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 Spicy : Mes nuits secrètes, Janet Mullany

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Adena H.
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MessageSujet: Spicy : Mes nuits secrètes, Janet Mullany   Lun 30 Juin - 21:37

Mes nuits secrètes

01 avril 2014 - Spicy N°30

Jo ne saurait dire comment cela a commencé. Est-ce l’ambiance feutrée du studio de radio où elle anime chaque nuit une émission de musique ? Est-ce l’heure tardive, propice aux fantasmes ? Toujours est-il que, chaque soir, elle attend fébrilement le moment où le mystérieux monsieur D. l’appellera, entre deux plages musicales, et où, de sa voix magnétique, il l’encouragera à lui parler de ses désirs cachés, à lui raconter ses expériences les plus intimes, la plongeant dans un état d’excitation hors du commun… Parce qu’elle ne sait rien de lui, elle a le sentiment qu’elle peut tout lui dire. Tout lui avouer. Et pour avoir des choses vraiment inavouables à lui raconter, elle finit par multiplier les aventures, explorant le côté sombre du plaisir, transgressant toutes les limites. Sans voir que ce petit jeu risque de l’entraîner beaucoup plus loin qu’elle ne le pensait…

Patricia > Daphne
Clara > Carol
Margaret > Christina ?
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Adena H.
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MessageSujet: Re: Spicy : Mes nuits secrètes, Janet Mullany   Lun 30 Juin - 21:38


1.


- Bonsoir, Jo.

- Bonsoir, monsieur ! Je suis ravie de vous avoir au téléphone pour continuer notre programme nocturne en votre compagnie. Peut-être pourriez-vous vous présenter à nos auditeurs... Par exemple, pourriez-vous nous dire votre nom ?

- Je m'appelle Mr D.

- Mr D. ? Jo sourit dans le micro qui se tenait en face d'elle, et reprit, amusée : Voici un drôle de nom, Mr D. Vous souhaitiez commenter le disque que je viens de passer ?

- Oui, sans doute. J'aime me démarquer, même si le simple fait de dire que j'aime la musique de Chopin est finalement, somme toute, assez banal.

- Je ne pense pas que ce soit banal, répliqua gentiment Jo à son nouvel interlocuteur. Peu de personnes aimeraient assez Chopin pour l'écouter passer à la radio à quatre heures du matin. La plupart, qu'ils aiment ou non, sont plutôt en train de dormir, confortablement installés dans leur petit lit douillet.

- Dites-vous cela parce que vos machines vous permettent de savoir exactement quel nombre d'auditeurs vous écoute à l'instant même ?

- Oui, répondit-elle.

- Combien y en a-t-il actuellement ?

- Vous êtes le seul, monsieur D., finit par lui avouer Jo à contrecœur.

- Tiens donc...

- Mais cela n'a aucune importance, rajouta-t-elle fièrement. Je ne me faisais pas d'illusions lorsque j'ai accepté ce poste, il y a moins d'une semaine, et pourtant je l'ai accepté. Savez-vous pourquoi ?

- Parce que vous aviez besoin d'argent ?

- Que vous êtes cynique !, rétorqua-t-elle. J'aime la musique classique. J'aime d'autres styles de musique, bien sûr. Mais j'ai un faible pour la musique classique. Je me sens à l'aise ici, dans mon élément.

L'inconnu au bout du fil se tut. Jo crut un instant qu'il allait raccrocher et qu'elle allait perdre le seul auditeur qu'elle ait jamais eu. Ce qui serait une belle catastrophe pour son emploi : quel intérêt son supérieur aurait-il à la garder si jamais il se rendait compte que personne ne l'écoutait ?

- A votre avis, quelle est la différence entre tous ces hommes insomniaques préférant se masturber devant leur porno préféré, et ceux choisissant finalement d'écouter Radio Classique à quatre heures du matin ?

Jo fut choquée par le langage de l'inconnu. Il s'agissait sans doute d'une espère de taré ou, pire, d'un pervers en quête de proies. Les apparences étaient souvent trompeuses, après tout : ce n'était pas parce que dès ses premiers mots sa voix l'avait électrisé, que cela signifiait que l'homme à qui elle appartenait était tout ce qu'il y avait de plus sain d'esprit !

Elle décida finalement d'utiliser l'attaque afin de s'en débarrasser le plus rapidement possible :

- Je n'en ai aucune idée. Quelle est la raison pour laquelle vous préférez écouter Radio Classique plutôt que de vous masturber devant un bon film porno ?

- Parce que je n'ai pas besoin de film pornographique pour m'envoyer en l'air. Je préfère la compagnie de l'autre sexe à celui du mien.

Jo, de plus en plus agacée par ses réparties vaniteuses, décida d'enfoncer encore plus loin le bouchon. Elle grossit donc le trait en faisant semblant d'être étonnée :

- Quoi ! Je suis stupéfaite ! Comment est-ce possible, êtes-vous sain ? Allez vite éteindre votre radio et installez-vous devant Girls Love Girls, Anal Intentions, Hot And Mean 2 & 3, Big Wet Asses, ou bien le dernier en date de Tory Lane : Girlvana 7 !

Le rire de Mr D. emplit ses oreilles. Un rire franc, agréable à entendre, presque sensuel... Elle s'imagina qu'il riait à gorge déployée, puis qu'il s'essuyait une larme perlant au coin de ses yeux avant de reprendre la parole d'une voix qui lui sembla plus mâture, voire même plus sincère :

- Je n'aurais jamais imaginé avoir une conversation aussi irréelle avec vous, Jo. A vrai dire, je ne connais pas même la moitié des films que vous venez de citer. Vous semblez bien plus au courant que moi sur le sujet.

- C'est sans doute parce que j'ai un frère aîné. Lors des soirées pyjamas, toutes mes amies voulaient venir dormir à la maison, juste pour pouvoir piquer les DVDs de mon frère.

- Vos soirées pyjamas devaient être particulièrement intéressantes...

- C'est vrai, je ne peux pas dire le contraire. J'ai d'ailleurs gardé contact avec nombre de mes amies de l'époque.

- Mais vous ne faites plus de soirées pyjamas, je me trompe ?

Ce fut au tour de Jo de rire.

- Non, en effet, nous avons passé l'âge depuis bien longtemps. Et puis, maintenant que nous avons grandies, nous avons moins de complexes à aller vers les hommes. Plutôt que de les observer de loin, derrière l'écran de la télévision.

- Créer une alchimie entre deux êtres est sans conteste l'expérience la plus enrichissante qui soit au monde...

- Uniquement si les deux êtres sont en symbiose l'un avec l'autre. C'est ce qui m'a toujours le plus dérangé, dans les films pour adultes : un homme voit une femme, ou l'inverse, et presque sans une parole, ils finissent dans le lit l'un de l'autre.

- Les lits ne sont parfois pas nécessaires, releva son interlocuteur en matière de plaisanterie.

- C'est vrai ! Je ne crois pas que je pourrai agir ainsi un jour sans éprouver le moindre sentiment. Deux secondes, je dois changer de playlist, ou bien les auditeurs qui nous prendraient en cours de route risqueront de croire que la station ne marche pas...

Jo opéra le changement, puis reprit, comme s'ils n'avaient jamais arrêté de discuter ensemble :

- Je sais que, pour certains, l'attirance sexuelle est tout ce qui compte. Mais je ne crois vraiment pas que ce soit mon genre.

- Laissez-moi en juger : quelle est la chose la plus folle que vous ayez jamais faite, en matière de sexe ?

La jeune fille réfléchit un bref instant, puis fit la moue.

- Je crois bien que c'est d'avoir louer un film pornographique et de l'avoir regardé en me masturbant.

- Il vous a excité ?

- Justement, pas vraiment. C'était presque ennuyeux, je n'arrivais pas imaginer les sensations ressenties par les deux acteurs. Ils faisaient toujours les mêmes gestes, les mêmes bruitages.

- Pourquoi vous êtes-vous masturbée, alors ?, demanda la voix avec une pointe d'étonnement.

- Je croyais que c'était ce qu'il fallait faire pour atteindre l'orgasme : regarder un porno, et remuer mes mains à l'intérieur de mon vagin. Je me suis bien trompée, n'est-ce pas ?!

- Vous avez raison, ce n'est pas la peine d'insister si cela ne vous a pas plu. Mais cela ne veut pas dire pour autant que le sexe autrement ne vous plaira pas. Avez-vous, par exemple, déjà caressé lascivement le bras d'un inconnu ? Si vous êtes, comme je le suppose, célibataire, vous devriez en profiter pour essayer. Toutes ces sensations nouvelles, ces petits picotements sur votre peau... vous permettront de mieux guider votre futur amant sur le chemin de vos plaisirs.

- Je ne sais pas vraiment... Pour ça, il faudrait déjà que... Ah !, s'exclama-t-elle brusquement.

- Que se passe-t-il ?, demanda, brusquement alarmé Mr D.

- Nous ne sommes plus seuls, le compteur vient de m'annoncer que vous étiez à présent cinq auditeurs à écouter la playlist ! Mr D., je vous remercie pour le temps passé en votre compagnie, mais je vais devoir passer le prochain jingle. Bonne fin de nuit !

- A vous aussi, Jo.

Elle entendit le combiné du téléphone retomber sur son socle en un petit "clic" métallique, mais le compteur des auditeurs resta figé sur le chiffre : 5 jusqu'à la fin de sa plage horaire.
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Adena H.
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MessageSujet: Re: Spicy : Mes nuits secrètes, Janet Mullany   Lun 30 Juin - 21:52


2.


Depuis qu'elle travaillait comme animatrice de nuit à Radio Classique, Jo n'avait qu'une envie, qu'un seul désir inavoué et inavouable : que le mystérieux Mr D. l'appelle. Il n'y manquait jamais, par ailleurs, si bien que pour ne pas être en reste et continuer à discuter de sujets personnels, la jeune femme s'était sentie naître une flamme d'aventurière en elle. Elle n'était jamais passée à l'action avec les hommes, à part lorsqu'elle avait véritablement eu un coup de cœur pour l'un d'eux, si bien que ses expériences érotiques relevaient plutôt de l'auto-émulation.

- Je peux vous confier un secret ?, demanda-t-elle à Mr D. une fois qu'il fut à nouveau au bout du fil.

- Confiez-moi tout ce que vous voudrez, Jo.

- J'ai été au cinéma voir un film quelconque, hier après-midi. Je me suis installée, dans l'idée de voir l'effet que ça me ferait de me masturber au milieu d'autres personnes. Et puis j'ai changé d'avis : j'ai changé de place, dans le noir, et me suis finalement assise à côté d'un homme quelconque. Tout d'abord, je n'ai rien osé faire, comme si j'étais pétrifiée par la simple idée d'agir. Et puis, doucement, j'ai posé ma main sur son entrejambe. Il portait un jean, je l'ai senti à la texture. J'ai pressé un peu plus, et je crois qu'il a tourné la tête vers moi, mais je n'ai pas osé croiser son regard. Je savais que si je le regardais, je serais incapable de continuer.

- Avez-vous continué ?

- Il a posé sa main sur la mienne. Et il a malaxé ma main pendant que je le touchais à travers le tissus. A un moment donné, il l'a poussé vers sa braguette : j'ai compris le message et ai descendu la fermeture éclair. Mais je n'ai posé sa main sur son caleçon que lorsqu'il l'a prise et l'a posée dessus en gémissant de désir. Sa verge était déjà tendue d'excitation, il bandait comme un âne. Alors, je l'ai fait attendre.

- C'est ce que tu aimes, chez les hommes ? Prendre le contrôle de la situation jusqu'à ce qu'ils n'en puissent plus ?

- J'avoue que l'idée de lui faire croire que j'allais m'arrêter là était amusante. J'ai laissé passer les pétarades des fusils automatiques d'une scène d'action et, de mon autre main, j'ai baissé son caleçon et me suis mise à lui prodiguer de légères caresses. Très légères... Trop légères... Ça ne lui a pas suffi, annonça-t-elle, presque triomphante.

- Que s'est-il passé ?

- Il m'a aidé, lui confia-t-elle en un petit rire cristallin. Il a posé sa main droite à la base de son sexe et l'autre sur la mienne, qui faisait des va-et-viens afin de faire accélérer la cadence. Au début, je lui ai résisté. Vous comprenez, je ne voulais pas que ça aille trop vite, c'était ma première fois à moi aussi. Et ensuite...

Elle retint son souffle un instant, repensant le plus précisément possible à chacune de ses actions et à ce qu'elle avait ressenti en le faisant.

- Et ensuite, je lui ai chatouillé les testicules en produisant un léger râle. Il a éjaculé immédiatement sur le siège avant. Je n'ai eu le temps que de retirer mes mains pour qu'elles ne soient pas éclaboussées par le liquide.

- Comment cela s'est-il terminé ?

- Avant qu'il réagisse, je me suis levée et suis sortie le plus vite possible hors de la salle. C'était la première fois que je quittais une projection en plein milieu.

- Quel effet cela vous a-t-il fait ?

- C'était grisant ! Je crois que j'aurais aimé aller plus loin, mais j'ai eu peur que l'homme ne comprenne pas mes intentions et les interprète mal.

- Qu'entendez-vous par : aller plus loin ?

- Je veux dire... Un sursaut de pudeur la prit, mais elle était allée bien trop loin pour s'arrêter en si bon chemin : J'aurais aimé utiliser ma bouche. Mes lèvres. Ma langue. J'aimerais savoir quel effet cela fait. Mais je crois qu'il vaudrait mieux en discuter avant, ensemble. Peut-être même sous une douche !

- Vous savez, Jo, que la plupart des fellations se font aujourd'hui à l'aide d'une capote, pour éviter le plus possible de risques de transmission de maladies.

- Vous ressemblez à ma mère, quand vous dites cela, s'amusa Jo.

- Ce que je voulais dire, reprit-il sérieusement, c'est que même si la propreté est un détail essentiel à votre plan d'action, votre bouche ne touchera jamais vraiment la verge de votre amant. Me comprenez-vous ?

- Plus que je ne souhaiterais, rétorqua-t-elle vivement. Vous ne me faites absolument plus penser à ma mère, à présent !

- Tant mieux. Ce n'était aucunement mon intention.

Spontanément, Jo sourit au micro. C'était incroyable à quel point le fait de discuter avec un parfait inconnu la libérait de toutes ses inhibitions ! Elle se sentait capable de discuter de tous les sujets qu'elle considérait comme honteux avec les autres, même avec ses amies. En parlant d'amies, elle n'était même pas capable d'imaginer leur réaction si elles apprenaient un jour dans quel état elle se mettait avec autant d'enthousiasme, uniquement pour un inconnu !

- Est-ce que vous l'avez déjà fait ? Rougissant, Jo reformula sa question : Pardon, ce n'est pas ce que je voulais dire... Est-ce que le préservatif permet réellement de procurer du plaisir aux hommes ? Est-ce que c'est mieux avec, ou sans, au niveau des sensations ?

- Ne vous préoccupez donc pas tant des désirs sexuels masculins, Jo. Ce sont des grands garçons, ils sont capables de les ressentir tous seuls. D'ailleurs, certains pensent plus à leur propre bien qu'à celui de leur partenaire...

Jo l'entendit éloigner le combiné de sa bouche, prononcer quelques sons étouffés par la distance, puis le rapprocher quelques instants plus tard.

- Je vais devoir raccrocher, Jo. Comme toujours, ça a été un plaisir de discuter avec vous toute cette partie de la nuit. Bonne soirée.

- Bonsoir, Mr D., murmura-t-elle, presque déçue de voir leur conversation s'écourter.
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Adena H.
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MessageSujet: Re: Spicy : Mes nuits secrètes, Janet Mullany   Lun 30 Juin - 21:53


3.


- Bonsoir, Jo.

Jo sentit un frisson de plaisir courir sur tout le long de sa colonne vertébrale. La voix magnétique de Mr D. résonnant dans les enceintes avait autant d'effet sur elle que lorsque Bobby MacKay, son petit ami d'il y a deux ans, lui soufflait des mots doux au creux de son cou.

Elle sentit immédiatement sa respiration s'accélérer, mais se força à garder son self-control afin de lui répondre. Après tout, ils avaient encore deux heures entières à passer ensemble, il n'était donc nul besoin d'accélérer trop vite les choses.

- Bonsoir Mr D., répondit-elle d'un ton qu'elle espérait le plus nonchalant possible. Ce soir sera-t-il le grand soir où vous nous révélerez votre véritable identité ?

- La vôtre me semble tellement plus intéressante, biaisa-t-il adroitement.

Mais, au son de sa voix, Jo était quasiment certaine qu'il le pensait véritablement. Imaginer le physique correspondant à la voix de ses interlocuteurs avait toujours été pour elle un petit amusement afin de faire passer le temps : celui-ci était d'origine sud-africaine et pesait dans les soixante kilos tant sa voix était fluette; celle-là était une californienne pure souche, avec ses cheveux blonds platine et sa peau couleur caramel à force d'être restée des heures à bronzer sur la plage. Mais dès lors qu'elle commençait à imaginer celui de Mr D. son esprit se mettait à divaguer vers ses plus sombres fantasmes. Et elle était incapable d'y faire quoi que ce soit. C'était comme si la voix du mystérieux inconnu traversait tout son être de part en part, exposant à nu toutes les nombreuses parcelles de son âme.

- Dommage chers auditeurs, il faudra sans doute patienter quelques jours de plus !, plaisanta-t-elle avec un léger rire. N'oubliant pas son rôle d'animatrice, elle relança la conversation : Votre nuit ne fait que commencer, Mr D., j'espère que vous n'êtes pas trop fatigué...

- Ne vous inquiétez pas de moi, Jo. Jamais je ne pourrai être las d'une compagnie aussi désirable que la vôtre...

Jo resta sans voix devant le sous-entendu. Un nouveau frisson la parcourut, mais elle se força à secouer la tête et à reprendre ses esprits le plus rapidement possible.

- Hum. Quoi qu'il en soit, restez avec nous, Radio Classique vous promet plus de quarante minutes d'écoute sans interruption. Et voici sans plus attendre l'ouverture du mariage de Figaro... Bonne écoute à tous !

Elle appuya sur le bouton destiné à empêcher les auditeurs de l'entendre, tout en cliquant adroitement avec la souris de l'ordinateur sur la playlist correspondante située sur l'écran : elle faisait ce travail depuis bientôt trois et n'avait presque plus besoin de se concentrer pour effectuer cette tâche désormais routinière.

Elle respira ensuite un grand coup, et mit en marche l'interphone lui permettant de discuter en toute tranquillité avec Mr D. pendant près de quarante minutes. Néanmoins, une fois que ce fut fait, elle se rendit compte qu'elle ne savait pas comment amorcer la conversation : elle ne savait pas quoi dire.

- Mr D., nous sommes hors antenne, souffla-t-elle dans le micro.

- Nous ne serons donc pas dérangés pendant quarante minutes complètes, répondit-il de sa voix sensuelle.

- Non.

L'appréhension la rendait fébrile. Elle se mordit la lèvre, attendant presque impatiemment sa prochaine réponse. Qui se fit attendre. Pendant près de trente secondes - ce qui lui sembla aussi long qu'une heure !

- Parfait.

Jo ne put s'empêcher de sourire, oubliant un instant qu'il ne pouvait pas la voir.

- J'aime nos tête-à-tête. J'aime mon métier, bien sûr. Mais je crois que sans ces rendez-vous nocturnes, il me paraîtrait bien fade, se décida-t-elle à lui confier à mi-voix.

- Vos journées vous semblent-elles aussi fades que votre métier ?

Jo émit un léger gloussement. L'inconnu était-il véritablement en train de lui demander si sa présence lui manquait dans la journée ?

- Non, pas à ce point, répliqua-t-elle. J'ai bien trop de choses à penser. Et puis...

Elle fit une légère pause, hésitante.

- Et puis ?, l'encouragea-t-il.

- Et puis... J'ai bien trop de personnes à voir.

L'inconnu ne répondit rien et, un instant, Jo crut qu'il avait raccroché. Mais elle tendit l'oreille et, au bout d'un certain temps, elle perçut une légère respiration. Sa respiration.

- Des hommes ?

- Des hommes.

Jo déglutit avec difficulté. Les hommes : le sujet principal de toutes leurs conversations. Elle qui avait tant de mal à avouer ses sentiments, que ses meilleures amies qualifiait parfois de "prude", n'avait aucun mal à avouer tous ses désirs cachés à ce mystérieux auditeur.

- Quels hommes ?

- Louis. Frank... Allan.

Un nouveau silence se fit entre eux deux et, instinctivement, Jo sut que c'était à son tour de reprendre le fil de la discussion :

- Allan est doux et attentionné. J'ai cru qu'il n'allait jamais m'embrasser. En réalité, il voulait simplement être sûr de ne pas trop précipiter les choses. Il voulait être sûr de mes sentiments plutôt que de m'imposer quoi que ce soit. Au lit, ça a été pareil... Mais une fois collés l'un à l'autre, il a été tellement prévenant, tellement...

Elle chercha un instant ses mots. Ne les trouvant pas, elle ferma les yeux afin de mieux se concentrer. Les images de son ancien amant lui revinrent à l'esprit, et elle gémit involontairement en se rappelant de la sensation de ses caresses sur sa peau nue.

- Tellement attentionné...

- Oui !, expira-t-elle en rouvrant les yeux, légèrement déboussolée par cette voix mâle la faisant brusquement revenir à la réalité.

- Il... Il ressemblait à ces explorateurs qui, ayant découvert une nouvelle terre, veulent en découvrir et en redécouvrir tous les aspects. Dans les moindres détails. Constamment.

- Il ressemblait ?, releva le mystérieux Mr D.

- Je l'ai quitté.

- Pourquoi ?

- Il était trop parfait.

Un léger rire rauque au bout du fil lui répondit. Un rire venant de la gorge. Instantanément, Jo se figea : les images d'un homme aux yeux noirs rieurs et aux cheveux tout aussi sombres coupés court, assez grand et large d'épaules, et dont les sourires formaient une petite fossette au menton, s'imposa à son esprit. Et comme à chaque fois qu'elle s'imposait à son esprit, l'image refusait de partir. Frustrée de ne pouvoir garder le contrôle sur elle-même, Jo se força à reprendre la conversation : parler d'un autre homme lui permettait de chasser celui qui la faisant tant frissonner.

- Chaque décision qu'il prenait était trop mûrement réfléchie. Dans la vie de tous les jours, c'était Monsieur Plan-Plan, Train-Train Quotidien. Une fois, je lui ai proposé de partir en week-end quelque part, rien que tous les deux. Il a été incapable d'accepter immédiatement. Il lui a fallu au moins deux jours avant de se décider : il a pesé le pour et le contre, pour savoir s'il lui était possible de faire passer mes désirs avant les siens ! Au final, il a accepté, mais pour moi, c'était comme si toute la magie du moment s'était dissipée durant ces quarante-huit heures. Je ne dis pas que je suis quelqu'un qui agit sur un coup de tête, non, moi-aussi j'ai besoin de temps pour me décider. Mais parfois, ça fait du bien de se laisser aller. De déplier une carte, de fermer les yeux et de laisser son index choisir au hasard la destination.

Elle se tut, rêveuse.

- Quelle destination ?

- N'importe laquelle. Vraiment, je suis sérieuse.

Jo lâcha un léger rire.

- Je sais que certaines femmes préféreraient planifier des vacances de rêve au bord de la mer, dans un endroit paradisiaque où le paysage n'a d'égal que ses températures élevées - mais pas moi. Quand bien même je devrais me retrouver au fin fond d'une montagne enneigée, pour peu que je puisse retrouver ma vie normale une semaine plus tard, je savourerais chaque instant.

- Les nuits en montagne sont bien trop glacées pour une âme solitaire, croyez-moi.

- Alors j'emmènerai quelqu'un avec moi.

- Qui ? Louis ou Frank ?

- Et pourquoi pas vous ?, répliqua-t-elle mi-figue mi-raisin.

Jo se tut, étonnée au plus haut point par sa propre audace : elle avait répondu la première chose qui lui était passée par la tête sans y réfléchir et, à présent, elle retenait son souffle comme si la réponse de Mr D. allait bouleverser sa vie entière.  

- Quand vous voudrez.

La réponse lascive de Mr D. lui envoya comme un choc électrique. Ses yeux se fermèrent à demi, et elle se laissa gagner par le désir transpirant de sa voix chaude dégoulinant de sensualité. Si elle n'avait pas eu peur de voir la porte s'ouvrir à tout instant, Jo se serait laissée aller à quelques caresses intimes : ses nerfs à fleur de peau les lui réclamaient ! Mais Margaret, sa collègue, pouvait entrer d'un moment à l'autre pour la relayer : Margaret ne commençait le travail qu'à cinq heures, c'est-à-dire deux heures après Jo, mais cette dernière avait parfois le déplaisir de la voir arriver une demi-heure à trois quart d'heures avant. Et alors, Jo se mettait à détester les insomnies de cette collègue qui, pourtant adorable, la privaient irrémédiablement de discussions passionnantes avec son mystérieux inconnu.

- Ce ne serait pas raisonnable.

- N'ayez pas peur de vos fantasmes, Jo. Au contraire, chérissez-les, faites-les grandir, évoluer, car une vie sans désirs n'est pas une vie.

Sa voix langoureuse était devenue presque hypnotique alors qu'il lui donnait la permission de fantasmer sur lui. Happée par ses émotions, Jo l'écoutait, incapable de réagir, de se soumettre ou de se démettre face à une telle invitation. Elle ne pouvait que l'écouter, irrémédiablement attirée par le son de sa voix tel un papillon prêt à se brûler les ailes en s'approchant bien trop près d'une chandelle.

Soudain, elle sursauta. Bip. Bipp...

- Excusez-moi. Je dois reprendre l'antenne dans quelques secondes. Mais ensuite, je suis toute à vous.

- Je l'espère bien.

Jo appuya sur l'interphone et reprit la parole pour ses rares auditeurs encore éveillés :

- Bonsoir à tous, et merci à tous ceux ayant pris le temps d'écouter ce magnifique extrait de Bach. La beauté de cette sonate me met constamment en transe. Seule Radio Classique vous fait vivre des émotions aussi fortes. Restez avec nous car, après une petite page de publicité, nous revenons vous émouvoir avec Yuma Carleston. Ce nouveau prodige d'à peine dix-neuf ans vous fera replonger en enfance avec son air pour violon intitulé Nostalgia. A tout de suite...

Et elle cliqua sur le podcast contenant les publicités. Elle fut tentée de reprendre Mr D. pendant ces deux minutes, mais le trop court laps de temps entre le début et la fin des annonces commerciales l'incita à refréner sa pulsion : inutile de recommencer une conversation qu'il lui faudrait couper aussi rapidement. Non, mieux valait attendre la fin des offres publicitaires, c'était plus sage.

- Et nous revoilà, comme promis, avec Nostalgia, le nouveau morceau de Yuma Caleston. Bonne écoute à tous.

Son cœur se mit à battre vigoureusement lorsqu'elle reprit la ligne.

- Mr D. ?
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MessageSujet: Re: Spicy : Mes nuits secrètes, Janet Mullany   Lun 30 Juin - 21:56


4.


- Je suis là. Toujours.

Cela ressemblait fort à une déclaration d'amour, mais Jo se força à reprendre ses esprits : ses pensées l'emmenaient bien trop loin, elle divaguait ! Un inconnu ne pouvait prétendre penser de pareilles phrases, et quand bien même ce serait le cas, c'était à elle de remettre les choses dans leur contexte et de se rappeler que personne ne pouvait tomber amoureux de quelqu'un qu'il n'avait jamais vu et dont la seule connexion se limitait à des appels nocturnes à une station radio.

Il dut sentir que quelque chose ne lui convenait pas, car il changea soudainement de sujet :

- Si un homme physiquement repoussant vous abordait dans un bar, mais que plusieurs de vos amies se sont garanties de lui en matière de sexe, que feriez-vous ?

- La question demande réflexion, la beauté est subjective. Mais... J'imagine que ce serait bête de passer à côté de pareille occasion. Hum... Je crois que... Oui, je crois que j'accepterais. Juste pour une nuit.

- Et s'il finissait par vous proposer de vous revoir ?

- Tout dépendrait de la nuit passée en sa compagnie. Hypothétiquement, que se serait-il passé ce soir-là ?, lui demanda-t-elle malicieusement.

- Il aurait fermement posé ses mains sur vos hanches. Ce n'est pas un homme doux comme votre Allan, c'est un homme passionné : il a des désirs, des besoins à combler. Il vous aurait redressé le menton, et aurait planté son regard de braise dans vos yeux de biche, tout en collant son torse au vôtre. Vous auriez senti son sexe dressé au niveau de votre bassin. Il vous aurait regardé quelques secondes, immobile, attendant simplement que son aura mâle fasse effet dans votre imagination. Ce n'est que lorsque, n'en pouvant plus, vous auriez commencé à faire remuer légèrement votre bassin contre le sien qu'il aurait finalement décidé de prendre les choses en main : posant une main aussi ferme que son pénis contre votre hanche, et emmêlant l'autre à votre main droite, il aurait commencé à mener une danse langoureusement lente.

Sa voix devint rauque tandis qu'il continuait. Jo ferma les yeux, incapable d'échapper aux images insidieuses pénétrant dans son esprit en même temps que le mystérieux inconnu les prononçait. Elle s'imagina dans les bras de Mr D. tel qu'elle l'imaginait.

- Il vous tient fermement contre lui, vous vous sentez en sécurité. Vous savez que vous pouvez vous abandonner entièrement à lui, il vous protégera contre toutes vos peurs les plus enfouies. A chaque pas de danse, son entrejambe vient se frotter contre la vôtre, comme par mégarde, comme par inadvertance. Et lorsque votre envie devient de plus en plus forte, de plus en plus incontrôlable, il décide d'arrêter de jouer avec vous. Enfin, ça c'est ce que vous croyez : il arrête de danser et vous embrasse à pleine bouche, tel un lion fougueux. Sa langue vient s'entremêler à la vôtre, vous êtes à bout de souffle, mais pas question de vous arrêter : vous voudriez que ce moment continue à jamais. Mais il s'arrête. Il s'éloigne d'un pas, vous observant d'un regard noir de désir. Impossible de lui résister : vous vous rendez compte qu'il veut uniquement tester l'effet qu'il produit sur vous, vous n'y pouvez rien, votre corps réagit tout seul. Immédiatement, sa chaleur, sa proximité vous manquent et vous ressentez le besoin de vous rapprocher de lui. Et alors, il ne fait plus qu'une seule bouchée de vous.

La voix se tut brusquement, laissant Jo pantelante. Nul besoin d'en dire plus, son imagination s'activa à mille à l'heure. Ses mâles mains sur son corps féminin... Son souffle tout contre son cou... Sa bouche descendant peu à peu... Dangereusement... Vers son sexe... Sa langue, tout d'abord légère comme une plume, puis de plus en plus insidieuse, léchant son clitoris...
Elle l'imagina mouillant son index de sa salive avant de le rentrer à l'intérieur de son vagin. Puis un deuxième vint le rejoindre, tandis qu'il commençait de lents mouvements de va-et-vient à l'intérieur, créant au niveau de ses cuisses une chaleur fort familière... Ressemblant incroyablement à celle qu'elle éprouvait lorsqu'elle était près de l'orgasme...

- Oh, oui !

Toute à ses sensations, Jo avait oublié pour un temps son interlocuteur. Mais un cri rauque de désir lui fit comprendre qu'il était toujours au bout du fil.

Elle l'imagina prendre autant de plaisir qu'elle... Elle savait que cette pensée était dangereuse, mais elle ne pouvait s'en détacher tant l'idée même de le savoir en train de se masturber de l'autre côté du téléphone lui donnait de plaisir. Elle-même, d'ailleurs...

BAM !

Jo tomba de son siège, légèrement sonnée. Son casque, retenu par un fil, lui glissa douloureusement des oreilles et elle ne put s'empêcher de lâcher un gémissement plaintif : une porte venait de claquer, là-bas, un peu plus loin dans le couloir. Rouge de honte, Jo se releva immédiatement, replaçant sa jupe à demi-remontée. Elle passa une main dans ses cheveux afin de les lisser de son mieux, puis fit de même avec ses vêtements. Alors qu'elle entendait les talons hauts de Margaret claquer sur les dalles du premier étage du studio, elle appuya de toutes ses forces sur le bouton d'arrêt de la conversation. Puis, elle regarda brièvement tout autour d'elle, comme pour vérifier qu'elle n'avait laissé aucune trace évidente de son crime - si ce n'était, bien sûr, la sensation mouillée au niveau de sa petite culotte.

- Margaret, sourit-elle chaleureusement à la nouvelle venue, comment vas-tu ?

- Oh, tu sais, j'ai toujours des problèmes avec mes insomnies, mais rien de bien grave, répondit la jeune femme blonde comme les blés qui venait d'entrer dans la pièce. Elle déposa un cappuccino sur le bureau où se trouvait Jo, tandis qu'elle but une petite gorgée du sien.

- J'espère que ça ne te dérange pas trop que je sois venue un peu plus tôt, ce soir. Quand je suis réveillée, rester toute seule dans cette grande maison m'angoisse un peu.

- Sebastien est encore parti en voyage d'affaires ?

- Oui, hélas.

Margaret soupira.

- Mais dis-moi, toi, tu loues ton appartement au mois, non ?

Jo approuva, sans trop savoir où son amie voulait en venir.

- Sebastien part toujours plus de deux semaines à la fois. Et nous avons ces deux grandes chambres d'amis qui ne nous servent jamais à rien... Pourquoi ne viendrais-tu pas habiter chez moi pendant son absence ?

- Quoi, tu es folle, je ne peux pas quitter mon appartement comme ça !

- Oh, allez, je suis sûre qu'on s'entendrait parfaitement !

- L'idée est tentante, c'est vrai, mais j'ai toujours été habituée à mon indépendance. Je vis seule depuis que j'ai commencé la fac, c'est-à-dire depuis mes dix-huit ans. Et puis, je ne peux pas me permettre de partir comme ça, mon propriétaire risquerait de donner mon appartement à quelqu'un d'autre !

- Hum, tu as raison. Et si jamais je payais la moitié de ton loyer les fois où Sebastien s'en va ? Comme ça, tu serais gagnante. Tu pourrais même sous-louer ton appartement à un étudiant ou à des amoureux en voyage pendant ce temps-là...

- C'est vrai qu'animer une émission de radio musicale n'est pas payé des masses : tu gagnes un point. N'empêche, l'idée me dérange un peu, tu es mon amie après tout. Et en général, il ne fait pas bon de mélanger l'amitié avec l'argent.

Margaret fit une légère moue : la jeune femme, récemment mariée à un riche homme d'affaires dont elle était éperdument amoureuse, n'aimait pas qu'on lui résiste. Elle avait beau être adorable et incroyablement prévenante envers les personnes à qui elle tenait, elle pouvait également se montrer incroyablement têtue !

- Allez, Jo, tenta-t-elle de l'amadouer. C'est une véritable occasion en or, que je te propose. Ce ne serait que temporaire, Seb ne quitte pas Londres tous les mois. En plus, les chambres d'amis sont disjointes de la partie principale de la maison, ce qui te laisserait la liberté de rentrer à l'heure que tu veux. On s'amuserait bien toutes les deux, ce n'est pas comme si j'étais ta mère ! Et puis, surtout, ça te permettrait de mettre un peu d'argent de côté, le temps de monter en grade.

Jo leva les mains en l'air en riant :

- Très bien, très bien, je capitule ! Je réfléchirai à ta proposition à tête reposée, d'accord.

- C'est promis ?

- C'est promis, jura-t-elle en un demi-sourire. Mais maintenant, laisse-moi me concentrer un petit peu, c'est l'heure de ma chronique : Nouveaux talents.

Jo remit son casque sur ses oreilles encore un peu endolories, ajusta le son de son micro, et reprit la parole à l'intention de ses auditeurs.

- Et à présent, mesdames et messieurs, parlons un peu de Yuma Carleston, le jeune auteur et compositeur de ce qui va sans doute devenir sa pièce maîtresse : Nostalgia. Pour rappel, Yuma Carleston, jeune anglais d'origine japonaise âgé d'à peine dix-huit ans, sera en tournée dans toute l'Europe jusqu'au dix-huit avril prochain...
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MessageSujet: Re: Spicy : Mes nuits secrètes, Janet Mullany   Lun 30 Juin - 21:57


5.


Toute à son plaisir, Jo n'avait pas vu passer la dernière trentaine de minutes qui la rapprochaient de plus en plus de la fin de son travail. Mr D. avait rappelé pour donner son avis en direct à l'antenne mais, ayant reconnu son numéro de téléphone, la jeune femme l'avait filtré au profit d'autres mélomanes moins soucieux de ses désirs les plus intimes.

En rentrant chez elle vers cinq heures et demie du matin, dans son petit appartement situé au sixième étage de la zone étudiante, la première chose qu'elle fit fut de se laisser tomber sur son lit. Hélas, elle ne put trouver le sommeil : à chaque fois qu'elle fermait les yeux, elle se retrouvait accoudée au bar. Un inconnu aux traits flous, qu'elle devinait horriblement défigurée, l'abordait en lui promettant une nuit enflammée à ses côtés. Elle commençait par refuser fermement, tournant catégoriquement la tête d'un autre côté. Mais son corps, qui ne semblait pas du même avis, se mettait alors à agir sans sa permission : elle se retournait vers l'inconnu. Toutes les lumières s'éteignaient alors, et ils commençaient à enchaîner adroitement des pas de tangos qu'elle ne maîtrisait qu'en imagination.

Gémissante, languissante, elle ne se rendit compte qu'elle était en train de composer le numéro de téléphone d'Allan que lorsque le téléphone fut entre ses mains.

Bon sang, décidément je commence à perdre la tête !, pensa-t-elle, soudain furieuse contre elle-même. Voilà à quoi elle en était réduite : appeler un ex qui, elle le savait pertinemment, n'aurait jamais accepté une telle chose même lorsqu'ils étaient en couple ! Non, ce qu'il me faudrait, se surprit-elle à penser, ce serait de passer une nuit follement intense en compagnie d'un parfait inconnu. Ce serait de m'abandonner entièrement à un homme qui serait capable de faire réagir mon corps aussi bien que la voix de Mr D... Et pourtant, Dieu sait que ce ne serait pas mon genre d'agir ainsi, aussi librement ! Que penseraient de moi Margaret, Clara et Felicity si elles m'entendaient penser ainsi !

Elle joua quelques instants avec cette idée, avant de se décider : elle avait rendez-vous à seize heures avec Clara et Felicity, autant en profiter pour leur en faire part !


***


Le café Delicioso était l'un des meilleurs que connaissaient Jo et ses amies, mais cela n'était sans doute pas étranger au charme qu'émanait le magnifique apollon italien qu'était Mario, le responsable.

- Tu baves, énonça froidement Clara à son amie Felicity, qui avait craqué sur Mario comme une bonne dizaine d'autres femmes attablées présentement à la terrasse du café.

Felicity arrêta de fixer Mario, et tira la langue à Clara. Toutes trois éclatèrent de rire.

- Clara, tu exagères ! Contrairement à toi, tu sais bien que je suis incapable de faire craquer les hommes par ma simple présence.

Et c'était vrai : Clara, en vraie rousse aux yeux verts émeraude, avait un tempérament de feu qui attirait tous les hommes présents à cinq mètres à la ronde. Elle n'avait pas peur de dire à voix haute ce qu'elle pensait, et tant pis pour les sentiments des autres. Ainsi, l'autre serveur Steeve, n'arrêtait pas de lui jeter des coups d’œil à chaque fois qu'il passait près de leur table. Et pourtant, Steeve n'était pas du genre à s'enflammer pour un rien.

Clara reprit :

- Si seulement tu enlevais tes éternelles lunettes à monture de mémé, et que tu abandonnais une bonne fois pour toutes tes espères de blouses grises informes, je suis persuadée que tu n'aurais aucun mal à rencontrer des hommes !

- Je suis très bien comme je suis, répliqua presque sauvagement Felicity.

C'était une jeune femme d'apparence douce et calme, mais qui savait répliquer lorsque ses valeurs étaient menacées. Elle était contre le fait de devoir changer sa personnalité uniquement pour que les hommes soient attirés par elle. En ce sens, elle croyait au véritable prince charmant, celui qui avait su voir tout le potentiel et la beauté d'une Cendrillon qui se cachait sous la laideur de son habit et la saleté des cendres.

- C'est vrai, intervint Jo, tu es parfaite comme tu es, et je détesterais te voir changer le moins du monde, à part pour une nouvelle toi qui te rendait encore plus heureuse que tu ne l'es actuellement.

Sa remarque calma aussitôt la conversation, qui reprit sur le travail des jeunes femmes, puis sur les nouvelles connaissances qu'elles y avaient faites.

- Alexander est incroyablement beau, et incroyablement bien musclé. Je disais justement à Mary-Louise, ma collègue, tu te rappelles d'elle, je vous avais présentées à mon dernier brunch ? Hé bien, je lui disais que j'aimerais bien le mettre dans mon lit, un de ces quatre. Je suis persuadée qu'il se révélerait être un formidable amant, annonça Clara.

- Ah bon ? Mais comment ferais-tu ? Je crois que je n'oserais jamais !

- Evidemment, toi, Jo, tu es incapable d'agir spontanément. C'est d'ailleurs pour ça que tu te retrouves casée avec des mecs aussi insipides qu'Allan, rétorqua son amie.

Felicity hocha du chef, pour une fois d'accord avec Clara sur les choix déplorables de leur amie Jo en matière d'hommes.

Jo se renfrogna et croisa les bras.

- Allons, se rattrapa Clara, tu sais bien que je ne dis cela que pour ton bien. A force de constamment tomber amoureuse des Allan, tu risques de devenir Mme Allan pour le restant de ta vie. Or, tu as bien trop de personnalité pour qu'une catastrophe pareille tourne à ton avantage.

Jo gronda :

- Si tu crois que c'est facile de ne pas tomber sur des Allan, tu te trompes. Il y a des Allan partout, nous sommes entourées d'Allan. C'est quasiment une invasion !

Clara se mit à rire devant tant de défaitisme, tandis que Felicity tenta de temporiser :

- Allons, être avec un Allan n'est pas si mal que ça...  

- C'est le pire !, la coupa Clara. Tiens, Jo, puisque tu as autant de mal à trouver un bon mec au lit et en dehors, viens à ma soirée. Demain soir, je te promets de te présenter un... heu... un George !

- Un George ?, demanda Jo, dubitative.

- Oui, un George Clooney ! Un mec beau, riche, et de compagnie agréable en toute circonstance. Par contre, il faudra que tu viennes au moins deux heures à l'avance, histoire qu'on prenne le temps de te trouver une robe parfaite. C'est que tu n'as pas beaucoup de formes et qu'on aura besoin d'un peu de temps pour les mettre en valeur...

- Hé !, répliqua ladite concernée, plus pour la forme que pour le fond : elle devait bien admettre n'avoir pas une poitrine développée.

Néanmoins, Jo se remit bien vite à sourire, soudain enchantée à l'idée de passer à l'action. Ainsi, même sans avoir abordé le sujet de front, elle se rendait compte que ses amies l'encourageaient à sortir de sa routine ; ainsi, elle aurait quelque chose de fameux à raconter à son étrange Mr D...
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MessageSujet: Re: Spicy : Mes nuits secrètes, Janet Mullany   Lun 30 Juin - 21:58


6.


Jo se sentait belle à mourir, dans cette robe dos nu en soie noire. Et si ce n'était qu'une impression, les nombreux regards appréciateurs que lui portaient la qualité totalité des membres du sexe opposé présents en ce début de soirée ne pouvaient que la conforter dans cette idée. Clara avait fait des prodiges en un rien de temps, contrairement à ce qu'elle avait annoncé lorsqu'elles étaient au café.

Plusieurs hommes, dans la trentaine environ, vinrent tourner autour d'elles - si bien que Clara se décida à faire les présentations. Puis, sous un prétexte quelconque, elle s'absenta, laissant Jo seule face à un Alexander, un John, et un Gregory, tous trois flirtant outrageusement avec elle. Alors que les trois hommes commencèrent à parler salaires, Jo se sentit rougir, incapable de ne pas comprendre les sous-entendus sexuels implicites : l'important n'était pas de gagner des millions, mais de les utiliser à bon escient.

Juchée sur ses escarpins à petit talons, elle jaugeait le plus discrètement possible leurs physiques, afin de savoir avec qui - et surtout : comment ! - elle allait faire pour terminer la soirée dans les bras de l'un d'entre eux.  Clara lui avait juré qu'ils se valaient tous les trois au lit. L'idée d'être en train de faire ses courses dans un supermarché lui indisposa quelques instants l'esprit, mais elle se força à se concentrer sur leur conversation et d'y participer activement afin de dépasser cette sensation fort désagréable.

- Excusez-moi, messieurs, je vous emprunte votre dulcinée quelques instants, annonça alors soudain Clara, revenue à ses côtés. Clara enlaça son bras à celui de son amie, et l'attira un peu à l'écart du groupe qu'ils formaient précédemment tous les quatre.

- Alors ?, lui demanda-t-elle, t'es-tu décidée pour l'un d'entre eux ?

Jo se mordit la lèvre en secouant négativement la tête.

- Je crois que je n'arrive pas à franchir le pas, lui avoua-t-elle piteusement. Je n'ai ni ton courage, ni ton intrépidité, et je suis à peu près sûre de ne jamais oser aller plus loin.

- Voyons, ne dis donc pas de bêtises, Jo. Si j'en suis capable, tu l'es tout autant ! Il faut juste savoir si tu en as vraiment envie ou pas... Si ça se trouve, ce n'étaient pas les bons. Peut-être qu'en voyant d'autres hommes, tu auras le déclic. Viens, je vais te présenter à Mark.

Et, sans attendre son accord, Clara l'emmena jusqu'à un nouveau groupe d'hommes. Tous semblaient avoir la trentaine, comme chacun des hommes invités par son amie. Immédiatement, l'un d'entre eux, avec ses deux yeux bleu clairs, presque gris, la firent légèrement vaciller. Heureusement, Clara lui tenait fermement le bras, si bien qu'elle fut capable de se rétablir sans que personne ne le remarque.

- Messieurs, bonsoir. Comment se passe votre soirée ?

- A merveille, répliqua l'un d'eux. Tout est parfait, comme d'habitude.

Clara lui sourit en retour. Plus que tout, elle aimait que ses invités la considèrent comme une hôte de marque, si bien qu'elle ne laissait jamais rien au hasard.

- Oh, Andrew, je t'en prie, je n'ai rien fait de particulier, minauda-t-elle.

- Et pourtant tu... Il se reprit brusquement, comme étonné lui-même de son lapsus : Tout est exceptionnel.

- Permettez-moi de rendre votre soirée encore plus exceptionnelle, dans ce cas, renchérit Clara. Je vous présente une de mes meilleures amies, Jo. Jo, voici Andrew et Mark, d'anciens collaborateurs. Ils travaillent tous deux dans l'industrie de la musique, bien qu'Andrew ait préféré élargir ses centres d'intérêt dernièrement.

- Ah bon, vers quel nouveau domaine vous êtes-vous tourné ?, demanda aimablement Jo.

- Je me suis rendu compte que la musique, tout comme la lingerie, étaient soumises aux lois de la mode. Il n'y avait donc qu'un pas à faire entre les deux, pas que j'ai franchi avec heureusement beaucoup de succès.

Jo sourit gentiment à Andrew, tandis que son compagnon se renfrognait :

- Andrew a toujours été incapable de la moindre modestie.

Jo ouvrit grand les yeux, incapable de contenir sa surprise. Cette voix... Cette voix qu'elle avait déjà entendu mille fois... Au téléphone...

Clara lui mit un petit coup de coude dans les côtes et lui chuchota :

- Ferme la bouche, tu risques d'avaler une mouche !

Immédiatement, Jo se reprit. Elle se redressa fièrement et, se tournant vers Clara, lui répliqua mesquinement :

- Impossible. Tes soirées sont bien trop organisées pour que tu acceptes d'inviter ne serait-ce qu'une mouche chez toi.

Clara fit semblant de ne pas l'entendre. Se tournant vers Andrew, elle lui proposa son bras, que le jeune homme s'empressa d'accepter. Tous deux s'éloignèrent en direction du buffet.

Laissée seule face à Mark, l'intérêt de Jo redoubla. Si seulement elle pouvait le faire parler ne serait-ce que quelques minutes de plus, afin de faire en sorte de comparer avec les souvenirs qu'elle avait de celle de son mystérieux inconnu...

- L'industrie de la musique comporte énormément de domaines, j'imagine. Dans lequel évoluez-vous ?

Mark la regarda, les yeux à demi fermés, comme s'il évaluait la nécessité de lui répondre, ou non. Jo se sentit rétrécir sous son regard : ainsi, c'était cela, être placée sur le marché dans laquelle elle avait placé ses trois précédents interlocuteurs ? Elle se rendit compte qu'aucune des deux situations ne lui convenait.

Il se décida finalement à lâcher un simple et banal :

- Je suis le directeur d'une radio nationale.

- Ce doit être un métier passionnant. Vous devez rencontrer énormément de personnes incroyables !

- En effet.

Jo ouvrit la bouche afin de lui répondre à nouveau, avant de se rendre compte que l'homme ne semblait pas avoir plus envie que cela de lui tenir compagnie - dans le cas contraire, il se serait montré plus volubile, c'était tout du moins ce qu'elle espérait. Elle se serait sentie affreusement gênée de lui tenir la jambe. De plus, à l'entendre parler, elle s'était peu à peu rendue compte qu'il ne s'agissait pas de la même tonalité de voix : son cher Mr D. ne se cachait pas sous les traits du séduisant Mark. Elle se contenta donc d'un léger sourire, avant de s'excuser :

- Je... Hum, pardonnez-moi, je dois vous laisser. J'ai promis à Alexander de lui donner mon numéro de téléphone avant de partir travailler...

Mark haussa un sourcil perplexe, tandis que Jo s'éloignait le plus loin possible de lui en se traitant mentalement d'idiote. Pourquoi avait-il fallu qu'elle explique autant en détails les raisons de son départ ? Avait-il réellement besoin de savoir qu'elle allait retourner avec un potentiel flirt, ou bien qu'elle travaillait de nuit ? Elle se serait donnée des claques, parfois !

Malheureusement, une fois leurs numéros de téléphone échangés, elle eut énormément de mal à se concentrer à nouveau sur leur conversation : elle n'était capable que de lancer des banalités, celles qui n'ont véritablement aucun intérêt, si bien qu'elle se décida à quitter la petite réunion plus tôt que d'habitude, sans même prévenir Clara. Si elle l'avait fait, son amie aurait réussi à trouver un prétexte pour la retenir et la faire parler avec d'autres personnes, et Jo ne s'en sentait absolument pas la force. Elle s'échappa en catimini et alla immédiatement au studio.

Elle attendit près de la machine à café que Karl termine sa conversation téléphonique avec une auditrice en mal d'amour qui désespérait après des conseils masculins. Quand ce fut fini, Jo reprit sa place habituelle. Elle mit son casque sur ses oreilles, régla le volume du micro, et lança le jingle annonçant le changement de plage horaire, et donc d'animateur.

Quelques secondes à peine plus tard, un appel lui parvint. Elle appuya machinalement sur le bouton afin de permettre à l'auditeur de s'exprimer publiquement sur la station, et lui souhaita le bonsoir :

- Bonsoir, Jo.
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MessageSujet: Re: Spicy : Mes nuits secrètes, Janet Mullany   Lun 30 Juin - 21:58


7.


- Monsieur D., lâcha-t-elle en un hoquet de surprise.

- Vous semblez surprise de m'entendre, Jo.

- Oui... Non... Enfin..., bafouilla-t-elle misérablement.

Un léger rire lui parvint à travers les ondes. Sexy.

- Je reviens tout juste d'une soirée horrible. Mon amie voulait me présenter des hommes célibataires, et je me suis ridiculisée tout du long. Alors oui, c'est vrai, vous avez raison, j'étais un peu surprise de vous entendre, je pensais à autre chose.

- J'espère néanmoins que je ne vous fait pas une mauvaise surprise.

- Oh non, pas du tout !

Sa franchise éclatante reçut pour récompense un nouveau rire de son interlocuteur.

- Dans ce cas, permettez-moi de vous demander en quoi vous vous êtes ridiculisée.

- C'est certainement l'une des pires idées jamais énoncées.

- N'ayez pas peur, insista-t-il doucement mais fermement. En le disant, vous serez certainement capable de vous rendre compte que vous avez exagéré la situation. Et si ce n'est pas le cas, je vous aiderai à la dédramatiser : c'est une promesse, tant que vous me promettez à votre tour de ne pas me raccrocher au nez comme hier soir.

Jo piqua du nez.

- Je suis désolée. Je suis tellement... vraiment désolée, Mr D... Ma collègue est entrée au moment où... Enfin... elle est entrée et j'ai paniqué. Un peu.

La jeune femme attendit quelques instants une réaction de son interlocuteur, un "pas de problème", ou un "ne vous inquiétez pas, il y a eu plus d'étonnement que de mal" - qui ne vint pas.

- Hum... Jo se gratta fébrilement la nuque. Mon amie Clara avait dans l'idée de me présenter à certains de ses amis. Elle pensait que cela me permettrait de faire de nouvelles expériences... bénéfiques...

Pas de réaction au bout du fil.

- Mais je n'ai pas le courage d'aller jusqu'au bout.

- Aucun homme ne vous plaisait ?

- Si. Oh, si, il me plaisait. Mais je ne suis pas...

Il la coupa, peut-être un peu trop brusquement pour qu'elle n'en soit pas étonnée :

- A quoi ressemble-t-il ?

- A n'importe qui. A tout le monde.

Elle se tut à nouveau, cette fois-ci bien décidée à ne pas céder.

Sans raccrocher, elle lança la publicité, puis présenta les futurs compositeurs de la prochaine demi-heure. C'était étrange de ne plus entendre sa voix, de ne plus compter sur sa présence. Mais elle ne voulait pas céder, sans doute parce qu'elle avait passé un début de soirée lamentable : elle ne voulait pas lui donner l'impression qu'elle ne valait pas la peine d'être écoutée. Ce n'était pas parce que Mark lui avait clairement montré que sa présence ne l'intéressait pas, et qu'elle n'avait pas su réagir comme elle l'aurait préféré à ce moment-là, qu'elle devait laisser quelqu'un d'autre lui montrer que sa conversation était vraiment inintéressante.

Une nouvelle demi-heure passa, sans qu'aucun des deux ne prononce un seul mot.

- Allez-vous l'imaginer dans notre bar ?

- Pardon ?

La voix ne lui ressemblait plus du tout : elle était froide et presque détachée. Jo avait du mal à la reconnaître ; elle avait même cru, au départ, que quelqu'un d'autre avait pris le combiné et parlé à sa place.

- Cet homme laid, qui vous accoste au bar, et qui vous fait sauvagement l'amour. Qui comble le moindre de vos désirs physiques et psychiques. Allez-vous lui donner les traits de l'homme que vous avez rencontré ce soir ?

Jo réfléchit un instant à la question, puis répondit le plus naturellement possible :

- Non, je ne pense pas. Il s'agit de notre bar. Cet homme, aussi attirant soit-il avec ses yeux gris clair, n'a aucunement sa place à l'intérieur.

Le tour que prenait la conversation commençait à la déranger au plus haut point. C'était une chose de discuter de ses plus intimes besoins physiques avec un inconnu, mais c'était justement parce qu'il s'agissait d'un inconnu qu'elle se sentait aussi à l'aise pour discuter de choses pareilles; c'en était une autre de faire entrer en collision ses deux mondes, en lui demandant des détails précis sur les personnes qu'elle avait côtoyées dans la soirée.

- De toutes manières, ce n'est pas votre genre, reprit-il après un petit laps de temps.

- Pardon ?

- Vous n'êtes pas le genre de femmes à oser vous avancer vers un homme et lui dire de but en blanc que vous désirez coucher avec lui. Vous êtes bien trop délicate pour cela.

- Vous ne me connaissez pas ! Je suis tout à fait capable de prendre les devants et d'inviter un homme à passer du temps avec moi. D'ailleurs, tenez, je n'ai aucune raison d'attendre plus longtemps, je me lance dès demain matin !

Ces affirmations sur sa personnalité, et encore plus le fait qu'il ait raison, acheva de l'énerver. Il était temps de s'arrêter, ou elle risquait de lui dire des choses qu'elle ne pensait pas.

- Accepteriez-vous que je vous recontacte au studio demain soir ?, lui demanda-t-il prudemment.

- J'imagine, répondit-elle avant de cliquer rageusement sur le bouton d'arrêt destiné à couper les conversations téléphoniques destinées au studio.

Elle n'en était plus vraiment sûre, à vrai dire. Elle avait toujours pris soin de ne pas lui révéler de détails trop précis sur sa manière de vivre, comme par exemple l'endroit où elle habitait, son emploi du temps, le nom des endroits qu'elle fréquentait avec ses amies, et ainsi de suite.

Il ne les lui avait jamais demandés, se contentant de s'intéresser à ce qui la faisait vibrer au plus profond de son être, comme désireux d'explorer les moindres recoins de son moi intérieur. Ce n'était pas quelqu'un de désagréable; au contraire de Jo, vu la manière dont elle avait répondu à une question qui lui avait bêtement déplu et qui l'avait placée face à certaines de ses insécurités.  

En fermant les yeux sur son lit, au petit matin, Jo se promit de s'excuser pour son comportement de la veille dès le prochain appel de Mr D.
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MessageSujet: Re: Spicy : Mes nuits secrètes, Janet Mullany   Lun 30 Juin - 21:59


8.


- Alexander ? Oui, allô, c'est Jo. On s'est rencontrés vendredi soir, à la fête de Clara Zibberman.

- Ah, Jo ! Je suis content de t'entendre, j'avais justement prévu de t'appeler. Comment vas-tu ?

- Ca va, merci. Et toi ?

- Tout va bien. Justement, j'ai mon après-midi de libre, est-ce que ça te tenterait d'aller boire un café ensemble ?

- Avec plaisir ! Connais-tu le Delicioso ?, lui demanda-t-elle. Il se trouve dans le sud de Londres.

- Non...

- Attends, je t'envoie l'adresse par texto.

- Parfait, je viens de le recevoir. Je ne suis pas très loin, apparemment. Est-ce que ça t'irait, si on s'y retrouvait dans à peu près quarante minutes ?, proposa-t-il.

- J'y serai. A tout à l'heure.

Jo coupa la conversation et remit son téléphone portable dans son sac à main. Les réflexions de Mr D. avaient tant fait leur chemin dans sa petite tête durant toute la nuit, qu'elle s'était finalement décidée à appeler Alexander dès son réveil pour lui proposer un rendez-vous. Pour le coup, c'était lui qui avait pris les devants, mais ce n'était pas bien grave car si elle commençait à y réfléchir trop sérieusement, elle risquait de se faire peur toute seule et d'annuler.

Alors qu'elle se vernissait les ongles en rouge ("rouge cancan", annonçait l'étiquette), la sonnette de la porte d'entrée retentit dans la salle de bain. Étonnée, car n'attendant personne, elle se leva et tourna avec précaution la porte de la salle de bain afin de ne pas mettre de marques rouges dessus par inadvertance. Tandis qu'elle s'appliquait, un deuxième coup de sonnette la fit sursauter, bientôt suivi d'une voix familière et reconnaissable entre toutes : celles de son amie Clara.

- Jo ? Jo, qu'est-ce que tu fabriques encore ? Tu ne vas quand même pas me laisser poireauter deux heures sur ton pallier !

Jo se dépêcha d'aller ouvrir la porte à son amie.

- Clara ! Que fais-tu là à une heure pareille ? Tout va bien, s'alarma-t-elle.

Son amie balaya ses inquiétudes d'un vague geste de la main.

- Oui, oui, ne te fais donc pas de soucis pour rien. Je viens juste t'annoncer qu'Andrew a réussi à dénicher trois tickets pour un concert d'opéra. C'est à propos de Mozart, ou je ne sais quoi. J'ai immédiatement pensé que tu serais intéressée pour nous accompagner, vu ton goût pour ce genre de musique. Alors, zou, va vite terminer de te préparer, on doit le retrouver devant l'opéra dans une heure et demie.

- C'est que j'avais d'autres plans, objecta Jo.

- D'autres plans ! Non mais, je rêve ! Je t'offre l'occasion de faire quelque chose qui te fait plaisir, et mademoiselle préfère refuser !

- Très bien, très bien, abdiqua Jo. Laisse-moi juste le temps d'appeler pour annuler, et je suis à toi.

Tandis qu'elle laissait un message sur le répondeur d'Alexander pour le prévenir de son désistement de dernière minute, Clara alla farfouiller sans vergogne dans sa penderie. Lorsque son vernis eut terminé de sécher, la jeune femme n'eut plus qu'à enfiler la tenue concoctée par les soins de son amie et, comme dirait si bien Clara : zou, direction l'opéra !


***


Lorsque, le soir venu, Jo s'installa devant son matériel informatique et prit son premier appel, elle avait encore des étoiles plein les yeux.

- Bonsoir, Jo. Comment allez-vous ?, demanda immédiatement la voix magnétique.

- Bonsoir, Mr D., répondit-elle chaleureusement. J'ai passé une journée si incroyable, si vous saviez !

Son rire chaud résonna à l'autre bout de l'interphone.

- Hé bien, quel enthousiasme ! Que s'est-il passé, vos plans d'hier soir se sont-ils finalement concrétisés ?

- Oh !

Jo se rendit brusquement compte qu'elle avait complètement oublié Alexander, depuis l'arrivée de Clara chez elle.

- Non, reprit-elle. Non, j'ai eu un empêchement. Mais quel merveilleux empêchement : mon amie est arrivée avec des tickets pour assister à un opéra-bouffe de Mozart !

- Don Giovanni ?

- Non, c'était Les noces de Figaro !

- Je crois me souvenir vaguement que vous aviez parlé de cette préférence sur les ondes, il y a quelques temps.

- Ah ? Oui, peut-être, je ne m'en rappelle plus, répliqua-t-elle distraitement. Se rappelant soudainement de ses projets, elle changea de sujet : Je voulais m'excuser pour hier soir. J'ai été d'une désobligeance incroyable, et j'espère sincèrement que vous ne m'en tenez pas rigueur. Que pourrais-je faire pour me faire pardonner ?

- Racontez-moi quel a été le moment le plus intéressant de votre après-midi.

Il n'avait hésité que quelques instants avant d'énoncer son envie.

- Comment choisir !, répliqua-t-elle vivement. Tout d'abord, il y a eu cette incroyable nouvelle, cette incroyable opportunité de changer mon quotidien. Ensuite, il y a eu ces incroyables moments passés avec Andrew et Clara... L'opéra-bouffe était en lui-même fascinant ! Dites, monsieur D. ...

- Oui ?

- Vous n'êtes pas Andrew, n'est-ce pas ?, demanda-t-elle presque timidement, à voix basse.

Il sembla réfléchir quelques instants, de l'autre côté du téléphone, puis il répondit fermement :

- Non, je ne m'appelle pas Andrew. Qu'est-ce qui pourrait vous faire penser une chose pareille ?

- Je ne sais pas, répondit-elle à mi-voix, à présent honteuse. Elle se reprit : Néanmoins, je suis heureuse de l'apprendre. J'aurais été incroyablement gênée de tomber amoureuse du petit ami de ma meilleure amie.

- Vous êtes amoureuse de... Mr D. sembla incapable de finir sa phrase. Comme Jo ne l'aidait pas, il finit par se décider : de cet Andrew ?

- Absolument pas. Mais avouez quand même que c'aurait été fort inconvenant, vu les sujets que nous avons évoqué précédemment ensemble, que vous ayez été la personne avec qui j'ai passé l'après-midi. Je serais à présent incapable de vous regarder sans rougir de honte !, le taquina-t-elle avec malice.

- Et pourquoi pas ?

Sa répliqua arracha un rire involontaire à Jo. L'idée était, il est vrai, assez tentante.

- Vous avez raison, pourquoi pas, répliqua-t-elle à son tour avec panache.

Sa répartie laissa son interlocuteur sans voix.

- Très bien. Si vous êtes réellement sérieuse, voici ce que je vous propose : un de mes amis organise une fête demain soir. Venez.

Jo fut tentée de se débiner mais la voix de son interlocuteur, impérieuse, ressemblait à un appel pressant auquel il était impossible de résister.

- Puis-je amener une de mes amies ?

- Si cela peut vous rassurer, oui, renifla-t-il de manière méprisante.

- Devons-nous nous accorder sur un signe de reconnaissance ?, lui demanda-t-elle encore, étonnée de sa propre audace.

- Non, je n'en aurai pas besoin pour vous reconnaître : vous serez la seule biche apeurée de la réception.

Sa pique la toucha plus qu'elle ne voulut l'admettre. C'est pourquoi elle se décida à prendre les choses en main :

- Donnez-moi l'adresse de votre ami ainsi que l'heure d'arrivée, que je la note immédiatement.

- 12 allée des Fontaines d'or. Le rendez-vous est à dix-neuf heures. Soyez à l'heure.

- J'y serai sans faute, ne vous inquiétez pas pour moi !, répliqua-t-elle vivement. Je vous dis donc à demain soi...

- Holà ! Où allez-vous donc comme ça ? Une fois le rendez-vous pris, le rossignol tente une fois encore de s'échapper de sa cage !, se moqua-t-il à nouveau.

- Je ne comprends pas...

- J'aime votre ingénuité. Laissez-moi m'expliquer, alors : car à présent, il me faut vous donner un avant-goût des douceurs du lendemain, que la présence de votre amie ne m'empêchera pas de vous prodiguer. Il me faut vous donner un avant-goût de la douceur de mes lèvres se posant avidement sur les vôtres. De celle de mes mains pressant votre taille que j'imagine de guêpe. De nos langues se bagarrant sans relâche tandis que mes mains glisseront peu à peu sur vos épaules, puis dans votre dos, allant chatouiller vos omoplates, et revenant à la courbure de vos seins. De vos magnifiques seins, murmura-t-il d'une voix rauque.

- Je ne...

- J'imagine votre regard posé sur le mien. Vos yeux amoureux avides de désir, votre corps parfait toujours plus désireux de mes caresses. Je bande rien qu'à l'idée de l'effet que je produirai sur vous. De l'effet que je continuerai à produire sur vous après notre nuit enfiévrée.  Je bande rien qu'à l'idée de poser mes mains sur votre peau si douce. Oh, Jo, je vous promets de combler vos désirs les plus intimes, les plus sombres, les plus inavouables. Je vous promets de vous faire mienne. Après cette nuit parfaite, vous n'en désirerez plus aucun autre que moi.

- C'est une promesse ?, demanda-t-elle en frissonnant de désir et d'espoir mêlés.

- C'est une promesse.
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MessageSujet: Re: Spicy : Mes nuits secrètes, Janet Mullany   Lun 30 Juin - 22:47


9.


Le 12, allée des Fontaines d'or, situé dans le nord-est de Londres, était une demeure incroyablement grande. Quand Jo arriva, le portail automatique s'ouvrit sur son passage, lui permettant d'aller se garer un peu plus loin. La maison était illuminée de partout, grâce aux grandes portes fenêtres permettant de laisser sortir la lumière des pièces.

Dans un soucis de reconnaissance, Jo avait finalement décider d'arriver un peu plus en retard que prévu. Elle s'était bêtement imaginée qu'un Mr D. impérieux l'attendrait, droit comme un i, sur le perron, à dix-neuf heures précises. Et même si elle avait finalement rangé cette pensée dans la catégorie des pensées irrationnelles, elle avait néanmoins préféré ne pas tenter le diable. D'autant plus que son unique soutien pour cette soirée, Felicity, s'était avérée indisponible : des crampes d'estomac atroces avaient empêché son amie de se lever durant toute l'après-midi, si bien que Jo avait été obligée de se préparer sans aide. De toutes façons il était trop tard, et elle n'était pas aussi égoïste, pour appeler Carla à la dernière minute et lui demander de changer tous ses plans de la soirée uniquement pour elle. Non ! Elle saurait se montrer aussi forte et sûre d'elle que lors des dernières minutes de sa dernière conversation téléphonique avec son mystérieux interlocuteur.

En entrant dans le hall d'entrée, elle fut surprise de la magnificence du décor affiché pour l'occasion. Elle donna son manteau aux femmes s'occupant du vestiaire, les remerciant d'un chaleureux sourire. Ce ne devait pas être amusant de rester au vestiaire lorsque, derrière les deux portes coulissantes menant à la salle à manger, la véritable fête battait son plein.

Elle eut la surprise de reconnaître plusieurs des participants de la soirée : Andrew, l'ami de Clara avec qui elle avait été à l'opéra, ne tarda d'ailleurs pas à la repérer. Il s'avança vers elle, un sourire non-feint aux lèvres, et l'incorpora immédiatement au groupe d'amis avec qui il était en train de discuter :

- Mark, Alexander, vous connaissez déjà Jo, je crois ? Jo, laisse-moi te présenter Mr et Mrs Declan Hurst, ainsi que leur fille unique, la chère Patricia Hurst.

Jo leur sourit, enchantée de ne pas se retrouver isolée de tout le monde. Patricia avait à peu près son âge et, immédiatement, Jo sut que le courant passerait à merveille entre elles deux. Patricia ne semblait ainsi avoir aucune difficulté à taquiner tour à tour l'élégant Andrew, le charmeur Alexander ainsi que le taciturne Mark : chacune de ses plaisanteries, ciblées, démontraient son aisance en société ainsi que sa connaissance intime de ses victimes. Et Jo, de son côté, ne pouvait qu'apprécier de se retrouver intégrée à un groupe de personnes aussi sympathiques, se contentant pour un temps de partager avec eux cette joie simple.

Seul Mark, l'homme aux yeux clairs, semblait impassible aux piques de Patricia. Contrairement aux deux autres jeunes hommes de la soirée, il ne semblait faire aucun effort pour entretenir la conversation, se contentant de réponses brèves et sèches aux questions des autres. A un moment, il alla même jusqu'à critiquer le comportement de Jo :

- Excusez-moi un instant, Alexander, mais il semble que votre discours n'intéresse guère miss Jo. Depuis que vous avez pris la parole, elle n'a eu de cesse de se contorsionner d'un côté et de l'autre, comme dans l'espoir d’apercevoir une connaissance plus intéressante dans la foule... Me trompé-je ?

Jo rougit jusqu'à la racine des cheveux, mais tenta de son mieux de ne pas perdre contenance :

- Pardonnez-le, Alexander. Il s'imagine sans doute que, se basant sur ses propres impressions, votre discours ne m'intéresse pas. Or ce n'est absolument pas le cas, puisque j'ai toujours été intéressée par les chevaux.

- Tu en as déjà fait ?

- Non, je suis allergique à leurs poils, malheureusement.

Tandis qu'Alexander exprimait sa déception de ne pouvoir partager sa passion avec elle, puisqu'elle lui avouait ne pas connaître les règles du polo, ni même le nom des meilleurs joueurs de chaque équipe, Jo tenta d'observer à la dérobée l'étrange Mark. Comment un homme pouvait-il se montrer autant froid et distant en une telle occasion ? C'était assurément que la couleur de ses yeux bleus pâles, presque gris, reflétait son comportement...

A un moment, une femme rousse s'approcha de lui, et vint le titiller. Elle posait ses mains sur ses bras, jouait avec ses mèches de cheveux, commentait la forme de certaines de ses boucles noires... Mais Jo ne perçut que de l'agacement chez Mark, raide comme un piquet - agacement contenu à grand-peine.

Elle profita de la distraction offerte pour s'excuser en prétextant aller chercher une coupe de champagne, et s'éloigner autant que possible sans avoir à subir un nouveau commentaire désobligeant de l'homme en question. Arrivée à l'autre bout de la salle, elle subtilisa une coupe de champagne posée sur un plateau virevoltant au gré du serveur qui le tenait, et en profita pour observer un par un chacun des hommes présents dans la pièce. Aucun ne semblait faire attention à elle, si bien qu'elle se prit à penser que Mr D. n'était peut-être pas encore arrivé. A moins...

Oui, à moins qu'il ne se trouve en ce moment-même dans le jardin ! De quelle sotte elle aurait donc l'air s'il la rappelait ce soir en lui disant qu'il l'avait cherché toute la soirée, et qu'il était même allé faire un tour dans les jardins en espérant la trouver - mais qu'elle n'y ait elle-même pas pensé !

Un sourire éclaira son visage à la pensée de cette occasion manquée, et elle se surprit à laisser ses pas la guider jusque dans les jardins dans l'espoir d'y retrouver son rendez-vous. Si elle avait voulu participer à une soirée où se trouvait tout le gratin londonien, elle n'aurait eu qu'à demander à Clara de la faire entrer dans une de ses fêtes ! Elle n'était pas venue pour cela, mais bel et bien pour, une bonne fois pour toutes, découvrir la personne qui se cachait derrière la voix langoureuse de son interlocuteur !

Alors qu'elle contournait une haie, elle sentit une présence et se figea brusquement.

Elle entendit d'abord son souffle, et s'imagina entendre sa voix métallique lui souhaiter le bonsoir. Elle eut néanmoins l'étonnement de se faire rabrouer à la place :

- Vous étiez en retard. J'espère que vous avez une bonne excuse.
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MessageSujet: Re: Spicy : Mes nuits secrètes, Janet Mullany   Lun 30 Juin - 23:21


10.


Jo se retourna brusquement, et percuta sans le vouloir son interlocuteur, qui se tenait à peine à quelques centimètres d'elle.

- Mark !

Elle n'en revenait pas... Enfin, si. Elle s'en était doutée. Un peu, en tout cas. Il était après tout difficile de confondre la voix de Mr D. avec la sienne tant elles étaient proches... Mais cela n'expliquait pourtant pas ses changements de comportement. Et cela ne les excusait certainement pas !

La jeune femme referma la bouche, qu'elle avait ouverte sous le coup de la surprise, et son corps se raidit entièrement. Elle qui avait eu tant peur de cette confrontation, n'aurait à présent raté pour rien au monde les explications boiteuses qu'il allait, elle l'espérait de tout son cœur, lui confier quant à son irrationnel dédoublement de personnalité.

Elle pointa un doigt accusateur sur sa poitrine, fermement décidée à en découdre avec lui !

- Bonsoir, Jo.

Toutes ses bonnes résolutions fondirent comme neige au soleil lorsqu'elle entendit sa voix. C'était comme si ses mots avaient pris vie et s'étaient métamorphosés en autant de petites caresses dont l'unique but existentiel consistait à se promener sur chaque parcelle de son corps, et à lui provoquer des frissons d'impatience. Alors que son esprit tentait tant bien que mal de reprendre le contrôle, son corps entier capitula : elle se tourna entièrement vers l'homme aux yeux gris acier, et fit un pas dans sa direction, dans le but non avoué de se rapprocher de lui.

- Bonsoir, Mr D., répondit-elle prudemment.

Pour toute réponse, il lui sourit. Et ce fut ce sourire qui, plus que tout autre chose, fit battre son cœur à cent à l'heure. Irrésistiblement attirée, elle s'approcha encore plus près, et posa une main légère, hésitante, au niveau de la plissure de ses lèvres :

- Je t'ai imaginé sourire tellement de fois, lorsque nous étions au téléphone...

Elle passa, aussi doucement qu'une caresse, ses doigts sur sa lèvre inférieure, avant d'éloigner tout aussi délicatement sa main. Mark la retint : sa poigne ferme enserra son poignet fragile. Il ne lui fit pas mal, mais le contact de leurs deux peaux la surprit assez pour que, par réflexe, elle plante son regard dans celui de son interlocuteur.

Il n'en fallut pas plus à Mark pour la ramener à lui et, alors qu'elle avait la tête levée vers son visage, capturer ses lèvres des siennes en un baiser passionné. Elle sentit son autre bras puissant passer dans son dos, comme pour lui bloquer toute retraite. Pour lui prouver que ses craintes étaient irraisonnées, elle se blottit encore plus contre son torse musculeux. Le contact sembla plaire à Mark, car il relâcha finalement son poignet. Libre à nouveau de chacun de ses mouvements, Jo plaça ses deux mains de chaque côté du cou de son amant, prolongeant leur langoureux baiser, tandis que celui-ci prenait possession de ses seins. Elle n'avait jamais eu une poitrine particulièrement développée, mais cela n'empêcha pas Mark de leur faire honneur : bientôt, il rompit leur baiser, afin de mieux réussir à déboutonner le chemisier de sa dulcinée. Une fois cela fait, il entreprit de passer une main à l'intérieur. Il chercha son téton droit, le pinça légèrement à l'aide de la pulpe de ses doigts; puis, constatant l'effet que cela provoquait en Jo, il entreprit de reproduire l'expérience avec ses lèvres. Comme cela lui semblait malhabile, il prit l'initiative de l'allonger dans l'herbe fraîche.

Jo ressentait chacun de ses gestes comme une seconde de moins la séparant du moment où elle serait enfin, entièrement, pleinement, en harmonie avec lui. Elle le laissait faire, uniquement soumise aux effets de son habileté masculine produits sur son imagination. Elle se sentait à la fois tendue comme une corde d'arc, et prête à exploser sous l'effet de la jouissance.

Cela se produisit au moment où son amant, après avoir déposé toute une ligne de baisers papillons successifs allant du bas de sa poitrine à son bassin, s'était arrêté au niveau du nombril pendant que ses bras, à leur tour, s'activaient à remonter jusqu'au haut de ses cuisses. Il stoppa chacun de ses gestes lorsqu'il la vit se raidir sous lui, mais, au milieu du bien-être qui suivit la libération de toute sa tension sexuelle, elle sentit son sourire lorsqu'il enfouit la tête dans sa cuisse. Son état de béatitude ne dura guère : l'intérieur de sa cuisse gauche se mit à la picoter. Mark était en train de la parsemer de caresses et de baisers.

Il remonta ainsi jusqu'à son clitoris, avec lequel il s'amusa quelques instants. C'était comme s'il tentait de faire venir sur commande les gémissements de son amante.

- Prends-moi !

Il ne répondit pas, bien plus intéressé par son petit jeu. La frustration l'emplit alors entièrement et, refusant de se laisser faire, Jo se redressa sur ses genoux, doucement mais fermement. D'une légère poussée, elle projeta Mark en arrière : il se laissa faire et, immédiatement, se plaça sur le dos, son sexe fièrement dressé en l'air.

Inconsciemment, Jo se lécha les lèvres, mais son envie se fit de plus en plus pressante et, égoïstement, elle préféra chercher un préservatif dans son sac, qu'elle entreprit de positionner, puis de dérouler tout le long de la verge d'un Mark amusé par le léger tremblement de ses mains contre son pénis engorgé.

Arrivée à ce point, le désir de Jo vacilla. Si elle continuait, il n'y aurait pas de non-retour. Mais il lui suffit de planter ses yeux dans ceux de son amant pour retrouver tout son aplomb. Son regard clair semblait la réclamer comme sienne. Si ses yeux avaient pu parler, ceux de Mark lui auraient dit : "Tu es à moi."

De fait, comme pour se rappeler ses motivations les plus enfouies, les mots qu'elle pensait à l'instant même sortirent sans qu'elle le veuille :

- Je te veux.

Mark redressa son bassin pour réitérer son invitation, et Jo n'eut alors plus aucun doute : elle s'empressa d'y répondre. S'accroupissant sur lui au niveau de son entrejambe, elle s'enfonça sur le pénis de Mark en un long gémissement de plaisir. Au début très lents, ils finirent, après quelques va-et-vient, à trouver leur rythme...

Ils continuèrent leurs frictions pendant quelques temps, jusqu'à ce que Mark n'en puisse plus. Alors, il se redressa, plaqua son bras dans le dos de sa partenaire afin de la stabiliser, et la fit basculer à nouveau, le dos dans l'herbe, sans jamais se séparer d'elle à aucun moment : elle lui était bien trop précieuse. Ils se réinstallèrent le plus confortablement possible, mais Mark sentit la jouissance le prendre peu à peu; et, quelques minutes plus tard, il éjaculait dans le préservatif.

Il sortit son pénis encore en érection du vagin de Jo, retira le bout de plastique contenant le sperme, et fit un nœud pour le refermer. Il se rallongea ensuite paresseusement à ses côtés.

- J'espère que tu n'as rien prévu d'autre de ta soirée. Parce que je te promets que, lorsque j'en aurai fini avec toi, tu ne te rappelleras d'aucun autre nom que le mien, ronronna-t-il à son oreille.

Sa remarque agit comme un électrochoc chez Jo. La jeune femme se redressa violemment, cherchant son sac des yeux. L'ayant trouvé, elle en sortit son téléphone portable. En voyant l'heure affichée, elle se mit à paniquer : dans moins de trente minutes, elle devrait commencer son travail à Radio Classique !

Mark se redressa sur un coude, et grogna en constatant que sa nymphe était en train de chercher ses vêtements dans l'intention évidente de se rhabiller :

- Reste avec moi.

- Je ne peux pas. J'aimerais bien, mais figure-toi que j'ai un travail. Et que si je ne veux pas me faire virer, j'ai tout intérêt à me dépêcher de filer !

Une fois entièrement vêtue, elle fit un pas en direction de la maison, mais se ravisa et revint sur ses pas pour l'embrasser une dernière fois. Néanmoins, elle refusa catégoriquement de se laisser aller à batifoler une nouvelle fois, et s'éloigna sans plus un regard en arrière. Son job était sa seule source de revenus, c'était par conséquent un sujet bien trop sérieux pour ne pas le prendre en considération !
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MessageSujet: Re: Spicy : Mes nuits secrètes, Janet Mullany   Mer 2 Juil - 8:25


11.


Jo, la paume de sa main nonchalamment appuyée sur son menton, rêvassait.

Elle savait qu'elle n'aurait pas du, car elle était à l'antenne. Elle ne s'était jamais montrée aussi peu professionnelle que ces derniers jours; heureusement, elle avait été capable de garder les apparences intactes : son réveil à portée de main, elle sortait de sa transe une à deux minutes avant la fin de la playlist, et avait donc largement le temps de reprendre entièrement ses esprits afin d'opérer la manipulation informatique nécessaire.

En voyant le bouton rouge d'appel clignoter, signe qu'une personne souhaitait s'exprimer à l'antenne, elle frémit. Et si... et si c'était Mark ? L'indicatif qui s'affichait ressemblait bien trop à celui de l'homme qui lui avait fait passer l'une des plus belles nuits de sa vie. C'était également la principale raison pour laquelle elle refusa de décrocher. A la place, elle attendit quelques instants : un nouveau numéro s'afficha dans une petite vignette en bas de son écran d'ordinateur. Elle soupira, contrariée, mais se força malgré tout à décrocher :

- Bonsoir ! Vous êtes actuellement en direct sur Radio Classique, la seule radio qui vous procure des émotions. Je m'appelle Jo, à qui ai-je l'honneur ?

- Allô ? Bonsoir, Jo. Je m'appelle Christopher.

- Bonsoir Christopher. Christopher, d'où nous vous appelez-vous ?, enchaîna-t-elle presque machinalement en tentant de faire percer l'enthousiasme dans sa voix.

- Heu... J'habite dans le sud de l'Angleterre.

Il semblait éprouver des difficultés à s'exprimer. Elle imagina immédiatement un grand garçon de dix-huit ans, maximum vingt, un peu gringalet pour son âge. Et incroyablement timide... peut-être un peu mal dans sa peau, qui sait ? Jo se prit immédiatement d'affection pour lui : durant les dix minutes suivantes, elle fit de son mieux pour l'inciter à parler de lui, de ce qu'il aimait faire dans la vie, de la raison pour laquelle il écoutait de la musique classique à trois heures du matin.

Lorsqu'il raccrocha, Jo se sentit soulagée, presque heureuse : en donnant à ce jeune homme l'occasion de s'exprimer franchement et librement, elle avait l'impression d'avoir fait une bonne action.

Si bien que, lorsque l'indicatif de Mark se remit à clignoter, elle se sentit plus sereine et un peu moins coupable de la manière dont elle se sentait obligée de réagir.

- Bonsoir ? Mark ?

Un silence glacial lui répondit.

Elle insista :

- Mark ? Est-ce vous ?

Puis, après encore quelques instants, elle reprit :

- Si c'est une plaisanterie, elle n'est pas drôle. Je vais devoir raccrocher.

- Je croyais pourtant que c'était le genre d'humour que vous appréciez, répliqua-t-il froidement du tac-au-tac.

- Comment ? Je ne comprends pas ce que vous voulez dire.

- Vous filtrez mes appels depuis une semaine.

- Je ne vois pas ce qui... Elle se sentit rougir lorsqu'il lui coupa la parole :

- Ne me mentez pas. Pas à moi ! Nous avons discuté des nuits entières sans la moindre difficulté. Mais depuis notre rencontre, toutes mes tentatives de vous recontacter sont restées lettre morte. Bon sang, qu'a-t-il bien pu se passer ? Je ne vous ai pas plu ?

Il avait véritablement l'air en colère.

- Si, bien sûr que si... bredouilla-t-elle, un peu déstabilisée.

- Alors quoi ? Vous avez rencontré un autre homme ?

Sa voix devint grondante, et Jo sentit une pointe de jalousie. Elle se sentit un instant gênée, comme prise en faute. Mais elle se rappela soudain ses motivations. Et puis, de toutes manières, ce n'était pas de sa faute s'il n'était pas capable de gérer ses crises d'égo, d'abord ! Elle rétorqua donc :

- Je refuse de coucher avec mon patron.

Apprendre la nouvelle lui avait fait un choc : alors qu'elle quittait le manoir où s'était concrétisé physiquement son attirance vocale pour son bel inconnu, la cousine d'Andrew, Patricia Hurst, s'était approchée d'elle, avait glissé son bras dans le sien et l'avait entraînée à part. Jo ne s'était tout d'abord pas méfié, mais Patricia ne lui avait pas laissé le temps de percer ses motivations. La jeune femme l'avait abordé de front. Excessivement possessive, elle l'avait prévenu du risque que Jo encourrait dans le cas où elle tenterait de se rapprocher de Mark uniquement pour son argent :

- Je te préviens, si tu couches avec lui uniquement par intérêt, et que tu finis par lui faire du mal, tu auras affaire à moi !, l'avait-elle menacée.

Lorsque Jo avait tenté de s'échapper de son étreinte, en lui expliquant qu'elle n'avait aucun intérêt quelconque dans l'affaire, Patricia avait fini par sortir les crocs : sous ses dehors avenants, elle cachait un véritable visage de tigresse !

- Ne me fais pas croire que tu ne sais pas qu'il est le directeur de Radio Classique. Tu y travailles, bon sang !, avait-elle alors rajouté de manière méprisante avant de relâcher une Jo éberluée aux yeux agrandis par la surprise, qui n'avait eu de cesse de s'éloigner le plus loin possible de toute cette étrange mascarade.  

Maintenant qu'elle avait eu le temps d'y réfléchir à tête reposée, elle était sincèrement étonnée d'être passée à côté d'une information pareille. Et cependant, Mark ne lui avait jamais donné son nom de famille - qui, au passage, ne commençait même pas par la lettre D. ! Margaret lui avait également confirmé que, vu leurs horaires particuliers, elle non plus n'avait jamais eu l'occasion de voir en personne le richissime Mark Wilder : elles avaient été toutes deux engagées par leur directeur de secteur, et n'étaient donc jamais entrées en contact avec les grands pontes de la musique. Les seules personnes qu'elle voyait, lors de son travail nocturne, étaient (dans l'ordre) : le gardien de nuit, le collègue s'occupant de la plage musicale avant la sienne mais avait qui elle n'avait jamais réellement tissé de liens, Margaret ; et, de temps en temps, au petit matin, quelques femmes de ménage encore ensommeillées.

- Pourquoi pas ?

- Si nous nous engageons dans une situation pareille, nous ne pourrons jamais nous en dépêtrer. Si je vous lasse, vous risquez de me virer. Et si je me lasse, je me sentirais obligée de continuer à vous fréquenter de peur de me faire virer. Je ne peux pas prendre ce risque.

- Et pourtant, nous avons déjà commencé.

Interloquée, Jo haussa légèrement le ton afin d'être sûre de bien s'être fait comprendre :

- Ecoutez, Mr D... ou Mr Wilder, comme vous préférez vous faire appeler. Je ne peux pas me permettre de perdre mon emploi. J'aime ce que je fais. Alors, s'il vous plaît, je vous en prie !, ne me rappelez plus sur mon poste de travail... Allô ?.. Allô ?

La tonalité avait été coupée. Jo se mit à prier à mi-voix : Pitié, faites qu'il ne soit pas vexé par ce que je lui ai dit. Faites qu'il ne demande pas au chef du personnel de me faire venir demain matin...

- Margaret !, s'exclama-t-elle alors qu'un bruit derrière elle venait de la faire sursauter, déviant ainsi le court de ses pensées. Oh, Margaret, tu m'as fait peur ! Depuis combien de temps es-tu là ?

- Suffisamment pour comprendre que tu t'es mise toute seule dans une situation inextricable, Jo. Tu as l'air soucieuse, veux-tu me raconter ce qui s'est passé ?, lui demanda-t-elle doucement.

Devant autant de sollicitude, Jo s'effondra en larmes dans les bras de son amie et lui avoua tout sans rien lui cacher.
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MessageSujet: Re: Spicy : Mes nuits secrètes, Janet Mullany   Mer 2 Juil - 8:59


12.



La première réaction de Margaret fut de prévenir, immédiatement après son travail, Clara et Felicity. D'un commun accord, les trois jeunes femmes se déclarèrent en situation de crise. Une fois reposée, le sérieux avec lequel ses trois amies prenait la situation aida ne put que faire sourire Jo. Elle se sentait heureuse, soutenue ainsi par les trois personnes qu'elle appréciait le plus au monde.

Clara dédramatisa la situation, en s'occupant un par un des détails pratiques. Il fut ainsi convenu que, en cas de sursaut d'orgueil masculin de l'étrange Mr Wilder, Jo abandonnerait son appartement pour se faire héberger chez Margaret. Elle eut beau protester autant qu'elle le put, ses amies ne lui laissèrent pas le choix et Jo, amusée par leur opiniâtreté, finit par céder. Elle continuait à espérer au fond d'elle que le pire des scénarios catastrophes choisi par Clara ne se produirait pas... Margaret décida de lui tenir compagnie lors de sa plage horaire : officiellement pour lui éviter de broyer des idées noires pendant les interludes musicaux; officiellement pour éviter qu'elle ne se laisse tenter à décrocher un nouvel appel de son bel inconnu.

Qui n'appelait plus. Depuis une semaine. Une semaine entière.

Alors, quand, n'en pouvant plus, elle se mettait à craquer, le sourire et les caresses maternelles de Felicity lui faisaient un bien fou. Elle avait l'impression d'être une de ces junkies accro au crack et incapable de s'en passer pendant plus de vingt-quatre heures d'affilé. Elle se rendit compte que ses appels étaient entrés dans son quotidien, qu'elle les attendait même avec de plus en plus d'impatience. Or, son sevrage était bien trop radical pour qu'elle puisse l'accepter sereinement. Parfois, elle se surprenait même à ressentir le besoin de sangloter. Ses yeux se remplissaient alors de larmes contre sa volonté, et il lui fallait bander toute sa raison afin de ne pas éclater en sanglots en plein milieu du métro ou du Delicioso, dans lequel elle continuait à se rendre tous les jeudis après-midi avec ses amies. Elle se demandait ce qui était le pire : perdre son emploi, ou ne plus jamais avoir de ses nouvelles.


***


Un de ces jeudis après-midi, justement, Clara craqua. Elle avait fait de son mieux pour soutenir son amie autant que possible, mais la situation lui paraissait bien trop extrême pour ne pas y rechercher une solution active : elle n'aurait pas été une aussi bonne amie si elle n'avait pas vu la tristesse constamment présente dans les yeux de Jo. N'y tenant plus, elle finit par lui dire :

- Mais couche avec lui, bon sang ! Si ça te rend aussi malheureuse que ça de ne plus avoir de contact avec lui, va le voir, ton fichu Mr D., et envoie-toi en l'air autant que tu voudras !

- Mais...

- Pas de mais !, objecta Clara. Quelle tête de mule tu peux être, parfois... Tu es débrouillarde : poste ta démission. Dans moins d'une semaine, avec mes contacts, tu auras retrouvé quelque chose. Allez. Je suis sérieuse, lève-toi et va voir ton supérieur. Maintenant.

Le regard de son amie était si dur en cet instant que Jo n'osa pas la contredire. Elle se leva mais, arrivée à un pâté du studio, elle recula. Il lui fallut faire par trois fois le tour de son lieu de travail pour enfin se décider, non pas parce que Clara lui avait dit de le faire, mais pour être bel et bien sûre du choix qu'elle allait prendre et de peser mûrement les conséquences qui en découleraient inévitablement. Celle qui finit par emporter tous les suffrages fut : qu'ainsi, si Mark voulait encore d'elle, elle n'aurait plus aucun complexe à coucher avec lui. Et c'était loin d'être un point négligeable.


***

Jo essaya de se sevrer tant bien que mal. Clara fut plus que satisfaite qu'elle se tourne vers elle : après tout, c'était elle sa plus ancienne amie.

- La meilleure et la seule solution afin de faire disparaître de ton esprit un homme qui t'a envoûté est d'en trouver un autre encore meilleur, lui expliqua-t-elle doctement. Son index était tendu vers Jo, comme si la jeune femme énonçait une leçon qu'elle voulait à tout prix faire rentrer dans le crâne de son élève dissipée.

Malgré toute la bonne volonté du monde, Jo ne pouvait empêcher son esprit de divaguer. C'est que c'était tellement dur d'oublier un moment aussi parfait. A moins que... A moins que ce ne soit l'homme qui était aussi parfait... Mais non ! Encore une fois, elle se morigéna à divaguer pour un rien. Comment pouvait-elle rationnellement s'être réellement attachée à un homme qu'elle ne connaissait pas ? Et non, connaître le son de sa voix ne comptait pas !

Elle pouvait croire qu'elle l'appréciait, ça oui : mais pas pour de vrai. Elle se surprenait à ressembler à une de ses anciennes camarades d'école, Sarah, qui, dès qu'elle venait de croiser une nouvelle connaissance avec qui elle avait un peu flirté, se déclarait catégoriquement amoureuse. Elle l'avait toujours trouvé très gentille, quoi qu'un peu niaise et pathétique malgré elle.

De fait, plus elle tentait de remettre de l'ordre dans ses pensées et dans ses sentiments, plus elle se rendait compte que sa relation avec Mark Wilderne reposait sur rien d'autre qu'une voix particulièrement sexy, sur une ambiance propice aux confidences, et sur une absence totale de connexion physique.

Oui, maintenant qu'elle y pensait, tout devenait de plus en plus clair : son attirance physique pour lui ne s'était réellement développée qu'à partir du moment où elle avait pris connaissance de sa véritable identité : elle ne pouvait le nier, Mark Wilder était séduisant, surtout avec son costume cravate noir ajusté à ses larges épaules, qui faisait ressortir ses deux magnifiques yeux bleu clair et avec un visage imberbe... quoi que Jo n'avait étrangement aucune difficulté à l'imaginer en baroudeur insolent avec une barbe de trois jours...

Il avait suffi qu'il s'impose à elle dans le rôle du mystérieux auditeur pour que Jo ait l'occasion de donner une forme à ses fantasmes : avant, le visage et le corps de Mr D. ne cessaient de changer, en fonction de ses envies et de son imagination fertile. Mais plus que tout, c'était surtout le visage lointain d'un étranger à qui elle n'aurait jamais besoin de rendre des comptes. C'était juste quelqu'un que son esprit invoquait lorsqu'elle se sentait un peu trop seule, que sa journée avait été un peu désagréable. Lorsqu'elle en avait assez, il lui suffisait de l'ignorer - et il partait tout seul, sans aucun embêtements ou jérémiades. En bref, sur bien des points, c'était l'homme parfait.

Lors de cette nuit passionnée, où leurs deux corps enfiévrés s'étaient étroitement et ardemment/adroitement mêlés, elle avait investi son amant d'une nuit de toutes leurs conversations nocturnes intimes. Le fait de savoir qu'il savait tout, jusqu'au moindre petit détail, de ses envies les plus intimes, lui avait permis pour une nuit - et une seule, elle s'en était fait la promesse ! - de se laisser aller en laissant de côté toutes ses habituelles inhibitions. Et voilà : l'explication était aussi simple que ça !

- Comment comptes-tu t'habiller ?

Jo redressa la tête.

- Hum ?

- Pour ce soir. Allez, Jo, arrête un peu de rêvasser ! Ce soir, tu seras mon plus un.

- Tu n'avais pas de plans avec Andrew ?

- Si, mais il est lui aussi invité. Comme ça, ça ne pose plus aucun problème : je t'emmène, et pendant que tu seras en train de flirter outrageusement avec de beaux étrangers américains, je pourrai flirter avec mon bel étalon européen.

Clara lui fit un clin d’œil mais, en voyant que Jo se raidissait, elle rajouta brusquement :

- Ne t'inquiète pas, ton patron ne sera pas là. J'ai demandé à Andrew, et il m'a expliqué qu'il avait été obligé d'effectuer un déplacement en Asie. En Chine ou au Japon, je ne me rappelle plus bien. En tout cas, il m'a affirmé qu'il ne serait pas de retour avant deux ou trois jours. Tu vois, tu n'as plus aucune excuse pour ne pas venir ce soir.

Jo hésita.

- Allez, Jo !, insista son amie. Ce n'est pas la mer à boire. Si la soirée ne te plait pas, il te suffira de me prévenir et tu rentreras, c'est tout. Et puis, ce n'est pas comme si tu avais prévu un meilleur usage de ta soirée/un meilleur plan pour ta soirée/tu n'as rien de mieux à faire. Alors, suis mon conseil : mets cette robe bleu nuit qui traîne dans ton placard depuis des mois et que tu n'as jamais portée. Avec les escarpins assortis et tes cheveux relevés en chignon, je te promets que tu auras réussi à oublier ton Mr D. avant la fin de la soirée !

L'enthousiasme de Clara était tellement contagieux que, bientôt, Jo se surprit à faire elle-même des plans pour la soirée.

Qu'elle se sentait bête, à présent, d'être restée aussi longtemps à se morfondre et à se lamenter pour son emploi et pour un homme qu'elle était à présent sûre de ne pas apprécier réellement spécialement ! Quelle perte de temps, ces hommes !, pensa-t-elle en s'appliquant du fond de teint devant le miroir de sa salle de bain.
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MessageSujet: Re: Spicy : Mes nuits secrètes, Janet Mullany   Ven 4 Juil - 14:10


13.



L'étage de l'hôtel que louait les Pasting, hôtes de la soirée, auraient pu contenir au moins trois fois son petit appartement, pensa Jo.

Elle est bien habillée. Elle arrive avec Clara, qui la présente à leurs hôtes comme son +1. Puis, puisqu'Andrew n'est pas encore arrivé, Clara s'excuse auprès de Jo pour aller retrouver un client influent.

- Je te laisse, Jo, il faut que j'aille régler quelques détails techniques avec Mrs Denvers.

Elle la laissa. Jo observa un instant autour d'elle, légèrement angoissée. Mais bientôt, ses craintes s'apaisèrent : il n'y avait aucune trace de son patron. Clara avait raison, il n'était pas. Soudain, dans la foule, elle reconnut Daphne Hurst. Elle s'approcha d'elle avec un grand sourire, soulagée de reconnaître un visage connu.

- Bonjour Daphne, comment vas-tu ?

- Parfaitement, merci.

- Cette soirée promet d'être vraiment réussie, tu ne crois pas ?

- Excuse-moi, Ivan me fait signe.

Et, sans autre explication, Daphne s'éloigna. Etonnée, Jo resta un instant figée. Comment une femme qu'elle avait connu aussi enjouée, malicieuse et sympathique avait-elle pu faire place à un personnage aussi désagréable et irrespectueux ? Jo la suivit un instant des yeux, et la vit faire la bise à son Ivan; puis elle détourna le regard.

Elle décida finalement de se mêler à un groupe de jeunes femmes de son âge que lui avait précédemment (lors d'une occasion précédente/ultérieure) présenté Clara, auquel se mêla rapidement un groupe d'hommes mûrs. Jo ne se laissa pas refroidir par le comportement de Daphne, ni se laisser détourner de son objectif premier par elle : oublier l'inoubliable Mr D.

L'heure suivante passa agréablement en leur compagnie. Parlant de tout et de rien, elle eut l'agréable surprise de voir Alexander s'approcher d'elle et rester à ses côtés durant presque toute la soirée : elle aurait imaginé que, après son appel d'excuse pour annuler leur rendez-vous, il lui en aurait voulu suffisamment pour ne plus jamais lui adresser la parole. Or, il se montrait aussi flatteur et séducteur qu'avant son annulation, et cela était amplement suffisant à Jo pour l'apprécier.

Vers minuit et quart, il se pencha vers elle :

- On va continuer la nuit ailleurs, tu nous accompagnes ?

- Avec plaisir. Une seconde, je vais prévenir Clara que je m'en vais.

Elle se dirigea vers son amie qui, une coupe de champagne, n'avait jamais semblé aussi lumineuse que lorsqu'elle se trouvait avec son amant. Andrew était arrivé en milieu de soirée, à cause d'un léger retard, et il s'était immédiatement dirigé vers Clara. Jo n'avait pas jugé utile de s’immiscer plus tôt dans leur conversation.

- Bonsoir Andrew, comment vas-tu ?

- Bien, merci et toi Jo ? Je suis content de te voir ici.

Jo lui sourit en guise de remerciement.

- Je vais bien aussi, merci. Justement, Clara, je voulais te dire qu'avec Alexander et quelques uns de ses amis, nous allions aller nous promener un peu. Ca ne te dérange pas trop qu'on ne rentre pas ensemble ?

- Quelle amie tu fais, rétorqua-t-elle vertement. Mais je m'en fiche, je suis persuadée que je réussirai à trouver quelque gentleman qui ne sera pas aussi empressé de me quitter, contrairement à toi. Hum... Et pourquoi pas lui ?, lui demanda-t-elle en pointant son doigt sur un homme séduisant dans la cinquantaine.

Sa remarque provoqua un grognement chez Andrew, qui se rapprocha d'elle et l'enlaça d'un bras possessif. Jo éclata de rire.

- Tu aurais du devenir comédienne, Clara !

- Je l'ai été. Dans une de mes vies antérieures.

Jo rit à nouveau, puis prit à nouveau congé de son amie, puis de ses hôtes, et suivit la petite troupe à l'extérieur de l'hôtel particulier des Pasting. Ils firent quelques pas avant qu'Alexander ne glisse son bras autour de la taille de Jo.

- Où allons-nous ?

- Un nouveau club vient d'ouvrir dans le centre-ville, il paraît que c'est le nouveau bar préféré de Naveen Andrews et qu'il y va quasiment tous les soirs.

- Ok, alors c'est parti, s'exclama joyeusement Alexander.

La joyeuse petite troupe partit d'un pas décidé vers son but. Ils parlaient et chantaient gaiement, tandis qu'ils se rapprochaient peu à peu de leur but.

Mais, alors qu'ils traversaient la Tamise, Jo s'arrêta brusquement.

- Hé ! Jo, qu'est-ce que tu fiches, cria Wendy, qui venait de lui rentrer dedans.

- Excuse-moi Wendy, mon pied a ripé sur une pierre, mentit-elle.

Wendy grogna quelque chose dans sa barbe, du genre "Maintenant que c'est fait, hein...", que Jo ne put bien comprendre, et elle la dépassa afin d'être sûre qu'un tel événement ne se reproduise plus.

Jo se mordit la lèvre et, le bras d'Alexander toujours posé sur sa taille, reprit son chemin. Néanmoins, la vision de Mark Wilder qui venait de s'imposer à son esprit la tarauda. C'était impossible qu'il soit à Londres, pourtant, puisque Clara le lui avait assuré. Et puis, elle n'avait pas eu le temps de voir son visage. Beaucoup d'hommes avaient la même stature mâle que celle de son patron. Après tout, ça ne voulait rien dire. Et pourtant, subitement prise par une impulsion, elle s'arrêta à nouveau et se tourna vers Alexander :

- Alex, je viens de me souvenir... Il faut que j'aille vérifier un truc.

- Quoi, maintenant ?, lui demanda-t-il, stupéfait.

- Oui, c'est important.

- C'est un club très sélect, si tu ne nous accompagnes pas, tu ne pourras jamais entrer.

- Je n'en ai que pour quelques minutes, je vous rattraperai.

Alexander lui jeta un regard distant et lâcha un banal :

- Très bien. Dans ce cas, je rejoins les autres.

- Merci. A tout de suite.

- Hum.

Jo se retourna et se mit à marcher dans la direction opposée, celle qu'elle venait d'emprunter. C'était bête mais, maintenant que l'image s'était imposée à son esprit, elle voulait en avoir le cœur net : si ce n'était pas Mark, tant pis. Et si c'était lui... elle préférait ne pas y penser. Accélérant le pas, ses yeux scrutaient en même temps les quelques passants tardifs. Elle crut un instant qu'elle l'avait perdu dans le dédale des petites rues londoniennes, mais en se retournant une nouvelle fois elle se rendit compte qu'il s'était arrêté sur le pont et contemplait la Tamise.

Elle s'approcha doucement, comme pour être sûre de ne pas l'effrayer et, aussi doucement que son pas, elle demanda :

- Mark ?

L'homme ne détourna pas la tête, ce qui incita Jo à s'approcher encore un peu plus : il était plus facile d'expliquer en riant à un inconnu qu'elle l'avait prise pour un autre avant de s'envoler à tire d'ailes rejoindre Alexander et ses amis.

- Mark !

C'était lui. Elle cligna plusieurs fois des yeux, comme si ceux-ci n'avaient pour but que de la tromper sur ce qu'elle voyait, tant elle n'avait pas osé y croire jusqu'à ce moment.

- Tu sembles étonné de me voir.

Il n'avait même pas pris la peine de tourner la tête pour lui répondre.

Jo pinça les lèvres.

- C'est vrai, on m'avait dit que tu étais en Chine... Enfin, en Asie.

Il ne répondit pas.

- Je vois que tu es rentrée plus tôt. Tu as réussi à terminer tout ce que tu voulais faire là-bas ?

Toujours pas de réponse.

- C'était pour le travail ?, insista-t-elle.

- Il me semblait que tu ne voulais plus avoir de contact avec moi.

Jo prit une grande inspiration en fermant un instant les yeux, se contraignant/s'exhortant à la patience, puis elle répondit :

- Ce n'est pas parce que j'ai pris peur en apprenant ton identité que je ne suis pas pour autant capable de me comporter en adulte quand il le faut. Dis-moi... Est-ce que tout va bien ? Tu as l'air soucieux.

Jo se sentait réellement désolée pour lui. Ce n'était peut-être rien, après tout, mais la fatigue semblait se mêler à la tristesse dans son regard gris terne.

- Je n'ai aucun compte à te rendre, répliqua-t-il agressivement en se détournant d'elle.

- Tu as raison. Tu as raison, mais tu m'as tellement écouté tous ces soirs... toutes ces nuits... à me poser des questions sur moi sur ce que j'aimais, sur ce que je faisais, que ce serait la pire des injustices si je ne pouvais pas à mon tour me montrer présent pour toi. Juste pour... pour écouter...

La fin de sa phrase se termina en un couac peu élégant : Mark s'était retourné vers elle et l'avait transpercé des yeux à présent gris acier, comme s'il l'avait passé au microscope. Ses yeux changeaient-ils réellement avec la luminosité, ou bien était-ce elle qui se l'imaginait en fonction des émotions qu'il transmettait ? Elle se sentit rougir, mal à l'aise devant ce regard inquisiteur.
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MessageSujet: Re: Spicy : Mes nuits secrètes, Janet Mullany   Ven 4 Juil - 14:55


14.



Alors qu'elle s'attendait à ce qu'il déverse ses foudres sur elle et qu'elle finisse électrocutée, il préféra se contenter de l'ignorer. Que devait-elle faire ? Comment devait-elle réagir ? Officiellement, elle n'était rien de plus que son employée. Et s'il ne l'avait pas encore viré, devait-elle justement lui donner une bonne raison de le faire en se montrant trop envahissante ? Elle se décida malgré tout.

- Si vous ne voulez pas parler, tant pis, nous ne parlerons pas, annonça-t-elle en repassant au vouvoiement. Elle haussa les épaules.

Elle tourna à son tour son regard vers les eaux sombres de la Tamise. Malgré l'heure tardive, quelques bateaux glissaient silencieusement sur l'eau, ne laissant échapper de leur moteur qu'un grondement sourd qui se mêlait aux autres bruits du quartier.

Ils restèrent là un temps interminable, sans parler, sans se toucher, sans même se regarder. Côte à côte, comme deux étrangers partageant un lien invisible.

L'horloge retentit. Il était une heure du matin.

Jo frissonna. Il faisait frais, à rester ainsi, immobile, dans l'air humide de la nuit. Elle se tourna vers Mark, et rompit leur silence :

- Je sais que j'ai promis de ne pas parler, mais il faut absolument que je passe un coup de fil.

- A vos amis ?

- Quels amis ?

Il sembla fâché de lui avoir posé la question, car il se renfrogna. Son visage se ferma complètement, et il lâcha un méprisant :

- Peu importe.

Et soudain, en un bref éclair de conscience, elle se rappela. Elle se rappela ce que la présence de Mark lui avait fait complètement oublier.

- Oh ! Zut, Alexander va vraiment me détester cette fois...

Tant pis, rajouta-t-elle silencieusement.

Elle tourna le dos à Mark, ouvrit son téléphone, et composa le numéro de Margaret.

- Margaret ? Allô, c'est Jo, ça va ? Excuse-moi de te déranger, mais j'aurais un énorme service à te demander.

- Que se passe-t-il ? Rien de grave j'espère ?

- Non non, je ne pense pas en tout cas, la rassura immédiatement Jo. Mais je préférerais m'en assurer... Est-ce qu'il te serait possible de me remplacer ce soir ? Je risque d'être très en retard.

- J'aimerais bien, mais je n'y connais rien à la musique classique, moi.

- Je t'envoie le mot de passe de ma session par SMS. La playlist de ce soir est déjà faite, tu n'as qu'à la relancer toutes les quarante minutes, tu la trouveras en tapant la date du jour dans le moteur de recherche. Et pour la dernière demi-heure, il suffit de faire parler les auditeurs de ce qu'ils aiment. De leur poser des questions sur ... Hé !, héla-t-elle brusquement Mark, en se rendant compte qu'il s'éloignait sans même plus faire attention à elle.

Elle reporta immédiatement le combiné à son oreille, se forçant à garder les idées claires car, tandis qu'elle donnait ses instructions à son amie elle se mit à marcher d'un bon pas afin de rejoindre le fuyard :

- Essaye de leur demander leur avis. Et n'hésite pas à faire débattre entre eux deux auditeurs si jamais...
- Ok...

Bon sang ! Qu'est ce qu'il marchait vite ! Elle en était tout essoufflée.

- Maggie, je vais devoir raccrocher, mais je te promets de t'amener au moins deux kilos de gâteaux au chocolat chez toi la semaine prochaine... A charge de revanche, bien sûr !..

Et elle raccrocha brutalement.

Une fois débarrassée de son inquiétude, elle put se concentrer sur son pas. Elle réussit enfin à rejoindre Mark qui, complètement indifférent à sa présence, attendait patiemment que la route se dégage des voitures afin qu'il puisse traverser le passage piéton. Elle lui agrippa le bras et le força à se retourner vers elle :

- Mark, bon sang, vous ne pouvez pas faire une chose pareille !, s'exclama-t-elle à bout de souffle.

- Je ne vois pas pourquoi je n'en aurai pas le droit alors que vous si, rétorqua-t-il de manière acide.

- Arrêtez de vous comporter comme un gamin deux secondes, s'il vous plait !

Au diable la politesse ! au diable la délicatesse ! au diable les passants qui leur jetaient un regard las avant de continuer leur route !

Elle desserra sa main de sa veste, et planta fermement ses yeux dans les siens, bien décidée à régler cette histoire une bonne fois pour toutes. Elle choisit d'aborder le problème de front :

- Les hommes ne s'amusent pas à rester seuls dans le froid à une heure et demie du matin, même si je dois bien admettre que d'ici, la vue sur la Tamise est magnifique. Ou alors, s'ils le font, c'est qu'il y a quelque chose... Est-ce à cause de moi ?

- Cessez de vous montrer aussi égocentrique, miss Donnelly, répliqua-t-il du tac-au-tac.

- Bien, voilà donc déjà un problème de réglé, répliqua-t-elle catégoriquement. A présent, vous ne pouvez plus prendre mon comportement pour excuse. Ce n'est pas parce que tout ce qui change de l'ordinaire me fait peur et que la seule manière de réagir que j'aie trouvé est de m'enfuir que vous avez le droit de me singer. Alors je vous le répète une bonne fois pour toutes, et il n'y a pas à chicaner, je reste avec vous.

Entraînée par ses émotions, elle n'avait pu s'empêcher de hausser légèrement la voix en insistant sur les dernières syllabes de sa phrase, comme faisait la plupart des gens lorsqu'ils voulaient être sûrs de bien s'être fait comprendre.

Il plissa les yeux. Et elle eut la certitude qu'il allait la virer, là, en pleine rue. Mais tant pis, elle était loin de regretter ses paroles. Elle avait dit ce qu'elle pensait, et en accepterait les conséquences. Clara avait raison : elle était bien plus forte qu'elle n'y paraissait et trouverait un autre emploi étudiant, peu importe le temps que cela prendrait ! Elle refusa de lâcher son regard.

Ce fut lui qui, le premier, détourna les yeux.

- Le feu est vert. Allons-y.

Elle le suivit sans un mot, à une distance raisonnable néanmoins. A présent qu'ils venaient de signer une trêve, elle ne voulait pas faire quoi que ce soit qui aurait pu la briser : elle était encore bien trop fragile pour cela.

Arrivée au bas de ce qui semblait un immeuble de haut standing, elle hésita un instant à le suivre, mais il lui tint la porte ouverte. Sans faire attention à elle, il appuya sur le bouton d'appel de l'ascenseur. Lorsque celui-ci arriva et que les portes s'ouvrirent, il monta dedans.

- Montez.

Ce n'était pas une demande, c'était un ordre. Parce que c'était le genre de personne qui préférait donner des ordres plutôt que d'en recevoir. Jo n'eut aucun moyen de refuser, alors elle monta dans l'ascenseur. En s'efforçant de ne pas se rappeler qu'une fois, elle avait confié à son mystérieux Mr D. qu'elle aurait aimé embrasser, et plus si affinités, un homme dans un ascenseur. Fébrile, elle eut néanmoins la surprise d'entendre "ting" et de voir les portes s'ouvrir sur le pallier du 12ème étage.

Mark prit une clé qui se trouvait dans sa poche, et l'enfonça dans la serrure de son appartement. Puis il entra à l'intérieur.

- Venez.

A nouveau, cet ordre, impérieux, qui ne laissait aucune place à la discussion.

Jo entra.

La garçonnière de Mark Wilder était propre et bien rangée. Rien ne dépassait, sans doute une trace de son esprit rigide. Le style épuré agrandissait l'espace en mettant à nu les murs blanc cassé. Elle resta dans l'entrée, à la périphérie de la salle à manger où se trouvait un canapé en cuir flambant neuf, prenant le temps de jeter un coup d’œil sur les titres des livres qui s'y trouvaient. Parfaitement rangés dans une petite bibliothèque de bois noir, par ordre alphabétique bien sûr, constata-t-elle avec une pointe de malice. Uniquement des classiques.

Elle entendit ses pas résonner dans l'une des pièces d'à côté, imagina une lumière s'allumer. Puis Mark revint dans son champ de vision : il se dirigea vers la chaîne stéréo, et l'alluma. En tournant vers elle un regard goguenard.
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MessageSujet: Re: Spicy : Mes nuits secrètes, Janet Mullany   Ven 4 Juil - 19:39


15.



Un léger grésillement lui parvint à ses oreilles, puis la voix chaude de Margaret emplit la pièce de sa présence :

- ... chers auditeurs. C'est avec un immense plaisir que je passerai exceptionnellement les quatre prochaines heures en votre compagnie. Mais nul besoin de vous inquiéter pour elle, Jo reprendra sa place habituelle dès demain soir. C'est promis. En attendant, commençons par le commencement : notre premier auditeur à avoir appelé est un certain Christopher. Bonsoir, Christopher, comment allez-vous ?

Mark baissa le son de la radio et se retourna brusquement vers son invitée.

- Pourquoi l'avez-vous arrêté ? Vous n'aimez plus la musique classique, finalement ?, demanda Jo en prenant une voix innocente de petite fille.

- Ne jouez pas à la plus maline avec moi, Josephine Marshall.

Jo plissa le nez à l'entente de son prénom entier. Son prénom lui avait toujours paru un peu trop vieillot et désuet, si bien que dès son adolescence elle avait forcé ses parents, ses amis, ainsi que tous les membres de son entourage à ne l'appeler que par son diminutif. L'appeler avec son patronyme complet ne pouvait signifier que trois choses : premièrement, que sa mère était vraiment, mais vraiment, en colère contre elle; deuxièmement, qu'elle était obligée de se soumettre aux contraintes de l'administration; troisièmement, que des démarcheurs étrangers essayaient de l'avoir au téléphone afin de lui vendre une quelconque assurance.  

Cynique comme il l'avait parfois été durant leurs conversations téléphoniques, elle aurait du se douter qu'il tenterait de la prendre au piège de cette manière. Elle ne s'en froissa pourtant pas. Baissant les armes, elle se décida à expliquer calmement :

- Pendant que vous vous en alliez à toute allure, j'ai téléphoné à Maggie. Enfin, je veux dire : à Margaret. Et elle a accepté de me remplacer ce soir au pied levé. Mais vous avez préféré vous imaginer que je téléphonais à mes amis afin de les prévenir de mon absence. Étrangement, ça ne m'étonne pas plus que ça.

Mark fronça les sourcils. Toute son attitude montrait sa perplexité face au comportement de sa subordonnée, ce qu'il n'hésita pas à lui faire remarquer froidement sans répondre à sa question précédente :

- Qu'a pu bien imaginer votre esprit tordu en me suivant, moi, votre patron, jusqu'à chez moi, un moment où vous étiez censé travailler ? Pensez-vous qu'avoir couché avec moi vous donne la permission de rompre votre contrat de travail pour des raisons non valables ?

- Bien sûr que non !, répliqua-t-elle. Il semble juste clairement que j'ai un énorme problème à hiérarchiser mes décisions, en ce moment. Entre aller travailler, et avoir une conversation avec vous, j'ai choisi la plus compliquée des possibilités. Au pire moment.

- Je vois ça.

- Maggie me remplace ce soir uniquement, le travail sera donc fait si c'est ça qui vous embête. Ne croyez pas que cette scène se reproduira tous les soirs, insista-t-elle.

Il pinça les lèvres et croisa les bras.

- Alors, que faites-vous encore ici ?

Ce fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase. Jo explosa :

- Ce n'est vraiment pas croyable, vous êtes impossible ! Vous êtes... Elle chercha un instant ses mots : Vous êtes encore pire que moi, ma parole !

La comparaison arracha un sourire involontaire à son interlocuteur.

Elle continua malgré tout, refusant de se laisser déstabiliser par le charme de cet unique sourire, tout moqueur qu'il soit :

- J'ai préféré quitter mon groupe de connaissances pour passer un peu de temps avec vous. Parce que je vous ai vu, j'ai voulu être sûre que tout allait bien pour vous. Je me suis sentie... bêtement, stupidement même, je suis bien d'accord! une responsabilité envers vous. Même après que vous m'ayez affirmé que je n'avais rien à voir avec ! Et vous continuez encore malgré tout à me prendre comme bouc-émissaire. C'est... c'est déloyal. Je vous ai quasiment tout... tout! raconté de mes désirs les plus secrets, et... enfin, je ne vous demande pas de faire la même chose avec moi, je veux dire... bredouilla-t-elle soudain, alarmée par les mots qu'elle venait de prononcer sans réfléchir.

- Ce n'est pas... Elle inspira un grand coup afin de reprendre contenance, et reprit du mieux qu'elle put sous le regard désormais franchement amusé de son unique auditeur de la soirée : Je me suis mal exprimée. Ce que je voulais dire c'est que, si vous voulez réellement qu'une relation marche, il faut que la communication aille dans les deux sens. Et là, elle est déséquilibrée. Elle est pire que la tour de Pise ! Je ne sais rien de vous à part votre nom et votre métier. Je ne sais pas si vous avez des parents... enfin, si, vous avez forcément des parents, se reprit-elle brutalement. Mais... je ne sais pas combien de frères et de sœurs vous avez. Je ne sais même pas si vous avez été en Chine la semaine dernière, et si votre voyage s'est bien passé !

- Si je comprends bien ce que vous me dites, vous souhaitez que notre communication aille dans les deux sens, alors que vous n'arrêtez pas de monopoliser la conversation depuis le début de la soirée, reformula-t-il sur un ton railleur.

Jo écarquilla les yeux. C'était bas ! Elle eut une brutale prise de conscience : que faisait-elle encore chez cet homme, qui ne lui plaisait même pas, et qui se moquait de ses tentatives pour renouer le contact, à deux heures du matin ?!

- Vous êtes sûrs que vous n'êtes pas de la même famille de Daphne Hurst ? Un frère caché, ou quelque chose dans le genre ? Vous réagissez tous les deux de la même manière !

Elle soupira, se sentant soudain lasse. Ses épaules s'abaissèrent et elle répondit à sa remarque par un sourire découragé.

- Je vais m'en aller.

Elle s'agenouilla pour reprendre son sac, le mit sur son épaule, et ouvrit la porte.

- Et voilà ! Vous recommencez à fuir dès que la situation ne vous convient pas.

- Je n'ai plus envie ni de me disputer avec vous, ni d'essayer de vous convaincre de ma bonne volonté. De toutes manières, vous savez où m'appeler si vous changez d'avis. Bonne soirée, Mr Wilder, répondit-elle faiblement avant de doucement refermer la porte derrière elle.

Elle se dirigea vers l'ascenseur, avec le faible espoir que l'homme têtu comme une mule qui se trouvait de l'autre côté aurait la judicieuse pensée de sortir sur son palier afin de s'excuser de son comportement et de, si possible, mais c'était un surplus, l'embrasser.

Lorsque les portes de la cage d'ascenseur se refermèrent sur elle et qu'elle se sentit peu à peu descendre, elle se dit qu'il fallait vraiment qu'elle arrête de regarder des films à l'eau de rose.
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Adena H.
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MessageSujet: Re: Spicy : Mes nuits secrètes, Janet Mullany   Sam 5 Juil - 16:07


16.


Carol donna un coup de coude dans les côtes de Jo.

- Aïe, s'exclama-t-elle bruyamment.

Sans faire attention à sa remarque, Carol reprit la parole :

- Hé, Jo, regarde là-bas. Ce ne serait pas ton fameux Mr D., dis ?

Jo suivit le regard de son amie jusqu'à un homme élégamment vêtu confortablement installé devant une table, à la terrasse du Delicioso. Où elles avaient toutes deux prévu d'aller s'installer avant d'aller étudier/faire quelques recherches à la bibliothèque universitaire.

- Si. Et maintenant que je l'ai vu, je vais être obligée d'aller lui dire bonjour, répondit-elle lugubrement.

Alors qu'elles s'approchaient tranquillement, elle virent qu'une jeune femme sûre d'elle, parfaitement manucurée, et à la racine des cheveux blonds comme les blés, maquillée, en bref très belle, s'approchait de Mark et l'abordait. Il releva à peine les yeux de son journal, à peine un bref instant, avant de les reporter sur le journal qu'il était en train de lire, sans plus lui faire attention. Dépitée, la jeune sportive blonde se contenta de prendre la chaise qu'elle avait apparemment demandé.

A leur tour, Jo et son amie s'approchèrent.

- Bonjour, Mr Wilder.

Jo s'attendait à ce qu'il rejoue la même scène avec elle, d'autant plus que malgré la possibilité qu'elle lui avait offerte de l'appeler un soir, cela faisait deux jours entiers qu'elle avait eu beau attendre ses appels, en vain, il n'avait pas daigner la recontacter. Et pourtant, après leur avoir jeté un bref coup d’œil, il reposa son journal, dévoilant par la même occasion un sourire charmeur éclatant de blancheur. Il leur répondit chaleureusement :

- Carol, Jo, bonjour ! C'est une agréable surprise de vous voir ici. Vous venez souvent ?

Il se leva et leur fit, à chacune, la bise.

- Mais je vous en prie, prenez donc un siège. J'allais justement me commander un autre café. Que voulez-vous boire ?

- Un smoothie pommes/oranges pour moi, répliqua immédiatement Carol.

- Et vous, Jo ?

- Un... une limonade, s'il vous plait.

Il héla un serveur, à qui il retranscrit leurs commandes, tandis que les deux amies prenaient place sur les chaises situées autour de la table, comme il le leur en avait fait l'aimable proposition. Tandis qu'il se tournait vers Mario, Jo lança un regard où pouvait se lire toute son incompréhension, mais Carol se contenta de lui répondre par un haussement d'épaules qui démontrait à quel point elle se détournait de la question/ à quel point cela ne l'intéressait guère/à quel point elle s'en fichait.

Ce qui n'était pas le cas de Jo. Carol ne l'avait peut-être pas vu l'avant-veille dans son appartement, mais elle, oui. Et elle devait bien avouer que le changement de comportement était impressionnant. Alors qu'un autre serveur leur apportait leurs boissons, elle décida de prendre le parti de Carol : laissons les choses en l'état et voyons ce qu'il avait en tête et où tout cela allait les mener.

- Merci encore pour le smoothie, Mark. Mais dites-moi, vous venez souvent ici ?

- Non. En réalité, ce n'est que la deuxième fois. Et la première était hier, précisa-t-il en souriant.

Carol voulut reprendre la parole, mais il s'interposa en levant vers elle la paume de ses mains :

- S'il vous plait, Carol, cessons de nous vouvoyer. Ce n'est pas la première fois que nous nous rencontrons, et j'avoue que si vous êtes d'accord, j'aurai grand plaisir à laisser derrière nous ces histoires de convenances.

- Avec grand plaisir ! Ces histoires de politesse m'ont toujours fortement agacé. Bien sûr, dans un travail comme le mien, les convenances sont plus que nécessaires : elles sont vitales. Mais il est néanmoins toujours très agréable de se retrouver en petit comité intime, où la parole est plus libre. N'est-ce pas, Jo ?

- Moui...

Jo sirota sa limonade à la paille, comme elle aimait le faire. Cela lui rappelait l'époque où, encore petite fille, sa grand-mère lui proposait un chocolat chaud l'hiver, une limonade l'été.

- Et donc... Comment trouvez-vous le Delicioso ?, demanda-t-elle afin de relancer la conversation, alors que Mark continuait à l'observer.

- Franchement ? Un peu vide. Avant que vous n'arriviez, j'avais presque l'impression de m'ennuyer.

- Pourtant, ce n'était pas les occasions qui manquaient, rétorqua-t-elle du tac-au-tac.

- Que voulez-vous dire ?

- Il m'a semblé que...

Mais Jo ne put finir sa phrase. Haussant le son de sa voix, Carol venait de s'interposer entre eux deux :

- Holà, mes amis. N'oubliez pas, je vous prie, que nous venons tout juste de convenir de nous tutoyer. Je sais, Jo, que tu as du mal à gérer les nouveautés, mais j'espère que toi, Mark, tu sauras l'aider à s'y faire de ton mieux. Il serait dommage de freiner une telle avancée.

Jo eut l'impression de s'être faite gronder par sa maîtresse d'école; elle ne put néanmoins s'empêcher de comprendre que son amie venait de lui éviter de faire une bêtise en l'empêchant de s'immiscer/s'immisçant ainsi dans les affaires privées de son patron.

- Oui, tu as raison, excuse-moi Carol.

- Tu me fais penser à ma sœur Esther, Carol. Quand j'étais enfant, je n'arrêtais pas de me disputer avec mon petit frère Paul. Et c'était elle qui, toujours, s'interposait entre nous, afin d'être sûre que nous n'allions pas trop loin dans nos disputes.

- Je serais donc comme votre... ton petit frère ?, releva malicieusement Jo.

Le rire de Mark lui répondit.

- Certainement pas. Tu es bien plus teigneuse que lui, quand tu t'y mets.

- Hé !, protesta-t-elle vivement.

Cependant, voyant qu'il ne la critiquait que pour plaisanter et que sa remarque était loin d'être méchante -et fausse!-, elle n'insista pas.

- Non, non, il a raison, Jo. Tu sais à quel point tu peux être une vraie tête de mule. Ne serait-ce que lorsque j'ai presque été obligée de te tirer par les cheveux jusqu'à la réception des Pepper pour que tu acceptes d'y mettre les pieds !

- Dites donc, serait-ce une conspiration ?, répliqua-t-elle en souriant. Mais c'est vrai, je dois bien l'avouer, je n'avais guère envie de sortir ce soir-là. J'imagine que si j'avais su ce qui allait se passer, j'aurais été un peu plus enthousiaste.

Elle se força à ne pas croiser le regard de Mark alors que ce message lui était clairement destiné.

- Ah, tu vois que j'ai bien fait. Sans cela, tu n'aurais pas pu passer du temps avec Alexander.

Cette fois-ci, Jo rougit et ne put s'empêcher de détourner son regard de celui de Carol, honteuse de ne pas avoir avoué la vérité à son amie. Lorsque cette dernière lui avait posé des questions sur la fin de sa soirée, Jo était volontairement restée évasive, ne confirmant ni n'infirmant les hypothèses émises par Carol, si bien que celle-ci en avait logiquement déduit qu'elle avait passé le restant de la soirée avec Alexander, puisque c'était avec lui qu'elle l'avait vue quitter la réception donnée par les Pepper.

Jo n'était pas très à l'aise à l'idée d'avoir caché certains détails à Carol mais, pour une raison qui lui échappait encore, elle ne se sentait pas prête à partager ses expériences nocturnes. C'était comme si elle voulait encore en préserver quelques temps le secret bonheur - et même si Mark et elle s'étaient frités lors de leur dernière rencontre, il lui semblait que cette nuit n'était que le prolongement de toutes les autres.

En plus du fait, bien sûr, que son amie n'aurait pas manqué de lui poser la question à laquelle elle n'était pas capable de répondre : pourquoi, après s'être assurée de la véritable identité de son patron, n'avait-elle pas rejoint Alexander et sa clique, plutôt que de le raccompagner jusqu'à chez lui ?

Mark se tendit, se releva sur ses coudes, brusquement intéressé par la tournure que prenait la conversation et sourit, amusé.

- Oui, c’aurait en effet été dommage de passer à côté d'une occasion pareille/de rater une occasion pareille. Cela t'a-t-il permis de te faire une meilleure opinion de lui ?, demanda-t-il, moqueur.

Il semblait même s'amuser un peu trop. Il allait voir ce qu'il allait voir !

- Hé bien, je ne suis pas restée très longtemps avec lui. A vrai dire, j'ai passé le reste de ma nuit avec quelqu'un d'autre.

- C'est vrai ? Comment se fait-il que tu ne m'en aies pas parlé ?

- C'est que ça a été le meilleur amant que j'ai jamais eu, et je crois que j'avais un peu peur de l'avouer. Si je l'avais fait, il serait devenu réel. Et je n'étais vraiment pas sûre d'être capable de le gérer...

Le sourire suffisant de Mark parlait encore mieux que tout ce qu'il aurait pu dire sur ce qu'il pensait réellement.

Carol la dévisagea, songeuse. Elle semblait vraiment inquiète pour elle.

- Ecoute, ma chérie, je sais à quel point tu as du mal à sortir de tes habitudes. Mais parfois, le simple fait d'en parler permet de mieux maîtriser la situation. Plutôt que d'éviter de te ruer vers des Allan dès le moindre signe de danger.

Mark haussa un sourcil, surpris.

- Ne t'en fais pas, tout va bien. J'ai d'ailleurs prévu de lui téléphoner tout à l'heure, là il doit encore être au travail.

Jo sourit à son amie, et dévisagea en coin leur troisième interlocuteur. Si ce n'était pour obtenir une réaction de celui-ci, jamais elle ne se serait permis de discuter de sujets aussi personnels devant lui. Quoi que, objectivement, un de plus ou un de moins ne ferait sans doute aucune différence pour lui.

Elle le vit pâlir. D'une main il s'empara de sa veste, de l'autre il prit son journal. Les pieds de sa chaise crissèrent lorsqu'il se leva brusquement.

- Je ne me suis que trop attardée parmi vous, mesdames, et m'excuse de m'être introduit ainsi dans votre conversation. Je vous souhaite une bonne journée, débita-t-il. Il fit en sorte de ne pas croiser une seule fois leur regard tandis qu'il remettait son manteau. Il les salua ensuite d'un dernier signe de tête, avant de s'éloigner à grands pas.

Carol se tourna vers Jo pour exprimer son étonnement, mais celui-ci ne put que s'agrandir lorsqu'elle constata que Jo se préparait à son tour à la quitter : la jeune femme s'était levée.

- Tu t'en vas ? Comme ça ?, lui demanda-t-elle, perplexe.

- Je sens que je vais être obligée de lui courir derrière, vu sa rapidité, lui expliqua Jo en matière de réponse.

- Tu me laisses seule, alors !

- Je reviens le plus vite possible. Il faut que j'aille éclaircir une petite chose, avant.

- Et bien sûr tu n'aurais pas pu le faire quand il était encore assis avec nous, marmonna son amie dans le vide, puisque Jo s'était déjà mise à courir derrière Mark et ne l'entendait donc plus.
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MessageSujet: Re: Spicy : Mes nuits secrètes, Janet Mullany   Sam 5 Juil - 17:44


17.


- Mark !

L'homme stoppa net sa course, et se retourna brutalement dans sa direction. Il lui jeta un regard glacé mais Jo se força à l'ignorer. Au contraire, même, car elle lui sourit :

- Dis-donc, ça devient une habitude de te courir après.

- Que veux-tu ?, répliqua-t-il froidement.

Jo prit quelques secondes le temps de récupérer son souffle.

- Comme je viens de l'expliquer à Carol, il faut que je mette au clair deux ou trois petites choses. Laisse-moi t'expliquer, s'il te plait. Premièrement, j'ai inventé cette histoire. Je n'ai couché avec personne. Après avoir quitté ton appartement, je suis rentrée chez moi et je me suis écroulée comme une masse sur mon lit. Deuxièmement, je ne l'ai fait que parce que je n'arrive pas à comprendre ta manière de réagir. Tu t'es comporté d'une manière horrible cette nuit-là, comme si je ne valais rien - et aujourd'hui je me retrouve assise à la même table que toi, et nous discutons de tout et de rien n'était comme si nous étions amis depuis des années. C'est... c'est déroutant.

- Et troisièmement ?

- Il n'y a pas de troisièmement.

- Il y a toujours un troisièmement, réfuta-t-il.

- Oh, et puis zut !

Elle s'élança vers lui et colla ses lèvres aux siennes. Loin de la repousser, il l'enlaça de ses bras puissants, l'attirant un peu plus à lui. Sa langue se mêla bientôt à la sienne dans un ballet enfiévré.

Lorsque, le souffle court, ils s'arrêtèrent un instant pour reprendre haleine, Mark lui demanda :

- Quelle est la chose la plus folle que vous ayez jamais faite, en matière de sexe, miss Carter ?

Elle sentit son corps frissonner d'impatience.

- Rien de ce que j'ai déjà fait n'égalera mes folies de notre prochaine nuit ensemble, répondit-elle en l'embrassant passionnément à nouveau.
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