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 (a.) écrire pour exister

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Adena H.
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Date d'inscription : 20/09/2009

MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Dim 18 Nov - 13:07


      14/08/12

    Besse.

    La vie de famille de mes parents est plutôt bien réglée : mon père agit, ma mère attend.
    « On mange des courgettes ce soir ? Il faut les finir, je vais les préparer », dit ma mère tout en lisant son polar de l’été. Mon père se lève, il épluche les courgettes, les nettoie, les coupe, les assaisonne, les fait chauffer dans un plat, attend que le plat soit chaud, sort le plat du four, amène le tout sur la table. Je mets la table. Ma mère se rend compte à ce moment-là que la machine qu’elle a faite il y a quatre heures est terminée, elle va l’étendre, arrive à table alors que nous nous sommes déjà servis, et quand mon père râle de la voir arriver après nous, elle réplique désagréablement : « J’étendais le linge, je te signale. Il faut bien le faire, et si ça t’embête tant que ça, tu n’as qu’à le faire toi-même. » Comme s’il ne s’était pas occupé de lui préparer à manger, pendant toute l’heure précédente. Comme si elle n’avait pas pu étendre le linge avant.
    Moi, je m’en fous. Elle vient quand elle veut si ça peut lui faire plaisir, et si elle ne vient pas rien à branler.
    Ce qui m’agace, par contre, c’est lorsqu’elle arrive en retard, et qu’elle se donne le droit de critiquer la nourriture (pas la nourriture en elle-même, mais le résultat obtenu). Du genre : « C’est trop salé. » Ou : « Ah, tu as mis du gruyère dans les courgettes ? Tu aurais du le mettre de côté, je n’aime pas trop. » Comme si elle pouvait se permettre de critiquer, alors qu’elle n’a rien fait. Alors qu’elle arrive comme une fleur, certaine qu’on l’attend. Et elle s’assoit, s’affale serait le mot le plus juste, sur sa chaise, comme si elle venait d’accomplir un effort incroyable. Et elle attend, encore, qu’on lui serve son assiette. Ma mère ne cesse d’attendre. Elle attend le moment idéal pour faire quelque chose, elle attend que quelqu’un la prenne par la main pour faire quelque chose qu’elle a envie mais refuse de faire seule, elle attend que le temps passe, elle attend qu’il lui arrive quelque chose de tout cuit dans l’assiette, elle attend qu’on lui apporte ce qu’elle attend de la vie, et le reste du temps elle se repose. Le reste du temps, elle se pose sur le canapé pour lire un polar (toujours des polars, des romans policiers et des thrillers, rien d’autre), ou pour se vider la tête devant une partie de Spider Solitaire. Alors, pendant des heures, elle se lobotomise à aligner les cartes par couleur, par symbole et par chiffre du plus grand (le roi) au plus petit (l’as).
    Pour sa défense, elle a eu une adultescence difficile. Son mari a failli mourir, toute la vie familiale reposait sur ses seules épaules, elle a du tout gérer et tout prendre en main pendant quelques années. Elle a du me gérer seule lors de ma période adolescente, ce qui est je le reconnais une chose peu évidente. Elle m’a mal géré, certes, mais on peut éventuellement admettre qu’elle était dépassée par tous les évènements coïncidant au même moment, au même endroit. C’est normal, d’autres qu’elle auraient été largement dépassés par la situation, et pour sa défense, ma mère ne s’en est pas trop mal tiré au final. Ce que je lui reproche, en réalité, est de vivre sur ses acquis. Dès le retour de mon père, elle s’est laissée aller : elle lui a fait confiance, elle l’a laissé reprendre en main tout ce qu’elle avait eu tant de mal à apprendre au départ, mais qu’elle maîtrisait parfaitement à la fin, sans poser aucune question. Elle a repris l’habitude de compter sur mon père, de lui faire confiance, de lui être dépendante. De femme forte et indépendante, elle est redevenue vulnérable et dépendante. Lorsque mon père, revenu, s’énervait et lui disait que si elle n’était pas contente, elle n’avait qu’à le faire, elle lui répliquait que, "mais mon cher, quand tu n’étais pas là, comment crois-tu que je faisais ? exactement, je me débrouillais toute seule, nous ne mangions pas de la grande cuisine, mais nous mangions sainement, et c’était le principal ! si tu ne le fais pas, je peux très bien le faire !" Mais jamais, JAMAIS, elle ne l’a refait. Elle a laissé tous les rênes, toutes les commandes à mon père ; et, comme si elle était fatiguée de toutes les épreuves cumulées qu’elle avait subies, elle s’est laissée peu à peu submerger par une fatigue qui ne l’a plus quitté depuis lors. Si bien que, à présent, ma mère ne prend plus la peine de réfléchir à rien de sérieux, elle ne fait plus fonctionner sa mémoire qui devient une vraie passoire, elle n’écoute plus que ce qu’elle veut entendre, elle est devenue une véritable opportuniste. Une chaise sur son chemin ? Elle s’assoit. Une assiette devant elle ? Elle mange. Un ordinateur allumé ? Elle joue aux cartes. Une télévision allumée ? Elle regarde les images, happée par les couleurs et les sons comme un mioche de cinq ans.
    Et qu’importe si la chaise a été placée là par une autre qui avait l’intention de s’y asseoir après être retournée chercher quelque chose à boire et à manger, si l’assiette a été préparée pendant une heure par mon père, si l’ordinateur a été allumé au départ par quelqu’un d’autre dans une autre intention, et que cette intention n’est pas terminée (qu’importe après tout, puisqu’il est allumé et qu’il n’y a personne devant ! qu’importe si en fait la personne travaille dessus, et a été aux toilettes, puisque la place est vide et donc à combler) ; qu’importe si l’émission regardée et les clips ne correspondent pas à ses goûts musicaux, tant qu’elle est allumée.
    Ce que je reproche à ma mère, c’est d’être redevenue dépendante. Et opportuniste.
    Si tu veux une chaise, maman, tu n’as qu’à aller t’en chercher une autre. « Pff, mais je suis fatiguée. » Et hop, de son petit rire de gamine qui vous a bien eu, elle s’assoit sur la chaise en question, et il vous faut alors vous rendre compte que ce que vous aviez organisé avec tant d’attention a servi à une autre, et qu’il vous faut recommencer de zéro. Il vous faut recommencer, mais avec en plus cette sensation de frustration. Frustration aussi lorsqu’en revenant des toilettes, on se rend compte qu’un autre est en train de jouer devant l’ordinateur portable, et qu’il faut attendre qu’elle ait fini sa partie de cartes pour reprendre ce que l’on était en train de faire auparavant (tout en sachant que, pour ma mère, finir une partie de cartes suppose qu’elle l’ait gagnée, et qu’elle ne quittera donc pas l’ordinateur avant ; et quand bien même elle l’aurait gagnée, si je suis partie entre temps faire autre chose, elle en fait une autre en constatant que je ne suis plus là pour la gêner dans ses envies. Elle m’insupporte plus que je la déteste, j’ai envie de débrancher la recharge, de retirer du bureau de l’écran son stupide jeu pourri.
    Suis-je frustrée parce qu’elle me coupe dans mon élan de m’adonner au plaisir, comme lorsque je suis sur l’ordinateur ? Il doit y avoir de ça. Suis-je frustrée parce que j’ai un sens exacerbé de la justice, qu’elle soit divine ou humaine, et que lorsqu’on fait quelque chose pour soi il est toujours désagréable de se rendre compte qu’en réalité un autre en profite ? Il doit y avoir de ça aussi, car je suis plus égoïste et réservée que d’un naturel généreux et partageur. Mais, sans doute, ce qui m’agace le plus c’est que, lorsque je me pose devant la télévision ou devant l’ordinateur, c’est principalement pour fuir la réalité. C’est pour éviter de réfléchir en me laissant happer par les images (comme ma mère devant son jeu de cartes), ou pour m’inventer une nouvelle vie devant les RPG (je sais bien qu’il ne s’agit pas de ma vie, que je ne suis que narratrice et pas protagoniste, mais je ne peux m’empêcher d’évoluer dans ces univers si particuliers et enchanteurs). Et alors ma mère arrive et prend ma place, ou elle se met à chantonner ses chansons préférées, elle s’impose. Pire que tout, elle s’impose dans mon monde. Elle prouve qu’elle existe, qu’elle a une présence, alors que je préfère agir tranquillement et seule justement pour éviter de me faire imposer par les autres. Est-ce pour ça que je déteste autant les autres ? Ils s’imposent, ils font « comme chez eux » (notez que, quand ma mère s’impose, elle est chez elle), ils prennent un ascendant sur vous. Nous avons besoin des autres pour exister, j’en suis consciente, parce qu’une vie sans aucuns rapports humains en serait pitoyablement appauvrie. Et pourtant je suis comme mon père, j’accepte (je tolère) les autres, dans la mesure où ils ne viennent pas empiéter sur mon territoire mental. C’est pourquoi je n’aime pas cette nouvelle location : le gîte est grand, certes, mais où que l’on aille on se fait rattraper par les voix s’élevant dans les autres pièces. Or, moi, j’aime rester toute seule. Et quand je commence à en avoir marre de me retrouver toute seule, il suffit que j’aille au restaurant ou au parc observer les personnes qui m’entourent, pour retrouver mon équilibre. Ou que je parle un peu avec quelqu’un, que je fasse connaissance (jamais plus) ou que j’appelle un membre aimé de ma famille. Je crois que je me satisferais pleinement d’une vie de solitaire, d’autant plus que je ne supporte pas de faire trop d’efforts pour les autres. Non pas que je leur demande d’en faire pour moi, sans faire le contraire, ce qui serait complètement injuste et contraire à tous mes principes, mais simplement parce que, parfois, je me rends compte que la vie est trop courte et que je refuse de perdre mon énergie dans ce genre d’actions qui ne m’apportent guère. Je refuse de perdre du temps en faux semblants, en hypocrisies de voisinage. C’est en quoi je suis égoïste.
    Je pense, parfois, à mes parents qui prennent une petite allée pour se rendre à la gare. En journée, ils croisent leurs voisins, avec qui ils discutent un peu s’ils ne sont pas trop pressés au niveau de leurs horaires. Ils rient, ils sourient. Là encore, on me traitera de mauvaise langue, mais quand je vois le rire forcé de ma mère, je suis sans doute l’une des mieux placées pour savoir qu’il est forcé. Ma mère, c’est ma mère. Je la vois constamment, je sais comment elle est, je connais ses petites manies, je sais de quelle manière elle sourit, je sais qu’elle aime sa mère malgré ses incessantes railleries à son encontre (sur son anxiété chronique), parce qu’elle n’a pas eu de père et que sa mère a été surprotectrice avec elle ; je sais que, si elle avait le choix, elle ne ferait jamais rien de ses journées, mais qu’elle aime quand même son travail car ils se connaissent tous là-bas, que l’ambiance est agréable et qu’elle se sent utile ; je sais qu’elle est peu sûre d’elle, et qu’elle s’agace dès qu’on lui fait une remarque qui ne lui plait pas, et qu’ensuite elle réagit comme une gamine de trois ans qui fait des gamineries pour agacer à son tour, parce que c’est sa seule arme ; je sais qu’elle ne maîtrise pas ce qu’elle dit, si bien que lorsqu’elle parle j’ai toujours peur de me faire blesser même inintentionnellement ; je sais que, lorsque je lui parle, elle m’entend parler mais elle n’écoute pas ce que je dis, et qu’il faut constamment que je retrouve son attention si j’ai vraiment besoin de quelque chose.
    Et cette manie, de ne pas me faire confiance. D’aller reposer la question à mon père, après avoir eu la mienne « juste pour être sûre. » Cette manie de dire avec un soupir et un air d’extrême lassitude : « Il faut que je fasse ceci ou cela », sans jamais les faire. Cette manie de ne jamais reconnaître ce qu’elle vient de faire, comme si cela la remettait en question. Cette manie de répondre : « Parce que » à mes « pourquoi ? », en se croyant la plus maline. Cette manie de faire un jeu de mot passable, et le répéter jusqu’à ce qu’on ait une réaction émerveillée devant sa spiritualité, alors qu’on l’avait entendu dès la première fois. Cette manie de guetter les signes de l’attention qu’on lui porte, comme si les rôles étaient échangés et qu’il fallait que je joue celui (trop grand pour moi) de la mère. Hé bien, je les vois plaisanter amicalement avec ces voisins de passage, faire l’effort de leur paraître polis et agréables, spirituels et rieurs ; avant de les oublier, dès la fin de l’allée traversée. Ma mère est trop polie, trop bien élevée, pour faire des remarques critiques après avoir ri avec eux. Moi pas. Elle les trouve « gentils », parce qu’ils lui ont dit bonjour, parce qu’ils ont discuté de cinq à vingt minutes ensemble de leurs vies respectives. Moi, j’ai décidé que je m’en fichais. J’ai décidé que, s’ils ne me saluaient pas quand je passais, je n’avais moi aussi strictement aucun intérêt à le faire. Et pourtant, il ne s’agit pas d’une question de temps ou d’énergie (quoi que, certains pourraient vous répliquer qu’on perd plus facilement son énergie à jouer un rôle -de personnage poli- que lorsqu’on est naturel, hm). Il s’agit d’une question d’hypocrisie. Sourire en disant bonjour, alors que ces personnes ne comptent même pas un chouilla pour moi, c’est poli, mais c’est hypocrite. C’est hypocrite parce que la société dans laquelle nous vivons est une société civilisée, où chaque voisin, où chaque être humain doit se comporter respectueusement et civilement vis-à-vis de ses congénères, sans se poser de questions –parce que c’est comme ça que l’on nous a éduqué, et pas autrement. Sauf que non. Je ne dis pas par là que je refuse d’être aimable, comme tout le monde j’ai mes bons et mes mauvais jours. Je dis simplement que je refuse de vivre dans une société formatée par les clichés civiques et gouvernée par les capitalistes qui, du haut de leurs villas de luxe, dictent leurs commandements. Je dis, simplement, que je préfère vivre dans ma société, quitte à en être l’unique habitante.



      15/08/12

    Astres.

    Le fait est que, quand je critique ma mère, je me critique moi-même. Je critique en elle ce que je ne pourrais pas critiquer directement chez moi. Je sais bien que j’ai des défauts, mais je suis si peu sûre de moi que j’aurais tendance à ne me trouver que des défauts, sans aucune qualité pour compenser. Je suis donc incapable de faire directement mon autocritique, et il me faut passer par des biais, des déviations, des dérivations. D’où ma hargne à tant critiquer et juger deux des personnes qui sont le plus proches de moi. Cela me fait également constater que je suis incapable de parler aussi bien d’autres êtres vivants qu’eux. Je crois que cela me ferait le plus grand bien de me séparer d’eux, de devenir véritablement indépendante d’eux mais je ne sais comment m’y prendre, la preuve étant que je ne peux m’empêcher de parler d’eux et de les prendre en exemple et en contre-exemple dans tout ce que je dis ou que je pense. Alors, je ne suis pas sortie de l’adolescence. Je veux ma liberté, comme un adolescent de quinze ans qui espère aller à une fête chez ses amis, mais a besoin de la permission de minuit pour savoir quelles limites ne pas franchir (car il n’aurait pas été capable de se limiter lui-même). De fait, tout en m’imaginant devenir autonome, j’espère, j’attends que mes parents me prennent par la main pour m’accompagner jusqu’à l’âge adulte. Sauf que ça ne se passe pas comme ça. On ne devient pas adulte après avoir accompli toutes les épreuves, après avoir tué tous les monstres présents sur son chemin et ramené chez soi le calice qui permettra la fin de la transformation. On grandit, et un jour, on se rend compte qu’on a évolué, qu’on est un être à part entière. Sauf que cet être charrie toutes ses peurs, tous ses espoirs, toutes ses peines, toutes ses envies de l’enfance et de l’adolescence. Car ce sont son enfance et son adolescence qui ont fait qu’il est devenu l’adulte qu’il est présentement. Car, au final, qu’est-ce qu’un adulte ? Un enfant avec plus d’expérience (ce que certains appellent avec stupidité : maturité –sans se rendre compte qu’avoir vécu des expériences ne signifie pas pour autant en avoir retenu une leçon moralisante), et avec plus de responsabilités, voilà tout. Alors ? Pourquoi certains enfants sont-ils tant impatients de grandir ? Quoi d’exceptionnel dans cette nouvelle condition, qui n’est au final qu’un banal prolongement de l’ancienne ? Je n’aime pas les enfants, mais je crois que j’ai aimé en être un. Le simple fait de ne pas m’en souvenir m’en fournit la preuve, parce qu’on se souvient de ce dont on a eu la responsabilité. Je déteste les responsabilités, ça nous force à nous attacher à quelque chose.
    Et pourtant, je suis attachée à mes parents et à ma sœur. Je ne les respecte pas toujours, autant être immédiatement franche dès maintenant sur ce point, parce que mon énervement ressort plus facilement accompagné de quelques insultes maugréées dans mon coin et me permet de passer ensuite plus facilement à autre chose, mais je crois que je. Les. Aime. J’ai besoin d’eux comme ils n’ont pas besoin de moi. Quand j’ai un coup de cafard, c’est vers eux que je me tourne. Et mes coups de cafard sont souvent provoqués par eux. Je suis une lune, leur satellite officiel, je tourne autour d’eux sans jamais m’éloigner de beaucoup, je reviens toujours à eux, mes premières amours. C’est pourquoi je les déteste autant. Pourquoi ne deviens-je pas, moi aussi, une planète à part entière, comme ma sœur ? Qu’avons-nous de si différent, toutes les deux, pour que je m’engonce dans une vie qui ne me convient pas, sans savoir comment m’en sortir, alors qu’elle est pleinement épanouie dans celle qu’elle a choisie ? Nous avons été élevées de la même manière, par les mêmes personnes. Nous avons plus ou moins vécues les mêmes expériences, rencontré les mêmes personnes. Et pourtant, nous sommes différentes. Oh, pas de beaucoup, elle n’est pas le Soleil quand je suis la lune. Mais quand même. J’ai été plus rudement touchée qu’elle, de par son éloignement à ce moment-là (elle vivait dans un appartement à près d’une heure de chez nous), j’ai subi les vibrations de la base, tandis qu’elle n’en percevait que les contrecoups, ce qu’on lui racontait le week-end, ou le soir au téléphone. Je ne dis pas par là qu’elle a été à l’abri, immunisée, mais sans doute moins touchée (amochée) que ma mère et moi.
    Est-ce à partir de ce moment que je n’ai plus compté que sur ma mère ? Auparavant, ma mère était ma mère, mais mon père aussi était mon père, et cela me semblait juste et équitable. Mon univers était équilibré. À partir du moment où ma mère a été obligée de revêtir à la fois le rôle de la mère et du père, elle est devenue mon univers tout entier, Gaïa la Terre, mère toute puissante. C’était elle qui prenait toutes les décisions, c’était avec elle que je me disputais constamment, mais c’était aussi elle qui me rassurait la nuit, qui était présente quand j’avais besoin d’elle, et qui me remettait en place quand je devenais suffisamment insupportable pour que même elle ne puisse plus supporter mes crises d’humeur. C’est elle qui s’est occupée de toutes les formalités administratives, toutes les visites médicales. C’est elle encore qui était forcée de tenir économiquement seule le ménage, d’être obligée de passer des heures au téléphone avec les membres de la famille et les amis qui souhaitaient obtenir des informations quant à la santé de son époux, alors qu’elle avait tant d’autres choses à faire à la place, tant d’autres choses en tête, et qu’elle n’espérait qu’un petit peu de temps pour se reposer plutôt que d’écouter les autres compatir (même avec toute la compassion du monde) à ses malheurs. C’est vers cette époque qu’elle a commencé à jouer aux cartes sur l’ordinateur, parce qu’on n’a pas besoin de réfléchir à sa vie quand on pose plusieurs cartes les unes sur les autres, il suffit simplement de voir si elles sont ou non de la même couleur et du même symbole. Elle faisait des puzzles, en refusant obstinément de les finir, avec l’angoissant sentiment que si elle posait la dernière pièce un nouveau malheur se produirait. Pendant toute cette époque, j’ai été l’archétype de l’adolescente égoïste et capricieuse, obstinée (quelle honte de refuser d’aller voir son père, comateux, à l’hôpital, interné dans le service soins intensifs !), refusant de faire le moindre effort pour aider, et ne pensant qu’à moi (ou, pour dire les choses plus justement : refusant catégoriquement de penser à quoi que ce soit, même pas à moi). Ce n’est que maintenant que j’ai l’impression de mettre le doigt dessus, mais si je suis aujourd’hui si dure avec ma mère, si je lui fais tant de reproches, c’est peut-être parce que je la vois devenir cette version dégradée de la femme forte qui, pendant près de deux ans, a porté mon monde entier sur ses épaules ; cette femme qui a ployé, les traits tirés de fatigue, mais n’a jamais rompu, parce qu’elle savait que d’autres comptaient sur elle. Maintenant, je la vois vivre dans l’ombre de ses souvenirs, puis dans l’ombre de l’ombre de ses souvenirs… Combien de fois ne l’ai-je pas entendu dire, alors que je lui affirmais qu’elle prenait peu d’initiatives : « Tu sais, quand j’étais jeune, j’allais souvent au cinéma. » Sauf que, voilà, ce n’est pas parce qu’elle y allait auparavant, qu’elle y va aujourd’hui. C’est comme si, au moment où mon père est revenu à la maison et où ma mère a eu l’assurance qu’il était quasiment guéri (à quelques examens près, de temps en temps, pour suivre la progression de sa réhabilitation et vérifier que la maladie ne reprenait pas de droits sur son corps), toute la fatigue accumulée pendant toute cette longue période, et qu’elle avait auparavant repoussé de toutes ses forces, lui était tombée dessus d’un coup, refusant de la quitter jamais. Même quand son corps se met en mouvement, quand elle fait sa marche du samedi matin (pour se tenir en forme, ça lui fait du bien), il y a toujours dans ses gestes ce je-ne-sais quoi d’épuisant, d’épuisé.
    J’aime ma mère, c’est un fait ; mais si je me sens si révoltée par elle c’est, je m’en rends compte à présent, parce qu’elle était forte et fiable, robuste et rassurante, un véritable roc de féminité, elle a su prendre les choses en main, et que suite au retour du patriarche, elle a décidé implicitement de se laisser aller. Aujourd’hui, elle s’est recoulée dans ses anciennes habitudes, celles de faire confiance à mon père pour de nombreuses choses, de le laisser décider et imposer à outrance sa loi dans leur (notre ?) foyer -sauf pour ce qui est de la conduite en voiture où mon père ne peut rivaliser, n’ayant pas son permis.


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Adena H.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Dim 18 Nov - 13:08


      15/09/12, 19:16

    Vingt-et-un ans.

    Le 9/9 2012, j'ai eu vingt-et-un ans. Pour moi, l'âge ne signifie rien, n'est représentatif que pour les statistiques scientifiques, mais c'est toujours agréable de fêter ce genre d'évènements en famille. Ma mère a eu la folie de commencer à envoyer un texto d'invitation à la copine d'un de mes cousins (qui, heureusement, partaient justement en voyage au Canada cette semaine-là). Je lui ai tout de suite demandé d'arrêter. Quitte à fêter mon anniversaire, je préfère le passer avec les personnes qui comptent vraiment le plus pour moi, et tant pis (basta) pour les autres. En plus, je suis égoïste, mais je sais bien que si tout le monde avait été invité, ils ne se seraient pas beaucoup intéressés à moi; ça n'aurait été qu'un prétexte pour se retrouver en famille, et je serais passée à la trappe. À partir du moment où j'aurais crée cette occasion, ils n'auraient plus eu besoin de moi, ils se seraient très bien débrouillés tout seuls. Ma sœur a raison, maintenant que les deux femmes de mes cousins sont enceintes (quasiment en même temps, les pauvres, Laure-Anne et son mari vont se faire une joie de les comparer, puis leurs enfants; d'autant plus s'ils sont du même sexe), les autres n'auront plus beaucoup de part d'attention. Tous les regards seront portés sur les fœtus, puis sur les mioches qui galoperont partout pendant les réunions de famille. Je suis jalouse, je n'ai jamais eu d'attention, moi, et au moment où je me décide enfin à me révéler dans l'intention de prendre ma part, des larves me piquent la vedette. Mes intentions n'en sont pourtant pas changées : 1) je ne viendrai que pour voir les personnes qui comptent pour moi, si elles ne peuvent pas je m'éviterai la corvée; 2) je m'amuserai, quitte à ce que ce soit à leurs dépends. J'inventerai des mensonges, j'ajouterai du pathos, je me ferai plaindre, parce que, puisqu'ils ne prennent même pas la peine de s'intéresser à moi, je ne vois pas pourquoi je devrai faire l'effort de me montrer polie et sincère les rares fois où ils prendront la peine de venir me parler : je ne suis pas à leur disposition. Je me montrerai franche sur ce que je pense vraiment d'eux, si cela se produit devant mes yeux; s'ils m'offrent une opportunité, je n'hésiterai pas un instant. S'ils ne m'en offrent pas, je ne ferai rien, je les ignorerai. Tout simplement. "Et toi, comment ça va les études ? - Catastrophique ! J'ai raté mon année dernière, j'ai eu des rattrapages en septembre, et je viens juste d'avoir les résultats, ils sont négatifs. Il faut que je refasse quasiment tous les cours, à part la littérature, parce que je suis douée dans cette matière." Bonne idée, rajouter des détails, ça fera plus vrai. Et s'ils viennent à en parler avec mes parents, qui les détromperont, je sais déjà ce que je leur répondrai s'ils me confrontent. D'une voix ferme : "C'est une question que vous auriez dû me poser depuis quatre mois, quand on s'est vus à l'anniversaire de Q. par exemple. Il y a une date de péremption à mon intérêt pour votre intérêt pour moi."
    La première pensée qui m'est venue à l'esprit quand j'ai appris qu'on fêterait mon anniversaire chez ma sœur, a été d'être soulagée, parce que comme ça je n'aurai pas à me prendre la tête à répondre aux coups de fil de la famille. Presque aucun d'eux ne savait que j'étais chez Mélanie, mamie exceptée, et c'était tant mieux. Une corvée en moins, je déteste me forcer à sourire en hochant poliment la tête, pendant qu'on me parle d'un truc qui ne m'intéresse absolument pas. Je ne veux pas dire par là que mon anniversaire ne m'intéresse pas, mais que les gens prennent comme prétexte ces évènements pour prendre des nouvelles. Et que, s'ils ne les prennent pas les autres jours, ce n'est pas parce que c'est ma date-anniversaire que je dois faire un effort pour eux. Normalement, ce genre de jours, ce serait plutôt le contraire.
    Sur toutes mes copines, que j'appelle à juste titre mes copines, et non mes "amies", parce qu'on s'est vues de temps en temps en dehors de la fac (donc ce ne sont pas non plus "que" des camarades de classe), aucune n'a pensé à me souhaiter un bon anniversaire -excepté Margot, mais ça c'est parce que c'est une vraie amie. Les filles de la fac sont le genre de filles à passer leurs journées sur l'ordinateur, à ouvrir leur page facebook dès leur réveil. Me trompé-je, ou il y a bien les dates d'anniversaires sur les profils de leurs connaissances virtuelles ? Comment des filles passant leurs journées sur internet, avec leur ordinateur ou leur téléphone portable, peuvent-elles laisser passer ce genre d'évènements ? Je suis vexée, malgré le fait que je comprenne tout le ridicule de la situation (je m'intéresse à elles parce qu'elles ne se sont pas intéressées à moi, remarquez le paradoxe!), et que je me sente puérile au plus haut point. D'autant plus que Florine-la-gothique m'a envoyé un texto le DIX SEPTEMBRE pour me proposer de nous retrouver dans Paris avec une autre de nos connaissances de la fac. Merde, quoi. Elle me l'aurait envoyé le HUIT, je lui aurais répondu. Maintenant, je suis tellement vexée, que je laisse les choses trainer en longueur. J'ai répondu, au bout de quelques jours, que je ne serais pas disponible avant la rentrée, et qu'alors j'aurai pas mal de trucs de prévu. Une date d'anniversaire, même si on s'en fiche au final et que ça ne veut pas dire grand chose concrètement, c'est une chose dont des copines devraient se souvenir. Je ne suis pas sûre de leur avoir souhaité le leur, ou bien toujours en retard, parce que je n'aime pas aller sur facebook. Je les boude un peu, mais ça me passera. On se croisera dans les couloirs de la fac, on se prendra de nos nouvelles, et ce sera oublié, elles n'en méritent pas plus.
    Idem pour So. Ce crétin ne m'a rien envoyé non plus. C'est stupide, mais dans mon esprit je lui laissais jusqu'à mon anniversaire pour se manifester de nouveau. Pour me souhaiter un joyeux anniversaire, je me suis dit que ce serait une bonne occasion pour renouer contact. Que s'il m'envoyait un texto, je l'appellerais plutôt que de lui en renvoyer un, afin de recommencer sur de bonnes bases et de l'empêcher de se cacher à nouveau derrière un écran. Je lui aurais dit que j'étais contente, parce que j'avais fait tomber mon téléphone dans l'eau en vacances, que j'avais pu retirer la puce, mais que je n'avais plus son numéro de téléphone. Et j'aurais fait en sorte qu'on se voie plus, parce que la situation comme elle était alors ne me convenait plus du tout, et que je voulais l'obliger à ne plus pouvoir se retrancher derrière son travail, ou ses textos. Bien sûr, je parle dans le vide. Il ne m'a rien envoyé, et pourtant je l'ai attendu, son message! Mais ce n'est pas bien d'idéaliser, ou même d'espérer, parce que quand nos espérances ne se concrétisent pas, on est doublement déçu : d'abord contre l'autre, parce qu'on s'imaginait pouvoir agir différemment de la dernière fois; ensuite, contre soi, d'avoir pu imaginer ne serait-ce qu'un instant que les choses auraient pu changer. Maintenant, je me sens stupide. Je le suis d'autant plus que, sur mon nouveau téléphone portable, je n'arrive pas à le supprimer de mes contacts. Et ça n'a pas été faute d'essayer. Plusieurs fois.
    Je ne suis pas une fille hyper sociable, mais je n'ai jamais rien fait non plus pour qu'on ait une raison de me rejeter. Je suis juste un peu timide, j'ai juste un peu peur de déranger les autres. Je n'irai pas jusqu'à dire que je suis une mal aimée. Je dis simplement que c'est dans ce genre de moments, quand des copains ne pensent pas à prendre de nos nouvelles pour des occasions spéciales dans le genre d'un anniversaire, qu'on peut se rendre compte à quel point on est mal entouré. A quel point il faut revoir sa vision d'ensemble, et ne pas compter inutilement sur ce genre de personnes. C’est dans ces moments-là qu’on découvre les véritables personnes, qui s’intéressent véritablement à nous. Pour ma part, il n’y en a pas beaucoup. À part les membres de ma famille proche, seule Margot y a pensé. Je l’appréciais déjà beaucoup auparavant, et cet acte ne fait que la rehausser à mes yeux, même si je sais pertinemment qu’il ne faut pas juger plusieurs personnes en fonction de ce que certains n’ont pas fait. Parce que elle, elle l’a fait.

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Adena H.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Dim 18 Nov - 13:08


      23/09/12, 15:29

    Etat d'esprit.

    C'est une sensation fort étrange que de se retrouver dans mon état d'esprit actuel. Cette année, où j'ai finalement opté pour un "redoublement-consentant-malgré-le-fait-que-j'aie-déjà-ma-licence", est particulière à bien des niveaux. Tout d'abord, contrairement à mes trois précédentes années obligatoires, je dois faire un effort, dixit ma mère, pour avoir des résultats plus que corrects. Ma mère ne semble pas avoir compris que je n'ai choisi cette option que pour reculer l'inévitable moment de choisir si je veux continuer mes études en Master, ou si je veux me retrouver sur le marché du travail -ce qui, dans tous les cas, signifie pour moi : grandir. Ensuite, c'est également une année particulière parce qu'elle ne sera pas uniquement consacrée aux études, il est prévu (je ne sais pas encore quand) que je m'implique autant dans mes 10 heures de cours que dans une ou plusieurs activités extrascolaires (je ne sais pas encore quoi, mais j'avoue avoir une légère préférence pour une activité rémunérée si j'en trouve une). Je prendrai tout ce que je pourrai prendre. Enfin, contrairement à l'année dernière où je me souviens très bien n'en avoir rien eu à faire de la rentrée pédagogique, j'ai cette fois-ci tenté de mettre tous les atouts dans ma poche. Certes, je n'ai pas assisté à la réunion de prérentrée, mais elle était superflue puisque destinée à présenter aux étudiants de 3ème année les cours auxquels j'ai assisté (et fait validé) l'année dernière, et que toutes les informations nécessaires étaient affichées sur internet. De plus, pour partir d'un bon pied, quatre jours avant mon inscription pédagogique (il faut que je crée moi-même mon emploi du temps, que je le compose en fonction des horaires des TD et CM auxquels je veux assister) j'étais sur le pied de guerre, le téléphone fixe à la main. J'ai quasiment harcelé l'UFR d'Italien et de Roumain parce que je ne trouvais pas les informations censées être ajoutées dès le lundi sur la page de leur UFR. Comme il y avait deux numéros, je les ai appelés à tour de rôle. Et malgré ça, j'arrive malgré tout à, un demi-jour avant ma rentrée dans l'UFR d'Italien et de Roumain, ne pas connaître mon emploi du temps complet.
    Il n'y a en réalité que très peu d'informations sur le parcours FLE (Français Langue Etrangère), car il faut aller les chercher dans les UFR de langues (italien, russe, néerlandais, allemand) et qu'elles diffèrent en fonction de ces différents UFR. Ayant choisi l'italien, je cherche les horaires, je tombe sur l'emploi du temps confectionné, toutes années confondues. Super, sauf que cet emploi du temps n'a pas de légende. Je crois comprendre quelque chose en éliminant tous les L1, L3, et en ne gardant que les L5 (c'est-à-dire : 1er semestre de 3ème année), mais sur tous les cours qui restent alors, certains ne correspondent pas à ce que j'ai choisi, d'autres (que je croyais tous obligatoires) finissent par se révéler n'être que des groupes de TD qu'on peut choisir (et sinon, il ne vous est pas venu à l'esprit de rajouter en dessous qu'il s'agissait de TD, ou bien de marquer le numéro du groupe ? tss). Donc pour l'instant, je n'ai que 3 heures d'italien sûres, sur les 6 auxquelles je suis censée participer. Le problème étant que, comme je ne sais pas où se trouvent ces 3 dernières heures de cours, je ne suis même pas sûre de pouvoir laisser à sa place actuelle mon TD de l'UFR de Langue Française. En gros, c'est le bazar.
    Enfin... Ce n'est pas non plus le bazar absolu, parce qu'en tant que vétéran de ma fac je sais bien qu'on peut changer de TD en cours de semestre, et que personne n'en a jamais fait un drame. Mais franchement, si, au moins, ils avaient donné toutes les informations dès le début, ça aurait été fait une bonne fois pour toutes, et basta. Alors que là, j'ai été obligée de me casser la tête pendant quasiment une semaine, pour qu'au final la secrétaire de l'UFR d'Italien ne me réplique qu'elle ne pouvait pas me donner d'autres informations sur mon cursus scolaire, et qu'il faudrait que j'attende lundi (demain) pour poser directement la question à ma nouvelle professeur. Je n'ai jamais eu aucun problème lors de mes inscriptions précédentes, et il suffit que je m'implique un minimum pour que plein de trucs administratifs me tombent dessus. C'est assez ironique, je trouve. C'est d'autant plus ironique qu'il faut que j'aille m'inscrire pédagogiquement à l'UFR d'Italien lundi à partir de midi, parce qu'aucune date d'IP n'avait été donnée sur le site de la fac, et qu'il me manque un document (qui n'est pas à jour) pour valider mon inscription administrative. Ce document n'est pas compliqué à trouver en soi, c'est la carte européenne d'assurance maladie (CEAM). Ca le devient largement plus à partir du moment où, après un mail de relance à ma mutuelle étudiante (impossible de les contacter par téléphone, ces crétins ne mettent pas leurs interlocuteurs en attente, ils leur demandent juste de rappeler "ultérieurement", c'est-à-dire : pile au moment où un adhérent raccroche. Ca me fait combien de chance de tomber sur eux, à votre avis ?) et deux semaines d'attente, je n'ai toujours aucune réponse. J'ai lu récemment un article sur les mutuelles étudiantes dans Le Monde, où le journaliste expliquait en gros qu'elles ne cherchaient à faire que du profit, et qu'il fallait parfois attendre trois mois pour qu'un adhérent reçoive ne serait-ce que sa carte vitale (donc que, pendant trois mois, il ne pouvait pas avoir accès aux prestations de sa mutuelle étudiante). J'espère que je n'attendrai pas trois mois, d'autant plus qu'il n'y en a que deux par région, et que l'une est aussi mauvaise que l'autre. Les étudiants ont donc le choix entre la peste et le choléra. Encore, ça irait si je pouvais avoir accès à la scolarité étudiante, afin de leur expliquer mon cas et voir comment on peut l'arranger : mais quand j'appelle, impossible de tomber sur eux puisqu'ils ne décrochent pas et que leur messagerie est pleine (tout en sachant qu'il n'y a même pas de message vocal annonçant leurs jours et horaires d'ouverture), et hors de question d'y aller physiquement en ce tout début d'année puisque je serais obligée de faire la queue pendant des heures et des heures (quoi que, de toutes façons, il va bien falloir me décider un jour ou l'autre, il n'y a pas trop d'autre solution pour le coup).
    Enfin bref, pour le moment c'est la galère, et je ne serai rassurée qu'à partir de lundi après-midi, quand j'aurai enfin mon emploi du temps complet, et quand je serai enfin inscrite officiellement dans mes deux UFR de référence. Ce sera tout du moins un poids en moins. Ce ne sera qu'à partir de là que je saurai quand placer mes éventuelles activités, parce que ce serait stupide d'aller me proposer pour faire quelque chose le mardi matin (pire : de payer pour ça!) avant de me rendre compte qu'en fait, oups, j'ai un cours de je-ne-sais-pas-quoi ce même jour à cette même heure. J'ai eu l'impression, depuis jeudi matin, d'être complètement bloquée -et je déteste ça. J'aime bien quand les choses vont rapidement, quand les personnes à qui je m'adresse sont compétentes et sont capables d'aller directement au but en me donnant l'information qui m'intéresse; ou bien, quand les choses traînent, qu'elles le soient par ma faute. Mais c'est vrai qu'en général, quand j'arrive finalement à me décider pour agir, l'idéal est d'éviter de me mettre des bâtons dans les roues (j'ai tendance à aplanir les difficultés pouvant s'élever devant moi à l'avance, tout du moins quand je le peux) afin que tout se fasse rapidement et proprement. Je déteste attendre, parce que je finis toujours par m'imaginer quelque chose qui ne se produira pas, ou par me lasser et laisser complètement en plan ce qui me donnait auparavant tellement envie.
    Cette année est spéciale, en cela que je ne pourrai plus reculer ensuite. J'avais (j'ai toujours) peur de faire un Master cette année, j'avais (j'ai toujours) peur de grandir et d'être obligée d'avoir à faire face à des responsabilités. Mais l'année prochaine 2013/2014, je ne pourrai plus me cacher derrière une nouvelle année d'études. Il faudra vraiment que je me décide à faire quelque chose censé me permettre de poser un pied dans le monde des adultes. J'ai réussi à le repousser d'une année, ouf, mais ça ne marchera plus. Pour l'instant je suis soulagée, mais je préfère éviter d'en parler pour ne pas m'angoisser inutilement. Il faudra bien sûr que j'en parle, que j'y pense et que -surtout- j'y réfléchisse sérieusement; mais comme pour toutes les choses désagréables, je préfère le remettre à plus tard. Et puis, après tout, qu'est-ce qui me gêne vraiment dans cette fichue idée de grandir ? Je ne supporte pas d'avoir des responsabilités, bien sûr, mais ce n'est pas pour autant que je n'en ai jamais eu et que je n'ai jamais été capable de m'en sortir. J'ai déjà gardé des enfants, dont mon neveu -ce qui n'est pas rien. J'ai déjà voyagé, seule ou accompagnée par ma famille ou par ma classe, et pourtant j'ai l'impression, dans tout ce qui fait ce que je suis, que je serais complètement incapable de le refaire. Ce qui est stupide. Pourquoi ne pas réussir à faire exactement la même chose que la dernière fois ? Ca n'a pas de logique, vraiment !

    Ma mère se cache. Presque constamment. Je crois me l'avoir déjà dit, elle est facilement intimidée face aux situations qui sortent de son ordinaire, et qui ne correspondent pas aux habitudes qu'elle a prises depuis qu'elle a commencé à travailler et qu'elle est devenue mère. Lorsqu'elle va au cinéma (un peu moins maintenant qu'elle a pris le pli, beaucoup au début), ou même au musée d'Orsay où nous avons été ensemble la dernière fois, on dirait une petite fille à la fois apeurée et ravie de chambouler son monde. Pour elle, comme pour moi, sortir des charnières tracées et rassurantes procure une légère euphorie, comme si on était capable d'accomplir de grandes choses, et ceci même si on ne fait qu'aller acheter le pain dans une autre boulangerie que celle où on a l'habitude d'aller. C'est exaltant.
    Elle achète des vêtements trop larges et trop grands pour elle, comme si elle avait besoin de se cacher à l'intérieur pour qu'on ne la voie pas trop, elle se gare au milieu d'autres voitures alors que les places de parking situées juste devant le magasin sont libres. Dans ces cas-là, j'ai autant envie de la secouer que de pleurer. Ma mère, mon modèle.
    Pendant de longues années la mode ne m'a absolument pas intéressé (et même maintenant, pour une toute autre raison : il est très dur pour moi de trouver des vêtements à ma taille). C'était ma mère qui m'achetait mes vêtements, et elle les achetait comme si elle les achetait pour elle; si bien que je flottais dans mes pulls. Encore maintenant, j'ai énormément de vêtements qui ne sont pas à ma taille, à commencer par mon manteau qui me fait une silhouette d'homme. Pour sa décharge, j'étais avec ma sœur lorsque j'ai acheté ce manteau, avoir choisi une mauvaise coupe est donc totalement ma faute et je n'ai rien à reprocher à ma mère sur ce coup-là.
    Contrairement à ce qu'on pourrait penser en lisant ou relisant mes entrées, ma mère n'a pas que des défauts. Ah ah. Elle en a parce que je les vois, et parce que je peux mieux me juger en la jugeant elle. Tout cela pour en venir à ce point : je me cache. Je refuse de prendre des responsabilités, je m'habille régulièrement de couleurs sombres afin de ne pas attirer trop le regard sur moi, je ne me maquille pas, ma coupe de cheveux est fade et sans intérêt, comme ce que je dis dans les discussions où je dois prendre part. Je me demande si ce ne serait pas un réflexe de défense. Si je ne me fais pas remarquer, je ne me fais pas manger, selon la dure loi de la jungle. Au contraire, je peux alors faire mon petit trou, m'entériner dans mes habitudes comme si j'étais une petite vieille de cent dix ans, et faire ce que je veux de ma vie, quand je le veux. L'idéal serait, bien sûr, que je le fasse tout en sachant que je suis tout à fait apte à me mettre en avant s'il le faut, mais ce n'est malheureusement pas le cas. Et revoilà à nouveau mon complexe d'infériorité qui repointe le petit bout de son nez. Il faudrait pouvoir choisir ses parents, afin de choisir comment on deviendra plus tard, quand on sera adulte.
    Peut-être que ce qui m'embête, en fait, c'est de ne pas avoir l'impression d'être une adulte, mais de comprendre qu'on me demande de faire des choses d'adulte. Un adulte du point de vue physique, est apte à travailler et à s'intégrer dans la société à laquelle il appartient. Mais cela ne veut pas pour autant dire qu'il est adulte dans sa tête. De toutes manières, qui peut vraiment se targuer d'être un adulte ? Au final, on peut tout ramener (querelles, amour, etc.) au niveau du bac à sable. Sauf que les adultes peuvent faire des choix sans qu'ils soient administrativement remis en question par leurs tuteurs ou géniteurs. Ce qui me fait le plus peur, dans un sens, c'est que les adultes sont cyniques, trompeurs, manipulateurs, idéalistes, égoïstes; en un mot : humains. Qu'ils façonnent le monde, leur société, à leur image. Je ne me voile pas la face, les enfants aussi ont autant de qualités et de défauts, que je semblais imputer uniquement aux adultes. Sauf que les enfants se laissent diriger par ces mêmes adultes, ils n'ont pas leur voix au chapitre. Etre adulte, ça veut dire : accepter de vivre dans un monde (généralement mal) dirigé par des adultes, justement parce qu'on accepte d'y pénétrer sans se poser de questions. Parce que ça semble normal. Et vu ma vision on-ne-peut plus pessimiste de l'être humain (et donc des sociétés qu'il dirige, puisqu'il pose sa grosse patte dessus), je ne suis absolument pas sûre d'être tout à fait prête d'accepter l'idée d'y pénétrer, de me mêler à la masse gluante et grouillante qui a perdu son humanité en acceptant d'obéir à des règles et à des lois soi-disant destinées à les civiliser.
    Ma sensation fort étrange n’est en réalité que l’amalgame de toutes ces pensées. C’est de me dire que cette année sera déterminante pour mon futur, tout en essayant de minimiser les choses afin de ne pas me faire fuir dès le commencement de la rentrée scolaire. C’est de me rendre compte qu’il faut que je commence à faire des concessions si je veux à mon tour devenir une adulte (mais en ai-je vraiment envie ? n’y a-t-il pas une autre possibilité ? pourquoi suivre, après tout, le chemin préparé par des milliards de milliards d’autres, s’il ne semble pas vraiment me convenir au moment où je dois me décider à poser, oui ou non, le pied dessus ?) C’est également un sentiment de nostalgie, de tout le temps que je perds régulièrement alors que je pourrais faire tant de choses intéressantes ; c’est également un sentiment de regret, parce que grandir implique de laisser certaines choses derrière soi, dont on n’a pas forcément très envie de se séparer. Parce qu’on est censé entrer dans un monde avec de nouveaux codes et de nouvelles règles, de nouvelles rues et avenues. Je ne suis pas sûre de pouvoir accepter aussi facilement de grandir, d’autant plus qu’il n’y a aucune règle ou obligation administrative nous forçant à agir comme des adultes à partir d’une certaine date. Ca, c’est ce que tout le monde pense, parce que leurs prédécesseurs ont choisi ce chemin sans se poser de questions, presque machinalement, peut-être même parce qu’ils ne voyaient pas d’autres possibilités. Je refuse de faire comme tout le monde simplement parce que c’est ce qu’on nous dit de faire, parce que c’est ce qu’il faut faire. Je ne sais pas de quoi l’avenir sera fait, mais je refuse catégoriquement de devenir adulte simplement parce que les autres le sont devenus, et parce qu’il faut le devenir. Pour moi, ça ne marchera pas comme ça. Crotte alors !

    fin à 16:57

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Adena H.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Dim 18 Nov - 13:09


      26/09/12, 5:25

    Urgences.

    Ça ne servait franchement à rien de passer toute la journée d’hier aux urgences pour qu'ils ne trouvent rien, pour que ma mère appelle finalement la clinique pour qu'ils viennent récupérer mon père en urgence à 5 heures du matin, après qu'il se soit de nouveau senti mal dans la nuit.
    Coups de stress devant le médecin et à la pharmacie. Bien sûr, là bas tout le monde a fait comme si de rien n'était pendant que j’étais en train de pleurer. Ils avaient peut-être peur que je leur pique leur place dans la queue s’ils faisaient remarquer que je me sentais hyper mal. Après, j'ai préféré craquer devant eux que devant mon père. À la sortie de la pharmacie, j'ai couru jusqu'à la maison. Ça m’a fait du bien, et ça m’a permis de me ressaisir et de garder la tête froide pour donner ses médicaments à mon père. J'ai joué les gardes malades, sauf que ce n'était pas un jeu.
    La journée avait pourtant bien commencé. Je m’étais levée et préparée à 7h du matin afin d'être prête pour aller au Restaurant du Cœur. Là-bas, ils m’ont dit de revenir la semaine prochaine, mardi prochain plus exactement, parce que là ils n’avaient pas de formulaire à me faire remplir, au cas où il m’arriverait un pépin dans leurs locaux. Mais ce n'est pas trop grave parce que vu tout le temps de libre que j’aurai cette année, premier et deuxième semestres confondus, faire un ou deux trajets pour rien, pour au final faire pendant au moins 3 mois une chose pour laquelle je sens que je pourrais me rendre vraiment utile, me paraît proportionnellement négligeable. À l’allée j'ai rencontré Jérôme qui allait chercher de l’argent à sa banque, il n'a fait que parler de lui. Si en général je trouve ça assez malpoli, ça m’a alors beaucoup arrangé parce que je ne suis pas du matin et n’ai donc pas eu à faire la conversation : il se débrouillait très bien tout seul.
    Ma sœur m'a un peu vexé quand j’étais aux urgences de la clinique. Elle m’a demandé si moi, j’étais en cours. C'est peut-être pour ça que quand je suis rentrée à la maison je n’ai pas trop eu envie de lui dire bonjour. Ça, ou bien le fait qu’elle m'a ouvert la porte (je n’avais pas pris mes clés en partant, je pensais ne pas en avoir besoin) avant de retourner s’asseoir devant l’ordinateur, le téléphone à la main. Après, je veux bien que ma sœur vienne passer du temps chez nous, d'autant plus qu’avec les travaux chez eux Yannis n’aurait pu qu’être indisposé par le bruit et la poussière. Mais maintenant, j'ai l’impression que ce n'est plus pareil. Avant, elle n'avait pas vraiment de maison "à elle", alors c'était normal qu'elle se sente comme chez elle "chez nous". Mais maintenant que leur acquisition prend de plus en plus forme, qu'ils y habitent depuis de plus en plus d’années, qu’ils y vivent à présent à trois avec leur enfant, c'est vrai que j’aurais préféré que ma sœur raccroche le combiné, même temporairement, et vienne me dire bonsoir et demander des nouvelles de notre père. Ça aurait été le minimum je crois, surtout que pour moi aussi ça a été une longue journée, et que plus je suis fatiguée moins j'ai de tolérance envers les autres et envers ce qu'ils auraient du faire d'un point moral. Au téléphone c'était mamie, ça m’a un peu agacé sur le coup c'est vrai, mais que très légèrement, après tout c'est quoi cette manie de se mêler de tout ! Elle ne peut pas attendre qu'on lui donne des nouvelles, plutôt que de nous harceler tant que quelqu’un n'a pas répondu à ses coups de fil ? Si je ne décroche pas, elle appelle maman, si maman ne décroche pas, elle appelle notre fixe, si on ne décroche pas sur le fixe, elle appelle Mélanie. Mais après, je connais ma grand-mère, je sais bien qu’elle ne peut pas s’empêcher de s’angoisser (et, accessoirement, angoisser les autres par la même occasion) tant qu’elle n'a pas eu de nouvelles informations. Alors, je crois que c'est surtout le fait qu’elle ait fini par joindre ma sœur, la personne la plus étrangère de ma famille proche, à tous ces événements, qui m’a le plus irrité. Mais là encore, je savais que ce serait le cours naturel des choses, puisque ni ma mère ni moi n’avons répondu à ses appels. C'est une chose à laquelle j'ai pensé dès la première fois : que, même si Mélanie était personnellement impliquée dans la maladie de mon père, elle ne pouvait pas l’être autant que nous. Parce que nous, c'est-à-dire ma mère et moi, nous prenions directement le contrecoup des événements. Mon père était transporté d’urgence à l’hôpital ? PAF ! Il allait à la clinique pour qu’on lui explique les résultats de ses examens ? PAF ! Et ma sœur, qui appelait pour prendre des nouvelles ou venait passer le week-end avec nous ? PAF-avec-13h de retard, et donc éventuellement l’angoisse en moins puisqu’à ce moment là on avait déjà eu de nouvelles informations, des résultats scientifiques. Le pire est de rester dans l’attente, en suspens. Ma sœur, tant mieux pour elle même si j’avoue que j’en suis un peu jalouse, se prend le contrecoup du contrecoup depuis qu’elle a quitté la maison. Ça ne veut pas pour autant dire que ça ne fait pas un mal de chien de se le prendre, ce foutu coup. Ça veut seulement dire que ça fait moins mal de le prendre après que d'autres personnes aient encaissé une partie du premier choc.
    C'était vraiment super comme journée, parce qu’avant que j’aille chez le docteur j'ai pu finir de regarder le tout dernier épisode de la saison 2 de ma série TV préférée du moment, et j'ai profité du piston d'une de mes copines de la fac pour envoyer mon CV. Elle m'a dit que là où elle travaillait, ils allaient bientôt embaucher, alors je me suis dit que ça pouvait valoir le coup de leur envoyer un mail avec aussi mes disponibilités. Normalement, ça, c'est un truc que je demande à mon père, mais ce matin, il n’arrivait même pas à marcher tant la douleur lui faisait mal au ventre. Je crois que je ne me suis pas trop mal débrouillée, enfin j’espère. Dans tous les cas ça valait le coup de profiter de l’occasion pour tenter ma chance surtout que, comme je me connais j’aurais fini par laisser tomber l’affaire si je l’avais laissée trainer en longueur.
    Finalement, j'ai eu du pot qu’Amandine me parle de ça dans la matinée, j'ai envoyé mon CV 5 mins avant d’aller à mon rendez-vous chez le docteur pour faire renouveler mes médicaments, et tout s'est enchaîné à partir de là : aller à la pharmacie, pleurer pendant que je faisais la queue, courir jusqu'à chez moi comme une dératée, donner ses médicaments à mon père, attendre que ma mère revienne du travail, aller à la clinique en voiture, attendre sur les bancs tout pourris des urgences que mon père soit appelé, attendre sur les bancs tout pourris des urgences pendant que mon père attendait pendant 40 mins le médecin tout seul dans un bloc, l’accompagner à la radiologie, acheter une barre céréale pour ma mère et rien pour mon père car il n’avait pas faim malgré le fait qu’il ait pris son dernier repas hier midi (il était alors 19heures) -ce qui, comme chacun le sait, est tout à fait normal-, attendre encore avec eux que le chirurgien vienne commenter les radios de mon père, rentrer en RER avec la carte de ma mère, arriver chez moi toute seule à 20 heures alors que nous étions partis à trois à 15heures, attendre leur retour sans rien faire pendant une heure, manger un hot dog, me faire réveiller à 5heures du matin par des bruits inhabituels en bas, dormir avec ma mère pour la rassurer.


    fin à 6:32
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Dim 18 Nov - 13:10


      26/09/12, 16:32

    Mémoire.

    Actuellement, clairement, je suis incapable de gérer ma colère. J'ai toute cette boule en moi, qui ne demande à sortir qu'à la première occasion. Et les occasions, en ce moment, ce n’est pas ça qui manque. Dès que quelqu'un fait quelque chose qui me déplait, je me sens offensée. Dès que quelqu'un ne pense pas à moi alors que j'aurais aimé qu'il le fasse, je me sens offensée. J'ai envie de sortir les griffes, mais surtout de mordre. De mettre des coups de pied au derrière de ces imbéciles. Et surtout, je suis en colère contre moi-même, moins que contre les autres cependant, pour être incapable de me détacher de toutes ces histoires.
    Récemment, j'ai appris que la première fois, mes deux tantes (petites sœurs de mon père) n'étaient venues que très tard le voir à l'hôpital. Qu'elles n'étaient venues que de longues semaines après que ma mère les ait contactés par téléphone pour leur dire que leur frère allait peut-être mourir. Mais après tout, hein, c'pas comme si c'était hyper important ! Quelles garces, quand j'y pense. Et j'y pense trop, à mon grand damne. Et la moins jeune sœur, qui ne vient que parce que ma sœur à moi (elle est géniale) l'appelle au téléphone pour lui dire que ça ferait sans doute plaisir à mon père de le voir, et qui répond : "Ah bon ?" Et moi, comme une couillonne, je ne savais pas. C'était il y a 4 ou 5 ans, et pendant tout ce temps j'ai eu l'impression de me faire pigeonner par elles. Je crois que c'est ça le pire. Si j'avais continué à ne pas savoir, ça ne m'aurait peut-être rien fait. Mais là, j'ai l'impression de m'être fait flouer. Pendant ces 4 à 5 ans, moi, je faisais un effort pour parler de tout et de rien avec elles, pour quémander ma part d'attention. Je croyais en avoir besoin, et je le crois toujours. Mais quand ma mère m'a raconté ça, justement parce qu'elle faisait une comparaison avec cette fois-ci où ma tante Laure-Anne a pris le temps de venir voir mon père à l'hôpital, j'ai eu envie de vomir. Elles me dégoûtent. Alors après, d'accord, je sais que tout n'est pas noir ou blanc dans la vie. Je sais aussi qu'elles ont leur vie, qu'elles peuvent bien ne pas être disponibles tous les week-ends pour aller jusqu'à chez nous. Mais quelle personne sensée n'irait pas voir son frère sur le point de mourir ? Elles ne se sont même pas déplacées. En gros, ça veut dire qu'elles n'en avaient rien à faire. Et le problème avec moi, c'est que j'ai justement tendance à vouloir tout ou rien. A voir le verre complètement rempli, ou complètement vide. Pour certains points, comme la famille, il y a des choses, des actions, des inactions, que je ne peux pas tolérer. Bien sûr, mon père ne découvrira jamais la vérité. Mais je jure que si j'avais mes tantes sous la main, elles passeraient un sale quart d'heure. Ou peut-être une sale heure, vu tout ce que j'ai sur le cœur. Il n'y a qu'une heure de trajet de chez eux à chez nous, c'est bien connu qu'elles mettent le même temps de trajet pour venir que si elles venaient du sud de l'Espagne, soit une journée entière. EURK.
    Quand je pense... franchement, quand je pense que j'avais envie de m'intéresser à elles ! Quand je pense que j'ai écouté tranquillement, et avec politesse, et avec un sourire feint amusé, et avec patience, tout ce qu'elles me racontaient ou racontaient aux autres. Sérieusement, je fais un rejet de famille. C'est fou à quel point une pensée peut évoluer. Il n'y a même pas un an, j'étais persuadée que la chose la plus solide au monde était la famille, qu'on pouvait compter sur ses membres, peut être pas à la vie à la mort, mais quand même un minimum.Et pourtant, il a suffi d'un nouveau problème de santé chez mon père pour que j'ouvre enfin les yeux. Que je me rende compte, qu'on me raconte ce que j'ai volontairement oublié d'il y a 4 ou 5 ans. Je suis en colère. Je voulais tellement faire des efforts ! Je voulais qu'on me remarque, quitte à attirer un peu trop l'attention sur moi ! Maintenant, je ne peux que faire une grimace de dégoût en pensant à elles et aux moments que nous allons bientôt passer ensemble. Quand tout va bien tout le monde est super, est gentil, est amusant. Mais c'est dans les situations difficiles qu'on se rend compte qu'en réalité, on ne peut compter sur aucun d'entre eux. Certains sont plus gentils que d'autres, mais chat échaudé craint l'eau froide, et actuellement, j'ai plutôt envie de faire en sorte de me détacher complètement de tous les membres de ma famille paternelle, plutôt qu'on me rebalance de l'eau dessus à la prochaine occasion.

    Je suis désillusionnée.

    En plus, au début, je ne comprenais pas. Ma mère expliquait à ma sœur qu'elle refusait d'entrer dans le jeu de "j'appelle tous les soirs pour donner des nouvelles de mon mari mourant." Sauf que je l'ai vu, avant-hier soir, passer une heure trente au téléphone avec sa sœur aînée. Et après, j'ai compris. Ca ne la dérange pas de donner des nouvelles aux autres. Ce qui la dérange, c'est d'entrer dans le jeu des sœurs de mon père. Parce qu'elle a vu comment ça s'était passé la dernière fois : elle les appelait quasiment tous les soirs pour leur raconter, et elles ne sont pas venues (une fois, seulement, et dans le cas de sa sœur Murielle je compte ça pour du beurre, parce que pour que ça compte justement, il faut qu'il y ait l'intention au début; or c'est ma sœur qui le lui a demandé). Maintenant, qu'elles se débrouillent. Merde ! Si elles veulent de ses nouvelles, qu'elles aillent le voir. Ou bien qu'elles téléphonent ou envoient un mail. Putain, elles sont vraiment pas douées. Quand je pense que je pensais qu'il fallait que je les aime même si elles ne faisaient pas très attention à moi, simplement parce qu'elles faisaient parties de ma famille...
    En parlant de mail, Murielle en a envoyé un sur l'ordinateur de la maison. C'est Mélanie qui nous a prévenues, parce que nous, on ne l'allume jamais vu qu'il plante constamment et qu'il faut parfois le rallumer deux à trois fois avant qu'il arrête de se bloquer. Par curiosité, cependant, je l'ai allumé. Je voulais savoir ce qu'elle nous avait écrit. La garce nous explique donc que sa sœur Laure-Anne lui a expliqué l'état de mon père, et qu'elle est de tout cœur avec nous. Qu'est-ce qu'on s'en fout ! Des mots, des mots. Des mots écrits, surtout. Ca m'a mis dans une rage folle. Autant je peux (éventuellement, ça dépend des périodes -pas du tout en ce moment) laisser passer quelques insolences pour moi (comme le fait que je sois invisible à leur yeux), autant je refuse qu'elle manque de respect à ma mère. Quoi, ma mère prend la peine de la prévenir de vive voix (elle n'a eu que son répondeur, les autres informations sont arrivées entretemps par son autre sœur) par rapport à son frère, et la seule chose qu'elle trouve à faire, l’autre, c'est de nous envoyer un pitoyable mail ? Ce n'est pas normal. Bien sûr, on ne pouvait pas s'attendre à mieux de sa part, vu son comportement précédent, mais il y a des choses à ne pas faire entre membres d'une même famille. Ou bien c'est qu'elle ne nous considère pas comme des membres de sa famille, et dans ce cas il ne vaut même plus la peine d'avoir de contacts quelconques avec eux. Je lui ai répondu sèchement en la remerciant de la peine et du temps qu'elle a pris à écrire ce message (au moins une heure vu les phrases bateau qu'elle alignait les unes à la suite des autres), parce que comme tout le monde le sait un mail est bien moins impersonnel qu'un appel (c'est de l'ironie, pas sûre qu'elle ait compris). Je lui ai ensuite communiqué une nouvelle adresse mail où elle aurait plus de chances de nous joindre, où on serait sûres de lire ses nouveaux messages. Enfin, j'ai terminé mon petit texte en lui annonçant que si elle avait éventuellement des réclamations, elle n'avait qu'à demander à son mari le numéro de téléphone que je lui avais donné le soir de l'anniversaire de Q. Il me l'avait demandé, en échange du sien (il devait m'envoyer un SMS), ce qu'il n'a toujours pas fait. Je ne me faisais pas d'illusions, je me doutais bien qu'il ne m'en enverrait jamais après, mais quand on dit qu'on va le faire, il faut le faire. Je ne supporte pas les personnes qui disent qu'elles vont faire quelque chose, qu'elles ne font finalement pas. Même si ça n'aurait pas changé nos rapports, ça aurait au moins été correct. Et, à la fin, j'ai signé mon prénom avec la lettre que ce même oncle avait rajouté la dernière fois, quand il s'était trompé dans l'écriture de mon prénom. Je l'ai souligné, mis en gras et en italique. Et pourtant, je ne suis même pas sûre qu'ils vont y comprendre quelque chose, parce que je suis tellement insignifiante à leurs yeux qu'ils doivent déjà avoir oublié que l'on s'est parlés la dernière fois que l'on s'est vus tous ensembles. Quoi que remarque, Phill et elle, je commençais déjà à m'en détacher pas mal à ce moment-là, d'autant plus que même s'il ne parle pas trop il reste assez gentil, donc le fait qu'il se soit trompé m'importe guère. Tout comme le fait qu'il ne m'ait pas envoyé de SMS pour que j'aie son numéro de téléphone. A vrai dire, je crois que c'était plus un prétexte pour leur envoyer une pique qu'ils auraient pu comprendre, que par réel ressenti contre ces actions-là en particulier.
    Et puis, en parlant de Phill, mais c'est quoi ce foutu conjoint qui n'est même pas capable de dire à sa femme qu'il faut absolument qu'elle aille voir son frère à l'hôpital, que ce sera peut-être sa dernière chance ? Idem pour le mari de Laure-Anne. Ils étaient tous les deux au courant, comment ne pas l'être ? Et apparemment, ils se fichaient suffisamment des membres de la famille de leur épouse, avec qui ils bavardent cependant gaiement lors des réunions familiales agréables, pour les inciter à y aller. Ca me répugne. Rien que d'y repenser, mes poils se hérissent de dégoût. Je me demande ce que ça risque de donner quand je les verrai en face-à-face.
    Parce que justement, moi, mon problème actuel, c'est que je me prends une gifle avec 4 à 5 ans de retard. Apprendre ça, c'est comme si on courrait à toute allure, et qu'on percutait soudain un lampadaire qui se trouvait pile sur notre chemin, on ne sait pas pourquoi. Ca vous fait voir trente-six chandelles, et le mal de tête que vous récoltez vous donne envie de vomir. En en parlant avec ma sœur, j'ai pu constater que sa colère de l'époque s'était muée en mépris pur et simple. Mais moi, pour l'instant, je ne peux tout simplement pas réagir autrement que je le fais actuellement. Peut-être que dans cinq ans à partir de ce jour j'aurai assez de recul sur ces évènements pour ne plus leur en vouloir aussi violemment, de manière aussi virulente. Mais je continue à voir des chandelles voleter autour de ma tête, et tout mon corps fait une réaction allergique à ces comportements (j'ai l'estomac qui se crispe depuis tout à l'heure). Ce qui prouve que je n'ai clairement pas digéré l'affront fait à mon père. "Affront" n'est peut-être pas le meilleur mot qui me soit venu à l'esprit sur le moment, mais par là je veux simplement dire que quand on aime son père, et qu'on voit que ses sœurs qui sont également censées l'aimer n'agissent pas comme elles devraient le faire avec lui parce que bon, d'accord, elles sont à 1h de chez nous, elles ont leur petite vie, elles vivent leur petit train-train, quel dégoût! de se rendre compte qu'elles ne veulent pas perturber leurs stupides petites habitudes même pour une personne qu'elles n'ont aucune raison de détester. Qu'elles aiment. Ca ne se pardonne pas. Mon père ne doit surtout pas l'apprendre, nous devons garder scellée entre nous trois l'omerta. Mais comme les italiens, nous n'oublions pas. De toute façon, ce ne sont pas des choses qui s'oublient. Ma sœur me disait justement récemment qu'à chaque repas de famille, et quoi que fassent les autres membres de ma famille, elle avait toujours cette petite pensée dans un coin de sa tête, qui ne la quittait pas.
    Et à partir de là, on ne peut s'empêcher de se souvenir de toutes les petites choses qui, rétrospectivement, ne collent pas. Laure-Anne dit à Mélanie que ce sera chouette parce qu'elle viendra la voir à l'hôpital après son accouchement -elle n'est pas venue. Inutile de préciser que ma sœur lui en a voulu.
    Le soir du mariage de Céline et Mathieu, nous avons été dormir chez ma tante Laure-Anne, tandis que ma sœur et son pacsé allaient passer la nuit chez ma tante Murielle. Le soir, en partant de la fête toute pourrie qu'ils avaient organisé, la mère de la mariée nous a annoncé qu'il y avait un repas le lendemain. Sur le coup on s'est dit, super, sympa de nous avoir prévenu au dernier moment. Ca, comme tout le monde le sait, c'est typiquement le genre de choses qu'on prépare la veille pour le lendemain (ironie, pour ceux qui n'auraient pas l'habitude d'assister à des mariages, et qui ne sauraient pas quelle charge de travail ça représente de faire à manger pour une cinquantaine de personnes au minimum). Mais sur le moment, ça ne nous a rien fait, on s'est juste dit que cette collet-monté avait fait exprès de nous prévenir au dernier moment pour être sûre qu'on ne viendrait pas (parce que, pour le coup, on dormait chez Laure-Anne, et ce n'était pas très loin. Mais admettons qu'on ait décidé de rentrer chez nous-qui-est-bien-plus-loin, et qu'on ait eu envie de revenir le lendemain, ça aurait été impossible en partant de la noce à 4h du matin). Le message était suffisamment clair pour moi, et au pire nous n'avons pas perdu au change : le mariage était pourri, la fête était pourrie (à cause du DJ et du fait qu'à 20 ans ils m'aient placé à la table pour enfants, merci sympa), alors que nous avions la perspective de passer une agréable matinée ensoleillée avec ma tante, mon oncle et mon cousin Q. Quant à ma sœur, quelques villes plus loin, elle s'est réveillée, s'est préparée, a attendu. Elle voyait tout le monde se préparer pour aller au repas du lendemain du mariage, une de nos cousines lui en avait parlé en croyant qu'elle était aussi invitée. Mélanie s'est donc préparée, a suivi tout le monde quand ils sont tous sortis pour aller à leurs voitures, mais pas à un seul instant ma "tante" Murielle ne les a invités. Elle leur a dit "au revoir", et avec son fils et notre cousine par alliance ils ont été retrouver les autres invités, tandis que ma sœur et son pacsé retournaient chez eux. Ce genre de situation laisse un goût amer dans la bouche. Ca fait comme si on était rejetée, exclue. Ca fait un peu "pouilleuse", "manant", "tu ne mérites pas de côtoyer les mêmes personnes que nous". (voix snob, mains croisées en clochers : ) "Vois-tu, nous ne sommes pas du même milieu."
    J'avais un autre souvenir en tête, mais je crois que si je continue je pourrai en avoir pour des heures et des heures, et j'ai besoin de me calmer un peu pour pouvoir m'endormir facilement, et assister à mes cours avec la tête fraiche et reposée demain matin.
    Quoi qu'il en soit, j'assume complètement ce que j'ai marqué dans le mail que j'ai envoyé à Murielle. Elle n'a rien répondu pour l'instant, peut-être qu'elle n'a pas compris. Ou bien elle me boudera quand on se verra le 14, sans dire pourquoi. Ce genre de comportement me fait penser à celui d'une fille que je considérais avant comme une amie d'enfance, et qui boudait pour un "oui" et pour un "non". Le genre de fille puérile avec laquelle on ne sait pas ce qui l'a énervé, et qui ne veut pas nous le dire. A nous de deviner. Hé bien, ça se passe un peu pareil dans ma famille du côté paternel : certaines personnes finissent par bouder sans qu'on sache pourquoi, et plus on fait d'efforts pour faire passer les choses et que ça aille mieux, pire c'est. De ce côté, personne ne communique. Moi non plus, mais c'est fini. Je sais, parce que je l'ai décidé, que si j'ai quelque chose à leur dire, qui me déplaise, je ne m'embarrasserai pas pour trouver les mots qui épargneraient leur sensibilité. Si Murielle me pose des problèmes dans deux semaines, je lui répliquerai clairement qu'elle n'a pas agi correctement. Je veux bien que mon père soit malade, et que toute l'attention soit portée sur lui, forcément (ou non, vu ce qu'elles ont fait la dernière fois) puisque ce sont ses sœurs. Mais ma mère, qu'est ce qu'elle devient dans l'histoire ? Cette foutue tante n'a même pas demandé de ses nouvelles. Elle la considère seulement comme une factrice, une personne à contacter par téléphone ou par mail quand elle a besoin de nouvelles de son frère ? Elle ne peut même pas faire comme si ça l'intéressait de savoir comment se porte ma mère, ou si elle peut se rendre utile en quoi que ce soit. Non, c'est bien plus simple d'envoyer un mail groupé, au moins après avoir appuyé sur le bouton d'envoi on en est débarrassé !
    Ce qui me met aussi en rogne, c'est que ma tante Laure-Anne et son époux ont déménagé, et quasiment changé de métier tous les deux. Et qu'ils attendent d'aller retrouver mon père à l'hôpital pour en parler. Mais merde quoi, vous ne connaissez pas le téléphone ? Pourquoi attendre de se voir dans une situation pareille pour donner de leurs nouvelles ? Et qu'est-ce que ça veut dire, aussi ? Que si on n'avait pas été censés se voir pendant six mois, sans leur rapprochement géographique exceptionnel pour aller voir mon père à l'hôpital (c'était la chose à faire cette fois-ci, mais elle ne pardonne nullement la première), ils ne nous en auraient parlé que dans six mois ? C'est vraiment du grand n'importe quoi, cette famille. Mais surtout, surtout, ce qui se cache derrière cette rogne, la partie immergée de l'iceberg, c'est qu'ils aient parlé d'eux. Qu'ils aient raconté leur vie. Non, je suis désolée, on va à l'hôpital, c'est pour voir mon père, c'est pour avoir de ses nouvelles et de celles de sa femme et de ses enfants. L'impression que j'en ai, actuellement, c'est qu'ils ont constamment besoin de se mettre en avant, surtout dans les moments qui ne leur appartiennent pas. Alors, certes ça a fait du bien à mon père de voir sa plus jeune sœur, et de l'entendre raconter des nouvelles. Ca l'a distrait pour un temps de sa chambre blanche d'hôpital. Mais sincèrement, qu'est-ce qu'on s'en fout, attendez votre moment. Racontez-nous tout ça lorsque vous nous inviterez à votre crémaillère dans six mois, mais ne venez pas vous immiscer de force dans les moments qui ne vous appartiennent pas, comme si vous le méritiez. En début de journée, nous savions qu'ils venaient, j'ai donc demandé à ma mère s'ils passeraient à la maison après. Elle m'a répondu qu'elle était trop fatiguée pour les inviter. J'ai un peu insisté, parce que je ne comprenais pas ses raisons, après tout je pouvais m'occuper de la nourriture, elle n'avait pas besoin de s'occuper de grand chose. Maintenant, même si elle ne me l'a pas dit clairement, je crois avoir compris que sa lassitude venait du fait que je lui proposais d'inviter chez elle des personnes qui n'avaient fait aucun effort pour mon père, la dernière fois. Et qu'elle ne voulait pas en faire pour eux, alors qu'ils n'en avaient pas fait pour lui. C'est donnant-donnant, normal.

    Alors d'accord, j'ai quand même eu de la chance de tomber dans cette famille, il y a quelques bons côtés, quelques bonnes personnes qui contrebalancent tout cela, et c'est pour ces personnes que j'ai décidé d'aller aux réunions de famille suivantes, et franchement ça aurait pu être pire. Mais en famille, il y a des choses à ne pas faire. Il y a des choses qui ne passent pas, et ne pas se montrer aimant et respectueux envers des personnes qui nous sont particulièrement chères, comme c'est le cas aujourd'hui avec mes tantes, désolée mais ça ne passe pas. Ce n'est pas quelque chose que je considère comme "normal" et que je peux tolérer. Parce que si ma mère souhaite nous protéger, en allant la première dans la chambre de mon père en réa, pour être sûre qu'il va bien et que je peux aller le voir en toute sécurité et sans avoir de choc, il n'est pas anormal que j'agisse de la même manière à son encontre, si elle ne fait pas attention à elle. Parfois, je déteste ma mère, mais je ferais tout ce qui sera en mon pouvoir pour la protéger. 1ère étape : botter le cul de mes tantes; 2ème étape : ne pas retomber en dépression.

    MERDE ALORS !

    fin à 18:24


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Adena H.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Dim 18 Nov - 13:11


      8/10/12, 9:16

    Clairvoyance.

    Je ne sais pas si c'est parce que je me suis énervée à ce propos en en parlant avec ma mère, ou si c'est parce que je suis actuellement enrhumée que je vois les choses différemment, mais j'ai actuellement l'impression qu'il y a d'autres choses plus importantes que mes tantes. C'est-à-dire que je me suis enfin rendue compte qu'elles ne méritaient pas toute la place que je leur accordais, ni toute la colère que je déployais à leur encontre. De toutes façons, avec ma tête grosse comme un melon et mes courbatures alors que je n'ai pas fait de sport, je n'ai de colère contre personne, j'ai juste une irrépressible envie de fermer les yeux et de poser la tête sur un oreiller moelleux. Maintenant, j'ai plus tendance à essayer de comprendre ce qui m'a mis en colère, que de me mettre en colère. Je suis un peu plus réfléchie, je ne sais pas combien de temps ça continuera.
    Déjà, ma famille m'a dupée. Quand nous sommes en famille, nous ne parlons jamais des choses désagréables. Ou bien nous sommes d'accord pour critiquer tous ensemble ces choses désagréables. Nous nous voyons peu, alors d'un commun accord nous laissons de côté les situations qui nous ont peinées, les sensations qui nous ont blessées, nous nous contentons de jouir du moment présent. J'ai été baignée dans cette atmosphère depuis ma naissance, c'est pourquoi je tombe de si haut aujourd'hui. Depuis que je suis petite, on m'a présenté un monde familial merveilleux, avec des rires, des plaisanteries, de l'abondance : c'était l'univers idéal où rien ne manquait, pas même la nourriture. Cependant, ils ne m'ont pas trompé. Ou peut-être qu'ils se trompent eux-mêmes pendant ces uniques journées, et dans ce cas-là je dois plus ressentir pour eux de la pitié que de la colère. Je ne veux pas passer pour une martyr. Si j'ai continué à voir la situation de cette manière jusqu'à l'âge de vingt-et-un ans, c'est que j'avais envie de continuer d'y croire. Tout s'oppose à cette croyance, et pourtant, moi qui refuse de croire en quoi que ce soit, j'ai rejeté toute logique. C'est la raison pour laquelle, lorsque j'ai ouvert les yeux vingt-et-un ans plus tard, la chute a été extrêmement douloureuse. En réalité, notre famille n'est pas une vraie famille. Elle est composée de membres, tous reliés par les mêmes aïeux, mon grand-père et ma grand-mère paternels. Mais en réalité, ces membres ne sont rien les uns pour les autres. Ce sont des électrons libres qui font leur vie sans prendre en compte les autres électrons de leur famille, excepté lors des situations exceptionnelles (mariage, baptême, anniversaire, Noël, jour de l'an). C'est à peu près tout.
    Ma mère m'a dit que j'avais fait un mauvais calcul. Que j'aurais dû les inviter, ce que je n'ai pas fait, parce que je ne voulais pas que le jour de mon anniversaire les personnes viennent me voir et finissent par m'ignorer complètement. Je préférais le passer avec des personnes qui comptaient réellement pour moi, et même si ma mère a raison, ne pas avoir de cadeaux d'anniversaire du tout compte bien moins à mes yeux que de passer du temps avec les personnes que j'aime. Je crois que ce qu'elle voulait dire, sans bien sûr le dire comme ça, c'est de tirer le plus possible avantage des personnes qui croient qu'elles vous aiment. Ma mère ne comprend pas comment j'ai pu me berner aussi longtemps, mais l'explication est en réalité très simple : sa famille parle de tout et de rien, aucun sujet n'est réellement tabou chez eux, ils disent ce qu'ils pensent sans censure. Très tôt, sa grand-mère avait des préférences entre ses petites filles (ma mère était loin derrière sa cousine et sa sœur). Alors que oui, tout le monde a des préférences, et elles se voient en fonction des personnes vers qui vous allez pour parler, et de celles avec qui vous passez le moins de temps. Mais personne n'en parle. Officiellement, tout le monde s'aime, tout le monde il est content. Nous avons plein de tabous, nous sommes remplis de censure. Et comme personne ne réagit quand on lance une bombe, on ne sait pas ce qu'ils pensent vraiment. Ce sont là les personnes les plus dangereuses.
    Si j'avais compris ce principe depuis longtemps, si j'avais compris qu'il ne fallait pas attacher d'importance particulière à quelqu'un pour la simple raison qu'une partie du même sang coule dans ses veines et dans les miennes, je n'aurais pas eu l'impression de faire autant de bêtises. Tout aurait été largement plus simple, et pour eux et pour moi. Dès le début, j'aurais compris qu'il fallait que je me place près des personnes qui comptaient le plus pour moi, sans m'intéresser un seul instant (excepté peut-être par caprice) aux autres. C'aurait été tellement plus simple. Tellement plus triste, aussi. C'est tellement triste de se dire qu'une famille n'en est pas réellement une. Que les membres de cette famille ne comptent pour rien aux yeux des autres. Que quoi qu'il t'arrivera, ils ne seront pas là, sauf rares exceptions, pour toi. Je crois que c'est ça : ça me fait peur. Je n'ai pas beaucoup d'amis, je suis la seule avec Q. qui ne vive pas en concubinage, donc qui n'ait pas vraiment choisi sa famille. C'est pour ça que la famille compte autant pour moi. Parce qu'une famille, c'est censé t'apporter le soutien que tes amis, si tu en as, peuvent t'apporter en complément de ta famille. C'est pourquoi on dit qu'on ne choisit pas sa famille, mais qu'on choisit ses amis. Sauf que je n'ai qu'une seule amie, des parents, une sœur et un beau-frère, ma grand-mère, et Yannis. Pour certains, ça peut suffire. Mais qui me dit qu'un jour je ne me disputerai pas à mort avec une des personnes les plus importantes actuellement pour moi, ou bien que l'on s'éloignera graduellement, avec le temps, parce que nous n'aurons plus les mêmes intérêts ? Et dans ce cas, je me retrouverai toute seule. Les parents ne sont pas éternels. Alors je crois que j'avais besoin de garder cette illusion, pour avoir moins peur de la solitude, pour avoir moins peur de l'avenir. Et tout se serait bien passé jusqu'à ce qu'il m'arrive un véritable problème et que je me retrouve toute seule, apeurée, à essayer maladroitement de le résoudre. Non, mieux vaut perdre mes illusions familiales dès maintenant, et ne rien attendre de personne s'il se passe quelque chose. En quelque sorte, et je dis ça uniquement parce que je sais que mon père va bien, c'est une chance qu'il nous soit arrivé sur la tronche une merde pareille. Ca m'a ouvert les yeux.
    Ma censure, c'est mon père. Il n'est pas très loquace, très sentimentaliste, très expansif. Il garde toutes ses émotions enfouies au plus profond de lui, on ne sait jamais vraiment ce qu'il ressent. Mais on sait que, même s'il ne le montre pas, même si le reste du temps il ne prend pas vraiment de nouvelles, qu'il apprécie beaucoup ses sœurs. S'il avait encore été à l'hôpital pour les un an de Yannis, je ne me serais pas gênée pour dire à Murielle ce que je pensais de son comportement. Sauf que, tant mieux pour lui, il sera là. Alors je ne pourrai pas m'énerver, tempêter autant que je le voudrais au fond de moi, laisser ressortir tout mon cynisme et son hypocrisie. Au lieu de ça, je me contenterai (si j'arrive à réfréner mon dégoût) d'un sourire poli mais hypocrite, d'un "bonjour" poli mais hypocrite, d'une bise polie mais hypocrite, avant de les quitter en les ignorant totalement le restant de la journée. Quoi que je peux peut-être me passer du sourire poli mais hypocrite, ils devront se contenter du stricte minimum. Parce que je ne veux surtout pas lui faire de la peine.

    Je suis assez énervée de m'être fait taper sur les doigts par Mélanie. Elle a passé le week-end avec nous, a même proposé de rester lundi pour aller chercher papa s'il ne sortait pas ce dimanche-ci de l'hôpital. Je discutais de la famille avec ma mère, et de ce que je ressentais par rapport aux mêmes personnes qui me prennent la tête depuis bientôt deux semaines, lorsqu'elle est arrivée et qu'elle a mis son grain de sel dans la conversation. "Ah non, hein. Tu dois te contrôler. Papa ne doit pas le savoir, et surtout, ne fais pas de scandale le jour de l'anniversaire de Yannis." Le pire, c'est qu'elle pourrait m'en vouloir d'avoir mis un peu d'ambiance. Ce qui m'irrite, c'est qu'elle se soit sentie obligée de me rappeler que je devais me taire pour papa, comme si j'étais une gamine incapable de contrôler ma langue. Comme si elle était la maman qui donne des ordres, et moi la petite fille de six ans qui n'a pas d'autre choix que d'y obéir. Je déteste qu'on me donne des ordres, et en général quand c'est le cas je fais en sorte de ne pas obéir, par pur esprit de contradiction, pour bien montrer que ça ne marchera pas. D'autant plus que, si on ne m'en avait pas donné l'ordre, j'aurais pu le faire sans aucun souci, par moi-même. Sauf que là, alors que je n'avais pas prévu de faire de scandale (j'aimerais bien, je l'avoue, ça ne ferait pas de mal de mettre certaines choses au clair), elle me dit de ne pas en faire. Or, contrairement à mon habitude de faire le contraire de ce qu'on me dit de faire, je suis réellement pieds et poings liés. Je suis puérile. Mais je déteste qu'on m'infantilise ainsi, et je ne dois sans doute pas être la seule. Elle m'infantilise en se donnant de l'importance en tant que mère qui se préoccupe du bien-être de son enfant unique, comme si c'était la seule manière d'agir de manière mature. Même quand elle rigole et fait l'imbécile avec nous, elle arrive toujours à sortir de son rôle pour "jouer la grande." C'est assez insupportable, et j'imagine que je dis ça parce qu'elle m'a vexée. Quand je lui ai envoyé un SMS pour la prévenir que papa sortirait peut-être demain si tout continuait à aller bien, que je lui ai envoyé vers 21 heures, elle n'a répondu que deux heures trente plus tard. Entretemps, ma mère lui a téléphoné pour lui annoncer exactement la même nouvelle, qu'elle a découverte avec grand plaisir. Et ce n'est qu'à 23 heures 30 qu'elle m'a renvoyé un texto : "C super", sauf que leur conversation n'a pas duré deux heures trente. Cool, c'est exactement la réponse que j'attendais. Ca m'a frustré. Je ne lui en ai pas parlé, parce que je sais très bien ce qu'elle me dirait : "T'es gentille, mais je ne passe pas ma vie collée à mon téléphone portable. J'ai une vie, moi, j'ai un enfant duquel je dois m'occuper" (elle ne dit pas "duquel", je ne suis même pas sûre qu'elle connaisse ce mot) "et si je ne te réponds pas tout de suite, c'est ce que je lui donnais le bain, que je lui mettais son pyjama, que je lui donnais son biberon puis que j'allais le coucher. Et tu crois qu'après, ça suffit ? Nous, on n'a pas mangé, alors il faut préparer. Tu sais à quelle heure je me lève quand je suis du matin ? Six heures..." Et je ne déteste rien de plus que les discours moralisateurs. Comme si la personne qui les proférait avait tous les droits, la science absolue, et que celui qui les recevait n'en avait aucun. Parce que, comment se défendre, après, d'avoir voulu que sa sœur réponde à ce texto plus tôt ? On ne peut pas dire qu'on s'en fiche de son enfant, on ne peut pas dire... En fait, on ne peut rien dire. C'est ça, le problème des discours moralisateurs : celui qui les reçoit n'a qu'à se taire et fermer sa gueule, l'autre est tout puissant. Sauf que ce SMS a bien plus d'importance qu'on ne pourrait le penser au premier abord. C'est une victoire sur la maladie, parce que le sang de mon père était empoisonné mais ils ont réussi à le nettoyer pour qu'il rentre chez lui sain et sauf ; c'est une victoire sur moi-même, parce qu'il y a 4 à 5 ans je ne voulais rien entendre à propos de mon père, j'ai fait une dépression, ce qui n'a pas du tout été le cas présentement. Ce texto voulait dire tout cela à la fois, et c'est pourquoi j'ai été assez frustrée de ne recevoir que deux mots même pas, comme si dans son message cela n'avait aucune importance, puisqu'elle avait déjà raconté tout son contentement à ma mère deux heures et demi avant au téléphone. Peut-être qu'elle était fatiguée et qu'elle n'avait qu'une hâte : aller se coucher; raison pour laquelle elle a autant torché sa réponse. Mais n'empêche, je lui ai envoyé ce SMS avec plaisir, j'attendais vraiment une réaction enjouée de sa part, et je suis déçue d'avoir eu l'impression de passer en deuxième, donc en dernier dans une maison de deux personnes alors que ma nouvelle était on-ne-peut plus importante. Elle l'est toujours, mais moins puisque Mélanie en connaissait déjà tous les aboutissants au moment où elle a lu ma nouvelle. C'est comme si tout ce que j'avais fait, toutes mes bonnes réactions envers maman et papa lors de cette nouvelle petite crise, étaient réduites à néant. Je déteste me voir à travers le regard et l'opinion des autres. Sauf que c'est ma sœur, et que son opinion est extrêmement importante pour moi. Peut-être devrais-je faire en sorte que non ?

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Adena H.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Dim 18 Nov - 13:12


      15/10/12, 10:35

    Mauricette.

    Certaines familles sont pires que d'autres. Mauricette est la tante du pacsé de ma sœur, et elle attachait sa fille de cinq ans aux barreaux du lit pendant qu'elle allait au cinéma, afin qu'elle ne s'enfuie pas. Aujourd'hui, on considèrerait ça comme de la maltraitance, et il n'y a sans doute rien de pire pour un enfant entrant dans une famille. Mauricette est un peu folle sur les bords, et c'est pourquoi ses sœurs s'en sont éloignées dès qu'elles l'ont pu. Ma tante Murielle ne me maltraite pas, mais je me demande si, dans une moindre mesure, je ne ferais pas mieux de m'en éloigner autant que je peux.
    Ce que je ne comprends pas, c'est que je me sente autant attachée à des personnes qui ne s'intéressent que peu à moi, et que, finalement et à bien y réfléchir, je n'ai pas vu tant que ça depuis le début de ma vie. Je sais bien que je suis sensible, et qu'en général beaucoup de choses me touchent plus fort que ce qu'elles devraient, peut-être parce que je les intériorise tellement qu'ensuite je ne sais plus comment m'exprimer pour les faire sortir. C'est vrai, j'étais en colère contre ma tante après avoir reçu son message, et si elle m'avait appelé immédiatement après elle se serait autant déchaîné que moi (de ce qu'elle m'a dit). Mais après, j'ai appris qu'elles n'avaient pas fait une chose que je considère comme essentielle, et j'ai finalement peu à peu intériorisé (après les premiers refus de colère) le fait que, quoi qu'elles fassent et qu'il se passe, je ne le leur pardonnerai jamais. La question la plus délicate était de savoir comment je me détacherai d'elles : par la force ? la douceur (impossible, je ne connais pas ce mot) ? ou bien ferais-je mon hypocrite, à faire croire que tout va bien alors que je ne peux plus du tout les considérer comme des membres de ma famille ? Le reste me semblait bien vain, j'ai eu d'autres choses à faire entretemps, et ma colère m'a peu à peu quitté. J'étais bien trop occupée par mon nouveau job, par la préparation de mon entrée que j'avais promis à ma sœur pour l'anniversaire de son petit bonhomme, et par tout le reste. Alors, quand Murielle est venue me chercher hier midi pour que l'on se parle au dehors, cela ne me semblait plus suffisamment intéressant pour que je m'y attarde. Elle était en colère, elle me l'a bien fait comprendre, et je la comprends : puisque c'était mon but en lui renvoyant ce mail. Elle n'était pas contente, je lui ai expliqué mon point de vue, elle m'a expliqué le sien. Elle ne veut plus que je lui envoie ce genre de mail, que je lui parle de cette manière. Je l'ai immédiatement rassurée : aucun soucis, puisque de toutes façons après cet échange, qui a été notre tout premier véritable échange (j'ai vingt-et-un ans), je n'ai aucunement l'intention de la recontacter. Elle veut que je la respecte. Elle croit que je suis obligée de la respecter parce qu'elle est ma tante, la sœur de mon père, et qu'elle est plus âgée que moi. Sauf que non. Le respect se mérite. Elle n'a aucun pouvoir sur moi, bien qu'elle le croie, mais il me semble qu'il s'agit là d'un défaut professionnel : elle est maîtresse, elle passe ses journées à éduquer des gamins. Je ne suis pas une gamine. Je ne suis pas un de ces enfants de moins de dix ans avec qui elle passe toutes ses journées en classe et à qui ils doivent obéir au doigt et à l'œil. Je suis sa nièce, je croyais que c'était important. Bien sûr, je me suis trompée. Mais on récolte ce que l'on sème, et comme elle n'a rien semé, je n'ai aucunement l'intention de lui obéir en quoi que ce soit. Elle n'a aucun droit sur moi, elle l'a perdu depuis quelques bonnes et longues années. Elle me parlait, je l'écoutais, et ce que j'en ai retenu, c'est qu'elle croit me connaître. Elle est aussi d'accord avec moi sur le fait qu'on ne parle que de choses superficielles quand nous sommes en famille, mais ça a eu l'air de lui convenir. Je n'étais pas très à l'aise, j'avais l'impression de me faire examiner par ma psy. "Pourquoi ? - Je ne sais pas. - Essaye de mettre des mots dessus." Ta gueule. Le ton paternaliste, merci bien, arrive trop tard. Je lui explique qu'il y a deux problèmes différents, le premier à propos de ma mère; le deuxième à propos de moi. Comme mon père, elle joue sur les mots. Elle croit que nous sommes une seule et même entité, et c'est pourquoi elle a envoyé le même message à ma sœur et à nous, ce que je lui reproche. Comme si on était il y a quinze ans, tous réunis dans un même foyer. Elle ne nous connait pas, alors elle n'a pas compris qu'envoyer le même message à deux personnes habitant dans des foyers différents ne signifierait pas la même chose pour moi. C'est trop facile. Puis, quand le second problème s'est posé, elle m'a expliqué que, quand j'étais petite, il fallait me sortir les mots de la bouche. Comme quoi, elle fait tellement peu attention à moi qu'elle ne s'est même pas rendu compte que j'avais grandi, que j'avais changé. C'est insupportable. La seule raison pour laquelle il fallait m'arracher les mots de la bouche, c'est que je n'étais pas en confiance dans cette famille. Quand j'aime quelqu'un et que je le connais bien, je n'ai aucune difficulté à lui parler. Alors peut-être que les enfants ressentent plus facilement les choses que les adultes. Parce que quand j'étais petite, j'étais encore plus timide qu'aujourd'hui (et encore, pas sûre que ça se soit beaucoup amélioré...), dès qu'on me parlait j'avais l'impression d'attirer trop l'attention sur moi, et j'avais peur de forcer les gens à parler de moi, donc d'un sujet qui ne les intéressait pas. Je n'ai pas le même rapport avec ma tante Laure-Anne, parce que comme son fils a à peu près le même âge que moi, nous nous invitions mutuellement pendant les vacances, et donc on passait un poil plus de temps ensemble. Je lui en veux quand même, mais pas au même point que Murielle. En tout cas, je ne crois pas.
    Je l'écoutais parler, et je me suis rendue compte à quel point toute cette conversation était vaine. En général, quand je discute avec quelqu'un, je suis concentrée, parce que je suis entière. Là, j'ai eu l'impression de me détacher complètement d'elle, pas au point d'analyser ses paroles comme je le fais des fois avec mon père, mais au point de permettre à une pensée intérieure de s'élaborer. Je pensais que Pascal avait raison, que beaucoup d'évènements ne méritaient pas même un quart de l'attention qu'on leur accordait dans notre vie humaine. J'ai pensé que j'étais en train de me faire passer un savon par une personne qui ne comprenait rien à ce que je lui répondais, et qui par conséquent était sûre d'être dans son bon droit. Elle me faisait un peu penser à Mélanie : quand ma sœur est en colère, elle a toutes les apparences de la bonne moralité, elle parle comme parlerait une personne responsable, comme si seul l'autre pouvait être dans son tort. C'est à ce moment là que je me suis dit que ça n'en valait pas le coup. Que je pouvais très bien lâcher ma bombe, ce que je pensais vraiment d'elle, essayer de retrouver ma colère pour me supporter dans ma tâche. Mais, franchement, quel intérêt ? D'une part, j'étais bloquée par ma censure : ma bombe ne me concerne pas uniquement, elle met également en jeu les intérêts de ma mère et mon père. Si j'avais été complètement libre de dire ce que je pensais, je l'aurais peut-être fait. Mais je ne peux pas permettre qu'elle ait une mauvaise image de ma mère. Alors j'ai laissé tomber, et je suis revenue au deuxième problème. Murielle ne supporte pas que j'utilise l'ironie pour lui répondre. Si elle me connaissait, elle saurait que je l'utilise tout le temps pour me défendre, pour me protéger. Elle n'en sait rien, alors elle n'apprécie pas le ton que j'emploie avec elle. Bla bla. "Moi aussi j'avais un autre problème à ce moment-là, moins important que la santé de ton père. J'ai envoyé le mail dès que j'ai écouté le répondeur téléphonique. Je ne voulais pas la rappeler immédiatement, j'ai voulu lui laisser le temps de se retourner. Trois jours, je lui ai laissé TROIS jours avant de recevoir ton mail ! Et les seules informations que j'ai eues me sont venues de Laure-Anne et de ton père quand je lui ai téléphoné directement !" Si tu veux, mais ça ce n'est pas mon problème. Si tu es vexée que ma mère ne t'ait pas mise au courant de vive voix, tu n'as qu'à aller la voir pour t'expliquer directement avec elle. Bien sûr, tu ne l'as pas fait, parce qu'on ne parle jamais des sujets qui fâchent en famille; mais ça, ça reste ton problème. Ca me fait penser aux personnes qui sont debout dans le RER, alors que des étrangers utilisent les sièges pour poser leurs bagages près d'eux. Au début, ça m'énervait vraiment beaucoup d'en voir sur les sièges, je trouvais ça injuste. Maintenant, tant que j'ai une place assise, que les autres soient debout ou non, je n'en ai strictement rien à cirer. Quoi, il faudrait leur prendre la main pour leur expliquer qu'ils doivent demander aux étrangers de déplacer leurs bagages, parce qu'un être humain a plus besoin de s'asseoir qu'un siège ? Là, c'était pareil. Elle a des "problèmes mais moins importants que ceux de [mon] père", sauf qu'elle n'en parle pas. Si elle nous en avait parlé, on aurait compris certaines choses et on aurait réagi différemment. Sauf que je refuse qu'elle se fasse passer pour une martyr, du genre : "Aaaargh, je meurs parce que personne ne m'a aidé, j'ai préféré me sacrifier pour que toute l'attention soit portée sur mon frère..." Non. Si elle a des problèmes et qu'elle ne nous en fait pas part, c'est sa faute. C'est son problème, et j'ai dépassé le stade où j'avais envie de lui montrer toute ma sollicitude, et de lui prêter une oreille attentive (je sais très bien écouter, mais ça elle ne le sait pas, puisqu'elle ne me connait pas), où j'aurais trouvé normal d'essayer de lui apporter un peu de réconfort en cas de besoin. Qu'elle se démerde toute seule.
    Alors je me suis laissée taper sur les doigts, comme une enfant pas sage. Ensuite, je lui ai raconté ce que je pensais de son comportement lors de l'anniversaire de Q. "Je t'entends, je t'entends", qu'elle me répond. Comme si elle pouvait vraiment comprendre. Je ne me fais pas d'illusions, j'ai tout rejeté en bloc. J'ai cependant eu la faiblesse d'accepter de mettre la situation au clair afin de repartir sur de nouvelles bases, alors que j'aurais du continuer de tout rejeter. Et, quasiment au moment où je lui reprochais de n'avoir pas fait attention à moi à l'anniversaire de Q., parce que la seule vraie et importante question qu'elle m'ait posé a été : "Que vas-tu faire cet été ?", Jojo est sorti pour fumer, et il m'a félicité pour mon année dernière, parce que j'avais eu de bons résultats. Il ne fait même pas parti de ma famille. Et pourtant, il agi mieux envers moi que les vrais membres de ma famille. Alors je n'ai pas pu faire autrement, je me suis mise à pleurer et j'ai été me passer de l'eau fraiche sur le visage dans la salle de bain.
    C'était vraiment un mauvais timing pour moi, mais ça m'a permis de comprendre une chose très importante. Une chose que je comprenais en théorie et qui me plaisait beaucoup, mais que je n'arrivais pas à mettre en pratique : le fait qu'on choisit sa vraie famille. Après vingt-et-un ans d'ignorance presque complète, ma tante souhaite remettre les compteurs à zéro. J'ai stupidement accepté, mais au moins je pourrai me composer un personnage de Tartuffe et le jouer à ma convenance. Je crois que ça m'aurait embêté de poser de vrais problèmes dans ma famille, je n'ai pas la carrure nécessaire pour jouer les trouble-fête et dire sans langue de bois ce que je pense de chacun d'eux et de leur comportement, j'aurais trop peur qu'ils décident après de me faire du mal. Je suis une grosse trouillarde. Alors que maintenant, cette remise à zéro me permet de décider ce que je souhaite faire, de la manière dont je souhaite agir. J'ai eu le temps de réfléchir à ce propos, et j'en suis arrivée à la conclusion formelle et incontestable que ce n'était pas parce qu'on était une famille qu'il fallait absolument tous s'apprécier les uns les autres. C'était un peu ce que je disais quand j'expliquais qu'aux prochaines fêtes de famille je m'intéresserai uniquement aux personnes qui comptaient le plus pour moi, et au reste par défaut (soit : s'ils sont proches de moi, s'ils ne sont en train de parler avec personne, etc.). Là encore ce n'était que de la théorie, mais en pratique elle a plutôt bien marché pour moi. Il faut simplement que je la peaufine par rapport à mes tantes et oncles. La prochaine fois que je verrai Murielle, je ferai comme si de rien ne s'était passé, comme si je n'avais et n'aurai jamais rien contre elle. Si elle me parle, je lui répondrai d'une manière polie et enjouée, comme si c'était tout à fait naturel qu'elle me pose des questions et que je lui réponde (ce sera une grande première pour nous s'il arrive un jour une pareille chose ! quelle étrange aventure !). Mais jamais, au grand jamais, je ne ferai d'effort pour aller vers elle si elle n'en fait pas la première pour aller vers moi. C'est un fait avec lequel je serai particulièrement formelle et catégorique : si je refuse que ce soit Yannis qui fasse le premier pas vers moi dans une telle situation, il est hors de question que je me traite moi-même moins bien que la manière dont je souhaiterais que les autres soient traités. De plus, l'une de ses dernières phrases qui résonnent le mieux à mes oreilles est son : "Ah mais ne t'inquiète pas pour ça, ce n'est pas mon genre de faire des efforts si je n'en ai pas envie", lancé le plus catégoriquement du monde, à mon timide : "Mais tu sais, il ne faudra pas te forcer, si tu ne veux pas..." Par conséquent, j'ai du mal à imaginer le changement que ces "nouvelles bases" ont provoqué. Et pour le coup, je dois bien avouer que, même si j'attendais une autre réponse, la situation a au moins le mérite d'être claire pour moi. Quoi qu'elle fasse, à présent, je ferai comme si de rien ne s'était passé. Je refuse de lui expliquer point par point ce qui me dérange dans son comportement, parce que ce serait trop de temps et d'énergie perdus pour fort peu de choses, voir pour rien vu le peu de fois où on se retrouve tous ensemble. Si, éventuellement, elle me relance sur le sujet, je lui répondrai franchement que je n'ai pas envie d'en parler, parce que je suis ici pour passer du temps avec les personnes qui comptent vraiment pour moi, (pas pour me prendre la tête avec de vieilles rabat-joies dans son genre). La partie entre parenthèses est facultative, en fonction de mon degré d'énervement ou d'inintérêt à ses propos à ce moment-là. Si elle me parle, je lui répondrai. Si elle ne me parle pas, j'aurai à cœur de l'ignorer tout comme j'ai eu l'impression qu'elle m'ignorait pendant toutes ces années. C'est donnant-donnant.

    fin à 12:05

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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Dim 22 Sep - 16:27



      12/02/13, 00:47



    Coincée.

    Ce n'est pas un hasard si pendant quasiment quatre mois je n'ai pas ressenti le besoin urgent d'écrire quoi que ce soit de personnel. Ces quatre mois équivalent à un semestre, mon premier semestre. J'ai pensé de nombreuses fois à ce que je pourrais éventuellement noter, des bouts de phrase me sont venus régulièrement à l'esprit. Cependant, moins qu'un éventuel manque de temps, c'est leur insipidité qui m'a retenu : pourquoi écrire des choses inutiles ? C'est inutile. J'aurais pu écrire sur mes nouvelles matières, sur mes nouvelles copines, sur mon job de télé-enquêtrice dans une radio nationale. Mais ça n'a strictement aucun intérêt. C'est anecdotique. Comme si, durant tout ce premier semestre, je ne me sentais pas vraiment concernée par ce qui m'arrivait : je ne crois pas être très loin de la vérité. Je ne me suis jamais sentie aussi légère, aussi relaxée. Tout, même n'importe quoi, me fait rire. Je prends les choses de manières amusantes, je les tourne à la plaisanterie; je me moque gentiment. Tout cela parce que je ne me sens pas concernée. Une licence FLE ? D'accord, mais qu'importent les résultats de toutes manières, puisque je possède déjà un diplôme (qui ne sert à rien en soi, certes, mais quand même!) ! Je n'ai qu'à assister à mes cours de fac, à mes séances de travail, et à ne penser à rien d'autre. Juste, à profiter.
    J'ai pris une semaine de congés pour passer mes examens, et les réviser un tant soit peu avant d'y assister. À partir de ce moment, je me suis complètement déséquilibrée : j'aurais pu me rajouter des jours de travail la semaine d'après, étant donné que la fac était fermée pour cause de correction des copies du partiel. Non. Que nenni. Me connaissant, ça ne m'a pas étonné plus que ça : j'ai passé mes journées sur l'ordinateur, à lire, à regarder des séries TV, des films pour enfants. Je ne suis même pas sûre d'avoir pris le temps de promener ma chienne. Je suis une maîtresse affreuse, heureusement que mes parents s'en occupent aussi de leur côté. Je me suis couchée tôt, afin de mieux rêvasser, m'endormir tard dans la nuit, et me réveiller tard le lendemain, complètement épuisée.
    Ca fait maintenant trois semaines que j'aurais du reprendre toutes mes activités, mais je n'ai pas réussi à m'y résoudre. La première semaine parce que m'étais décidée à réviser mes examens, la seconde et la troisième parce que je n'avais pas envie. Je ne saurais pas dire pourquoi je n'en avais pas envie, je sais juste que je n'en avais pas envie : voilà, mon coté irrationnel a parlé, point à la ligne. C'est peut-être à cause du nouveau départ de Margot vers la Pologne. Son avion a décollé le 3 janvier. J'ai continué mes activités de manière habituelle durant les deux semaines suivantes, comme cela faisait parti de ma routine. Mais, à partir du moment où cette routine a été brisée, et remplacée par quelque chose de complètement anarchique (je révise mieux entre 1h et 5/6h du matin), ça a été extrêmement dur de tout remettre en place. Ce n'est même pas encore complètement réglé, je m'y attèle dès demain. Ne surtout pas négliger l'impact qu'a sur soi l'absence physique de ses amis proches.
    Mon deuxième semestre sonne différemment. Déjà, l'ambiance est complètement différente. Autant tous les étudiants avaient l'air de s'entendre très bien, on rigolait, on s'amusait toutes ensembles; autant ce semestre-ci, c'est limite si on ne s'ignore pas les uns les autres. Quand je suis arrivée pour mon premier cours de phonie et graphie, plusieurs étudiants isolés attendaient devant la salle de classe, leur portable à la main, évitant le regard des autres étudiants. C'est triste, triste. En plus, il faut faire des exposés devant toute la classe dans au moins deux matières, et ça m'angoisse d'avance. Je sens que mon coeur bat plus fort dès que je lève la main pour répondre à une question, et ce avant même que le professeur ne m'ait interrogé. Et ce crétin qui voudrait que je devienne prof. Ce n'est pas un très bon conseiller d'orientation. Il n'a que peu pris en compte mes attentes, on aurait dit qu'il était fixé sur l'idée de me faire devenir enseignante. Je me demande si l'Etat lui verse une commission à chaque fois qu'il réussit à faire naître la vocation enseignante chez une des personnes qui a pris rendez-vous avec lui pour avoir des conseils sur son orientation. Quelle autre raison aurait-il sinon eu de se montrer aussi insistant ? Je me suis déjà démontrée que ce métier n'était clairement pas fait pour moi.
    Mais alors, existe-t-il un métier fait pour moi ? Je n'y crois pas. J'ai été voir sur internet mes notes du premier semestre. Elles sont satisfaisantes, j'ai eu un 13,5 et un 14 et un 15,3. Il y a bien cette histoire de moyenne qui me trotte dans la tête, mais ça je n'y peux rien avant au moins jeudi : j'irai faire un tour du côté du secrétariat à la fin de mon cours de Patrimoine culturel français, en croisant les doigts pour qu'il soit encore ouvert à cette heure-là, afin de régler une bonne fois pour toute la question de ma moyenne. N'empêche, depuis que ma mère s'est inquiétée à voix haute pendant le repas de ce soir (McDo), ça me trotte, ça me trotte... Je ne comprends pas pourquoi ils ont noté ma moyenne générale du premier semestre sur l'ENT du site de la fac, étant donné que je ne suis que les cours de l'UE5 cette année. Et si ça compte comme une vraie moyenne. Parce que sinon, je suis vraiment dans la merde pour le second semestre : s'ils veulent attendre de voir quelle sera ma moyenne de l'UE5 ce semestre, pour trouver ma moyenne générale, je n'aurai jamais mon semestre avec mon 4,5 coefficient 7 en étude du français classique, moderne et contemporain II. Mais dans ce cas-là, que je le sache tout de suite, que je n'aille pas me fouler ce semestre dans l'espoir d'avoir une nouvelle licence, alors que c'est plombé d'avance ! Il faut que j'essaie d'arrêter de parler dans le vide, ce qui alimente mon angoisse sur ce sujet et ne sert strictement à rien.

    Quoi d'autre ? Une licence de lettres modernes ne sert strictement (x bis) à rien toute seule. Il faut la compléter d'un master (deux ans, + concours éventuel), à moins de se tourner vers une troisième année de licence professionnalisante (x ter), ou d'éventuellement passer un concours de la fonction publique. Je crois que j'ai besoin de temps pour mettre tout ce puzzle en place. Il faudrait en théorie, par sécurité, que je m'inscrive dans un Master pro, au cas-où je ne sois pas reçue ailleurs. Et que, parallèlement, je postule dans des licences pro (DUT métier du livre année spéciale Paris), ou bien que je bosse dans mon coin un concours de la fonction publique.
    Idéalement, ce que j'aimerais, ce serait d'avoir ma licence FLE, qui me permettrait directement de chercher à m'enfuir à l'étranger tout en étant rémunérée. Ou bien bachoter des concours tout en participant à une mission du service civique. Ce qui aurait le double avantage de me faire un peu gagner d'argent et de me rendre utile aux autres. Mais pour ça, il faudrait déjà que je me libère de mon stupide travail de télé-enquêtrice. C'est un travail facile, digne d'un étudiant sans formation, et payé comme un étudiant sans formation. Un travail, si ce n'est satisfaisant, suffisant pour l'instant. Depuis que je suis chez eux, j'ai oublié mon envie de mettre un peu d'argent de côté pour voyager. Et, si jamais j'ai trop peur de partir : pour me sentir un peu plus indépendante. Depuis trois ans et demi, et encore plus depuis le début de l'année, je tourne en roue libre : je fais des mouvements, je pédale, je pédale, je brasse de l'air. Ca ne sert à rien. Ma roue tourne sans toucher le sol, et j'ai beau tourner le guidon dans tous les sens les commandes ne m'obéissent pas. Elles ne l'ont jamais fait de toutes manières, je n'ai donc pas de quoi être spécialement particulièrement surprise. Autant 3X3 + 1X4 était satisfaisant, 13h par semaine, ça fait 3h de moins que si je travaillais deux jours complets. Mais maintenant que j'ai retiré un soir, ça ne me fait plus que 3X2 + 1X4. 10h, ce n'est pas très rentable. Est-ce que je me sens suffisamment capable, autonome et sûre de moi pour essayer de faire les démarches nécessaires pour m'inscrire dans une agence d'intérim et poser ma démission là où je suis actuellement ? Je crois bien que si je pars sur un Master/licence pro + concours, tout cela va finir par avoir un prix.

    Le vrai problème, c'est que je suis coincée dans tous les cas. A part dans le cas où je me trouve directement du travail après ma licence FLE -mais je ne suis pas sûre d'avoir trop intérêt à y croire vu le peu de débouchés. Je suis coincée, chez mes parents. Parce que tant que je n'aurai pas un vrai salaire je ne pourrai pas me prendre un appartement, même en colocation (prix trop élevés sur Paris, et impossible de penser à la banlieue étant donné que je n'ai pas mon permis de conduire -tiens, en parlant de permis de conduire, ça pourrait être une bonne idée de voir ce que je pourrais faire de ce côté-là, peut-être en fonction de la réponse du secrétaire de l'UFR de Langue française jeudi ?). Quitte à être coincée, après tout, autant essayer de se décoincer au moins un minimum. Je pense que l'illusion fonctionnera pour quelques mois tout du moins, le temps que mon insatisfaction reprenne le dessus sur tout le reste.
    Coincée aussi parce que, si je fais une licence pro, ce sera une troisième année, et ce sera ma troisième année de troisième année de licence. Est-ce que je serai capable d'avancer, un jour ? Je me demande si l'idée de stagner me répugne autant que l'idée d'avancer dans une direction complètement illogique.
    Coincée parce que si je choisis l'option Master, pour peu que je ne redouble pas, je ne peux rien faire d'autre pendant deux ans. Je serai bloquée à Paris.
    Coincée parce que 20 + 1 + 2 = ça fait 23, et que même si je finis mes études ce n'est pas pour autant que j'aurai trouvé quelque chose qui m'intéresse vraiment. Je me suis déjà penchée sur la question : que veux-je faire plus tard comme métier ? Rien. Je n'ai pas d'ambition, je n'ai pas de passion. Je suis la fille la plus commune, la plus banale que je connaisse (et, croyez moi, je ne connais pas beaucoup de monde). Je crois que la véritable question serait : pourquoi est-ce que je ne veux rien faire plus tard ? Je répondrais alors que ce n'est pas que je ne veux rien faire plus tard, c'est que je suis incapable de me projeter dans ce futur proche. Il m'est impossible de m'imaginer dans 5, dans 10 ans. Et c'est pourquoi ce CIO de malheur est aussi naze : il n'a pas été capable de me demander pourquoi je ne voulais pas grandir. Il n'a pas été capable de me dire que, quoi que je fasse, je grandis et je vieillis de seconde en seconde. Que ce n'est pas à moi de choisir, la société a fait les choses de telle manière qu'à partir d'un certain âge les personnes qui ne travaillent pas deviennent des parias, et puis un point c'est tout. L'idéal de l'idéal, ce serait d'être publiée. De gagner de l'argent grâce à des livres qui me rendraient aussi célèbre que Victor Hugo à l'époque. Je n'aurais plus jamais à me poser de questions d'argent, je pourrais faire ce que je voudrais de mes journées à partir du moment où je rendrais mes œuvres en temps et en heure, et je ne serais plus autant limitée par tout ce qui m'entoure. Déjà faudrait-il que je sois capable de terminer un de mes fichus récits. Et encore, même là, rien ne m'assure que je serais publiée. Et encore encore, même là, rien ne m'assure que quelqu'un me lira.

    Mon problème, c'est que je suis pessimiste. Je ne sais pas me contenter de ce que j'ai, de voir que ce que je possède est beau. Je ne vois qu'un avenir noir, si ce n'est gris, pour toute la génération née entre les années 85 et maintenant. Je vois plus de chômeurs que de postes; je vois moins d'amusement et de loisirs que n'en ont eu nos parents; je vois des heures complémentaires non majorées; je vois des retraités faire la manche pour joindre les deux bouts à la fin du mois; je vois des SDF à moitié endormis dans leur sac de couchage, posé à même le sol ou sur un simple bout de carton pour se protéger du froid, et incapables de se détendre de peur qu'on leur vole leurs possessions -et, même si c'était le cas, réveillés toutes les deux minutes environ par la voix automatique annonçant l'arrivée du prochain métro. Ils ont des chiens. Pauvres bêtes. Obligées de subir le même sort que leur maître. Que les humains sont bêtes. Que les humains sont stupides. Que les humains sont tristes.
    Je me sens tellement impuissante. J'aimerais pouvoir faire changer le monde. Que dis-je, l'univers. C'est pour ça que j'écris : au moins, dans une toute petite portion de ma tête, je contrôle ce qui se passe. Je peux faire vivre les pires aventures à mes personnages, ils s'en remettront toujours parce qu'ils sont forts, et que même s'ils se laissent parfois temporairement abattre, ils sont suffisamment débrouillards pour trouver une solution qui les sortira du pétrin où je les ai sadiquement coincés. Et tout se finira bien : ils tomberont amoureux, n'auront pas d'enfants (savez-vous pourquoi je déteste les enfants ? parce qu'ils sont élevés par des adultes qui les modèlent à leur image : je déteste les adultes), et mèneront une vie belle et paisible à partir du moment où l'histoire se terminera et qu'ils refermeront la dernière page de mon (hypothétique) livre. Sauf que là, il n'y a pas de page, et ce n'est pas hypothétique. On peut faire semblant de ne pas les voir, de ne pas les entendre (c'est plus difficile de ne pas les sentir), mais ça ne changera rien. Ils resteront là, parce qu'on construit son destin en fonction de ses actions; quelle injustice de rester bloqué au même moment simplement parce qu'on n'a pas la possibilité d'agir ! Qu'on ne nous en donne pas les moyens. Je m'écœure.

    J'ai la possibilité d'agir, c'est juste que je ne veux pas. Ma situation est inconfortable, je me bats entre ma peur du monde extérieur (tout à fait irrationnelle étant donné que ce n'est pas comme si je n'avais jamais eu d'expérience avant) qui me pousse à rester cloisonnée bien au chaud et en sécurité chez moi; et mon besoin de me différencier des autres, de ma peur de me faire annihiler par eux. Avoir un boulot de télé-enquêtrice, c'est bien, mais seulement temporairement. Le temps de trouver quelque chose de mieux, en gros. Le temps d'apprendre à se contenter de ce qu'on a et à faire avec ? Je me connais, je me lasse trop vite des choses nouvelles. Je suis comme un enfant attirée par de jolies choses qui brillent, puis qui se lasse et papillonne négligemment d'une nouveauté à une autre. Je veux me forcer à faire des choses saines, à remettre un peu d'équilibre, d'harmonie dans ma vie : tel jour, je fais ceci; tel jour, je fais cela; tel autre jour, je vais à la bibliothèque; tel autre autre jour, j'y vais.

    Ca va faire quasiment trois semaines et demi (puisque ça a l'air assez clair que je ne vais pas y aller demain matin non plus, à part si j'ai prévu de ne me reposer que 5heures cette nuit -mais me connaissant, hm, ça m'étonnerait fortement) que je n'y vais plus. Me suis-je démotivée ? Aujourd'hui plus que les autres jours, j'ai ressenti le besoin de restaurer cette harmonie. Je ne crois pas me sentir mal à l'aise quand je m'y trouve. L'idée de me lever aussi tôt me rebute assez, il est vrai. Mais, en général, à partir du moment où je m'y trouve, je n'y pense plus, je profite de l'instant, je sais que je fais quelque chose de bien, que ce serait ridicule de me trouver ailleurs. Alors de quoi ai-je donc si peur pour ne pas oser y retourner ? Si j'ai eu pendant un instant l'idée qu'ils allaient me juger sur mes résultats du premier semestre, je l'ai bien vite balayée : pour peu qu'ils m'aient posé la question, il me suffisait de leur mentir -même plus maintenant que je sais que mes résultats sont bons ! Est-ce que ce qui me gênerait est de ne pas être raccord avec l'ambiance générale ? Je le sais, les examens me font régulièrement douter de mes capacités, si bien que je suis ensuite incapable de profiter pleinement des choses. Pendant toute cette période, je ne suis plus aussi insouciante et laxiste envers moi-même que je peux l'être le reste du temps. Parce que me retrouver confrontée à mes propres capacités revient à me juger, et si les résultats ne sont pas satisfaisants, je ne peux qu'avoir tendance à me rabaisser (étrangement, lorsqu'ils sont bons comme ce semestre, je ne me sens pas concernée, comme si je m'en fichais). Ils sont tous tellement gentils là-bas que, peut-être, je ne veux pas me forcer à sourire et à rire à leurs plaisanteries alors que je n'ai pas du tout l'esprit à ça. Coincée parce que je me suis engagée vis-à-vis d'eux, et que plus je tarde à revenir, plus je ternis mon engagement. Il faut que j'y retourne un jour, je le sais. Mais je déteste être liée, à quoi que ce soit, et je ne peux même pas profiter de ces moments de détente en plus puisque je sais que je vais devoir un jour ou l'autre me forcer à y retourner.
    Actuellement, je me sens anxieuse. Je sais que ça découle directement de mon entrevue avec le conseiller d'orientation -et pourtant j'avais quand même prévu ce week-end d'y participer mardi matin. Donc dans six heures maintenant. Ce qui, me connaissant, est tout simplement désormais impossible. Et finalement, je me trouve toujours une bonne raison pour ne pas faire ce que je n'ai pas envie de faire (fatigue, travail en retard, etc). Comme à mon habitude. J'ai peur des autres, alors je me créé ma bulle, je m'invente des personnages romanesques, je m'auto Mary-Sueise, j'invente un monde idéal où je peux tout contrôler à l'envie et comme je le souhaite. Et je me sens tellement à l'aise dans ce cocon protecteur et fragile (comme une bulle de savon, une simple aiguille peut le faire éclater : et hop, retour à la réalité!) que je n'ai plus ensuite aucune envie d'en ressortir. Je suis névrosée.


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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Dim 22 Sep - 16:28



      21/02/13, 23:02



    Septicémie.

    J'ai ressenti aujourd'hui un immense besoin de chaleur humaine, alors j'ai été retrouver mon ancien professeur de français du lycée. Je l'aime vraiment bien, il est humain, il est gentil, et il ne fait pas que parler : il écoute. C'est étrange que l'endroit où je me sois sentie le plus mal durant toute ma scolarité soit celui où j'ai ressenti le besoin de me réfugier aujourd'hui. Même si, étant donné que Margot est encore en Pologne, ça ne semble pas si étonnant que ça : les deux seules personnes me rattachant à ma ville (en dehors de mes parents) n'étant autres qu'elle-même et que Mr Queffélec.
    J'ai peur d'avoir du mal à m'endormir ce soir. Depuis que nous avons fini de manger, j'ai ressenti le besoin de tricoter. Parce que quand on tricote, on doit compter les mailles, et qu'on n'a pas besoin de réfléchir ou même de penser.
    C'est vrai, je me sens bête : tout s'est très bien passé, et au moment de partir je n'ai pas pu me retenir d'ouvrir une dernière fois ma bouche. Pas pour le remercier et lui dire que j'avais passé un agréable moment -non, bien sûr que non, c’aurait été trop facile. Je lui ai demandé si je pouvais revenir la semaine prochaine parce que je n'avais pas vraiment envie de me retrouver à la maison en ce moment. Quelle cruche. Bien sûr, il a dit oui, sans réfléchir. Je me sens bête d'avoir laissé mon instinct prendre le dessus sur ma raison, je ne m'en suis rendue compte qu'au moment où les mots étaient déjà sortis de ma bouche. Tant pis, mais j'aurais préféré lui laisser une image d'une Moi plus solide et plus forte : j'étais tellement faible et apeurée au lycée.
    J'ai des circonstances atténuantes, bien sûr. Et je n'aurais certainement pas du poser ces questions à maman pendant le repas du soir. Je voulais qu'elle me rassure, mais elle n'a pas voulu me mentir. L'opération n'est pas spécialement dangereuse, non, mais la dernière fois qu'on a opéré mon père il a fini avec une infection du sang (dangereuse vu ses antécédents médicaux), et la seule manière d'aller le voir en réa était de porter une blouse et de se nettoyer les mains au gel antibactérien avant d'entrer dans sa chambre où tous les moniteurs faisaient anxieusement bip.
    Il n'y a pas de raison pour que quoi que ce soit aille mal, ils lui ont fait des tests ce soir. Il va être opéré demain matin, 8heures. Parce que ses organes sortent, c'est pour ça qu'il a une "poche" : l'opération est destinée à lui remettre en place ses organes, dont ses intestins, et à les fixer à l'intérieur. Rien que l'idée qu'on puisse fouiller à l'intérieur d'un corps me met mal à l'aise -quand bien même ce serait pour guérir quelqu'un.
    A la fin de mon cours de patrimoine culturel français je me sentais fébrile, comme lorsque je ne dors pas assez ou qu'un grand évènement va se produire. Alors je suis allée, tout simplement, me cacher en salle des professeurs. Et quand Mr Queffélec a été obligé de retourner en cours, je suis rentrée. J'ai marché doucement, doucement, mais ce n'était jamais assez lent pour moi. J'ai réfléchi à toutes les personnes que j'aurais pu aller voir qui se trouvaient sur mon parcours, mais j'ai rejeté l'idée : trop stupide, je ne suis pas désespérée à ce point-là quand même. Je ne me suis remise à marcher normalement qu'en recevant le SMS de ma mère me demandant où je me trouvais, car ils venaient de partir. Et, n'empêche, en arrivant j'ai composé le numéro de ma cousine enceinte (parfait : les femmes enceintes veulent toujours parler de leur grossesse, et s'ennuient tellement chez elle les dernières semaines qu'elles acceptent toutes sortes de distraction) et ai fait en sorte que notre appel dure environ une heure et demie. Ce que tout cela prouve ? Je flippe. J'essaye de me rassurer le plus possible en passant du temps avec des personnes que j'apprécie (et, je l'espère, vice-versa) et m'éloigne le plus possible de l'endroit d'où proviennent les problèmes.
    J'ai cours demain, et mon père sera sorti du bloc au moment où mon cours débutera, et j'ai pensé un instant à appeler l'hôpital pour avoir des nouvelles fraîches. Parce que je sais que j'aurai du mal à me concentrer si je ne sais pas comment ça s'est passé. Mais imaginons un seul instant que la personne qui me réponde dise que l'opération s'est mal passée, qu'il y a eu des complications ? Je flipperai à mort. Alors c'est peut-être mieux d'attendre que maman appelle à midi, pour qu'elle me le dise elle-même. Bien sûr, il n'y a pas de raison pour que tout se passe mal, mais il y a eu déjà tellement de choses avec mon père concernant sa santé que c'est dur pour moi de penser logiquement et rationnellement quand il s'agit de lui.
    Là, j'ai tricoté un peu, ça va mieux. Je vais essayer de ne pas trop y penser jusqu'à demain, afin de ne pas me laisser stupidement submerger par mes émotions, ce serait bête d'assister à un cours si je n'écoute pas vraiment ce que dit le prof.
    Et ensuite, je verrai si je me sens assez sécurisée pour aller le voir à l'hôpital la semaine prochaine. Mais je ne veux pas me précipiter : un pas après l'autre, sinon je risque de recommencer à me renfermer sur moi-même et à faire l'autruche.


    fin à 23:31
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Dim 22 Sep - 16:28



      26/02/13, 18:27



    Verbiage.

    J'ai été voir mon père à l'hôpital lundi après-midi. Je finissais mes cours à quatorze heures, et plutôt que de descendre à ma station de RER habituelle, je suis descendue à celle juste après. J'avais prévu de rester à peu près une heure, en plus en commençant à midi j'avais pris mon petit-déjeuner une heure avant, et finalement je suis restée trois heures : de quinze heures à (quasiment) dix-huit heures. J'avais oublié à quel point c'était crevant de faire comme si tout allait bien, comme si on ne s'inquiétait de rien -afin de ne pas faire s'inquiéter, en plus de leurs soucis personnels, les autres sur nous. En plus, j'avais faim, je n'avais rien apporté à grignoter. Avec mon père, on a parlé de tout et de n'importe quoi. Surtout de tout. Mais, comme chacun le sait, plus on parle de tout, moins cela veut dire quoi que ce soit. Nos vieilles conversations sont spontanément revenues, agrémentées des nouvelles anecdotes que j'avais prévu de raconter afin de laisser un minimum de temps morts s'installer. Les choses récentes que j'ai vues, les choses que j'ai entendues, qui m'ont fait rire, qui m'ont attristées. Même les choses qui n'ont pas vraiment d'importance pour moi, et qui ont enflées comme la grenouille qui voulait devenir plus grosse que le bœuf. Parce que si on arrête de parler, qui sait ? On va se rendre compte qu'on a peur. Et ça, ça va vraiment nous faire peur. Alors il faut parler, parler. Quitte à insister sur des détails inutiles, qui finissent par prendre de l'ampleur alors qu'en réalité ils sont tout sauf signifiants. Et puis, ce n'est jamais très intéressant et passionnant de passer ses journées dans une chambre d'hôpital : réveil à 6 heures, petit-déjeuner à 8 heures, repas du midi à 12 heures, et dîner à 18 heures. Avec un livre inintéressant, des mots croisés force 2, et la télévision. Dommage que mon père ne soit pas très télévision. Et qu'il ait été trop fatigué pour en profiter. Ce n'est pas ce que j'appellerais des vacances.
    J'avoue que j'ai hésité à aller le voir, dimanche dernier. J'ai demandé à ma mère s'il était "bien". Sous-entendu s'il ressemblait à l'image de mon père, et si je n'allais pas le retrouver complètement diminué comme la dernière fois. Ca, ça m'aurait fait peur. Elle m'a dit que non, il était "bien". Et puis, je n'avais pas envie de demander aux infirmières où se trouvait sa chambre si je voulais aller le voir la semaine d'après. Chambre 107, tout au fond du couloir, à gauche, au premier étage.
    En ce moment, je ris pour tout et n'importe quoi. Tout me semble drôle, ou digne de moquerie. Nous avions regardé un documentaire sur les Windsor juste avant d'aller le voir, et je crois que nous avons déversé tout ce dont on se rappelait à ce sujet. En plus, mon père aime l'Histoire. Toutes les anecdotes un tant soit peu comiques y sont passées.
    Lundi, je lui ai montré mes cours, dit ce qui me plaisait dans la manière d'enseigner de mes professeurs. Cela faisait longtemps que je ne lui avais plus parlé aussi longtemps, de choses tout à fait négligeables. J'ai eu un pincement au cœur quand, après que je lui aie dit que j'allais bientôt rentrer à la maison, il a commencé à me raconter l'histoire du livre qu'il était en train de lire, en m'expliquant pourquoi il continuait à le lire malgré le fait que certains passages soient ennuyeux au possible. Pour remettre la situation dans son contexte, mon père parle peu. Le fait qu'il se soit montré aussi prolixe juste au moment de mon départ démontre clairement qu'il a eu peur de se retrouver à nouveau tout seul. Il m'a demandé de l'appeler quand je serais rentrée, pour le rassurer. Notre appel téléphonique a duré un quart d'heure. Aucun d'entre nous ne voulait raccrocher, sans savoir pour autant quel autre nouveau sujet aborder pour faire continuer la conversation plus longtemps. Je ne sais pas s'il l'a ressenti de la même manière que moi, mais, c'est un fait : nous ne nous appelons jamais, quand nous avons quelque chose à nous dire, en général nous nous envoyons des textos. Et là, nous nous sommes appelés. Et là, exceptionnellement, il a ressenti le besoin de se rapprocher de quelqu'un pendant un peu plus de trois heures. Ce n'est vraiment pas mon père. Heureusement, il est rentré à la maison ce matin, ses derniers examens étaient bons, on lui a retiré ses fils, ses "branchements". J'ai proposé d'aller acheter des cheeseburgers afin de lui faire plaisir, vu la nourriture fade qu'il a été obligé d'avaler pendant tout le temps de son admission à l'hôpital -enfin, dans une clinique privée.
    Et à partir du moment où il s'est installé sur le canapé rouge de la salle à manger, ça a été bizarre. Tout le monde (ma mère, moi-même et les deux chiennes) s'est regroupé dans la même pièce, comme si c'était important. Dès demain les choses reprendront leur place habituelle, nos vieilles habitudes reprendront le dessus sur cette journée particulière. Mais cet après-midi, nous étions tous ensemble : nous avions besoin de nous rassurer, je crois, quant à l'unité familiale temporairement perdue, puis miraculeusement retrouvée.

    Mais lundi, surtout, je suis restée assise un quart d'heure sur mon lit, bloquée à l'idée d'aller le voir l'après-midi. J'aime beaucoup mon cours (et, accessoirement, mon professeur de phonie et graphie), et je n'ai jamais eu de problème à me motiver pour y assister -jusqu'à lundi dernier. Même si je savais pertinemment que ce n'était pas ça qui me bloquait, mais bel et bien ce que j'avais prévu de faire ensuite. Et qu'il fallait absolument que je fasse. Parce que je ne peux pas laisser ma mère s'occuper de tout, je m'en voudrais atrocement. Dimanche soir, elle lui a demandé si ça ne le dérangeait pas qu'elle ne vienne pas le voir le soir si j'y allais, moi, dans l'après-midi. Je ne suis pas tout à fait une adulte, en tout cas pas du tout dans ma tête, mais je me suis forcée à agir le plus raisonnablement possible que j'ai pu, afin d'empêcher ma mère de courir d'un bout à l'autre du département. Si j'avais refusé, elle aurait quitté son travail à quatre heures de l'après-midi, serait allé voir mon père, avant de faire à manger (elle avait prévu de faire une quiche avec les restes). Aurait stressé en voyant l'heure à laquelle elle serait rentrée, tout en sachant qu'elle devait aussi se lever tôt le lendemain pour retourner travailler. Je me suis rendue compte à cette occasion qu'il était particulièrement dur de se montrer raisonnable. Je n'ai pas vraiment honte à dire que je me suis forcée à aller voir mon père, dans le sens où j'y suis allée malgré tout. Dans certains cas, seul le résultat importe, non ?
    Je sais ce qui m'a fait vraiment peur : l'hôpital, tout d'abord, me rappelle d'horribles souvenirs enfouis -pas étonnant que j'aie eu autant de mal à trouver le sommeil hier soir, et que je n'aie fini par m'endormir d'épuisement que vers deux heures du matin : trop de souvenirs essayaient de percer mon subconscient!- ; ensuite, il n'y a rien de pire que de voir un de ses modèles affaibli, que ce soit physiquement (mon père est encore très faible, il marche tout doucement, les épaules voûtées) ou psychiquement (il a eu peur). Les parents n'ont pas le droit d'avoir peur, et encore moins de le montrer de quelque manière que ce soit : comment saurait-on alors qu'on peut compter sur eux ?

    Je ne me sens pas spécialement triste, j'ai même un peu de mal à qualifier mon état d'esprit d'aujourd'hui. J'ai l'impression d'avoir couru un marathon, à dire autant de bêtises, à réfléchir continuellement à une chose inintéressante à sortir qui pourrait le faire sourire et lui faire oublier qu'il a été obligé de passer un peu moins de six jours à l'hôpital, dont cinq à se remettre de sa cure d'éventration. C'est censé soigner, mais ça me fait penser à Jack l'Eventreur. Eurk.
    Je ne ressens pas forcément le besoin de m'attarder sur cet évènement, contrairement à d'autres moments où j'ai besoin d'extérioriser ce que je ressens tant mes émotions tempêtent fort en moi. Là, j'ai juste la nécessité de clôturer l'épisode, de passer à autre chose. Et il n'y a donc rien de mieux que d'en parler au passé, comme s'il n'y avait plus rien à en dire; comme s'il n'y avait plus aucun intérêt à revenir dessus. Comme depuis dimanche soir, je veux dire tout et n’importe quoi à ce sujet afin de me le sortir définitivement de la tête. Même si, d'un autre côté, je ressens bizarrement l'étrange besoin de me retrouver dans un lieu qui ne me rappelle rien de tout ça, afin de souffler un bon coup et de reprendre des forces pour le round (de la Vie) suivant.


    fin à 19:25
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Dim 22 Sep - 16:29



      26/05/13, 22:48



    Rassurance.

    Pendant des mois, je n'ai pas ressenti le besoin d'écrire. En général, ça m'arrive durant mes périodes de lecturovoration acharnées : dans ce cas, je passe mes journées et une partie de mes nuits à ne rien faire d'autre que lire; ou bien lorsque j'ai des activités sociales durant la journée. J'ai en effet remarqué que le fait de faire quelque chose avec quelqu'un me détourne de l'ordinateur. Quand mes journées sont chargées, je ne ressens pas le besoin d'aller écrire quoi que ce soit. Et enfin, en plus de tout cela, j'ai entretenu une correspondance partielle avec Margot, qui a rallongé son voyage en Pologne de près de trois mois. Cette correspondance a, en quelque sorte, annihilé mon besoin de me confier (ou tout du moins de poser sous forme de mots mes pensées), puisqu'il n'était pas rare que je lui raconte quelqu'anecdote amusante sur mes collègues de travail, ou ce qui me faisait envie. Ou bien je me retranche dans des univers fantastiques ou virtuels, comme les séries TV (j'ai prévu de voir TOUS les épisodes de cette série, si bien que parfois j'y passe mes journées), ou les histoires merveilleuses (Les mille et une nuits m'ont fasciné), ou mon imagination (le soir, avant de m'endormir, je m'imagine autre, vivant des aventures extraordinaires), ou les RPG (je n'en ai plus autant qu'avant, mais il m'en reste toujours un auquel je me connecte régulièrement). Bref, je crois que j'utilise tous les moyens en ma possession pour m'éloigner autant que possible de la vie Réelle (avec un grand "R", attention!). Comme si je ne me sentais pas capable d'y survivre.
    Je me dis que j'aurais du écrire plus tôt une nouvelle entrée. J'y ai pensé le mardi 7 mai quand, au moment d'aller me coucher, j'ai senti une boule d'angoisse dans ma gorge. Pour tout avouer, j'ai eu un gros moment de doute : j'avais mangé des chouchous dans l'après-midi, et j'ai cru un long moment qu'il s'agissait d'une allergie. J'ai ensuite essayé de me raisonner en faisant le tour de mes éventuelles angoisses. Qu'est ce qui pouvait bien me déranger autant ? Je ne me souvenais pas de la dernière fois où mon stress s'est manifesté ainsi, sans doute durant mes précédentes années universitaires -mais en tout cas pas à mes derniers partiels, j'en suis quasiment sûre. Alors ? J'ai cherché longtemps, sans réussir à fermer l'œil. Et finalement, ce n'est que quelques jours plus tard que l'évidence m'a finalement sauté aux yeux, sans que je ne la comprenne vraiment : j'ai pris peur parce que le lendemain, ma chienne devait subir une intervention chirurgicale pour se faire stériliser. Et je me demande si, dans mon esprit assez tordu, cette opération chirurgicale n'en rappelait pas d'autres, pas si lointaines que ça...
    Dans l'après-midi, j'ai ressenti à nouveau cette boule dans la gorge. Cette fois-ci, je ne vois pas ce que ça peut être, à part sinon la note de mon contrôle continu de phonie et graphie. A mon plus grand étonnement, j'ai eu d'excellentes notes pour l'instant (un 13, un 15, un 13,75 et un 19), si bien que je crois commencer à entrevoir la possibilité d'avoir 14 de moyenne générale au second semestre. Si j'avais eu de très mauvaises notes, je ne me serais pas compliquée autant la vie (quoi que...) : j'aurais fait de mon mieux en sachant que ça ne servait à rien, et je me serais concentrée sur autre chose. Alors que là, je me dis que si j'ai eu des notes aussi correctes, pourquoi pas ? Et même si je l'avais, ce ne serait qu'une licence de plus à ajouter à mon tableau des trophées. A moins que cette boule dans la gorge, ce ne soit tout simplement un rappel. Le rappel que cette année semi-sabbatique va bientôt se terminer sans que je n'ai fait aucun progrès, aucune avancée. Et si ce qui m'énerve vraiment dans les messages de Margot, ce n'était pas le temps qu'elle met à me les envoyer, mais plutôt le fait qu'elle soit plus occupée que moi et qu'elle me le montre par son incapacité à me répondre aussi rapidement que moi, je le fais avec les siens ? Et si c'était de me rendre compte qu'une année s'est presque entièrement écoulée, sans que rien n'ait changé dans ma vie, sans que je n'aie fait aucune démarche pour changer quoi que ce soit, sans que je n'aie toujours envie d'y changer quoi que ce soit ? Je me demande si ça, ce n'est pas ce qui me fait le plus peur.
    En théorie, cette année était là pour me permettre de réfléchir à mon avenir. Je ne m'étais pas fait beaucoup d'illusions dessus, et pourtant c'est assez incroyable de se rendre compte que malgré toutes mes bonnes résolutions de l'année dernière je n'en ai accompli aucune. C'est angoissant de penser que les secondes, les minutes, les heures, les jours, les mois passent, sans qu'au final il n'y ait de changement probant. Je ne suis pas plus extravertie, ou plus intelligente, ou plus sociable, ou plus énergique, que je l'étais l'année dernière.
    Serait-il possible que j'aie inconsciemment décidé de m'arrêter de vivre en réaction aux évènements qui se sont produits par rapport à mon père ? Dans un genre de "on meurt tous de toute façon, alors à quoi bon faire des efforts ?" Le futur, bien sûr, est angoissant : la question de l'argent est quasi insoluble en ces temps de crise économique nationale. D'autant plus que je vis dans mon petit cocon : depuis l'année dernière mes parents me laissent relativement tranquille quant à mes études et à mes choix de vie future, si bien que j'ai l'impression (erronée) d'avoir ma vie à moi et de faire mes propres choix. Sans avoir à me préoccuper un seul instant du prix du loyer, de la facture d'eau ou de gaz, ou des courses. J'ai l'illusion de l'indépendance, et ne doute pas que le retour à la réalité n'en sera que plus terriblement dur.
    Ce qui est reste intéressant à constater, par ailleurs, est que même si il me semble vivre ma vie comme je l'entends, le seul endroit où je me sente réellement rassurée est la maison de Robin. J'y vais de temps en temps, ses parents et lui sont très gentils, très accueillants. Mais surtout, à chaque fois que j'y vais, j'ai l'impression que rien n'a changé. Enfin, quand Gwenaëlle est là, c'est différent : comme elle ne fait que parler, je ne me sens pas particulièrement à l'aise, je me contente de l'écouter en hochant poliment la tête et en essayant de suivre un minimum. A partir du moment où elle part au travail et que je me retrouve seulement avec Robin, une véritable conversation s'engage entre nous, plus équitable. J'ai failli lui poser la question à propos de D., mais je me suis finalement retenue : je n'ai pas trouvé le bon moyen d'amener cette conversation sur le tapis avant que sa mère ne rentre des courses. Presque à chaque fois que j'y vais, c'est comme si rien ne changeait, que tout était éternel, jusqu'à la moindre de leurs disputes (sortir le lave-vaisselle et se chercher un travail). C'est rassurant. Au moins, moi en tout cas, ça me rassure, malgré que ce soit d'une manière condescendante. C'est vrai que j'ai un peu honte quand j'y pense, et c'est pour ça que j'évite trop d'y penser : tant que Robin n'aura rien trouvé, ce sera comme si je lui suis supérieure puisque malgré tous ses beaux principes j'ai déjà eu deux expériences professionnelles tandis que lui aucune. Que je fais des choses pendant qu'il reste cloitré dans sa maison, son château fort -ou en tout cas plus que lui. Qu'il y a pire que moi, ou c'est en tout cas ce que je crois.
    Je sais que c'est une horrible façon de penser comme ça.


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Adena H.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Ven 18 Oct - 22:16



      18/10/13, 19:05



    Pile.

    J'ai de nombreux mots dans ma tête. Récemment, j'ai été obligée de faire plusieurs actions qui ne correspondent pas à celles de mon quotidien rassurant et réconfortant. J'ai été obligée de sortir (littéralement), d'expérimenter de courtes et fulgurantes pulsions de vie, de faire de nouvelles démarches. Certaines prennent plus de temps que ce à quoi je m'attendais, d'autres ont été avortées dès l'instant où je les ai vécues. Je ne dois pas perdre de vue que mes parents s'inquiètent de ne me voir rien faire. Personnellement, cela ne m'inquiète pas, pour la simple raison que je n'y pense pas. Je me gave d'images, je me gave d'histoires. Je vais finir par devenir boulimique. J'essaye à chaque fois de prendre les choses à la plaisanterie, mais le fait est que j'ai de réelles difficultés à me bouger. Mentalement, le mouvement est pour moi une épreuve à surmonter constamment. Je ne suis pas handicapée physiquement, si bien que rien ne s'oppose concrètement à mes déplacements.
    J'ai cette étrange théorie, que je peaufine depuis plusieurs mois à présent. J'y repense en général à chaque fois que ma mère me fait remarquer que je lui dit que je me sens fatiguée. Elle me tanne de prendre rendez-vous chez le docteur, pour qu'il me dise d'aller faire faire des prises de sang. Et à chaque fois je lui ris au nez, je trouve cela ridicule de prendre rendez-vous chez le médecin uniquement pour qu'il me prescrive une ordonnance de ce genre. Alors, comme la dernière fois j'étais réellement malade, j'ai profité de l'occasion pour lui en parler, sur les insistances de ma mère. C'est à ce moment que j'ai eu une révélation. Ce qui m'inquiétait le plus n'était pas d'avoir mal à cause de l'aiguille, mais concernait réellement les résultats. Et si je n'avais aucune carence alimentaire ? Et si mes résultats sanguins, une fois lus, ne décelaient aucun problème alimentaire ? Alors cela voudrait dire que le problème vient de moi, de ma tête. De mon mental. Pendant la semaine que j'ai passée chez ma sœur et son copain, à m'occuper de Yannis, Mélanie m'ayant posé la question, je lui ai répondu (étrangement, me connaissant) clairement. Je ne me souviens pas de mes mots exacts. Je lui ai juste expliqué que depuis le problème avec papa, et pendant tout le temps où il a été là, j'avais utilisé beaucoup d'énergie à prétendre qu'il n'existait pas et qu'aujourd'hui, après un harassant travail sur moi-même, cette énergie avait pu être en partie redistribuée ailleurs. Mais qu'il y aurait toujours une infime partie qui continuait de pomper cette énergie, un petit "vélo" dans ma tête qui continuait de pédaler en continu, quoi que plus faiblement qu'auparavant. Alors, ce n'est pas si grave que ça, dans le sens où ça ne m'empêche pas de vivre; mais ça me bloque en partie, parce que j'ai souvent tendance à me demander à quoi serviront mes actions et celles des autres, à me projeter dans un futur bien trop lointain pour moi, et à répondre : rien. Et puis, depuis le temps, mon corps n'est plus habitué à bouger. Je faisais quelques abdos et pompes le soir avant de me coucher, mais je suis incapable de me montrer assidue bien longtemps. Je suis du genre à être emplie de bonnes intentions, et combien de fois par mois ne me dis-je pas qu'il est temps pour moi de me mettre à manger sain, à aller me coucher à tel horaire, à me montrer plus dégourdie, plus vive et plus alerte ! Un jour, je décide de boire strictement un litre d'eau par jour, afin d'hydrater correctement mon corps, puis j'oublie; un autre jour, je décide de faire cinq pompes et dix abdos chaque soir avant le coucher, puis j'oublie, ou je saute un jour, parce qu'après tout "ce n'est pas si important que ça", puis j'oublie; un autre jour, je décide d'utiliser mon mercredi de libre pour faire le rangement à l'étage, je le fais une fois, puis le considère comme une corvée et me sens incapable de me motiver à le refaire pendant un mois et demi entier! Je ne suis pas rigoureuse, je ne suis pas soigneuse. J'accomplis une tâche uniquement, et uniquement, si je suis motivée, ou bien si je risque une "punition" si je ne la fais pas. Et alors, dans ce cas-là, je m'en occupe au tout dernier moment, la veille ou l'heure précédente si j'ai jusqu'à l'après-midi pour m'en occuper.
    A rajouter à tout cela le fait que je n'ai pas de mémoire. Je n'ai pas non plus de notion du temps. Ce qui me pose d'incroyables soucis lorsque je veux m'occuper d'une chose après une autre. Par exemple, si je dois faire de la cuisine après avoir regardé un épisode vidéo d'une série que je suis à la télé. J'ai besoin d'avoir conscience des limites de temps, j'en suis consciente. Parce que c'est l'une des rares limites à ne pouvoir être transformées par les êtres humains : pour une raison qui lui est propre, l'espèce humaine a décidé de faire coïncider entre tous les humains d'un même fuseau horaire, les horloges. Le temps passe de la même manière partout, ce qui pose un problème lorsque je me perds dedans : quand j'en ressors, il est passé bien plus de temps que je n'aurais pu le croire, tout mon pseudo "planning" est décalé, si bien que je finis par me démotiver de pouvoir un jour vraiment le suivre à la seconde près.

    Je ne sais quoi penser, parce que dès que je commence à penser, c'est-à-dire à réfléchir, à me rendre compte du processus établi par mes pensées, que je peux essayer de les ordonner, alors je me sens complètement dépassée. Je me rends compte alors je ne n'arrête jamais réellement de penser, même quand je n'en ai pas consciemment conscience. J'ai lu un livre que ma mère m'a acheté pour mon anniversaire. Ce livre parle des différences entre deux formes de réflexion. L'une est ordonnée, l'autre complètement dispersée, et pourtant les deux semblent être efficaces à partir du moment où on les maîtrise correctement. Je ne maîtrise ni l'une ni l'autre, je me disperse dans tous les sens, tout en continuant à avoir plein d'idées différentes. Ce livre disait, à tort ou à raison, que le type de raisonnement correspond à des personnes qui sont incapables de s'arrêter de réfléchir, même quand elles aimeraient désespérément appuyer sur le bouton STOP. Il me semble que c'est mon cas. Ce qui m'amène à la seconde révélation qui m'a sauté au visage, mais qui n'en est pas réellement une puisque je n'ai pas de certitude dessus : lorsque, le soir, je m'invente des histoires avec des personnages et des aventures extraordinaires, outre le fait que je projette mes désirs et fantasmes de jeune femme torturée sans destin à suivre, sans voie à exploiter, et ce de manière complètement oisive, ne pourrait-ce pas être un moyen de réguler, justement, ces pensées confuses partant dans tous les sens ? Car alors je leur donne corps. Je leur donne le corps d'une jeune femme de mon âge, qui vit des aventures extraordinaires. Alors, certes, ça ne vole pas haut. Ce n'est pas du Proust, ce n'est pas du Victor Hugo, et encore moins du Shakespeare.
    (arrêt de 2 minutes)
    Mais je me demande en réalité si ça ne permet pas, finalement, de canaliser plus facilement mes pensées et mes émotions, que de les vivre par le biais d'un avatar. Après tout, ça marchait quand j'étais encore particulièrement active sur le RP, alors pourquoi pas dans mes rêveries ? Le risque étant que cela ne me consomme trop d'énergie (je reste parfois éveillée jusque tard la nuit), avant de réussir à m'endormir. Je suis dans mon lit, sous ma couette, bien au chaud. Rien ne peut m'atteindre, puisque la porte est fermée et que tout le monde est couché. Le silence est propice à l'ouverture de cette porte imaginaire entre deux mondes, car lorsque d'autres personnes m'entourent il m'est hors de question de me laisser aller à des rêvasseries de ce genre. Pas en leur présence en tout cas. A mon réveil, le lendemain matin (ou midi), j'ai l'étrange impression que mon histoire débutée la veille dans mon lit au pays des rêves a continué à s'écouler toute seule pendant mon demi-sommeil, ce qui me procure une impression de frustration, de non-achèvement. Je suis incapable de respecter les limites que je me suis fixées. Finalement, j'en viens à me dire qu'il ne vaut pas la peine de me surcharger de telles limites, puisque l'expérience a montré que cela ne me convenait pas si personne n'était à mes côtés pour me réguler. En tout cas, si je dois faire les choses à ma manière, je sais à présent que ce n'est pas la bonne.

    Lorsque j'ai assisté au forum Emploi qui se déroulait dans ma ville, j'ai pensé à un mot : Bétail. Lorsque j'ai assisté à mon pseudo entretien d'embauche par la Poste (pas "pseudo" parce qu'ils ne m'ont pas pris, mais parce que nous étions plusieurs et qu'ils nous ont fait passer des tests de géographie et de logique), j'ai pensé à un mot -oublié depuis. De nombreux mots gravitent autour de moi. Je les lis, j'y repense, je les savoure. J'aurais aimé écrire un billet d'humeur disant que les forums pour l'emploi servent uniquement à jauger les potentiels candidats en fonction de leur manière de se vendre en dix minutes maximum, mais hélas peu de personnes y ont participé dans ma ville pour je savoure pleinement la critique négative que j'aurais alors pu en retirer. Je pense à des mots; alors, je me demande si je ne les aurais pas déjà utilisés comme entrée dans ce topic, parce que mine de rien, au fur et à mesure du temps, il finit par s'étoffer de plus en plus. Cela fait un peu plus d'un an que je l'ai ouvert, et je ne voudrais surtout pas me répéter. Après tout, il existe tellement de mots que je m'en voudrais un peu de choisir deux fois le même : je me sentirais lexicalement pauvre. Et puis, il y a les mots intéressants, ceux qui me trottent dans la tête parce que je ne comprends pas d'où ils viennent, quelle est leur origine. Comme le mot "dauphin" par exemple qui, avant de devenir le nom du prétendant au trône de France, correspondait au prénom donné à une grande majorité des seigneurs de Vallois (qui étaient souvent les aînés des rois en exercice), qui lui-même vient de la racine grecque delphes ou delphos (je ne me souviens plus) et qui est utilisée pour parler du mammifère marin.

    fin à 20:10

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Adena H.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Mer 6 Nov - 23:25



      6/11/13, 21:43



    Mesquine.

    Nous avons été m'inscrire à l'auto-école aujourd'hui, pour le permis de conduire. Je ne sais pas à quoi s'attendait ma maman, peut-être à ce que je lui saute dans les bras, qu'on se fasse des confidences sur nos aspirations les plus secrètes, qu'on ait un moment entre "copines", sur le chemin du retour. Soyons honnêtes, et pour cela soyons lucides : si j'avais voulu m'inscrire dans une auto-école pour pouvoir ensuite passer mon code et mon permis, je l'aurais fait il y a un mois. Pourquoi ai-je attendu tout ce temps ? A chaque fois que je me disais qu'il fallait y aller -que j'y aille-, même en le notant sur mon ardoise, j'arrivais malgré tout à oublier de le faire. Il y a deux semaines, ma mère m'a forcé la main et nous sommes passées par la Poste acheter l'enveloppe nécessaire à mon inscription avant d'être reçues. Juste en ressortant, nous sommes entrées au PIJ pour demander des informations supplémentaires sur la bourse, qui se sont au final révélées négatives. Ca fait donc deux semaines que j'aurais pu me bouger, sans que ça ne me préoccupe plus que cela. Ne parlons même pas du bouquin de code acheté à la Fnac depuis... Pfiouu... Au moins juin dernier... Et que je n'ai ouvert qu'une seule et unique fois depuis tout ce temps !
    J'ai fait d'autres choses entre temps, d'autres démarches. Certaines ne sont pas forcément très intéressantes, mais elles le sont clairement plus que ce que je me suis forcée à faire cet après-midi : j'avais l'impression de me rendre à l'abattoir. Quoi que ce ne soit finalement pas la meilleure expression imagée que j'aurais pu utiliser, ce n'est pas comme si je me rendais dans un endroit où on allait me tuer. Trop dramatique; trop pathétique. N'empêche, c'est une chose qui ne me plait pas. J'ai utilisé cette opportunité car elle se présentait à moi et que je me sens redevable envers mes parents, et de fait je ne supporte pas l'idée qu'ils payent une somme pharamineuse pour moi. Mais, en admettant que j'arrive à avoir et mon code, et mon permis, je déteste l'idée d'être obligée de conduire une voiture. Je ne la supporte pas.
    En revenant par le chemin longeant le cimetière, ma mère pensait sans doute m'avoir fait plaisir. Mon intention n'était pas de la vexer, mais j'ai été incapable de la remercier. Principalement parce que je ne le pense pas. Je ne suis pas en train de dire que pour moi il est tout à fait naturel qu'elle ait déboursé une certaine somme (importante) d'argent, et que c'est tellement naturel que je trouve ça normal et que je ne considère pas utile de lui faire comprendre que j'ai apprécié ce qu'elle a fait pour moi. Je ne l'ai pas fait parce que je ne le pensais pas. Pour une raison encore indéterminée - je n'apprécie pas. Je me sens bloquée, comme si on ne m'avait laissé aucune échappatoire. Ma mère a au départ pris mon grommellement comme une plaisanterie, mais il n'y a rien que je trouve drôle dans cette situation. Je me sens paralysée, comme si je n'avais plus aucun autre choix possible : il faut traverser cette route, du point A au point Z, quels que soient les obstacles qui se dresseront devant moi, sans aucune possibilité de revenir en arrière. C'est comme si le héros d'une de mes histoires devait traverser une forêt remplie de monstres et de bêtes féroces avant de pouvoir ressortir à l'air libre; et que, avant même le début de son voyage, il avait devant lui la vision d'une forêt sombre, épineuse, hostile... Et pas moyen de la contourner, de trouver un autre chemin : soit celui-là, soit aucun. Je me sens contrainte. Et autant j'essaye de me souvenir que je n'ai rien à perdre et que toute expérience est bonne à prendre; autant je déteste me sentir contrainte.
    Ma mère est incapable de se comporter en adulte. Elle n'a jamais connu son père, alors quand on lui fait une remarque, plutôt que de l'accepter comme elle est (c'est-à-dire : une remarque) elle va la prendre personnellement. Elle se sentira vexée, et plutôt que d'affronter directement le problème en question une bonne fois pour toutes, elle prendra des chemins de traverse. Elle lancera des piques. Ce soir, elle a revu tous les moments de ma journée, et cherché ce qui était négatif en eux. Comme si elle redevenait une gamine de cinq ans boudeuse et incapable de réagir de manière adulte et mâture. Plutôt que de se concentrer sur le véritable problème, elle utilise des chemins de traverse, elle cherche ce qui pourrait causer de l'agacement chez moi. Quitte à ressortir les vieux sujets usés et repassés depuis des années. Ce soir, j'ai eu l'impression d'entendre un vieux disque rayé. Le pire, c'est que même lorsque mon père s'est finalement décidé à intervenir en jouant un vague rôle de médiateur, et que j'aie été d'accord pour changer de sujet, elle a été incapable de s'arrêter. Ma mère est comme ça, c'est d'un triste : prise de tête. Plutôt que d'accepter le fait que les personnes ont besoin d'un peu de temps pour digérer tous les reproches qu'elle leur fait, qu'il est possible de faire une pause, quitte à reprendre toutes ces informations à tête reposée, elle continue à foncer dans le tas. Elle se tait un moment puis elle reprend, comme si elle se souvenait d'une dernière chose et qu'il fallait absolument qu'elle la dise pour remporter la "partie verbale". C'est le genre de comportement qui donne envie de mettre des claques dans la tête des gens. De leur dire de se taire. Parce qu'ils se comportent comme des imbéciles et qu'à force d'appuyer sur les mauvais boutons, un jour l'autre personne en face d'eux va finir par en avoir suffisamment marre, au point de dire des choses horriblement vraies (j'ai souvent remarqué qu'il était plus facile de blesser quelqu'un avec la vérité) que ces personnes ne sont pas prêtes à entendre. Ma mère n'est pas du genre à comprendre ce genre d'avertissement. Le plus insupportable, c'est lorsqu'au bout de la cinquième fois où on lui demande d'arrêter et de passer à un autre sujet, elle se met à réagir à nouveau comme un enfant : "Tu racontes vraiment n'importe quoi." Comme si c'était elle qui, depuis un quart d'heures, essayait de me faire comprendre que la discussion n'avait pas lieu d'être. Je ne sais pas si je suis prête à lui laisser l'admettre, même si ça lui fait au final plus de bien à elle qu'à moi de le croire. Quelle conne.
    Elle est stupide. Elle est stupide, parce qu'elle est incapable de réfléchir ne serait-ce que deux secondes pour se rendre compte de ce qui pose le véritable problème. Elle en est tellement incapable, ou bien elle a l'esprit bien trop étroit, qu'elle se laisse flotter jusqu'aux sujets éternellement rabâchés, espèces de doudous protecteurs. Je suis bien plus loin que ça. Mais je ne voulais pas me prendre encore plus la tête avec elle en lui expliquant ce qui clochait réellement. Pour la simple et bonne raison que je ne sais pas pourquoi ça cloche. Je sais que si je lui donnais le début de l'énigme, elle ne m'aurait pas lâché avant de connaître la fin (en plus du fait qu'elle aurait essayé de retourner cette "peur" contre moi). Etant donné que je ne l'ai pas, ça n'aurait été qu'une prise de tête de plus pour rien. Futile. Inutile. Stérile.
    Je déteste cette manière de faire. Je n'ai plus en face de moi ma mère, bientôt soixante ans, mais une espèce de sale mioche qui essaye juste de mettre le maximum de coups de pieds là où elle le peut, parce que c'est son seul moyen de se venger. Comment... Et surtout, quel intérêt de communiquer avec cette mère stupidement immature ? Je ne dis pas que tout ce qu'elle me sort est faux. C'est vrai. Si je me remettais plus souvent en question, je me rendrais malade à force d'essayer de faire bien tout ce qu'elle me balance dans la tronche en espérant faire ressortir ma culpabilité, pour me faire du mal. C'est cela que je considère comme mesquin. Plutôt que de me dire ce qui ne va pas au moment où ça ne va pas, elle préfère râler dans sa barbe et tout me ressortir pour se défouler, un jour où elle est fatiguée ou où je l'ai "vexée". Et je rajoute des guillemets à ce dernier mot, parce que quand elle est fatiguée de sa journée (elle ne travaille pas le mercredi -nous sommes mercredi) tout est susceptible de la vexer. Et de la rendre potentiellement mesquine. Et insupportable.



    fin à 22:33
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Mar 17 Déc - 18:29



      17/12/13, 16:12



    Compte rendu ASL n°1.

    Cela fait à présent un peu plus d'un mois que je donne des cours d'ASL à la maison de quartier MP à S***, en tant que bénévole. Cela représente environ une dizaine de cours (j'en serai à mon 13ème cours ce soir). Le cadre est intéressant, et les "stagiaires" (les apprenants, mes élèves) sont gentils et étonnamment patients vu la qualité des premiers cours que je leur ai proposés. Mon formateur référent m'a proposé, pour mes premiers cours, de les animer avec moi; mais j'ai préféré décliner sa proposition. En effet, vu mon manque d'expérience et de connaissances sur le sujet, j'avais peur de ne pas participer, de le laisser faire comme si j'étais encore une observatrice extérieure, sans oser prendre la parole et aider les stagiaires de peur de me retrouver honteuse d'avoir dit une bêtise devant mon formateur référent. Et, surtout, me connaissant, je m'imaginais très bien retarder de plus en plus le moment où j'aurais été obligée de me retrouver toute seule devant eux, sans jamais oser me décider. Alors j'ai choisi de sauter à pieds joints dans le grand bain dès le départ. De commencer mes cours toute seule, comme une grande. Les conditions, de ce côté-là, m'ont été fort favorables : la personne qui s'occupait avant des cours du soir n'était plus là (je crois qu'elle est morte en été -à moins qu'elle ait décidé de ne pas revenir du tout pour cette nouvelle année scolaire), ce qui fait que mon formateur, Patrick, devait s'en occuper à sa place. Avant moi, il y a eu un autre bénévole, Mamadou; mais sa tentative ratée a dû le décourager de continuer (la preuve étant qu'il était inscrit à la même formation ASL que moi, mais qu'il ne s'y est pas montré). Si bien que, pour le coup, je crois que je suis arrivée pile au bon moment : j'ai repris les cours du soir, qui ne correspondaient sans doute pas bien avec le planning de mon référent (qui est censé terminer sa journée à 16H30 en commençant à 9H) -référent qui n'a donc pas insisté des masses pour me seconder lors de mes premières séances.
    Lors des trois jours de ma formation ASL, j'ai pu constater que dans d'autres centres sociaux, les formatrices/bénévoles étaient suffisamment nombreuses pour gérer une classe à deux. D'autant plus qu'il me semblait qu'elles avaient deux fois plus de stagiaires que je n'en ai moi-même. Mais pour le coup, à MP, il n'y a que deux formateurs, et trois bénévoles (dont moi). Pour, il me semble, 7 groupes différents répartis en trois niveaux : débutants, moyens, avancés. J'ai les avancés, ce qui est génial pour moi puisque, malgré mon absence de méthode au mois de novembre, ils étaient malgré tout capables de me suivre. Je devais traiter comme premier thème : l'Identité. Et pour le coup, il est tout à fait vrai de dire qu'à part une vague idée de la manière dont emboîter des textes les uns avec les autres, mon fil conducteur ne menait nulle part.
    En cela, il me semble que la formation ASL à laquelle j'ai eu l'occasion de participer (Patrick m'y a inscrite), durant deux samedis du mois de novembre, et un du mois de décembre, m'a particulièrement bien aidé, ne serait-ce qu'en m'aiguillant sur la manière de faire en général. J'ai eu pour cela la chance de tomber sur une formatrice qui "forme" des formateurs depuis fort longtemps, et qui avait donc une grande expérience lui permettant de répondre aux nombreuses questions que pouvaient se poser les autres formateurs/bénévoles. Il était également très intéressant d'écouter ces derniers raconter les différents problèmes qui pouvaient se poser dans leur salle de cours, et la manière dont ils avaient réagi : cela m'a donné quelques idées. Nous avons travaillé en petits groupes sur des manuels, sur des véritables copies de stagiaires pour voir de quelle manière il était possible de les corriger. J'ai eu tendance, comme à mon habitude, à rester en retrait. Je ne suis pas celle qui parle le plus, mais cette expérience m'a été enrichissante : le fait d'écouter est toujours utile. Et permet de glaner des choses de ci de là.
    Une des choses qui m'a semblé la plus intéressante (sur tout ce qui a été dit durant les trois jours) a été la vision de la formatrice quant à une partie "Phonétique" à intégrer dans le cours. En tant que française, il est difficile de remettre consciemment en question sa manière de parler ainsi que celle des autres. Alors qu'il est pourtant vrai que le français a des modulations différentes, des aspects, des accents de mots et de phrases, des prononciations et une prosodie qui ne sont pas les mêmes que dans les autres langues. Si bien qu'écouter ne serait-ce que 10 minutes de phrases ou de mots (à faire répéter) par cours peut permettre aux apprenants une meilleure discrimination auditive, en les habituant peu à peu au rythme de la langue française. C'est le moment "musical". L'autre point positif, en surplus, n'est autre que le fait que, mes stagiaires arrivant au cours après leurs heures de travail (ils travaillent tous), ils peuvent avoir un petit peu de retard à cause du RER qui met plus de temps que d'habitude, s'ils se trouvent alors dans une autre ville que celle où se trouve la maison de quartier MP : ceux qui ont moins d'un quart d'heure de retard ne perdent donc pas le corps même du thème de la journée.
    Je me rends néanmoins compte que je ne suis pas encore capable de résoudre seule de nombreux points pratiques. Comme, par exemple, le fait d'organiser des jeux de rôles : j'ai prévu d'en faire jouer un ce soir, mais ma manière de faire ne correspond pas du tout à celle proposée par la formatrice ASL; or sa proposition me semble bien plus approfondie et intéressante que la mienne (qui sera malheureusement incomplète, étant donné que j'aimerais boucler cette activité en 2 heures, activité qui en nécessiterait au minimum 4, et qui ne leur sera jamais vraiment utile dans la vie de tous les jours -outch). Comme, aussi, le fait que lors du thème du premier mois, je leur ai donné plein de photocopies, et me rends compte uniquement maintenant que je n'ai pas été capable de les exploiter correctement et entièrement. Un autre de mes gros soucis est de ne pas être capable de donner des objectifs différents aux stagiaires en fonction de leur niveau. Et, dans ce cas-là, j'ai peur qu'ils s'ennuient, qu'ils finissent par ne plus rien apprendre. Ou bien de ne pas être capable, tout simplement, de savoir moi-même quel genre d'objectifs je veux avoir pour mes cours. Et il faut absolument que j'apprenne mieux à gérer le temps de mes activités, et à ne pas écrire autant de mots et de phrases au tableau (ils ont la sale manie de TOUT recopier, même ce qui n'a aucun rapport avec le cours !)
    J'ai encore beaucoup de progrès à faire à ce niveau-là. Mais, sans trop me vanter, j'ai l'impression que la formation ASL m'a permis de mettre en relief certains points nécessaires, comme le fait de systématiquement expliquer aux stagiaires le programme de la séance, ou du groupe de séances, ce qui (apparemment) leur permettrait de ne pas m'écouter passivement, mais bel et bien de comprendre plus facilement les choses à faire, puisqu'ils connaissent le cadre général. D'autant plus qu'il me semble (encore une fois, ce ne sont que des impressions, tout est donc à mettre en perspective) qu'ils ont plus de facilité à communiquer avec moi. Ils sont moins timides, certains viennent même me voir à la fin de l'heure pour me poser des questions qui n'ont pas de rapport avec le thème abordé juste avant (Moussa m'a demandé de lire son contrat de travail pour lui expliquer un terme de vocabulaire). Et s'ils ne comprennent pas quelque chose, ils le disent. Ce qui est génial vu que, de ce qui ressortait de certains commentaires donnés lors des journées de formation, il est impoli dans certaines cultures de dire qu’on n'a pas compris.
    J'aime beaucoup le cadre. Cela fait plus d'un mois, douze séances du soir pour l'instant, que je n'ai de comptes à rendre à personne. Je sais bien qu'il est nécessaire de me recadrer, surtout vu mon niveau presque inexistant de compétences dans ce domaine -mais à part les réunions de formateurs (je vais en assister à une demain matin : ma première, vu que j'ai raté celle d'avant), quelques SMS et coups de téléphone de Patrick pour savoir où j'en suis dans le programme et si tout se passe bien, et quelques petites discussions du soir avec l'autre formatrice-salariée, collègue du précédent, je suis complètement libre de mes actes. J'aime l'idée de ne pas être obligée de rendre des comptes régulièrement à un supérieur hiérarchique, d'autant plus que pour le coup nous n'avons pas du tout les mêmes horaires et que je serais alors constamment obligée de me soumettre aux siens. J'aime l'idée de les voir de temps en temps, mais au final de travailler et de m'améliorer toute seule, dans le fond. Je n'aime pas le côté "devoir" à faire pour le lendemain ou pour la semaine prochaine, mais cet aspect des choses reste bien moins désagréable, rébarbatif et scolaire que le fait d'être obligée d'apprendre par cœur le code de la route. D'autant plus que, grâce à la formation ASL, j'ai désormais de bons outils pédagogiques, qu'il ne tient qu'à moi d'utiliser, pour améliorer la trame de mes cours du soir (je les relirai plus sérieusement pendant les deux semaines de vacances scolaires, et en profiterai pour faire le tri avec les documents moins utiles -comme par exemple la fiche API que j'ai déjà dans mes cours de Phonie et Graphie, et dont je n'ai même plus besoin pour déchiffrer un texte codé).
    Il est enfin également intéressant, de mon point de vue, de noter que, alors que j'étais réticente à l'idée de toute forme d'enseignement à la fin de l'année scolaire (universitaire) précédente, à présent que je me rends compte qu'il existe des manières d'enseigner moins traditionnelles, plus diversifiées, plus ouvertes, l'idée de me renseigner dessus me semble déjà bien moins déplaisante. Je pense que c'est une piste à creuser. De toutes façons, depuis le jour où j'ai lu Jane Eyre, j'ai su que je voulais devenir bénévole humanitaire pour aider à l'apprentissage scolaire dans les pays défavorisés. Je ne l'ai bien entendu jamais avoué, mais c'est un aspect, une vision de mon avenir assez plaisante à imaginer. Et encore plus connaissant mon caractère casanier : si je suis déjà sur place, je n'aurai jamais la tentation (puisque la possibilité, en France) de renoncer. J'aime bien aussi faire des recherches de mon côté lorsqu'un de mes stagiaires/apprenants (mais je préfère dire qu'ils sont mes élèves) me pose une question à laquelle je suis incapable de répondre, et que je lui dis que je chercherais pour la prochaine fois (quoi que, pour le coup, je devrais plutôt lui dire qu'il devrait aussi essayer de chercher de son côté, puisque le côté "transmetteur" prend le dessus sur le côté "guide" dans ce cas-là -alors que cela devrait être le contraire, toujours d'après la formatrice ASL que j'ai eu l'occasion d'écouter pendant trois week-ends). Comme quoi, certains points importants commencent à rentrer. Je suis persuadée qu'avec un peu plus de temps, je serai peu à peu capable de tout intégrer.


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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Mer 22 Jan - 1:06



      21/01/14, 23:29



    Enchaînement.

    Tout se bouscule dans ma tête. Depuis mon rendez-vous à la Mission locale avec ma conseillère, et depuis le message du type qui me supervise, Patrick. J'avais rendez-vous aujourd'hui en début d'après-midi. J'étais censée avoir fait une liste de numéros de téléphone et de personnes à contacter, afin de pouvoir me mettre en relation avec des professionnels. Je n'avais rien préparé. Arrivée devant ma conseillère, celle-ci m'annonce qu'elle a discuté la veille avec des CIO de lycées et de collèges de notre ville, dans l'intention de créer un partenariat. Et que, par conséquent, elle a leurs numéros de téléphone. Et, de suite, devant moi, elle tente de les joindre. Ça ne marche pas la première fois, mais elle réussit à tomber sur quelqu'un au second numéro composé. Bingo, il s'agit du documentaliste de mon ancien lycée (celui que je continue à détester -pas le documentaliste, le lycée, hein) : il accepte immédiatement l'idée que je puisse venir lui poser des questions, même cet après-midi si je le souhaite. Je décline : demain matin, vers 10 heures. Il ne faut pas oublier que j'ai mes cours du soir à préparer (et, vu que je le fais constamment au dernier moment, ce ne serait pas correct de m'en dispenser entièrement vis-à-vis de mes élèves). Donc demain, dans pas très longtemps. Avec, si possible à la clé, la possibilité de faire un petit stage d'une semaine au lycée, du point de vue d'un professeur-documentaliste.
    J'avais aussi comme problème le fait que Patrick était venu la semaine dernière, pendant une heure, voir comment je gérais une classe, comment je faisais mon cours. J'ai remarqué qu'il avait noté plein de choses dans la marge, avec des points d'exclamation à côté. Pour moi, ce symbole ne veut dire qu'une chose : à améliorer d'urgence. Quel a donc été mon étonnement lorsque j'ai finalement décidé de le relancer (il est fou de m'avoir laissé continuer à faire mes cours seule sans m'avoir demandé de changer quoi que ce soit !) et qu'il m'a répondu que son observation avait été très concluante ! Je crois qu'il est véritablement fou : comment son observation aurait-elle pu être concluante alors que je ne sais pas comment gérer mon temps, que je ne sais pas comment organiser mes cours, et que je n'ai jamais suivi de formation suivie pour apprendre à le faire ! C'est qu'il ne doit pas attendre grand chose des bénévoles, pour considérer une telle chose.
    Il faut aussi que j'aille parler à la directrice des Restos, pour qu'elle valide mes 70 heures de citoyenneté. Il faut absolument qu'elle me fasse un papier, signé, disant que je les ai terminées (en tant que preuve pour moi), et qu'elle en envoie un de son côté. Il y a eu un petit cafouillage au départ, si bien qu'elle a au final décidé que dès que j'arriverais je viendrais le lui dire, et que dès que je partirais je ferais de même afin qu'elle voie les heures où j'arrive et où je m'en vais, pour ne pas "tricher". Ce n'est pas mon genre, mais peu importe, si elle préfère faire ainsi pas de problème. Mercredi dernier, elle nous a demandé, à une autre fille et à moi, de venir lui donner nos horaires. En fait, je crois que j'ai beau venir lui dire que je viens d'arriver, et que je suis sur le point de partir, elle ne note rien et compte sur nous pour nous débrouiller. La preuve, c'est que j'ai fini mes 70 heures depuis vendredi dernier, et qu'elle ne l'a pas remarqué. Sauf qu'apparemment, si je n'accomplis pas cette formalité-là, je ne pourrai pas retourner aux séances de code de la route (même si c'est ce qui me gonfle le plus dans tout ça!), et que je serai donc bloquée à la moitié du contrat.
    Il y a trop de choses à voir et à faire et à penser en même temps. En plus, je me dis que, même si ma conseillère m'a rendu service en me donnant un coup de pouce en appelant un lycée avec un professeur-documentaliste, elle m'a également enchaînée parce que j'ai donné ma parole et que je ne peux la reprendre maintenant que tout est arrangé. Donc demain matin, il faudra que je me réveille à une heure normale, que j'aille régler mes comptes avec la directrice, que je reste aux Restos jusqu'à 9 heures 45, puis que je retourne à mon ancien lycée pour répondre à ce fichu formulaire, en croisant les doigts pour, éventuellement, me dégoter là-bas un stage d'une semaine.
    Je vois bien l'ironie du sort : l'endroit m'insupporte, et lorsque j'y étais je ne souhaitais qu'une seule chose : m'enfuir le plus loin possible de là-bas. Mais depuis la fin de mes études, et malgré mes moqueries et taquineries envers Margot à chaque fois qu'elle y retournait (et que je l'accompagnais), j'ai l'impression d'y être sans cesse attirée (sans doute même d'une manière un peu malsaine). J'ai un peu peur de croiser Mr Queffélec, aussi. Que pourrais-je bien lui dire ?
    Si j'ai le stage, ce qui n'est pas sûr du tout, il faudra que je prévienne mamie. Je lui ai demandé de venir lundi prochain, mais si le stage commence lundi prochain, alors elle risque de se retrouver toute seule à la maison, ce qui ne serait pas correct. Ça m'embête de lui demander de ne pas venir alors que je lui ai dit que j'aimerais beaucoup qu'elle vienne, mais d'un autre côté ça ne serait que pure logique de me montrer motivée pour obtenir ce stage : c'est bel et bien à mon ancien lycée que je vais me cacher lorsque quelque chose de grave se produit. Enfin, ce n'est pas excessivement grave, cette fois-ci. Mais finalement, j'ai tendance à exagérer tout ce qui a trait à l'hôpital. Je crois que c'est pour ça que je tournais au ralenti lundi : lorsque ma grand-mère est repartie chez elle dans l'après-midi, après avoir passé la matinée avec moi, j'ai eu une bête envie de pleurer. J'ai senti ma gorge se serrer, comme si on m'abandonnait, et je me suis un peu calmée en marchant jusqu'à la pharmacie (où je devais prendre des médicaments). Mais quand je suis rentrée chez moi juste après, où il n'y avait plus personne, j'ai eu à nouveau envie de pleurer. Est-ce que ce serait pour ça que j'ai peur d'échouer à mes examens ? Est-ce parce que je crois que si j'échoue, on m'aimera moins et on m'abandonnera ? Tout cela est ridicule. J'ai l'impression que mon cerveau est en surchauffe, à réfléchir au puzzle à assembler en fonction des réponses et des activités de dans sept heures. Je crois que j'avais besoin de le noter pour évacuer un peu, et pour organiser un peu mieux toutes ces bêtises. Parce qu'après tout, n'est-ce pas réellement bête de ne pas réussir à trouver le sommeil alors qu'il y a tant de choses prévues et incertaines demain, qui requerrons toute mon énergie !
    Et puis, je pense aussi que pendant une semaine complète, je serai obligée de ne rien faire et de ne rien prévoir. En général, ça ne me dérange pas de ne rien faire : je ne fais rien, mais je ne le fais pas au jour le jour. Là, toute cette plage de sept jours entiers m'effraie un peu. Il y a trop de vide d'un coup pour que je sois capable de le gérer sereinement. Bien trop de vide d'un coup.



fin à 00:06 le 22/01/14
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Sam 8 Fév - 20:29



      28/02/13, 16:43



    Horizons.

    Je suis retournée voir Mr Queffélec au lycée aujourd’hui, et au tout début je me suis sentie complètement empotée. Quand on n’est plus un lycéen, et qu’on n’est pas un professeur, c’est assez bizarre de s’installer dans la salle des professeurs et les entendre nous proposer de manger une part de tarte ou de boire un café. Pendant que Mr Queffélec finissait de corriger son tas de copies de seconde, sur l’incipit d’une pièce de théâtre imaginaire, j’ai observé la pièce où nous nous trouvions. Et je me suis sentie rassurée. Non pas que je me sois sentie à ma place là où je me trouvais, mais c’est comme si mes problèmes s’étaient matérialisés au moment où je franchissais les grilles de l’établissement, et qu’ils n’avaient pas pu entrer avec moi. Alors, après bien sûr, je me suis sentie gênée de ne pas trop savoir quoi dire à Mr Queffélec, un peu empotée, mais j’étais relativement bien –dans l’ensemble. Il a eu du mal à finir son tas de copies, il relevait toujours la tête vers moi pour me poser une nouvelle question sur la santé de mes parents ou sur ce que j’avais ressenti au cours de la dernière semaine. C’est fou comme cette personne est gentille. Je crois que je me sens bien au lycée grâce à lui : de toutes manières, s’il n’était pas au lycée, qu’est-ce que je pourrais bien avoir à faire là-bas ? Strictement rien n’aurait d’intérêt pour moi. Je crois que si on s’était rencontrés ailleurs, je me serais aussi sentie à l’aise. Ce n’est pas le lieu qui m’importe vraiment, c’est la personne associée à ce lieu. Et si la personne n’est plus associée au lieu en question, alors le lieu n’a plus d’importance : seul reste la personne.Mr Queffélec est adorable. Il parle facilement, de tout sauf de lui. Il pose des questions, il écoute les réponses. Il écoute même quand il ne pose pas de questions. Il est l’une des rares personnes que je connais à s’intéresser vraiment aux autres, et non pas aux autres en fonction de lui. En tout cas je ne crois pas, il ne donne pas du tout cette impression là. Je ne le connais pas très bien, en fait, mais c’est une personne admirable. Quelqu’un qui a l’air simple. Qui ne cherche pas à se faire mousser simplement pour qu’on lui porte de l’attention. Et il est drôle : on dirait qu’il s’amuse de petites choses, qu’il est capable de tourner en dérision les choses les plus importantes et les plus graves, y compris lui-même. « Tu veux me voir me faire engueuler par la sous-directrice ? ». Mais sans jamais en faire trop : ce n’est pas un clown. Et parfois, quand il parle, il sort une phrase. Je ne sais pas s’il y a vraiment réfléchi avant de la prononcer, mais cette phrase sonne tout juste. Et on ne peut qu’être d’accord avec lui. Ou avoir brusquement une révélation. « Tu as peut-être l’impression de ne pas avoir autant évolué que Margot parce que quand tu étais au lycée, le cadre ne te convenait déjà plus. Parce que dès le lycée tu ne ressentais plus le besoin d’être constamment encadrée par les enseignants. » C’est rare, le genre de personnes qui vise juste. Et surtout, il s’intéresse aux autres. Nous avons fait un tour au CDI, il y a croisé plusieurs de ses étudiants. Il a pris le temps de parler avec eux, de lire un début d’incipit, d’expliquer à l’un d’eux pourquoi elle ne pouvait pas faire parler ses didascalies. Il y a maintenant une radio au lycée, il est même allé voir les lycéens qui s’en occupent pour poser des questions. La semaine dernière, j’étais tellement centrée sur moi-même que je me suis libérée de toutes mes contraintes habituelles : je lui ai parlé comme à un égal, puisqu’après tout je n’étais pas censée revenir. Nous avons pris des nouvelles l’un de l’autre, nous avons discuté normalement. Mais cette semaine, cette fois-ci, il m’a fait découvrir son monde à lui (tout du moins quand il est de bonne humeur). J’étais gênée parce que je n’ai pas de place à l’intérieur de son monde, tout du moins pas régulièrement (uniquement épisodiquement). Mais je me souviens pourquoi j’aime autant ce professeur. Il ne juge pas. Ou bien, s’il le fait, il ne le fait jamais devant les autres. Et surtout, il a accepté de partager un peu de son monde et de son temps avec moi, alors qu’il aurait très bien pu refuser. Je ne sais pas exactement ce que nous sommes l’un pour l’autre, ce genre de relation est assez compliquée à décrire par les simples termes utilisés régulièrement. Il y a une certaine poésie en lui, une certaine tendresse, une certaine sensibilité qui font que l’on se comprend. Ou, disons plutôt, qu’il me comprend. Parce qu’il y a toujours cet écart entre nous : je le vouvoie, ce qui est tout à fait normal, et il me tutoie. Et surtout, si nos échanges ne sont pas à sens unique, ce qui l’est, par contre, est notre histoire personnelle. Il ne sait pas tout de moi, mais il connait une grande majorité de mes faiblesses. Je ne sais rien de son histoire personnelle. Est-il marié ? Avec un ou plusieurs enfants ? J’ai du mal à l’imaginer dans le rôle du mari ou du père venant serrer tendrement ses enfants dans les bras après une dure journée passée à son travail. Mais après tout, qui sait, peut-être. Mais surtout, surtout, quand je suis moi-aussi dans une bonne disposition d’esprit, que je suis ouverte aux autres (je le suis toujours avec lui, parce que c’est quelqu’un qui mérite d’être écouté et apprécié –mais parfois moins que d’autres), il me permet de voir les choses sous un nouvel angle. « En première, je demande à mes élèves de faire des dissertations déguisées : en leur demandant de faire interagir deux personnages qui ne sont pas d’accord l’un avec l’autre. C’est d’ailleurs souvent ce qui est demandé au BAC de français. » Ah bon ? Ca, ça fait parti de la pédagogie : on ne commence pas tout de suite à planter les élèves devant une page blanche en leur demandant de disserter, on les prépare, on les habitue à penser de cette manière. J’aurais bien aimé lui demander comment il choisissait sa liste de livres pour ses cours, mais je n’en ai hélas pas eu le temps. Il est tout simplement passionnant que j’arrive à voir les choses différemment, à en comprendre d’autres, et ce simplement en l’écoutant parler.C’est comme si, à son contact, je me dotais moi-aussi d’une partie de sa sensibilité. Je vois les choses un peu différemment. Je vois ce qui m’obstruait auparavant la vue, et c’est alors un peu plus facile pour moi de m’en détacher. Il m’a dit, juste avant de partir, que ce n’est pas parce qu’on devenait un adulte qu’on était obligé de se borner à une seule possibilité au niveau du travail. « Moi aussi c’est ce qui me faisait peur en devenant un adulte. Mais j’ai fini par me rendre compte qu’en tant qu’enseignant j’arrivais à concilier d’autres passions, d’autres envies, comme mes traductions ou mes cours de cheval. Et si jamais je fais des cours à domicile, ou si je vais enseigner en prison, ce sera une nouvelle diversification de tout ce que je peux faire, de toutes mes possibilités. » Si je deviens un jour professeur, j’espère ne pas enseigner comme lui : j’ai de mauvais souvenirs de ses cours, de ses phrases interminables ponctuées de « Euuuuuuuh » et ce malgré le fait que ce qu’il disait était très intéressant. Mais plus que tout, je crois que je voudrais être, en tant qu’être humain, ce genre de personne.
    fin à 17:29
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Jeu 27 Mar - 0:34



      Remplissage (26/03/14 à 23:00). Fin à 23:45.


    Je vais voir une psy demain. J'ai rendez-vous dans l'après-midi, vers 15 heures. Donc je veux, avant de m'y rendre, faire un petit topo. Sinon, j'ai peur d'oublier.
    Première chose : le remplissage. J'ai enfin compris pourquoi les adultes continuaient à faire et refaire des enfants. Mon neveu a passé toute une semaine à la maison avec nous, il n'arrêtait pas de rire et de bouger partout. Il parlait, il réclamait notre attention. Constamment. Si on y réfléchit bien, notre vie n'est qu'un long remplissage de tout et de n'importe quoi. D'abord, on nous remplit de connaissances : les adultes nous apprennent à marcher, à parler, à être propre ; puis à lire, à écrire, à compter. On nous fait apprendre par cœur des connaissances plus ou moins inutiles comme les maths, l'histoire-géo, les sciences, le français. Si on a envie, on peut les approfondir au lycée ou à la fac. Sinon, dès nos 16 ans, on peut aller en apprentissage (en alternance ou non, cela n'a aucune importance) : donc apprendre un métier qui occupera toutes ses journées. Ensuite, dans notre société actuelle, on passe les 10 années suivantes à consolider nos acquis, à nous faire une place au sein de notre métier et de notre entreprise. Que ce soit en ayant un CDI, ou une augmentation. Cela prend parfois plus de temps, parfois moins. Mais au final, c'est toujours quand nos premiers objectifs ont été remplis que, si on n'en ajoute pas d'autres, on finit par se lasser de cette vie bien trop monotone pour nous. Alors, on décide d'essayer de remplir notre vie d'une manière différente. Certains adoptent des chiens, d'autres décident d'avoir des enfants. Le meilleur moyen d'être constamment occupé est de s'occuper d'enfants, pour la simple et bonne raison qu'ils occupent (et accaparent) la quasi totalité de notre temps. Bien sûr, on peut faire des enfants aussi parce qu'on aime s'en occuper, ou à cause de la pression sociale. Mais dans tous les cas, si on assume sa paternité/maternité, on a de bonnes chances d'être occupé pendant les 18 à 20 prochaines années de sa vie, si ce n'est plus puisque les enfants finissent par se sentir emprisonnés dans une routine et prennent alors la décision de faire à leur tour des enfants. On peut aller loin comme ça; mais comme ça, si on s'ennuie trop, on peut en profiter pour aller s'occuper un peu de ses petits-enfants.
    Deuxième chose : je ne suis pas en phase avec mon époque. C'est comme une impression de détonner. A une époque où le transport le plus nécessaire est la voiture, je rêve de sentiers spécialement créés pour les piétons et les vélos. Je trouve que notre société évolue trop vite pour les êtres humains qui la composent, quels qu'ils soient. Nos cerveaux datent de 2000 ans, et on voudrait développer encore plus la technologie alors que nous sommes incapables de la suivre. Nous ne sommes pas assez conscients. C'est un point minime, néanmoins il me semble assez parlant. J'ai beau essayer de comprendre cette société et m'y intégrer même, parfois, je n'arrive pas à m'y plonger entièrement. La preuve, c'est que pour peu que je la quitte (parce que je suis malade et que je dois rester au lit, ou parce que je suis partie en vacances, ou parce que j'ai décidé de prendre aléatoirement des vacances, juste comme ça, voilà) c'est comme si c'était un déchirement pour moi de reprendre mes habitudes. Ne serait-ce que le fait de pouvoir passer 2 jours sans avoir de communication avec quiconque : ce week-end me semble parfait, sauf qu'il faut que je m'y arrache pour retourner dans la réalité. Je ne suis pas faite pour vivre dans la réalité. J'ai trop de mondes qui se bousculent en moi. Les détails réels ne m'intéressent pas. Cela peut être connecté à beaucoup de choses, et pourtant je suis sûre à quasiment 90% que j'étais déjà comme ça à 10 ans. Troisième chose : ça m'est apparu ce soir, pendant le dîner. J'ai compris pourquoi je ne voulais pas grandir, pourquoi je ne voulais pas apprendre à conduire, pourquoi je ne voulais pas faire de démarches me permettant de devenir autonome et me trouver un véritable travail (ce qui peut se résumer à tout ce qui consiste à avoir des responsabilités quelconques) : parce que je ne suis pas une adulte. Je fais ma crise d'adolescence. Sans vouloir jouer les Docteur Freud, les maladies de mon père m'ont sans doute bloquées dans un état adolescent. Je suis restée à l'âge ingrat, et je suis bloquée et sans aucun moyen ou envie d'en sortir. Ce soir, alors qu'on était à table tous les trois, je m'en suis rendue compte uniquement parce que je me sentais bien et que je me suis imaginé pendant quelques secondes pouvoir passer le restant de ma vie comme ça. J'ai beau essayer de me comporter comme une adulte, je ne veux pas évoluer pour la simple et bonne raison que je suis bien telle que je suis et que, si je m'en vais, si je décide de m'émanciper pour de bon, ce sera comme si je perdais une nouvelle fois mon père, comme s'il mourrait encore une fois pour moi. En plus du détail insignifiant que, le connaissant, ça m'étonnerait qu'il cherche à prendre de mes nouvelles de par lui-même, vu que je suis un peu pareille que lui sur ce coup-là. Pourquoi est-ce que tout le monde a besoin de se remplir ? Est-ce que les personnes qui se suicident sont trop remplies, ou est-ce qu'elles le font parce que justement, au contraire, elles n'arrivent pas à se remplir assez ? Si une personne arrête de se remplir pendant une à deux semaines, on dit qu'elle prend des vacances. Si c'est plus, on dit qu'elle fait une dépression.
    Quatrième chose : une histoire n'a pas besoin d'avoir de fin. Une histoire, c'est juste une histoire. Elle peut avoir 8 débuts, 2 milieux, 15 000 avant derniers chapitres, et pourtant n'avoir toujours aucune fin. Ou bien en avoir 24. Qu'importe, puisque ce n'est juste qu'une histoire. Il est par ailleurs fort dommage de se montrer aussi conventionnel. Parce que, si on y réfléchit bien ne serait-ce que deux minutes, une histoire, ce n'est que du papier et un peu d'encre (/un écran et un clavier d'ordinateur) pour remplir d'imagination des personnages, des lieux ou des objets. Les gens se rendent-ils compte de ce à quoi ils passent leur temps ? Tous, sans exception, et ce quels que soient leurs goûts, quels qu'éclectiques que soient leurs passions, ils ne font tous, constamment, incessamment, qu'une seule et unique chose : du remplissage. Parce que, comme le dit si bien Pascal (124) : « Les hommes n'ayant pu guérir la mort, la misère, l'ignorance, ils se sont avisés pour se rendre heureux, de n'y point penser. »
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Lun 7 Avr - 18:11

7/04/2014. Fin à 18:10

Princesses.

"Si l'enfant, pour une raison ou pour une autre, est incapable d'imaginer son avenir avec optimisme, il cesse de se développer, comme le prouve, à l'extrême, le comportement de l'enfant qui souffre d'autisme infantile. Il ne fait rien, ou, par intermittence, manifeste de violents accès de rage ; mais, dans les deux cas, il exige que rien ne soit changé dans son environnement et dans ses conditions de vie. Tout cela résulte de son incapacité totale à envisager tout changement dans le sens d'une amélioration. [La fillette] voulait dire par là que ses parents avaient été de mauvais parents parce qu'ils n'avaient pas su avoir de l'espoir pour elle ni lui donner l'occasion d'avoir personnellement de l'espoir, pour elle-même et pour sa vie à venir dans le monde." Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées.

Je viens de me rendre compte que tous mes fantasmes sont construits sur le même schéma : le schéma œdipien. La jeune princesse attend d'être sauvée par son prince charmant. Les parents sont symbolisés par des amis qui n'interfèrent au final que très peu dans leur vie, et donc de la même manière que je ressens l'implication de mes parents dans ma vie. Le prince est sombre et mystérieux, il cache ses sentiments pour elle mais il est toujours là en cas de coup dur, et il n'arrive jamais jusqu'à la princesse, non pas que ses "parents-amis" se mettent en travers de leur chemin, mais parce qu'il me serait tout simplement impossible de les imaginer construire une vie ensemble à partir de ce point-là (et, partant de cela, de m'imaginer avec quelqu'un). Et encore moins m'imaginer qu'ils aient des enfants. Je pense avoir autant de mal à conclure mes histoires, qu'il s'agisse de mes fantasmes ou de mes véritables histoires écrites, parce que je m'implique trop dans mes personnages. Si je m'impliquais moins, je serais sans doute plus capable de leur trouver une fin sans la mettre en parallèle avec celle que je cherche au plus profond de moi-même.
Dans la première situation, il y a la reine-mère et le roi. La reine-mère n'est pas en soi méchante, mais elle soutient son époux dans ses ultimatums (décisions radicales éventuellement prises sous l'effet de la colère -ou pire, d'une réflexion froide dénudée de sentiments humains et uniquement soumise à la logique); les rares fois où elle complique la situation sont lorsqu'elle vient voir la princesse afin de tenir le rôle de sa confidente, et qu'elle lui conseille de faire attention à elle et de vivre pour elle. C'est à ce moment-là que ses conseils sont détournés, puisque la princesse n'est pas suffisamment mûre pour les suivre au pied de la lettre, pas suffisamment mûre pour s'engager, et qu'advient alors un nouveau retournement dans l'intrigue. Les conseils servent ici de catalyseur pour continuer l'histoire parce que la princesse sait que, si elle écoute la reine-mère, elle risque de finir reine-mère elle-aussi, et que cette simple pensée lui fait peur. La seule occasion où l'idée est tentante est celle où elle accepte de jouer un rôle afin de servir les intérêts du prince, et elle le fait alors uniquement parce qu'elle sait que ce rôle est temporaire et qu'elle n'aura jamais à s'empêtrer dedans jusqu'à la fin des temps.
La seconde situation est plus subtile (en tout cas avant d'avoir été décodée). L'amie de la princesse, dans ce second cas, est plus un avatar de ce qu'elle aimerait être. La princesse est gentille, mais un peu trop naïve, et compte un peu trop sur ses sentiments plutôt que sur ses émotions. Elle ne travaille pas, elle n'utilise pas ses connaissances spécifiques, elle n'a pas besoin d'apprendre, elle existe uniquement pour venir en aide aux autres (une espèce de Mary Poppins, finalement) et lorsqu'elle le fait, c'est soit grâce à l'aide du prince ou d'un de ses amis, soit d'une manière instinctive. Elle n'utilise pas ses connaissances, elle sait le faire, c'est tout. Souvent, elle réussit à se protéger sans avoir appris à le faire, juste parce qu'elle en a besoin sur le moment. C'est alors qu'est nécessaire l'amie de la princesse : elle est intelligente, belle, mais surtout maline et cultivée. Elle est capable de réfléchir, et rien ne lui plait plus que de lire un livre d'explications durant de longues heures, sans avoir besoin de rien faire d'autre. Elle aide parfois, souvent, la princesse grâce à ses grandes connaissances acquises par les livres. Avant, j'aimais lire. J'aime moins, maintenant. Je peux donc supposer que l'amie de la princesse est un avatar de la personne que j'aurais aimé devenir (surmoi) avant d'évoluer différemment et de me laisser plus porter par mon ça que par mon moi lors de mes actes. Il n'y a qu'à voir de quelle manière je me suis comportée lors du dernier repas familial : j'étais telle une adolescente incapable de contrôler mes pulsions, incapable d'être réfléchie et optimiste (il y a souvent une fin heureuse : six heures passées avec eux ne sont rien sur tout une vie, je ne les reverrai plus avant un bon bout de temps après ça).
Dans les deux cas, la princesse n'est là que pour vivre des aventures. Elle ne travaille pas, ou alors momentanément (ça aura une fin) ; ou bien son travail sert à l'intrigue, et est donc également momentané puisqu'à la fin de l'intrigue elle reprend le cours normal de sa vie (c'est-à-dire : à ne rien faire de particulier si ce n'est de chercher à rencontrer de nouvelles personnes qui lui permettront de s'intégrer dans une nouvelle intrigue). Elle vit au crochet de la reine-mère, qui la laisse vivre sa vie sans trop poser de questions ou sans trop lui demander de comptes, tout comme c'est mon cas actuellement dans la vie réelle. On peut clairement dire que mes parents me laissent en paix. Excepté lorsque ma mère me parle de mes séances de code et de l'argent dépensé (et donc gâché) que cela implique.
Je comprends maintenant pourquoi ces deux sujets me mettent en colère et m'empêchent de réfléchir rationnellement. Je ne suis pas encore prête à quitter la maison, à partir comme Frérot et Sœurette, à me trouver dans le monde réel; et le fait qu'elle me parle de ce sujet, qu'elle le verbalise, me rappelle tout ce qui me fait peur : que mes parents me jettent de la maison. Je n'en suis pas sûre à cent pour cent, mais je suis quasiment certaine qu'ils ne feront jamais une chose pareille. D'un autre côté, je ne  me sens pas suffisamment capable de créer une fin heureuse de par moi-même pour réussir à passer au-dessus de ce blocage affectif. Peut-être parce que mes parents sont tout sauf diplomates et subtiles : ma mère a, après tout, voulu me forcer physiquement à aller voir mon père à l'hôpital, en me faisant culpabiliser de ne pas y aller. Sans être capable de comprendre la peur sous-jacente qui accompagnait ce refus.
Quoi qu'il en soit, je n'ai jamais quitté la maison maternelle pour voler de mes propres ailes. A chaque fois que je l'ai quittée, c'était pour retrouver la même forme dans une autre maison. Quand je vais chez ma sœur et son pacsé; quand j'ai été dans une famille, en Angleterre; quand j'ai été chez ma tante Laure-Anne et mon oncle et mon cousin; quand j'ai été chez ma grand-mère, qui est ici clairement représentée comme un substitut de ma mère (ne serait-ce parce qu'il s'agit de la maison où a vécu ma mère, de la chambre où elle a dormi, de la salle à manger où elle a mangé). Ou bien lorsque, lors des voyages scolaires, mes professeurs représentaient un substitut de mes parents : l'adulte responsable vers qui se tourner en cas de problème. L'argent, quant à lui, est un problème matériel correspondant à une situation d'adulte responsable qui prend et fait face à des responsabilités. Tout ce que je ne suis pas à l'heure d'aujourd'hui. Malheureusement.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Jeu 24 Avr - 15:12

Bribes. Lundi 21/04/14.

1) la mémoire. sans mémoire on est incapable d'intérioriser nos expériences. c'est comme
si tout ce qu'on faisait n'avait aucun impact, comme si ça n'avait jamais existé. on
reste bloqué indéfiniment au même point/au même stade psychique.

2) du mal à différencier si on fait les choses pour nous ou parce qu'on a intégré les
demandes de la société. est-ce qu'on a réellement besoin de faire des choses, ou bien
est-ce que c'est la société qui nous dit qu'on en a réellement besoin ? ex : la voiture.
A-t-on réellement besoin de prendre la voiture, ou bien le fait d'avoir passé son code
et son permis de conduire peut-il n'être considéré que comme un rite de passage ? même
si au final on n'utilise quasiment pas sa voiture.

3) pourquoi donner un sens à sa vie ? on se remplit de vide. crise de la trentaine, de
la quarantaine, parce qu'on se rend compte que tout ce qu'on fait, c'est se remplir de
vide. la vie n'a pas de sens. illogisme. peur d'accepter de se choisir un but, pour
angoisser dans 50 ans, en se rendant compte que tout cela n'est rien et qu'on n'a
finalement rien fait de sa vie. pourquoi devrait-on se trouver une logique de vie
puisque la vie n'a pas de logique ? aucun intérêt ?

4) vertige. difficile de garder la même échelle constamment. parfois, 1 vie = 1 vie,
d'autres fois 1 vie = rien. A l'échelle d'une vie humaine ou à l'échelle de la planète ?
certaines logiques et certains actes particulièrement importants, mais risibles sur le
long terme (1 milliard d'années). Pascal.

5) trop d'attentes du monde dans lequel on vit. en colère quand, pour une raison ou
pour une autre (une personne qui compte pour nous), on nous rappelle qu'on ne fait pas
partie de la norme. anesthésier ses attentes.

6) incompréhension générale/globale des autres. par exemple : pourquoi les gens qui
viennent de voir un film ensemble reparlent-ils de morceaux du film ensemble ? est-ce
qu'ils ne se rendent pas compte que les personnes à qui ils s'adressent étaient dans la
même salle qu'eux ? manière de créer du contact humain, de se trouver des points
communs, de se rapprocher en parlant d'un même sujet.
utilisation de livres et de manuels permettant de décrire la société contemporaine.

7) culpabilité car c'est de l'argent. j'avais prévenu ma mère que je n'avais pas envie
de le passer, et que je ne le réviserais sans doute pas parce que ça ne m'intéresse pas.
elle m'avait rassuré en me disant qu'elle m'aiderait et qu'elle me supporterait. comme
les 99% de ce qu'elle dit, elle ne l'a pas fait. et maintenant, elle essaye de me faire
culpabiliser. elle en a même parlé devant ma sœur, qui a eu la même démarche. "il faut",
"tu dois". je les ignore, ça ne m'aide pas. je ne supporte pas de me sentir forcée,
surtout que c'est leur seule manière de réfléchir.

8 ) mardi dernier mon père a eu mal au ventre parce que la veille il a été obligé de boire
un liquide pour passer son IRM. je me suis sentie mal et triste et renfermée et perdue
toute la journée. et ma mère : elle a prévenu son travail qu'elle n'irait pas travailler
parce qu'elle avait mal au ventre. elle nous dit, le soir, qu'elle va mieux quand elle
fait autre chose. et elle n'est MÊME PAS capable de faire le lien.

je suis MÉPRISANTE, je me sens SUPÉRIEURE aux autres.

9) tabou de la mort. contradiction de la société : à partir du moment où nous sommes
en vie, nous allons forcément mourir un jour. mais plutôt que de l'accepter et de faire
en sorte de l'intégrer, on le cache. comme si c'était mal de mourir. comme si ça devait
forcément faire peur. ILLOGISME. INCOMPRÉHENSION.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Mar 10 Juin - 8:48

Boomerang. 10/06/14, 7:19.

Je ne vais pas bien. Quand je rentre dans une voiture, je pense presque régulièrement aux accidents de la route qui pourraient nous arriver. Alors, soit c'est mon côté mélodramatique qui ressort; soit c'est l'impression diffuse de ne pas me sentir complètement en sécurité à l'intérieur de ladite voiture. Et pourtant, la voiture en question est quasiment constamment conduite par ma mère qui n'a jamais eu d'accidents de la route et qui a tendance à faire passer la sécurité au volant devant tout le reste.
Je suis partie quelques jours en visite dans ma famille dans le sud avec ma mère. C'était génial de (re)découvrir un nouveau pan de ma famille. En réalité, je les avais déjà vus il y a quelques années quand je passais mes vacances chez ma tante, mais mon père était à l'hôpital à ce moment-là et j'étais une véritable adolescente : égoïste et égocentrique. Je crois que c'est de là que vient le American River : je dormais dans la chambre d'un de mes cousins et en face de moi était posée une boîte de chaussures. C'est la marque, et je répétai les lettres les unes après les autres pendant des heures et des heures, inlassablement. A. M. E. R. I. C. A. N. R. I. V. E. R. C'était mon mantra, mon talisman pour tenir toutes les mauvaises pensées éloignées.
J'ai trouvé ça réconfortant de me rendre compte que j'avais tout un pan de ma famille, relié à moi par ma mère, que je ne connaissais absolument pas. Ils ont tous été très gentils avec nous, si bien que je n'ai pas eu l'occasion de rester suffisamment longtemps pour gratter sous la surface et me rendre compte de leurs défauts respectifs. J'ai juste passé un bon moment, même si je dois à présent faire de sacrés efforts pour m'en rappeler. Ça m'a permis de me rendre compte que je n'étais pas limitée question famille, et ça m'a permis d'aborder la fête d'anniversaire familiale du côté de mon père avec plus de sérénité. D'autant plus que j'ai réussi à m'arranger avec ma sœur et qu'elle a pu m'emmener une semaine plus tôt. Là-bas c'était sympa, sans plus. Le seul problème avec cette nouvelle famille idéale, c'est que pour qu'elle le reste le temps que j'en aie besoin, il me faudra éviter au maximum d'entrer en contact avec elle. Ce qui, quand j'y pense un tout petit peu, ne devrait pas être un problème majeur vu mon caractère général.
L'autre problème, c'est que l'effet "boomerang" s'est produit une fois que nous étions dans le train, ma mère et moi, et que je n'ai pas su ni le refréner ni le gérer. Une fois de plus j'ai tenté de lui expliquer pourquoi je me sentais aussi mal à l'aise, mais je ne veux pas me faire d'idées dessus de peur d'être une fois de plus déçue. Le problème étant que quand j'ai tenté de le faire, j'ai eu l'impression de lui faire des reproches, de remettre en question son rôle de mère en lui disant, ni plus ni moins, qu'il était particulièrement mauvais. L'effet "boomerang", c'est ce qui se produit en général après que mon esprit ait été totalement accaparé par un sujet que je n'ai plus du tout. C'est le vide après le plein, la transition a toujours été difficile pour moi. Ma mère a donc bien vu que j'étais "malheureuse", mais je ne suis pas sûre qu'elle ait compris pourquoi. Je le lui ai demandé, et je crois qu'elle croit que je le suis parce que je pense à trop de choses que je ne peux pas résoudre. Je le crois parce qu'elle m'a conseillé de trouver un dérivatif : faire quelque chose pour ne pas y penser, comme de rencontrer des personnes, de me trouver une activité, du sport, un travail, histoire d'être ensuite suffisamment fatiguée pour éviter d'avoir à y penser. Mais, d'une part, j'ai peur de l'effet boomerang; de l'autre, un dérivatif ne résoudra pas le problème, il ne fera que l'écarter temporairement, momentanément. Mais c'est comme ça qu'elle réfléchit. Alors que moi, je ne crois pas que ce soit ça, le véritable problème. Je ne crois pas que le fait d'avoir toutes ces questions en tête soit un point négatif à isoler absolument. Je crois que ce qui me rend malheureuse, c'est de ne pas être comprise par les autres, de ne pas être capable de leur expliquer mon point de vue sans me rendre compte qu'il faut que j'explique mes explications.
Alors, la solution de ma mère est de me proposer de rappeler mon ancien psy. NON catégorique. Ce serait la pire chose à faire pour elle. Parce que pour moi, de manière irrationnelle, le fait de sous-traiter à un psy mes problèmes, reviendrait au fait d'admettre son impossibilité à me protéger. A admettre son échec en tant que mère. Comment lui faire confiance, ensuite ? Ne serait-ce également pas une solution de facilité : je ne veux pas me compliquer la vie à essayer de te comprendre, alors je délègue ? Malgré ma totale compréhension du fait qu'une discussion entre nous deux nous rendrait toutes deux frustrées de ne pas avoir compris l'autre. Pas besoin de relire mes précédentes entrées pour comprendre ça, c'est ancré en moi. Du point de vue de mon esprit tordu, le fait de ne pas parler des séances psychologiques me permet et de la protéger, et de protéger l'image que j'ai d'elle.
Ma mère est un petit animal fragile et complètement dépassé par ma manière de réagir. Puisqu'elle pense que tout le monde pense la même chose qu'elle, et ce de la même manière qu'elle, elle se sent complètement perdue dès lors qu'un autre parle de choses quittant son domaine de compétence, sa grille de lecture du monde est complètement déboussolée, plus rien n'entre dans les cases. Là, ça va un peu mieux, parce que je lui ai dit ce que j'avais en tête, sur l'année à venir et sur toutes mes années futures, et elle m'a écouté. J'ai verbalisé. Je ne suis pas sûre qu'elle m'ait entendu, mais j'ai essayé de faire des comparaisons avec des choses qui existaient déjà en elle, comme par rapport au travail de ma sœur, et ça m'a au moins fait du bien même si j'ai détesté le fait qu'elle me voie aussi, non pas fragile, mais torturée.
Ce qui me donne l'impression de m'éloigner de tout ça lorsque je parle à Mme D. Je ne suis pas sûre que même en trouvant l'origine de toutes mes peurs, quelles qu'elles soient, je me sentirai plus intégrée dans le monde qui m'entoure. Je ne suis pas sûre que ça marche comme ça, que le simple fait de comprendre une chose me permette de me donner suffisamment de forces pour réussir à la vaincre.Et encore moins si cette chose en question existe depuis des lustres. Comment régler les problèmes intérieurs de ma mère ? C'est une chose qui me paraît impossible et clairement au-dessus de mes forces. On s'éloigne du sujet, du problème. Je veux savoir comment faire pour intégrer la société. Pas l'intégrer physiquement, hein. L'intégrer psychiquement. Me sentir à l'aise à l'intérieur, et non plus comme un intrus ou un petit animal craintif. Je voudrais également savoir si ce serait possible un jour ou bien si, parfois, ça ne vaut même pas la peine d'essayer. Je voudrais comprendre ce qu'elle a de si bien, cette société, que les autres cherchent à tout prix à y aller. Je voudrais comprendre comment gérer au jour le jour ces pensées si envahissantes qu'elles m'empêchent de m'intéresser véritablement et sur la longue durée à quoi que ce soit d'autre. Voilà ce que je veux.
Parce que là, le fait de revoir ma famille m'a requinqué. Et j'ai l'impression de pouvoir faire ce que je ne me sentais pas capable de faire avant. Mais ma famille est loin à présent, et je sais que cette sensation ne va pas durer longtemps : peu à peu elle va s'estomper, et je sais que si je commence à faire des choses et des projets dans cet état d'esprit-là ils ne tiendront pas la route sur la longue durée. Appeler des gens, écrire des messages, ranger ma chambre, oui. Mais pas passer mon code de la route ou m'inscrire à l'ESPE, non. Je comprends qu'il soit utile de retrouver les bases, afin de m'aider à les consolider. Mais si ça prend trop de temps, et qu'en parallèle je me sente toujours incapable d'élargir ma compréhension du monde, alors j'aurai aussi l'impression d'être bloquée, de ne pas être capable d'avancer. A moins que je ne saute dans le grand bain et que je décide de faire quelque chose de totalement différent, comme me l'a conseillé Mr A-A. Ce qui me fait d'ailleurs penser qu'il ne faut pas que j'oublie d'annuler mon rendez-vous de demain avec lui.

fin à 8:12
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Sam 28 Juin - 12:52

Je crois qu'il reste au fond de chacun d'entre nous une part de paganisme. C'est ce paganisme qui nous empêche de parler de la mort; c'est ce paganisme qui a rendu peu à peu le sujet tabou au point de n'oser en parler que dans des lieux consacrés; c'est ce paganisme qui a permis de garder tout au long des siècles la même attitude de deuil et de consolation : "Je suis désolée" ; "Toutes mes condoléances". Car alors, si on en parle, il y a risque de personnification. Et si personnification il y a bien, alors la Mort devient réelle : elle prend forme et substance. Mais surtout : elle peut répondre à nos appels. Si on en parle, elle peut venir roder autour de nous, sentir notre peur de l'inconnu. Et repartir avec nous.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Jeu 11 Sep - 15:42

Expert. 11/09/2014.

En deux jours (mes deux premiers jours de cours de la nouvelle année scolaire), en deux premiers cours, deux profs différents nous ont expliqué qu'à la fin de l'année nous serions des experts dans notre domaine. Je ne veux pas devenir un expert. Je veux continuer à faire ce que j'ai toujours fait, c'est-à-dire m'intéresser à un sujet quand j'en ai envie, puis passer à un autre lorsque j'en ai tout autant envie. C'est-à-dire approfondir un sujet quand j'en ai envie, jusqu'au point où je n'en ai plus envie.
Je suis censée m'inscrire au concours à partir de ce soir. Je n'en ai aucune envie. Certains veulent s'inscrire pour le passer, uniquement pour se mettre en condition et savoir ce que c'est censé être, tout en sachant qu'ils ne vont pas l'avoir. Moi, je n'ai même pas envie de savoir. J'ai l'impression d'être un cheval, ou bien un âne (vu leur réputation, ça collerait sans doute mieux) auquel on a attaché un licol (ou licou; de l'ancien français : lie (lier) et col (cou)) et qui ne cesse de renâcler malgré cela. Je me débats à l'intérieur d'une cage. Je plante mes quatre fers dans la terre, et je refuse d'avancer d'un seul pas alors même que j'ai accepté de me faire encager - quoi que certes pas de mon plein gré, mais sans pourtant avoir opposé trop de résistance non plus. C'est assez perturbant. Et ça va trop vite : le concours est début avril prochain. Dans un peu moins de sept mois. Sans parler des cours et des devoirs à rendre pendant tout le semestre. Je ne sais plus comment travailler; je n'ai jamais été capable de m'organiser. Tout en sachant que lors des épreuves orales du concours, la principale question que vont apparemment se poser les membres du jury sera : est-ce que ce candidat peut devenir un de mes collègues, ou non ? Alors que je ne me sens même pas capable d'aller à Monoprix pour acheter les petites choses dont j'ai vraiment besoin. Ce qui me permettrait, au passage, de vérifier que ma carte bancaire fonctionne toujours - ou bien si c'est moi qui me suis plantée dans le code la dernière fois. Lorsque je n'aurai plus le choix, j'irai, bien sûr - ou bien je demanderai à quelqu'un de m'accompagner ou de le faire pour moi. Mais avant, en attendant, rien que l'idée de me déplacer reste une épreuve.
Comment les membres du jury pourront-ils m'imaginer en futur professeur, alors que moi-même je me sens incapable d'appeler certains de mes nouveaux professeurs par leur prénom, comme ils nous l'ont demandé ?

Et puis, soit j'ai perdu l'habitude d'assister à des cours, ce qui en un an est quand même énorme; soit je ne me sens absolument pas à ma place dans ce cursus. Nous ne sommes que 36, 40 maximum. J'ai l'habitude de me noyer dans la masse d'une deux centaines d'élèves présents en même temps que moi dans l'amphi. 40, ce n'est pas rassurant. Ça veut dire que nos professeurs vont finir par nous appeler par nos prénoms. Par les connaître. Par nous connaître. Je déteste les personnes qui se mettent en avant. Il y en une, Marie, qui pendant le cours essayait de répondre à des questions qu'elle ne connaissait pas. Eurk. J'avais tellement envie de lui dire : "Si tu ne sais pas, tais-toi. A part si le prof t'interroge précisément, nominalement, auquel cas laisse ceux qui savent répondre." Eurk eurk eurk !
L'un de nos professeurs, de lundi dernier (mais peut-être pas forcément de TOUS les lundis, vu que notre emploi du temps n'est pas fixe) nous a lâché quinze minutes en retard. On devait finir à 15H00, et un quart d'heure plus tard tous les élèves de mon groupe, y compris moi, étaient encore accrochés à leur table. Notre prof de mardi après-midi dernier a fait la même chose, en élargissant son cours d'une dizaine de minutes. Je trouve ça génial, que des profs prennent vraiment le temps de répondre à leurs élèves, pour les rassurer, pour reformuler certaines théories. Génial, vraiment. Mais dans ma tête, j'étais comme ces petits élèves de sixième qui se disent, une fois la seconde après 15H00 passée : "Bon, quand est-ce qu'elle nous lâche ?" J'avais juste envie de partir. Pourtant, c'est génial, comme démarche pédagogique. On est censés passer le concours dans moins de 7 mois. On a donc à peine plus d'une demi année pour maîtriser vingt mille sujets différents (je grossis le trait, bien sûr, mais c'est en gros ce que je ressens vu que j'ai l'impression de patauger dans de la mélasse), et un quart d'heure en plus par ci par là n'est pas négligeable. Mais crotte, quoi. Merde ! Le cours finit à 15H00, je n'ai aucune envie de rester un quart d'heure en plus. Cinq minutes, oui, éventuellement, mais pas dix. Pas quinze. Et plus je voyais le temps passer sur mon téléphone portable, plus je me disais qu'il fallait que je me force à ne pas regarder l'heure toutes les cinq secondes - trop déprimant. Sans être capable d'y arriver. J'étais en train de me stresser moi-même, toute seule comme une grande.
C'est comme le premier jour, le lundi. Je m'étais dit que ce n'était pas grave, que rien d'important n'allait se jouer. Et pourtant, au moment où j'ai commencé à parler, vite, un peu trop fort, et sans reprendre ma respiration, et cette affreuse manie de dire tout ce que je pense sans filtre aucun sont ressortis et ont pris le dessus. Parce que oui, quand je demande si le siège est libre à côté de quelqu'un et que cette personne m'explique que le siège ne lui appartient pas et que n'importe qui peut s'asseoir librement où il veut sans avoir besoin de demander la permission de quiconque, je suis obligée -je me sens obligée- de lui faire remarquer qu'il y a une intention sociable derrière ma demande. Et que, comme elle était présente à la réunion juste avant, demander un siège ne revient pas juste à demander un siège, mais à demander implicitement sa permission pour discuter avec elle. Dans le genre "naturel", je crois qu'on n'a jamais fait mieux.
Argh. Et puis, je n'arrive pas à me remettre dans le bain. On a une conférence demain toute la journée. L'une des profs nous a dit que ce n'était pas bien grave si on n'y allait pas, et tout de suite j'ai pensé : ouf. Et ensuite, je me suis rappelée que le vendredi, mon père travaillait à la maison. Et que vu que je lui en avais déjà parlé, il allait voir que je n'étais pas studieuse et que je ne faisais aucun effort. Et que donc, j'étais obligée d'y aller. A cause de lui. Enfin, surtout à cause de sa présence. Ce qui revient à dire que s'il ne travaillait pas à la maison certains jours, je n'aurais même pas fait l'effort d'aller me présenter à la fac ce jour-là. Ce qui m'a fait venir à un compromis avec moi-même : apparemment, la dernière conférence de la journée va être enregistrée et le support vidéo posté sur le site de ma fac. Alors, quel intérêt à rester jusqu'à 16H15 alors que je peux rentrer chez moi dès 14H30 ? Rester deux heures de plus me semble insurmontable. C'est un bon début pour mon année de concours, n'est-ce pas ?

Et le pire du pire, dans tout ça, c'est que je me censure. L'autocensure a toujours été mon point fort. Parce que je sens que si je faisais part de ces constatations à mes parents, mon père se fâcherait (je l'imagine déjà me dire qu'il ne comprend pas, quand même, je me suis inscrite à la fac, il faut remplir mon contrat. penser déjà aux problèmes d'argent que cela posera, puisqu'on refait notre salle de bain et une des chambres par voie de conséquence, et qu'ils voudraient en plus de cela prêter un peu d'argent à ma sœur afin de l'aider à s'en sortir financièrement et que la fac coûte cher. me dire que je ne suis pas raisonnable, que si je ne voulais pas aller à la fac ou prendre la peine d'y aller, j'aurais du leur dire : rigidité morale). Sa manière de s'inquiéter pour moi est de se mettre en colère lorsqu'il ne comprend pas ce que j'essaye de lui expliquer (cf. le jour où je lui posais une question parce que je ne comprenais vraiment pas ce qu'il voulait dire par là, je ne sais plus à quel sujet exactement, et qu'il s'est fâché en croyant que je me moquais de lui, que je me payais sa tête en faisant semblant d'être plus bête que je ne l'étais réellement - je serais flattée de l'opinion qu'il a de moi, si je n'avais pas été aussi consciente de mon incompréhension et de mon ignorance à son égard. Quand à ma mère, elle me regarderait comme un objet volant non identifié. Je ne pense pas que ce soit de la médisance, je crois au contraire que je connais suffisamment bien mes parents et leurs réactions pour me permettre de poser certaines hypothèses. Rien qu'hier après-midi encore, elle m'a fait remarquer qu'elle était contente que j'aille à la fac. Parce que, comme ça, j'aurai des choses à leur raconter le soir.

PARCE QUE, COMME CA, J'AURAI DES CHOSES A LEUR RACONTER LE SOIR.

Sérieusement, maman ? Oui, bien sûr maman, c'est tout à fait la raison pour laquelle les gens s'inscrivent à la fac. Ce n'est pas parce qu'ils veulent faire des études, se préparer à un métier ou à un concours, ou parce qu'ils aiment ça. C'est pour pouvoir raconter des anecdotes le soir à leurs parents. Je crois qu'elle est à l'ouest. A l'ouest de l'ouest. Elle était tellement soulagée d'apprendre que j'allais enfin faire quelque chose cette année que, paradoxalement, ça prouve à quel point elle s'inquiétait pour moi. S'en rend-elle compte au moins, elle qui ne cherche jamais à voir plus loin que le bout de son nez ? C'était à la fois agaçant et culpabilisant. Parce que je sens que je n'ai pas le droit de dire ce que je pense vraiment. Parce que ça reviendrait, d'une part, à lui enlever sa tranquillité d'esprit apparente - en tout cas en ce qui me concerne. Elle peut s'inquiéter pour sa mère, pour sa fille, pour son petit-fils, pour son mari, pour qui elle veut. Mais plus pour moi. J'ai l'impression d'être rayée de sa liste ; ça fait du bien, en quelque sorte. Mais pas suffisamment. Je déteste cela. Jouer un rôle. Mais j'ai également l'impression que si je ne le joue pas convenablement, elle risque de recommencer à se faire du souci pour moi; or, cela impliquerait qu'elle s'intéresse de plus près à moi; or, son intérêt pour moi, oral, presque logorrhéique, me forcerait à répondre et à me confronter à des questions auxquelles je n'ai pas de réponse ("mais si ça ne t'intéresse pas, ça, qu'est-ce qui t'intéresse ?") et à des remarques que je ne suis pas capable de soutenir ("il faut que tu te trouves un job. si ce que tu fais là ne t'intéresse pas, il faut que tu te cherches un emploi étudiant"), ou à son comportement de chien battu qui me donne l'impression d'être une mauvaise fille parce que je lui donne l'impression d'être une mauvaise mère (ton pitoyable : "il faut que tu retournes à la mission locale, il faut que tu fasses quelque chose. qu'est-ce que je pourrais faire pour t'aider ? il doit bien y avoir quelque chose à faire...") sans qu'elle ne fasse jamais rien. Sans qu'elle ne prenne jamais d'initiatives.

Le fait d'omettre volontairement une part de vérité me rend hargneuse. J'arrive à garder la face un certain temps à l'extérieur, mais à la maison écouter ma mère me répéter à quel point ça va me faire du bien d'aller à la fac m'insupporte. Qu'elle commence à raconter sa propre expérience, à "radoter", me met sur les dents. Je sais qu'elle ne sait rien faire d'autre. Mais ça m'agace, ça m'agace. Et pourtant, ce n'est pas si stupide que ça : les personnes qui ne font rien n'ont rien de nouveau à raconter et se retranchent dans leurs souvenirs passés, c'est logique. Ou bien dans les anecdotes qui sont arrivées aux autres. Au contraire de ceux qui agissent et qui ont toujours quelque chose de nouveau à raconter. Dans les deux cas, cela peut être intéressant ou bien tout au contraire inintéressant au possible (je pense ici à ma tante qui ne fait rien de particulier mais qui trouve toujours une petite anecdote à monter en tête d'épingle comme si c'était la chose la plus incroyable/amusante/extraordinaire du monde -barrez les mentions inutiles). Les deux cas peuvent être tout aussi ennuyeux et laborieux l'un que l'autre. Comme partout, il faut savoir doser. Et comme tout le temps, je dose mal. Je me force à me rappeler, en le notant sur mes feuilles de cours, que je vais à la fac uniquement pour : apprendre. Comme quoi j'ai besoin d'un rappel constant sur mes feuilles de cours pour ne pas lâcher dès le troisième cours de la rentrée. Je me shoote à Casse-Noisette, de Tchaïkovsky. Et, plus généralement, à la musique classique. Parce que je me suis rendue compte que je n'avais pas besoin d'autant de mots physiques. Alors je me suis préparée aux assauts des personnes étrangères, extérieures à mon cercle familial proche comme à ceux de celles qui en font partie. A sourire à leurs demandes quant à ce que je fais cette année, si la fac me plait, si les cours me plaisent, si les cours ne sont pas trop durs. A atténuer la dureté habituelle de mes réponses, à les nuancer de manière plus positive que négative alors même que je n'en pense pas un seul mot. Pas un seul traître mot. A réfléchir à l'avance à de petites anecdotes rigolotes que je pourrais insérer dans les trous. J'ai même pris des notes lorsque le professeur a interrogé certains étudiants pour savoir ce qui les intéressait le plus dans ce métier; je me suis dit que ça pourrait m'aider, que je pourrai reprendre leur motivation à mon compte afin de savoir quoi dire si on me posait un jour la question - rien que pour leur donner l'impression que je suis confortablement installée dans leur moule.
Ce qui est bien sûr faux : je gigote, je me tourne et me retourne comme chaque soir dans mon lit avant d'arriver à trouver le sommeil. Les angles me font mal, ils me piquent de partout. Et lorsque j'en cherche un, je ne trouve rien d'autre qu'un arrondi où je ne peux me caler correctement. C'est pourquoi je ne supporte pas les moules : ils ont toujours un défaut de fabrication, si ce n'est plusieurs. Oui, je suis un être humain de sexe féminin ; mais je ne suis pas que ça. Oui je suis un humain de sexe féminin de 18 à 30 ans ; mais je suis tellement plus que ça... Je sais que les humains ont besoin de caser les personnes dans des boîtes, je le fais moi-même, c'est parfois agréablement rassurant. Mais tellement étroit/large. Tellement sombre/lumineux. J'irai même plus loin en disant que je pense qu'il est dangereux de se faire enfermer dans un moule, quel qu'il soit, de sa propre volonté ou non : parce qu'alors, on n'est plus que ce qu'est le moule. Et c'est tellement peu par rapport à ce que les gens sont vraiment... Comme si on acceptait d'effacer certains traits de nos personnalités uniquement pour complaire au plus grand nombre. Alors même qu'il a été prouvé que la majorité n'avait pas toujours raison, ne serait-ce que si on pense aux dictons populaires (transmis de génération en génération par la majorité, alors même que certains se contredisent) ou à la seconde guerre mondiale quand les nazis étaient en majorité. Et pourtant, je ne suis pas sûre à cent pour cent qu'ils aient eu raison d'exterminer toutes ces personnes innocentes *attention : humour :: euphémisme !*

Passer le concours, c'est se faire normaliser, c'est entrer dans le moule. C'est accepter le fait que ceux qui ont échoué ne soient pas comme nous. C'est accepter de faire un tri, les bons sans les mauvais. C'est accepter la norme imposée et s'y contraindre jusqu'à la fin de sa vie, c'est l'intégrer au point que je sois capable de comprendre pourquoi je n'aurai pas mon concours, et de trouver cela logique. Légitime. Tout comme le fait que, si je l'ai, je sois capable de comprendre pourquoi je l'ai eu et pas certains autres. Et de l'accepter. De le tolérer. Je ne crois pas qu'on soit capable d'entrer dans le moule juste pour un concours, et de s'en débarrasser juste après une fois celui-ci obtenu. Entrer et sortir d'un moule, ce n'est pas comme mettre et retirer des vêtements; ça marque. C'est un acte significatif. Et c'est également ce que nous ont expliqué nos trois enseignants -pour le moment- : il faut apprendre, en 7 mois, à se comporter comme de véritables professeurs. Même si nous n'en sommes pas encore maintenant. Pour pouvoir être mieux préparés à réagir et à se comporter en tant que tel lorsque les membres du jury nous demanderont comment réagir dans telle ou telle circonstance de la vie enseignante.

J'ai lu récemment un article dans Télérama, sur les robots. Je ne me souviens pas du passage précis, peut-être qu'en le recherchant je le retrouverai et pourrai le citer à la suite. En substance, cela dit que (selon l'auteur) : les robots n'ont pas demandé à vivre et à mourir. Ça m'a fait tiquer. Ah bon, et les hommes si ?
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Adena H.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Lun 3 Nov - 14:54

Préparation. 3/11/14.

Parfois, j'ai l'impression d'être rationnelle et incroyablement raisonnable. Quiconque m'entendrait parler, y compris moi-même, trouverait mon comportement et mes réflexions on-ne-peut plus logiques. Hier soir, par exemple, mon père s'est énervé pour une raison obscure. On pourrait en imaginer les causes, mais je n'en serais pas certaine; il s'agit peut-être du retour à la réalité après une semaine de vacances; il s'agit peut-être de l'absence de mon neveu, qui a créé un vide difficile à combler ; de la peur de la routine ; je ne sais pas trop, et je ne pense pas même que ce soit le plus important. Il s'est comporté comme un enfant, et je l'écoutais parler, faire des reproches à ma mère. Des reproches absurdes, irrationnels. Comme s'il ne se rendait réellement compte que maintenant de choses qui se produisent continuellement depuis des années. Ça a commencé par des cadeaux de Noël : il lui reprochait de vouloir en faire à chacun des petits-enfants de la sœur de ma mère, alors que de leur côté elles n'avaient aucune intention d'en faire à son petit-fils (selon la sœur de ma mère). Il s'agissait alors d'une question de valeur : il ne voulait pas que ma mère dépense leur argent pour des personnes qui n'allaient pas faire l'effort de faire de même de leur côté. Sans nuances. Pour le coup je suis d'accord avec lui : il me semble que lorsqu'on connait les personnes qui nous intéressent et celles qui ne nous intéressent pas, on n'a aucune raison de faire semblant de les apprécier et de perdre notre temps avec elles alors que d'autres nous intéressent plus qu'elles. Il s'est ensuite mis à faire d'autres reproches à ma mère, quant à la longueur de la durée de notre séjour chez eux à Noël prochain (d'une semaine, il a gagné 4 jours, félicitations papa) ; quant au comportement dédaigneux et égoïste des belles-filles de ma tante ; de mon oncle à qui ils ont prêté de l'argent et qui, suite à divers problèmes financiers, n'a pas pu le leur rembourser ; de ma mère, qui a apparemment augmenté la somme qu'elle a prêté à mon oncle sans prévenir mon père (selon elle, elle croyait lui en avoir parlé) ; de cette somme d'argent, donc, qui aurait pu être plus utile à ma sœur qu'à mon oncle (je ne suis pas contre son argument non plus, mais lorsque mes parents le lui ont proposé, ma sœur a refusé - tant pis pour elle, non ? - mon père dit que tout le monde peut faire des erreurs, mais on aura beau en parler et en reparler tant qu'on voudra, il est impossible de revenir sur une occasion manquée) ; de mille et un petits détails qui le dérangent, et qui l'incitent à ne pas apprécier la famille du coté de ma mère. Selon ses mots (approximatifs) : "Plus je les connais, plus je vois de choses qui me dérangent chez eux." Je crois que c'est cette phrase, parmi toutes, qui m'a fait le plus sourire vu la "qualité" des membres provenant de son côté. Il a ensuite reproché à ma mère de passer trop de temps avec sa sœur, et de ne plus faire attention à rien quand elle est avec elle, d'être "différente". "Que veux-tu que j'y fasse ? Je n'ai pas les mêmes rapports avec ma sœur que toi avec les tiennes", lui a répondu ma mère. Il lui a ensuite reproché de ne pas avoir trouvé d'excuse pour qu'il puisse ne pas venir ; puis il lui a reproché de ne pas avoir compris le plan qu'il avait imaginé uniquement dans sa tête et dont il n'avait auparavant jamais fait part à personne. En tant qu'observateur extérieur, je suis entièrement d'accord avec elle. Il était tellement agacé qu'il prenait chaque remarque, même celles qui ne lui étaient pas du tout adressées, pour lui-même. Il s'est peu à peu calmé, en a fait l'effort en tout cas. Pour résumer, il se sent exclu à chaque fois qu'il va passer les fêtes chez ma tante maternelle. Je lui ai dit qu'il n'était pas obligé de venir, si cela constituait une telle épreuve pour lui. Il ne m'a pas répondu. Je ne suis pas sûre que ça me dérangerait plus que ça qu'il ne vienne pas, surtout que je l'imagine déjà râler pour un oui et pour un non lorsque nous serons là-bas, et qu'il me semble qu'il râle déjà suffisamment à la maison alors qu'il n'est pas censé avoir de raison particulière de le faire.

Mais la véritable question que je me suis posée lorsque j'ai entendu ma mère essayer de mettre au point une excuse pour expliquer l'absence de mon père aux fêtes de Noël chez elle, a été : pourquoi ne lui dit-elle pas la vérité ? Pourquoi est-ce aussi compliqué de dire aux personnes qu'elles nous agacent ? Qu'on n'a pas envie de se trouver en leur présence ?

Ça me fait penser à une réflexion que j'ai eue avec moi-même : une personne que je n'apprécie pas me demande des nouvelles d'une telle chose. Je devrais donc lui répondre : "Je n'ai pas envie d'en parler, excuse-moi" là où ce que l'autre devrait comprendre serait : "Je n'ai pas envie d'en parler avec toi" ; ou bien, plus franchement : "Je n'ai pas envie de te parler, à toi. Mais je me ferai un plaisir de m'exprimer à ce propos avec quelqu'un qui m'intéresse plus. Au revoir." C'était plus ou moins le titre du pseudo livre de sociologie que j'ai emprunté à la bibliothèque de la fac : "L'art de se plaindre."

Quand je pense qu'il faut tout un bouquin pour expliquer à des personnes comme moi la manière de se comporter pour faire aboutir concrètement une plainte dans notre monde moderne, je suis assez estomaquée. Tout est codifié, et doit être enveloppé (comme les médicaments qu'on donne aux enfants et qui ont le goût de fraise, de bonbon, de banane...) de compliments, voire d'éloges. Pour éviter que celui à qui on s'adresse se braque immédiatement et refuse de nous écouter, et de faire avancer notre requête. Je n'arrête pas de me demander pourquoi tout cela est aussi compliqué. Si, évidemment, on ne sait pas comment juger une personne, il vaut mieux se taire; mais si on a un avis sur elle, pourquoi ne pas mettre les choses au clair ? Ainsi, par exemple, mon père reproche aux belles-filles de ma tante de ne pas être venues (à l'exception d'une seule) lui demander comment il allait, comment s'était passé notre voyage jusqu'à chez elles, bref de ne pas avoir fait attention à nous (à nous ou à lui ?). Lorsque j'ai protesté qu'il n'aurait de toutes façons pas été intéressé par leur conversation, qui se résumait à parler de leurs enfants, il m'a rétorqué qu'il aurait pu parler de son petit-fils avec elles. Je ne comprends pas non plus. Pourquoi ? Quel intérêt ? Il n'apprécie pas leur caractère, leurs manières, et il prendrait malgré tout la peine de discuter avec elles de son petit-fils ? A part, éventuellement, pourquoi pas pour passer le temps.

Je passe d'un extrême à un autre. On pourrait penser, à ma réaction mesurée, que j'aurais pu continuer dans cette voie-là. Mais non. Je passe de la raison à une paralysie causée par mon trop-plein de réflexion. J'en suis consciente, mais je ne sais pas comment faire autrement. J'ai passé une très mauvaise nuit, tout occupée que j'étais de m'être rendue compte la veille au soir qu'au lieu de quatre heures de cours aujourd'hui, j'allais en avoir sept. J'ai pris peur, j'ai mal dormi. J'ai même eu, pour une raison que je ne comprends pas, des allergies alors que j'avais pourtant pris mes médicaments, comme d'habitude. A cinq heures du matin, j'ai décidé de ne pas aller suivre mes cours aujourd'hui. Rien que le fait d'y penser me donne envie de pleurer. C'est vraiment trop terrible. J'aurais aimé prendre un autre rendez-vous à la ML, mais hélas mon emploi du temps est tellement stupide, lui aussi (entendez par là : l'organisation correspondant à mon emploi du temps, et donc les employés qui y sont assignés, et donc l'organisation de la fac) que je ne sais pas quand j'aurai mes prochains cours. Ainsi, impossible de prévoir quoi que ce soit, puisqu'il n'est même pas sûr que je puisse me rendre à ce rendez-vous. Je suis bloquée pendant un mois. Enfin, je me bloque moi-même, je le sais, mais c'est une impression également terrible. C'est juste que je ne me sens pas prête. Pas prête à sortir de ma tour. Pas prête à quitter la sécurité de cette tour. Et mes parents ne sont pas à la maison le lundi. Alors j'ai préféré fuir lâchement, plutôt que de me forcer à affronter la réalité du quotidien. Je sais que mardi et mercredi, je n'aurai pas d'autre choix. Mais je suis loin d'être raisonnable : rien que l'idée de me forcer me donne envie de me comporter moi aussi, à mon tour, comme une enfant de trois ans. J'ai envie de faire une colère, de me rouler par terre, de crier (ou de geindre, au choix) : "Je veux pas ! Je veux pas !" J'entends mes parents me répondre : "Si ! Tu iras, tu n'as pas le choix ! Nous avons payé !" Puis ma mère, après ses premiers emportements, me proposera à nouveau de prendre un rendez-vous pour moi chez un psychologue. Pour que je puisse lui expliquer mes craintes. Pour que je puisse lui "parler". Et on reviendra au même problème, c'est-à-dire l'incapacité à communiquer dans notre famille, ainsi que celle qui nous empêche de surmonter les épreuves. Et ma mère me plaindra. Et elle me victimisera, sans se rendre compte qu'elle m'aide à me complaire dans cette situation. Et que j'ai tellement peur d'en sortir que je me refuse à faire toute démarche dans ce sens. Des fois, je ne me sens juste pas prête, psychiquement, et par conséquent physiquement, à soutenir une situation qui me donne l'impression d'être insurmontable.

Je sais qu’elle ne l’est pas, mais c’est ainsi que je la conçois.

Je me demande si l'idée d'une thérapie familiale, que m'a proposé GD, ne me revient pas en tête à présent, et ne me séduit pas plus, depuis qu'elle m'a demandé comment mon entourage réagirait si je ne réagissais plus de ma manière habituelle avec eux. Je ne sais pas ce qu'il adviendrait alors. Je ne me suis pas encore posée la question, à savoir si un tel changement pouvait me faire peur. Je pense néanmoins, au contraire, que j'y repense parce qu'il s'agirait de la solution de facilité. Je me sens incapable d'accomplir un tel bouleversement par moi seule et, dans mon égoïsme (ou suis-je mue par un autre sentiment ?) je me dis qu'il serait plus simple de laisser quelqu'un d'autre jouer les médiateurs ; et que si ma mère, au moins elle, acceptait de jouer le jeu un petit peu, ce serait plus facile pour moi de continuer à aller dans ce sens. De faire évoluer les choses.

D'un autre côté, j'ai peur de me montrer trop faible et vulnérable si cela aboutit. Ça voudra dire, ce sera la preuve formelle, officielle, que je suis incapable de gérer ma vie. C'est plus facile d'aller voir GD en cachette, de cacher cette information comme si je cachais ma honte de ne pas correspondre au modèle standard de la société, de la famille, selon les critères de mes parents. Ce n'est pas si absurde que ça : dans ma famille, on ne cesse de nous apprendre à cacher ce qui ne nous convient pas (le comportement des autres, nos émotions, notre propre comportement) ; à nous cacher. Et nous le faisons si bien, c'est si bien intégré en nous, que nous le faisons à présent sans réfléchir. Ainsi, il m'est impensable de prendre une décision impulsive. J'ai besoin de temps pour réfléchir, pour peser le pour et le contre : d'une part parce que mon père fait ainsi, et que cette démarche me semble raisonnable (j'ai été élevée par lui, comment pourrais-je considérer cela autrement ?) ; d'autre part parce que ma mère réagit impulsivement, sans pour autant mener à bien tout ce qu'elle dit vouloir faire. J'ai peur de tomber dans les deux schémas, et mon égo est si fragile que je finis par ne pas oser prendre de décision du tout, de peur de mal me faire juger par mon père, qui ne me trouverait pas aussi raisonnable qu'il aurait pu l'être en cette situation; de peur de devenir comme ma mère et de ne pas, moi aussi, aller jusqu'au bout de mes démarches. Cela m'est arrivé tellement souvent que je ne le remets plus du tout en question. Et pourtant je devrais. Mais impossible de même imaginer comment faire autrement. Et on en revient, une fois de plus, au problème de la tour : il y a bien une fenêtre, mais je n'arrive pas à créer moi-même ma propre porte. Certains jours, je me sens trop faible, trop pitoyable pour ne serait-ce qu'oser imaginer en créer une ; tandis que les autres jours, ceux où je suis remplie d'espoir et d'optimisme, je n'ose pas agir de peur de ne pas la terminer et de la laisser inachevée jusqu'à la fin de mes jours, comme la majorité de ce que je fais. Il n'y a qu'à voir l'avancement de mes histoires. Ou bien jeter un coup d’œil tremblotant et furtif du côté de la faculté. Et de mon avenir.
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Adena H.
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Sam 14 Fév - 13:26

Thérapie ? 14/02/15 (11:50)

Est-ce que quelqu'un peut m'expliquer pourquoi j'ai autant de mal à avancer et à faire des choses par moi-même alors qu'un simple regard rétrospectif me permet de donner au moins deux exemples de choses que j'ai réussi à faire. Mon père a raison, j'ai postulé à NRJ et y ai travaillé pendant quelques mois, à des horaires fort indus. Alors, pourquoi ne suis-je pas capable de faire moi-même des démarches dans le but de trouver un projet professionnel ? J'ai déjà été à deux entretiens d'embauche que j'avais moi-même demandé, sans résultat, mais ça ne m'a pas dérangé. Ma mère me dit qu'elle ne me reprochera rien si jamais j'envoie des courriers mais que les réponses qui me reviennent son négatives. Sauf qu'elle ne va pas au bout de sa réflexion : dans le cas contraire, cela signifiera-t-il qu'elle me le reprochera ? Je sais que tout ce qui se passe actuellement se produit uniquement dans ma tête. Que si je le souhaitais je n'aurais aucun problème à envoyer ces fichus courriers et à me trouver une occupation estivale. Alors, quelle est la différence ? Ma mère dit : "Il faut." "Tu dois." "On n'avancera pas si tu ne fais rien." Elle me donne des ordres, des commandements, mais ça ne m'étonne pas d'elle : elle ne comprend pas ce qui se passe dans la tête des autres puisqu'elle ne prend même pas la peine de réfléchir à ce qui se passe dans la sienne. Lorsqu'elle allait à ses rendez-vous chez le psychologue, elle n'avait jamais rien à dire parce qu'elle ne réfléchissait jamais à ce qui pouvait lui poser problème, et donc à ce qu'elle aurait pu partager afin de se faire aider. Mais là n'est pas la question. Je suis d'humeur tolérante aujourd'hui, alors après tout, si elle se sent vraiment bien dans cet état d'esprit-là, qu'elle y reste. Mon père ne prend pas ou prou part à la conversation. Je n'arrive pas bien à comprendre, le discours de ma mère est flou. D'une part, elle me dit qu'il faut que j'envoie des lettres de motivation pour me trouver un travail ; que si je reçois des réponses négatives elle ne m'en tiendra pas rigueur (elle m'en voudra si je ne le fais pas ? je la décevrai ? elle me jettera à la porte de chez elle ? elle refusera de me parler ? elle sera en colère contre moi ? elle me punira ? elle me grondera ? elle me détestera ? je ne serai plus sa fille ?) ; qu'elle veut que j'aie une occupation cet été afin de ne pas passer toutes mes journées à ne rien faire, devant mon ordinateur ; qu'elle sait que je n'ai pas envie de continuer mes études et qu'elle sait que je ne ferai rien à la rentrée prochaine ; mais lorsque je lui demande ce qu'elle entend par "occupation à l'extérieur de la maison", elle parle d'un travail rémunéré me permettant de cotiser à la sécurité sociale ; d'un mois et demi à deux mois, en fonction de ce qu'ils me proposent ; quand je leur dis que si j'obtiens un rendez-vous, les employeurs refuseront en voyant mon manque de motivation, ma mère me répond qu'il suffit de leur dire que j'ai besoin d'argent pour mes études ; elle se moque en disant que je n'ai pas besoin de travailler parce que ce sont eux qui me les payent ; que si je suis bloquée devant une chose aussi simple que ça, il faut décidément que je prenne rendez-vous avec un psychologue, et que si je refuse elle prendra rendez-vous elle-même pour moi. Des fois, elle a des regains d'énergie qui lui permettent d'énoncer des directives. Je trouve ça dur parce que, même si c'est vrai, ce n'est jamais agréable d'entendre dire que tout ce qui se passe chez nous est de ma faute. Quand elle dit "On n'avance pas", elle ne se remet pas en question une seconde, pas plus que mon père ; c'est moi qu'elle vise. Et puis, c'est le problème paradoxal du "Sois autonome" : elle veut que je trouve un travail pour avancer dans la vie, mais c'est elle qui me force à avancer. Elle ne respecte pas mon rythme, parce qu'elle ne le comprend pas. C'est dur aussi de se rendre compte que malgré toutes mes séances chez la psychologue, je n'avance pas aussi vite que j'aimerais. Et que ces évolutions sont si minimes que des observateurs extérieurs n'étant pas au courant de ces rendez-vous ne les voient pas. Ça me donne l'impression de me dire : "Tout ce travail pour ça ?" "Tout ce travail pour si peu de choses, pour presque rien ?" D'un autre côté, vu le temps qu'ils mettent à se rendre compte de tout ce qui se passe autour d'eux et à s'y adapter, mieux vaut relativiser la qualité de leur jugement à propos de ce genre de choses. C'est étrange mais, plus je sors de mon égoïsme, plus je me rends compte du fait que tout autour de moi, dans ma tranche d'âge, beaucoup de jeunes adultes se posent des questions et ont le même genre de problèmes. D'identité. De parents. J'ai commencé à avoir peur l'autre jour lorsque ma mère a commencé à parler des problèmes que rencontrait une de ses amies de travail avec ses enfants. Elle les jugeait. C'est ce qu'elle fait, ma mère : elle juge, et ensuite elle pense à des circonstances atténuantes. J'avais l'impression qu'elle décrivait notre relation mère-fille lorsqu'elle parlait de son amie et de ses enfants, et ça m'a fait un peu peur parce qu'elle n'apportait aucune nuance, elle condamnait sa fille sans aucun remords, sans lui chercher de circonstances atténuantes. Elle se mettait uniquement à la place de la mère, et condamnait sa fille. Comme ça. Comme elle pourrait le faire, elle. Quand je lui ai parlé de faire une thérapie familiale, elle a tout de suite rejeté en bloc : "Les thérapies familiales, c'est pour les familles qui ont des problèmes." Donc nous, nous n'avons pas de problème. Apparemment, nous n'avons aucun problème. Et c'est justement - principalement - pour ça qu'on devrait en commencer une tous ensemble. Je ne sais pas si ma mère fait exprès de fermer les yeux, ou s'ils sont toujours ouverts et qu'elle passe à côté de tout. Je suis amère. Dès qu'il s'agit de confiance, je suis horrible dans ce domaine. Je refuse même de lui prêter ma carte de bibliothèque, et quand je le fais, c'est avec beaucoup - énormément - de réticences. Ma carte de bibliothèque, c'est symbolique : si je refuse de lui prêter quelque chose qui n'a que fort peu de valeur à mes yeux, alors qu'est-ce que c'est quand il s'agit d'une question de vie ou de mort ? Ma mère refuse de ne pas payer pour une thérapie, parce qu'elle pense que ceux qui ne payent pas devraient être ceux qui n'en ont pas les moyens ; or nous les avons. Elle oublie de se rappeler, à moins qu'elle ne le veuille pas, que cela dépend également de la valeur que l'on s'accorde : j'ai cette impression désagréable de ne pas valoir l'argent dépensé pour une thérapie. De ne pas valoir grand chose du tout. Je déteste l'idée que cette impression me poursuivra toute ma vie et que je serai constamment obligée de batailler pour ne pas l'accepter. Et je ne comprends pas non plus comment des adultes peuvent vouloir faire ça à leurs enfants. Ils s'imaginent qu'élever un enfant sera merveilleux, sans se souvenir que ce n'est pas merveilleux du tout d'être un être humain vivant. Et puis, c'est quoi cette manie de forcer quelqu'un à vivre comme si c'était le plus beau cadeau que des personnes puissent offrir à quelqu'un ? Cette idée est tout simplement ridicule et malsaine. Comme si la moitié des personnes actuellement vivantes avait souhaité vivre dans ce merdier pourri ? C'est fou de ne pas penser aux conséquences que tout cela provoque.

J'ai envie d'aller faire du vélo. Il pleut.
(fin à 12:26)
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MessageSujet: Re: (a.) écrire pour exister    Mar 7 Avr - 11:53

Échec - 7/04/15 (11 h 21).

Je ne crois pas avoir connu beaucoup de déceptions dans ma vie. Je me souviens d'avoir raté mon examen de fin d'année de violoncelle, mais je n'avais même pas compris qu'il s'agissait d'un examen, et ça ne m'avait que peu affecté. Peut-être à cause du désintérêt que cela représentait à l'époque. Je me souviens avoir eu des facilités à presque tous les examens que j'ai passés, et que j'ai réussi avec le minimum nécessaire. Aujourd'hui, c'est le CAPES, et j'ai l'impression que mes parents ont fait en sorte de me mener tout droit à l'échec : tout d'abord en m'inscrivant dans cette formation, et ensuite en me disant que ça ne coûtait quasiment rien (5 €) de m'inscrire au concours correspondant. C'est vrai, ils ont raison, mais le fait de m'inscrire dans une formation de longue durée, sans prendre en compte mes besoins du moment, me donne l'impression qu'ils se sont écouté eux plutôt que moi. Ils auraient du tiquer dès mon retour de l'inscription, en juillet dernier, quand ma mère m'a posé des questions que je n'avais moi-même pas posées, et qu'elle m'a reproché de ne pas m'impliquer : parce que elle, elle les aurait posées, ces foutues questions. En me laissant m'inscrire contre ma volonté, j'ai accepté de me mener à l'échec, mais j'ai besoin de relativiser parce qu'à l'époque je n'étais pas suffisamment forte pour m'opposer au destin qu'ils m'avaient tracé. Je ne sais pas ce que pense ma mère, je crois qu'elle s'imagine qu'il suffit de claquer des doigts pour obtenir un concours niveau bac +5 alors qu'on n'a qu'une simple licence. C'est la preuve qu'elle ne m'écoute pas, parce que si elle m'écoutait vraiment, si elle était une bonne "écouteuse", elle aurait compris depuis longtemps ce qui se passait. Et elle aurait essayé de faire avec, à mon rythme, plutôt que de me pousser pendant quelques jours, avant d'oublier et de me laisser faire comme je le sens. J'ai parfois l'impression d'être une fleur entourée de mauvaise herbe défrichée, mais de ne pas être taillée. Ou tutorée. Je ne suis pas très douée avec les métaphores. Je sais mieux écouter qu'elle, parce que les gens m'arrêtent régulièrement dans Paris ou dans le métro, pour me demander leur chemin - je ne suis jamais capable de les renseigner. Ils doivent voir que je suis abordable parce que je suis jeune et que je ne suis pas pressée, que je prends mon temps.

Parce que j'ai écouté mon cousin, et que depuis tous les jeudi après-midi je le fais réviser son cours d'anthropologie de l'enfant. Ca le saoule, je le sais bien : il suffit d'entendre les clics qu'il fait pendant que je lui pose mes questions, et son intonation, pour savoir que parfois il préférerait faire autre chose ou être ailleurs. Tant pis. Je ne veux pas être celle qui propose de faire quelque chose, pour le laisser ensuite se débrouiller tout seul : je ne veux pas être ma mère. Ce n'est pas ma faute s'il ne veut pas apprendre, et s'il ne veut pas réviser ses cours alors même qu'il les a d'avance vu qu'il a redoublé son année précédente. On dirait parfois qu'il découvre les questions et les noms que je lui demande de m'expliquer, comme s'il ne les connaissait pas du tout. C'est possible qu'il les ait oubliés, mais ça n'a strictement aucune importance : je suis sa répétitrice, pour peu de temps (une heure en moyenne tous les jeudis, c'est à peine assez pour voir le quart de tout ce qu'il est censé apprendre, et il a encore beaucoup de lacunes), mais je m'en fiche, parce que ça veut dire que tous les jeudis après-midis je serai sa cousine casse-pied qui s'occupe de lui et qui s'intéresse à lui. S'il ne veut pas réviser le reste du temps, s'il préfère rater son examen de fin d'année malgré tout ce qu'il pourrait faire pour s'améliorer, alors tant pis pour lui, c'est son choix : j'essaye d'investir en lui, pas en son avenir. Ce qui me fait penser que, comme je le vois dans un mois environ, je pourrais lui faire des fiches de révision. Je ne crois pas qu'il en fera lui-même. Ce serait drôlement mieux si c'était lui qui les faisait tout seul, mais je ne sais pas s'il en a la motivation. Ça ne coûte rien d'essayer, de lui préparer le terrain.

Comment se fait-il qu'il me soit si facile d'aider les autres à atteindre leurs buts, à me dépenser pour eux, à essayer de leur simplifier leur tâche, alors que je suis incapable de le faire pour moi-même ? Alors que je suis incapable de m'auto-rassurer, de m'auto-motiver ? Est-ce que ça existe, un métier de coach de vie ? Mais pour les autres. C'est relativement facile de voir ce que les autres ont à apporter; c'est relativement difficile de voir ce que je pourrais apporter aux autres.

Je veux aller chez ma grand-mère ce weekend. Je pense que si je ne me laisse pas trop de temps de réflexion pour prendre peur et rester immobile comme une autruche avec la tête sous la terre, j'irai prendre le RER tôt samedi matin avec mes affaires pour la nuit, et comme ça maman pourra venir nous récupérer toutes les deux pour nous ramener à la maison le lendemain, puisque ma sœur et toute sa petite famille vient pour lui fêter son anniversaire ce même jour.

Ma voisine m'a raconté qu'elle était tombée sur un texte parlant de la cohabitation interculturelle, à propos de personnes âgées logeant des jeunes en échange d'un suivi et de leur compagnie. J'aimerais pouvoir accéder à un programme pareil, si jamais ma mère décide un jour de me forcer à quitter la maison : si jamais je suis obligée de vivre comme Rapunzel dans le désert pendant des années et des années avant de retrouver mon prince charmant, alors je préfère avoir ne serait-ce qu'une vague idée de retraite. Mes parents ont essayé à leur façon de me faire réagir en me forçant à faire des choses : ça n'a pas marché. Maintenant, il faut que ce soit à mon tour - je crois. Il faut que je leur explique que leur manière de faire ne fonctionne pas du tout, puisqu'à la fin de l'année scolaire je me retrouve au même endroit qu'il y a un an : sans savoir quoi faire, et avec qui, et avec la même pression parentale. La seule différence, c'est que j'ai un an de plus.

Hourra.

11 h 52
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(a.) écrire pour exister

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