée, nous n’avons pas de contraintes, il fait beau, je suis en vacances.



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