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 (n) Volutes glacées

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Adena H.
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Messages : 652
Date d'inscription : 20/09/2009

MessageSujet: (n) Volutes glacées   Dim 22 Sep - 16:34


Volutes glacées.


participation au concours n°3.



Je cligne les yeux une fois, deux fois. Tout autour de moi me semble flou et lointain, comme déformé par une lentille optique divergente. Mon nez se fronce, sale tic que j’ai chopé de mon père avant sa mort prématurée durant mon enfance et qui symbolise ma méfiance apparente. Je n’y vois fichtrement rien, et en plus j’ai la désagréable impression d’être entourée de brouillard, mais pas cotonneux et rassurant comme pourraient l’être les nuages d’un dessin animé venus stopper la chute du personnage principal : plutôt le genre humide et épais comme de la poix qui vous colle à la peau, et ce malgré votre énième douche d’affilée.
Je décide de fermer les yeux afin de mieux me concentrer, avant de penser qu’il ne s’agit peut-être pas forcément de la meilleure idée que j’aie eue aujourd’hui. Fermer les yeux alors que l’on se trouve dans un endroit inconnu où l’on ne maîtrise absolument pas la situation, franchement ? Il n’y a sans doute pas pire idée, si ce n’est de me mettre à crier en sautant partout pour finir par tomber dans le précipice d’un ravin, ou ameuter des monstres carnivores qui ne feront qu’une bouchée de moi. Prudence oblige, je me tiens immobile et muette comme une tombe. Ce n’est pas que je n’ai pas confiance, mais disons qu’on ne sait jamais…
Alors, les yeux grands ouverts, j’essaye de remettre un peu d’ordre dans le puzzle de mon esprit. On dirait qu’un tremblement de terre a vigoureusement secoué tous mes neurones, qui se sont éparpillés aux quatre coins de mon esprit, car je mets un certain temps à reconstituer les derniers évènements qui me reviennent finalement en mémoire. Quoi que je ne sois pas sûre que le temps ait sa place dans l’endroit, quel qu’il soit, où je me trouve actuellement. Je n’ai pas de montre, et serais bien incapable de dire si j’y suis depuis une heure ou depuis une minute –comme si cette étrange buée ralentissait et mes capacités intellectuelles, et mes mouvements purement physiques.
Bon. Reprenons dans l’ordre. Hier soir, j’ai été à la fête des dix-sept ans de Steeven, mais j’en suis partie assez tôt, complètement dégoûtée d’apercevoir mon petit-ami bécoter cette garce de Caroline dans la chambre d’amis. Je ne crois pas que je l’aimais vraiment, j’aurais eu plus mal en le découvrant avec une autre fille sinon, non ? Je me souviens au contraire avoir été prise de colère. Claire m’a fait remarquer que j’étais toute rouge, avant que je quitte en trombe l’appartement de mon meilleur ami. Je crois également me souvenir qu’elle a essayé de me joindre plusieurs fois alors que j’étais sur la route du retour, à ressasser de désagréables pensées. Ce qui est le plus étrange, c’est que je n’étais pas en colère d’avoir été trahie, déçue, trompée dans mes espérances exubérantes de vie à deux dans la banlieue chic de Paris ou de Londres… c’est, je crois, que j’aurais préféré qu’il fasse les choses proprement. Si Jimmy veut coucher avec Caroline, qu’il se la tape, ce n’est pas mon problème ! Mais je n’ai pas été élevée de cette manière, moi. Ah, oui, voilà, je me souviens maintenant : j’étais en colère qu’il ne me montre pas le respect minimum que je pense que les autres me doivent !

C’est dans cet état d’esprit que je suis rentrée chez moi, et que j’ai été me coucher. Maintenant, à travers les brumes vaporeuses (de mon esprit ?) qui m’entourent de toutes parts, je me rends compte à quel point cela peut sembler immature. Je me rends compte à quel point cela me passe au dessus de la tête. Pauvre Jimmy. Quel crétin, mais pauvre Jimmy quand même.
Je me souviens aussi m’être réveillée. À moins que je n’aie rêvé que je me réveillais, ce qui ne serait pas si impossible que cela étant donné que cet endroit a la consistance d’un rêve. Enfin, je dis ça, je préfère quand même ne pas trop m’avancer face aux éventuels scientifiques qui pourraient me rétorquer qu’un rêve n’a pas plus de réalité que de consistance matérielle. N’empêche, je me rappelle clairement être sortie de mon lit, m’être habillée, avoir pris mon petit déjeuner, avoir envoyé un texto à Claire afin de la rassurer, avant de monter dans le bus en direction de la surface commerciale la plus huppée de San Francisco. Je me souviens de la sensation de bien-être que j’ai éprouvé en enfilant toutes ces robes de princesse ; tous ces tailleurs haute couture ; tous ces délicieux accessoires glissants le long de mon bras, le long de mon cou, pour délicatement venir se lover au creux de ma poitrine... Le shopping : rien de tel pour qu’une fille se sente à nouveau bien dans sa peau. Un peu de parfum pour agrémenter le tout, et la voilà comme neuve, prête à affronter une nouvelle journée grisâtre et monotone.

Je porte la main à mon front, j’ai l’impression d’être étourdie, comme si tout bougeait autour de moi. J’ajuste ma vision, et me rends alors compte que je suis loin de devenir folle (quoi que, hum) : des volutes de fumée se déplacent de part en part de mon champ de vision. En y regardant de plus près, je peux constater que le brouillard que je pensais uniformément opaque peut en réalité se diviser en deux catégories distinctes : celle qui est opaque ; et la seconde, mais non la moindre, qui l’est suffisamment moins pour que je puisse y distinguer des formes humaines. Hommes ou femmes, impossible de le déterminer sûrement. Et lorsque je tente de faire un pas vers eux, je vacille, comme si je n’avais plus d’équilibre.
Je retente ma chance une seconde fois, et m’y habitue assez vite. Finalement, c’est un peu comme de marcher avec des talons de quinze centimètres : ça tue les pieds mais ça donne un sentiment de puissance absolue particulièrement jouissif. Je réussis tant bien que mal à m’approcher d’une de ces formes humanoïdes, et tapote énergiquement son épaule afin d’attirer son attention. Je prépare l’un de mes plus beaux sourires à son intention, mais mon poing se contente de s’enfoncer mollement dans la masse poisseuse de ce qui aurait dû être l’épaule de la personne. Je fixe bêtement mes mains pendant quelques secondes, sans rien faire d’autre, avant de me reprendre. Les lois physiques de cet endroit, ou même de cet univers (peu importe son appellation) sont peut-être différentes de celles que je connais et que j’ai l’habitude de côtoyer, mais je ne suis pas folle, je les vois se déplacer.
Je prends donc mon courage à deux mains (celles-là même qui étaient complètement inactives il y a à peine quelques secondes) et je recommence, encore et encore. Inlassablement. Comme lorsque, l’autre jour au centre commercial, je cherchais une toilette qui ne soit pas sale ou occupée. À force de persévérance et de plusieurs longs mètres de marche à pied (des kilomètres pour mes pauvres petits orteils), j’avais fini par trouver une porte indiquant ce que je cherchais, sans queue alentour, et je l’avais poussée. C’est à peu près à ce moment-là que remontent mes derniers souvenirs ; je serais bien incapable de dire quoi que ce soit à propos de ce qui aurait pu se passer après. Mais mon esprit pratique a tendance à occulter les informations qui ne sont pas directement importantes pour me sortir du pétrin dans lequel je me suis fourrée, et ce quelle que soit la manière dont je m’y suis fourrée.
Je repère une nouvelle volute de fumée à la forme humaine et, bien décidée à affronter le danger de face cette fois-ci, je me place droit sur sa route au dernier moment : impossible pour elle de m’éviter. Elle me fonce droit dessus, inconsciente de ma présence, et lorsqu’elle pénètre en moi j’ai l’impression qu’une vague glacée vient de me recouvrir de la tête aux pieds. Je n'ai pas été mouillée, mais j'ai l'impression d'être trempée. Quelques secondes plus tard, la sensation s’estompe, signe que la chose a quitté mon corps –mais j’ai encore froid. Il s’opère alors une nouvelle distinction. On dirait que les… les, euh… disons, les spectres de fumée cherchent volontairement à s’écarter de moi. Ont-ils pour autant une conscience, je ne saurais le dire. Le fait est que je me sens soudain plus seule que jamais.

Alors, pour la première fois de toute ma vie, je commence à avoir vraiment peur.
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(n) Volutes glacées

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